Éric Moreault

Archive du 14 novembre 2012

Mercredi 14 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h40 | Commenter Aucun commentaire

Toute ressemblance avec la réalité…

L'auteur R.J. Ellory a écrit un texte brillant sur la meilleure façon de tuer une culture: éliminer le livre.  PHOTO La Presse Édouard Plante-Fréchette

L'auteur R.J. Ellory a écrit un texte brillant sur la meilleure façon de tuer une culture: éliminer le livre. PHOTO La Presse Édouard Plante-Fréchette

Dans son édition du 14 novembre, Le Devoir a invité 34 écrivains à commenter l’actualité (je vous épargne mon jugement sur la teneur journalistique des textes, ce n’est pas ce qui nous intéresse ici). L’auteur R.J. Ellory a écrit un texte pas piqué des vers dans lequel il se glisse dans la peau d’un tueur de culture. Sa fiction est bien plus proche de la réalité que bien des reportages et des chroniques. Et même s’il traite de l’Angleterre, il y a des points troublants avec la situation qui prévaut en ce moment au Québec et au Canada.

L’ironie mordante de R.J. Ellory s’attarde d’abord à l’abrutissement du peuple par la télévision «banale et sans imagination», la bureaucratisation de l’enseignement, puis aux faibles sommes investies dans les bibliothèques. Il largue ensuite la bombe de son plan machiavélique: faire baisser le prix des livres. «Ça ne sera pas trop difficile. J’évoquerai la nécessité d’un marché équitable et concurrentiel. J’emploierai le jargon commercial. Je situerai tout ça dans le monde de la finance et des affaires ; la plupart des gens n’y comprendront pas grand-chose. Je déprécierai si bien la valeur des livres que les libraires comme les éditeurs fermeront boutique et que les écrivains ne pourront plus gagner leur vie.»

Ça ne vous rappelle pas quelque chose? Disons, le brouhaha autour du prix unique du livre? Qui est surtout supporté par l’industrie… Je dis ça comme ça.

On croirait R. J. Ellroy embauché par le gouvernement conservateur. «Et si je réussis ma mission, si j’arrive à réduire la population à l’état de robots abrutis qui se contentent de faire ce qu’on leur dit sans poser de questions, qui croient tout ce qu’ils entendent à la radio ou à la télévision sans jamais se défendre, ni protester, ni réclamer justice contre les abus, qu’est-ce que j’obtiendrai ? Eh bien, exactement ce que j’aurai voulu : une société sans art, sans musique, sans culture, sans vision, sans futur.»

Comme il le rappelle, des livres de fictions ont parfois contribué à des avancées majeures sur le plan social. Et assurent que nos sociétés demeurent libres et éclairées. «Les histoires qu’on raconte tissent une tradition, un héritage, un legs qui se fraie un chemin vers l’avenir… qui s’efforce de nous indiquer les leçons que nous n’avons pas réussi à tirer de notre expérience. En tournant les pages d’un livre, on découvre l’histoire, la science, la musique, l’art, l’apprentissage accumulé par l’humanité pensante sur mille ans ou plus, et si nous n’apprenons pas du passé ces leçons pour l’avenir, qui nous les enseignera ?»

Ne vous trompez pas. Son plaidoyer n’est pas celui d’un sombre pessimiste — «quand on sait lire, on sait réfléchir, communiquer, résoudre des problèmes, conserver un emploi, accomplir de grandes choses» —, mais bien celui d’un humaniste qui a foi en l’espèce humaine. Nous «disposons des moyens, de l’intelligence et des ressources, tant financières que techniques, nécessaires pour soulager l’humanité de tous les maux qui l’affligent».

Dans ce contexte, les ministres du gouvernement péquiste qui songent à sabrer encore plus dans les budgets faméliques de la culture devraient méditer ceci: «Abaisser le niveau culturel d’une société, c’est la tuer.» Et lire cette chronique intitulée La culture pour les nuls sur le peu d’importance qu’on accorde à la chose culturelle au Québec. Ce qui a peut-être à voir, je ne suis pas un expert mais je suis capable de faire des liens, avec nos taux désespérants d’alphabétisation et de décrochage scolaire…

Une autre citation du texte de R. J. Ellory en terminant: «On dit que la plume est plus forte que l’épée. L’inverse est peut-être également vrai : le jour où nous ne saurons plus nous servir d’une plume, il ne nous restera plus que l’épée.»

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