Éric Moreault

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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Vendredi 28 mars 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Commentaires (10)

    Le film de la semaine: Tom à la ferme

    Tom à la ferme représentait pour Xavier Dolan l’occasion de prendre un nouveau départ, après sa trilogie d’amour impossible, et d’explorer un nouvel univers, celui de la puissante œuvre dramatique de Michel Marc Bouchard. Et il ne l’a pas manqué! Les amateurs de ses extravagances stylistiques (et ses détracteus) risquent d’être désarçonnés par ce huis clos anxiogène. Le réalisateur met tout son talent au service du récit, percutant et dérangeant.

    Dès sa création, en 2011, Tom à la ferme a eu beaucoup de retentissement. La pièce du talentueux dramaturge québécois explore les thèmes de l’homophobie rampante, de l’identité sexuelle et de la famille. Mais aussi la grande solitude d’êtres piégé par son milieu et la tradition en situant l’action — comme le titre l’indique — à la campagne.

    Après la mort de son conjoint, Tom (Xavier Dolan) se rend aux funérailles. Si sa belle-mère Agathe (Lise Roy) ignore tout de leur union, son beau-frère Francis (Pierre-Yves Cardinal) veut la garder secrète. Homophobe fou furieux, ce male alpha va se livrer à un jeu de rôles brutal dont Tom deviendra une victime consentante…

    La violence ici n’est pas tant physique (quoique…) que psychologique. On pense autant à Bergman qu’Hitchcock. Dolan y imprime quand même sa propre griffe, en réussissant avec beaucoup de brio à traduire le climat oppressant de la pièce : chaque scène suinte de violence et de malaise.

    Tom à la ferme marque un changement de ton évident pour le réalisateur. On le sent plus en contrôle, alternant entre les plans américains et les gros plans inquisiteurs alors que Tom laisse le piège de Francis se refermer sur lui. La musique du grand Gabriel Yared contribue fortement au climat anxiogène qui prend le spectateur à la gorge et ne relâche pas son étreinte.

    Si Tom à la ferme a les caractéristiques du drame familial et psychologique, le récit est avant tout un suspense bâti sur l’opposition entre la ruralité et l’urbanité, entre l’hétéro et l’homosexualité, qui se transforme en une relation toxique entre un dominant brutal et un dominé qui souffre du syndrome de Stockholm. Les dialogues ciselés de Bouchard impriment un mélange de cruauté et de séduction comme autant de lames de rasoir. C’est d’ailleurs la principale force du long métrage.

    Or, le passage de la scène au grand écran est un exercice casse-gueule. Xavier Dolan évite avec brio la plupart des pièges même si certaines scènes sont encore imprégnées d’une trop grande théâtralité. Reconnaissons-lui l’audace d’avoir pris des libertés avec la pièce en ajoutant des scènes et même une finale différente, moins violente mais plus cruelle et conséquente.

    On évoque souvent le style flamboyant du réalisateur, beaucoup moins son talent d’acteur. Dolan a gagné en assurance et en précision depuis J’ai tué ma mère (2009). Tom lui permet de présenter un jeu plus nuancé et en intériorité, entrant totalement dans la peau du jeune publicitaire complètement désemparé par son deuil et la vie rurale. La distribution est d’ailleurs impeccable.

    Xavier Dolan a livré au public quatre films en cinq ans. Son talent manifeste, sa préciosité, sa grande confiance, à la limite de l’arrogance, ne laissent personne différent. Il est rassurant de voir qu’avec ce long métrage, le premier dont il n’a pas signé le scénario, le jeune réalisateur est capable de s’approprier une œuvre puissante sans la dénaturer. Le prix de la critique internationale à la Mostra de Venise était totalement justifié.

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    • Motadine de compagnies de distibutions de …

      Un film que j’aurais aimé voir! Malheureusement, Gatineau est un tier-monde cinématographique….
      Ce film passe dans une salle!! Youhou!
      Aujourd’hui à midi, à 3h, à 19h et à 21h30…
      Ensuite, c’est jeudi prochain à 19h et 21h30…

      Heureusement qu’ils peuvent remplir leurs sales salles avec les déchets d’Hollywood comme Noah (qui passe tout de meme dans 3 salles en Français, et 2 salles en anglais, dans le grand Gatineau)

    • Voilà le Dolan que j’anticipe le plus! Malgré son grand talent indéniable, ses thèmes récurrents me tappent un peu sur les nerfs et de voir son talent mis au service d’une histoire qui n’est pas de lui et qui ne nage pas dans les mêmes eaux m’attire au plus haut point. Le premier film québécois de 2014 que j’irai voir en salle.

    • J’ai eu la chance de visionner le film hier.
      C’est un véritable huis clôt, psychologiquement et physiquement, très déroutant. Âmes sensibles s’abstenir.
      N’étant pas un grand admirateur de Dolan au départ, je dois avouer que ce film est très réussi. Je seconde donc la critique d’Éric Moreault.
      On sent l’amour de Dolan pour le cinéma. Très glauque, dans ce filme il puise au très fond de lui-même, et brasse aussi notre très-fond. Il n’emprunte pas la facilité ou c’est ce que j’aime chez les cinéastes.
      Autant l’atmosphère hitchcockienne que l’ensemble du jeu des acteurs sont excellents. Comme spectateur j’avais parfois l’impression d’étouffer.
      Une scène dans le garage qui mélange coke et tango est époustouflante.
      Une très belle réussite québécoise, mais c’est avant tout un film universel.
      Chapeau à ce jeune cinéaste et son équipe!

    • Même s’il diffuse des films comme Angélique dans certaines de ses salles, Guzzo ne diffuse pas Tom à la ferme….est-ce que c’est moi ou ce n’est que détestable de sa part!

    • J’espère que Pierre-Yves Cardinal va effacer de son CV qu’il a joué dans Les Jeunes Loups

    • Je serais curieux de voir, si on enlève Montréal, le film est présenté sur combien d’écrans dans la Belle Province?

      Je n’ai pas le portait complet, mais il est présenté dans deux salles à Québec, à Sherbrooke et à Trois-Rivières.
      ÉM

    • Le film n’apparait pas en salle dans la région du Saguenay, même si l’auteur Michel-Marc Bouchard est originaire de la région et que l’action de l’oeuvre se passe, dans le non-dit, dans la région.
      En attendant de voir Tom à la Ferme, peut-être réécouter “Les Feluettes” du même auteur.

      Le film ne sera malheureusement pas présenté en salle au Saguenay à moins qu’il y ait de la demande, me dit-on…
      ÉM

    • Avec Nymph()maniac 1 et 2 et The Wind Rises (si j’ai une fin de soirée de libre), une grosse fin de semaine de cinéma est à prévoir !

      En effet. Vous m’en donnerez des nouvelles.
      ÉM

    • @teamstef

      Tom à la ferme est diffusé dans certaines salles de Guzzo, pour le moment…

      Au Mega-Plex Jacques-Cartier à Longueuil et au Mega-Plex Pont-Viau à Laval.

    • Vrai qu’il est bon le dernier Dolan. Sinon, Nymph()maniac était très bien aussi, quoique j’ai préféré le volume 1 au 2. Pas un film pour tout le monde, c’est bien certain. Je n’ai pas vu The Wind Rises mais comme j’aime beaucoup Hayao Miyazaki, je vais me reprendre même si ce n’est pas au ciné…

      Pour Nymph()maniaque, je suis d’accord que le volet 1 est supérieur. Reste que j’étais curieux de voir où tout cela allait nous mener…
      ÉM

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