Éric Moreault

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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Vendredi 21 avril 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

    Le film de la semaine: Colossal

    Colossal est le film le plus original, déroutant et imaginatif, avec Le homard de Yorgos Lanthimos, que j’ai vu depuis quelques années. L’Espagnol Nacho Vigalondo offre une comédie dramatique de science-fiction qui est aussi un amalgame d’hommage/pastiche à Godzilla, tout en proposant une trame qui interroge autant les questions de violence psychologique que les secrets enfouis de l’enfance!

    Vite comme ça, on dirait un scénario tiré par les cheveux (un peu). Sauf si on le voit comme une fable sur le monstre intérieur. Et porté par une Anne Hathaway magnifique, il s’avère un véritable moment de jubilation cinéphilique.

    La force de ce long métrage, c’est qu’il débute comme une comédie romantique relativement inoffensive. Gloria (Hathaway), sans emploi et très portée sur la bouteille, se fait mettre à la porte de l’appartement de son chum. La party girl retourne vivre dans la maison vide du village où elle a grandi pour se remettre les idées en place.

    Une rencontre inopinée lui permet de renouer avec Oscar (Jason Sudeikis), un ami d’enfance. Propriétaire d’un bar, il lui offre un emploi de serveuse — une catastrophe appréhendée pour une alcoolique… Le duo traîne sur place après la fermeture avec deux amis.

    À partir de là, le ton du film va changer furtivement tout en devenant assez étrange, merci. Parce que les médias se mettent à rapporter qu’une créature géante apparaît et disparaît mystérieusement après avoir causé un carnage à Séoul, en Corée du Sud. Peu à peu, la jeune femme se rend compte qu’elle est liée au phénomène aux proportions colossales : le monstre reproduit ses gestes, notamment quand elle se gratte le crâne. Tout va se mettre à partir en vrille…

    Nacho Vigalondo travaille dans un relatif anonymat même si son court métrage 7:35 de la Mañana s’est retrouvé aux Oscars. Ce ne sera plus le cas avec Colossal. Son quatrième long métrage, mais son deuxième en anglais, va frapper les esprits. Bien sûr, en raison de sa créativité artistique. De sa réalisation qui joue avec les codes tout en faisant preuve d’imagination — il y a des plans incroyables. Mais aussi en raison de ses dialogues bien ficelés.

    Le ton relativement sérieux de ceux-ci contraste avec la douce folie du contexte — on rit beaucoup au début, puis de plus en plus jaune. Vigalondo explore les méandres des jeux de pouvoir entre individus et du chantage émotif qui en découle. Gloria va réaliser, en même temps que nous, que les motifs de son comportement erratique prennent racine dans un passé traumatisant…

    Le réalisateur de 40 ans a travaillé fort pour que son conte pour adultes soit crédible. Ses efforts seraient vains, toutefois, sans la performance d’Anne Hathaway (oscarisée pour son rôle de Fantine dans Les Misérables, en 2013).

    Absolument craquante et pétillante, l’actrice de 34 ans réussit le tour de force de nous rendre adorable cette irresponsable de Gloria. Son incarnation va aussi révéler progressivement toute la force de caractère d’une femme qu’on croit d’abord très fragile. Jason Sudeikis (10 secondes de liberté), en bon gars avec un côté sombre, se révèle aussi très bon.

    Pour peu qu’on soit prêt à accepter les prémisses fantaisistes de Colossal, ce film démontre qu’il y a encore des réalisateurs qui peuvent nous faire rêver éveillé…


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