Éric Moreault

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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Vendredi 28 juin 2013 | Mise en ligne à 7h00 | Commenter Commentaires (5)

    Le film de la semaine: L’écume des jours

    OK, L’écume des jours n’est pas le grand film qu’on attendait. So what? Ça fait changement des superproductions estivales. Pas mal à part ça. Tout en étant spectaculaire. D’ailleurs, si on pouvait scinder les étoiles décernées à un film, j’en donnerais cinq à la réalisation. Mais une seule à l’adaptation du récit.
    Vrai qu’il y a de ces romans si difficiles à adapter que plusieurs réalisateurs s’y cassent les dents. L’écume des jours, œuvre-culte de Boris Vian, fait partie du lot en raison de son caractère surréaliste et de sa poésie amoureuse. Michel Gondry semblait d’ailleurs tout désigné pour s’y attaquer. Sur le plan visuel, son film est une splendide réussite qui en met plein la vue. Mais c’est toute autre chose pour la délicate musique des sentiments.
    Le réalisateur a insisté pour réaliser tous ses effets spéciaux à l’ancienne, sans recourir aux trucages numériques, ce qui correspond tout à fait à l’esprit de l’œuvre, à la fois futuriste et rétro. Son univers pictural baroque est magique.
    La transposition du riche, et complètement délirant univers de Vian, est renversante. Gondry a une imagination débordante : chaque image regorge de trouvailles visuelles qui illustrent ce Paris absurde et fantasmatique. Tellement que le récit passe au second plan. Et c’est bien là le problème.
    L’écume des jours raconte l’histoire surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin (Romain Duris), qui rencontre Chloé (Audrey Tautou), une jeune femme semblant être l’incarnation d’un blues de Duke Ellington. Leur mariage idyllique tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui grandit dans son poumon droit.
    Pour payer ses soins, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus insensées, pendant qu’autour d’eux leur appartement se dégrade et que leur groupe d’amis, qui comprend son cuisinier Nicolas (Omar Sy) et Chick (Gad Elmaleh), fanatique du philosophe Jean-Sol Partre, part à la dérive.
    Les séquences avec ce dernier sont absolument délirantes. Le pastiche de Sartre est accueilli comme une rock star, mais traite la foule avec l’indifférence d’un dictateur de pacotille, sur fond d’images qui évoquent 1984 (de Michael Radford) et les Monty Python. On le voit, la matière est riche et Gondry réussit parfois à unir fond et forme. Mais plus souvent qu’autrement, il délaisse les thèmes abordés par Vian : le travail, la religion, la maladie et, au premier chef, l’amour.
    Celui qu’éprouve Colin et Chloé, à la fois candide et chargé de désir. Celui-ci se meut ensuite en tragédie alors que Chloé se fane comme une fleur. Le réalisateur passe complètement à côté de cet éternel combat entre Éros et Thanatos. Comme si le sujet ne l’intéressait pas, ou plutôt qu’il n’était que prétexte à démontrer sa virtuosité. Difficile de maintenir l’intérêt du spectateur, qui finit par faire une overdose d’effets de manche.
    Au final, L’écume des jours ne s’est pas révélé l’électrochoc qu’attendait le cinéma français. Mais il incarne un des films les plus aboutis et créatifs sur le plan esthétique depuis le début de l’année, notamment en raison de l’irréprochable direction artistique de Stéphane Rozenbaum. C’est déjà beaucoup. Sinon, il y a toujours la richesse romanesque du livre…

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    • Y’avait un Noir dans l’Écume des jours? Je ne m’en souvenais pas.

    • Si la sortie du film incite quelques ados
      à se procurer le livre de Boris Vian
      et découvrir l’univers de ce grand créateur,
      ça sera toujours ça de gagner…

    • Il sera intéressant de comparer les deux adaptations de L’ÉCUME DES JOURS puisque celle de Charles Belmont de 1968 sortira en DVD à l’automne.
      Casting : les très jeunes Marie-France Pisier, Jacques Perrin et Sami Frey.
      Sélection officielle au Festival de Venise 1968.
      Prévert en disait : “Belmont a gardé le coeur du roman, ce film est merveilleusement fait. En plus, c’est drôle !”
      Renoir : “Ce film a la grâce”
      En décembre 2011 Télérama : “Une comédie solaire délicieusement surréaliste. Adapter Vian ? un tabou dont Charles Belmont est joliment venu à bout”.
      En juin 2012 Michèle Vian dans Le Monde : « C’est très joli. Charles Belmont avait compris quelque chose. Il était fidèle à l’esprit. Et la distribution est éclatante ».
      Et le Passeur critique le 24 avril 2013 : “Cette fraîcheur de ton offre au roman original la traduction à l’écran d’une fuite existentielle débordante de vie magnifiée par une bande son jazzy d’une élégance rare et d’un montage à son unisson. Élégant le film l’est tout du long dans un dégradé de nuances.”
      On peut voir photos, extraits et avis critiques sur le blog :
      L’oeuvre du cinéaste Charles Belmont
      charlesbelmont.blogspot.fr

      Je sais que Belmont en a fait une version, que je n’ai pas vue. Ce sera effectivement une comparaison intéressante.
      ÉM

    • Les attentes. Toujours les attentes. On devrait prendre le film comme il est et mettre de coté nos attentes. C’est pas nous qui l’avons fait ou commandé. Même quand on commande quelque chose, on ne peut pas toujours l’avoir. J’ai eu un patron qui commandait la Lune et il était toujours déçu de nous.

      @nousnoune
      Non. Et après ? C’est l’”adaptation” d’un roman.
      Et c’est pas la première fois qu’un film n’est pas fidèle au livre ou à l’idée originale.
      Exemple: sur Endor, il devait y avoir des wookies à l’origine. Mais Chewbacca paraissait trop évolué. Lucas y a placé des Ewoks à la place.

    • ..@gl000001,28 juin 2013,11h23: «….J’ai eu un patron qui commandait la Lune et il était toujours déçu de nous.»

      Que voulez-vous! On ne peut pas tous être comme Tintin dans «Le temple du soleil» qui a commandé la lune pour éviter le bûcher. :-)

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