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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Dimanche 26 mai 2013 | Mise en ligne à 17h13 | Commenter Aucun commentaire

    La vie d’Adèle : une Palme d’or exceptionnelle

    CANNES — La logique a primé au terme du 66e Festival de Cannes lorsque le jury présidé par Steven Spielberg a remis la Palme d’or à La vie d’Adèle. Le film d’exception du réalisateur d’Abdellatif Kechiche méritait une récompense exceptionnelle. Le jury a donc décidé d’étendre la remise du prix aux deux actrices, Alice Exarchopoulos et Léa Seydoux. Le reste de son palmarès n’a pas fait autant l’unanimité.
    Certains auraient voulu voir une dimension politique dans le choix de cette touchante histoire d’amour entre deux lesbiennes. Surtout à l’heure où le débat sur le mariage gai fait rage en France. «On n’y a pas pensé», s’est dépêché de répondre Spielberg, dont la juré a été «envouté». «Le film parlait d’autre chose : des sentiments», a ajouté l’acteur Daniel Auteuil, aussi membre du jury, en conférence de presse.
    En effet, il s’agit surtout d’une histoire d’amour universelle à laquelle tout le monde peut s’identifier. «Ce n’est pas important que ce soit deux femmes. Mais si ça peut aider et être un hymne à la tolérance, tant mieux», a souligné Alice Exarchopoulos.
    «Vous avez fait des heureux», s’est exclamé Abdellatif Kechiche en montant sur scène avec les deux jeunes femmes, émues aux larmes, qui l’ont embrassé avec une émotion non feinte. Ils ont été longuement ovationnés. Avec raison. Le réalisateur franco-tunisien, qui avait de la difficulté à trouver ses mots, a dédié La vie d’Adèle à la «belle jeunesse de France qui m’a beaucoup appris sur l’esprit de liberté», mais aussi aux jeunes qui ont réalisé «la révolution tunisienne pour leur aspiration à vivre, à s’exprimer et à aimer librement».
    La France remporte le titre suprême cinq ans après Entre les murs de Laurent Cantet.
    Autre prix mérité, celui du Grand prix remis à Inside Llewyn Davis, réalisé par Joel et Ethan Coen. Comme les deux frères n’ont pas eu le temps de revenir de New York, c’est l’acteur Oscar Isaac, qui joue le rôle titre du musicien folk, qui a reçu le prix. Le duo avait déjà obtenu la palme d’or pour Barton Fink (1991) et trois fois le Prix de la mise en scène.
    Il était aussi couru que Bérénice Béjo remporte le Prix d’interprétation féminine pour Le passé. Pourtant, «je ne m’y attendais pas du tout. Je veux partager le prix avec toute l’équipe. Asghar Farhadi, je t’aime tellement. Pour tout ce que tu m’as donné pour ce film», a-t-elle balbutié, en pleurs. L’actrice était éclatante et vibrante dans son rôle de mère au centre d’une tempête familiale.
    Par contre, personne n’avait vu venir Bruce Dern pour le Prix d’interprétation masculine même si le vétéran de 76 ans est très bon dans Nebraska d’Alexander Payne. Le réalisateur est venu chercher le prix en l’absence de l’acteur. «Je suis fier de son travail dans le film», a-t-il souligné. Dern joue un vieux déboussolé dans l’Amérique rurale des illusions perdues.
    «Tout notre vie, nous sommes jugés. Les films, c’est comme la vie : on ne peut pas plaire à tout le monde», disait-on avant de remettre le prix du jury à Tel père, tel fils. Et pourtant le film de Kore-Eda Hirokazu sur deux couples dont les enfants ont été intervertis à la naissance a touché beaucoup de gens. Le réalisateur japonais, qui s’est inspiré de la naissance de sa fille pour réfléchir sur la filiation, a démontré que les préoccupations les plus personnelles ont souvent une résonnance universelle.
    On peut dire la même chose pour Jia Zhanfke qui, à sa troisième présence à Cannes, a décroché le Prix du scénario pour A Touch of Sin. Son long métrage en quatre tableaux extrêmement stylisés décrit une Chine rongée par la corruption et la cupidité où les citoyens ont un horizon bouché. Pour le réalisateur, un film est «la meilleure façon d’atteindre la liberté». La diffusion d’A Touch of Sin peut certainement contribuer à éveiller des consciences.
    Mais là où le jury a vraiment pris tout le monde par surprise, c’est en décernant le prix de la mise en scène à Amat Escalante pour Heli, une décision qui a été accueillie par bien des murmures dans la salle. Le réalisateur mexicain aussi, «ne s’y attendait pas du tout».
    C’est Audrey Tautou, dans une splendide robe rouge, qui jouait le rôle de maîtresse de cérémonie de la remise des prix au palais des festivals, hier soir. Le jury a délibéré dans la sérénité, selon son président. «Nous n’avons pas l’impression d’avoir manqué quelque chose d’essentiel», a soutenu Cristian Mungiu. On pourrait en discuter longuement. Mais il n’y a pas de vol manifeste.
    La caméra d’or, dont le jury était présidé par Agnès Varda, a remis à l’unanimité son prix à Ilo ilo d’Anthony Chen, «un film de musique de chambre», parmi les 26 films. La palme d’or du court-métrage, «la voix du futur», comme disait Mads Mikkelsen, a été décernée à Safe de Moon Byoung-Gon.
    «Il y a plusieurs de ces films que je vais revoir», a témoigné Nicole Kidman. Moi aussi. À commencer par le Kechiche.

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