Éric Moreault

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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Vendredi 23 décembre 2016 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

    Le film de la semaine: Pour l’amour d’Hollywood

    Pour l’amour d’Hollywood (La La Land) est de la magie à l’état pur. Et Damien Chazelle est un véritable maestro qui dirige toutes les partitions de main de maître. Non content d’offrir une fête pour les yeux, le jeune réalisateur américain réinvente le genre de la comédie musicale au cinéma, bien appuyé par deux performances extraordinaires de Ryan Gosling et Emma Stone. Ce film va triompher aux Oscars.

    On a l’air de s’enflammer, mais les films de ce calibre sont tellement rares qu’il faut les accueillir avec l’enthousiasme qu’ils méritent. Le coloré numéro d’ouverture, un stupéfiant plan-séquence chorégraphié au quart de tour avec une caméra hyper-mobile, nous scie les jambes et on reste sur le cul jusqu’à la magnifique et prenante finale.

    Le film s’attache au destin de Sebastian Wilder (Gosling), un pianiste puriste de jazz, et Mia Dolan (Stone), une aspirante-actrice ingénue qui travaille comme serveuse. Les deux rêveurs vont tomber en amour, ce qui va sérieusement plomber leurs chances de réussite. Avec ce crédo tout simple, qui se déroule sur quatre saisons, Chazelle creuse un dilemme presque existentiel : peut-on miner nos rêves les plus chers à force de compromis ou ceux-ci exigent-ils de sacrifier l’essentiel pour y arriver?

    C’est ce qui est au cœur de ce long métrage qui brille par l’intelligence de ses dialogues percutants et remplis d’humour, livrés avec aplomb et naturel par la distribution. Mais plus encore, Chazelle a réussi à glisser les numéros musicaux dans la trame sans qu’ils soient plaqués ou artificiels. Bien sûr, confier le rôle principal à un pianiste aide beaucoup (Gosling s’en tire à merveille), de même que sa contribution à un groupe mené par un musicien enclin à la pop-jazz (joué par le chanteur John Legend).

    Il y a en cours de route une scène qui rappelle, dans son énergie, ses gros plans et son montage serré, Whiplash (2014), l’extraordinaire deuxième long métrage de Chazelle, couronné de trois Oscars (J.K. Simmons a un tout petit rôle cette fois). Pour l’amour d’Hollywood va en remporter encore plus, dans les catégories principales — pas nécessairement l’interprétation où la compétition est féroce.

    Ce qui n’enlève rien aux prestations de Gosling et Stone. Il s’agit du troisième film où le duo joue un couple et leur complicité fiévreuse crève l’écran. Leurs yeux sont vraiment remplis d’étoiles lorsqu’ils s’aiment. Ils chantent et dansent avec autant de naturel, sans chercher à en faire trop.

    Le brillant film de Chazelle propose un récit, somme toute, assez prévisible et classique. Mais il célèbre aussi l’âge d’or d’Hollywood — Mia travaille au café d’un gros studio, le duo se rend à l’observatoire Griffith (une référence directe à La fureur de vivre de Nicholas Ray), le numéro de danse à claquettes rappelle Fred Astaire et Ginger Rogers, etc. On peut même croire que le patronyme de Sebastian fait référence au grand Billy Wilder (et celui de Mia à Xavier Dolan???).

    Reste que le plus impressionnant demeure le soin maniaque que met le réalisateur à tous les éléments de ce régal cinématographique. Le travail sur la bande-son, qui regorge de détails, en est un bon exemple. Ou sa propension à jouer de la caméra sans que ce soit affecté.

    Mais vous savez quoi? Cette maîtrise ne nuit jamais à l’histoire des deux tourtereaux. Elle s’efface devant celle-ci. C’est l’essence même de la magie et de l’émerveillement qu’elle provoque.

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