Éric Moreault

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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Vendredi 29 mars 2013 | Mise en ligne à 9h00 | Commenter Commentaires (3)

    Le film de la semaine: Stoker

    C’est pas parce que c’est Vendredi Saint qu’on va déroger à notre volonté de vous suggérer un film pour la fin de semaine. Je vous préviens, Stoker ne fait pas très Pascal. Le renversant suspense et brillant moment de cinéma de Park Chan-wook se concentre sur le destin d’India. Après un triste coup du sort, elle verra les puissantes pulsions d’Éros et Thanatos s’affronter dans son esprit alors que de sombres secrets de famille refont surface. Son rite de passage à l’âge adulte se révélera particulièrement macabre.

    India Stoker (formidable Mia Wasikowska) a 18 ans le jour où son père meurt dans un accident —seul phare dans la vie de la jeune femme marginale et introvertie. Elle reste seule avec sa mère Evelyne (Nicole Kidman), dans une petite ville américaine. Cette dernière, fragile et instable, est heureuse d’ouvrir les portes de sa maison — peut-être plus — au mystérieux Charlie (Matthew Goode). Le frère du défunt réapparaît le jour des funérailles. Le spectateur comprend rapidement que l’oncle cache des secrets inavouables. Mais lesquels?

    Pour son premier film américain, Park Chan-wook (Ceci est mon sang, prix du Jury à Canne en 2009) prend le temps d’établir le climat tordu de Stoker, qui s’enfonce de plus en plus dans l’étrangeté. Nous voyons tout ce qui se passe par les yeux d’India, sans qu’il y ait de claire ligne de partage entre la réalité et ce qu’elle imagine (ou fantasme…). Le jeu y est d’ailleurs décalé.

    La cinématographie est superbe, chaque plan soigneusement étudié et composé pour que le spectateur comprenne progressivement dans quelle histoire de fou il est entraîné à la suite d’India. On pense un peu à Carrie, mais forcément beaucoup à l’univers d’Hitchcock et, dans une moindre mesure, à celui de David Lynch. La créative réalisation de Park Chan-wook suggère certaines choses, en laisse d’autres dans l’ombre, mais surtout se sert des images pour évoquer et raconter, réduisant les dialogues à leur strict nécessaire. Ce qui contribue à l’étrangeté du climat, tout autant que le formidable travail sur la bande-son. La maison craque et couine de toutes parts, chaque son est amplifié, contribuant à l’état de paranoïa ambiant.

    Stoker cultive les ambigüités (le titre est une référence à Bram Stoker, l’auteur de Dracula, mais il n’y a pas de vampire. Quoique…). Le film questionne constamment le spectateur sur ce qu’il perçoit et qu’il croit comprendre de la trame narrative, sans pour autant rendre le récit trop compliqué. Il exerce ainsi une troublante fascination et s’avère au final un très bon moment de cinéma.


    • Correction : Le titre (Stoker) n’est pas une référence au créateur de Dracula, mais plutôt au patronyme des protagonistes (Indya Stoker, Richard Stoker, Charlie Stoker, etc…).

      Bien sûr que c’est leur nom de famille. Mais l’allusion au créateur de Dracula, surtout quand on a vu le film, est très claire.
      ÉM

    • Pour cette semaine, je vais plutôt opter pour le film d’animation Couleurs de peau – miel.

      Je suis toujours un peu sceptique lors d’un premier film américain d’un réalisateur que j’aime bien… mais Park Chan-wook semble quand même bien se débrouiller…

    • Vous avez piqué ma curiosité.

      Tant mieux, c’est le but!
      ÉM

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