Éric Moreault

Archive, novembre 2012

Vendredi 30 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h08 | Commenter Commentaires (13)

La foutue musique de Noël!

Question existentielle sur les réseaux sociaux depuis deux semaines: quand est-il trop tôt pour la musique de Noël? À mon avis, avant le 24 décembre. Expliquez-moi, quelqu’un, l’engouement pour ses chansons kitsch, toujours les mêmes, qu’on écoute d’ailleurs seulement un mois par année. La nostalgie de l’enfance? Un sentimentalisme excessif? La reconnaissance — c’est comme la messe, tout le monde connaît les paroles par cœur? Mais ça marche. Pourquoi? Pourquoi vous vous ruinez les oreilles avec ces ritournelles?

Bon, on le sait, le simple le plus vendu de l’histoire de la musique pop est White Chistmas (1942), de Bing Crosby: plus de 50 millions copies. Et probablement autant de versions. Dont une figure sur Christmas, de Michael Bubblé, qui a été le CD le plus vendu au Canada et le deuxième en Angleterre, l’an passé. Pourtant, il contient les habituelles rengaines.

Mais quand on voit que Kenny G a vendu plus de 8 millions de copies de Miracles: The Holiday Album (1994) aux États-Unis seulement, on comprend que tous les «artistes» se lancent, surtout les has-been. D’ailleurs, même Scott Weiland (Stone Temple Pilots) s’est commis l’an passé. L’horreur.

C’est la période qui veut ça aussi. Noël est un prétexte pour vous vendre toutes sortes de cochonneries que vous vous empressez d’oublier, un peu embarrassés par votre compulsion. C’est dans cette catégorie qu’il faut ranger This Christmas, de John Travolta et Olivia Newton-John. Déjà que les vedettes de Grease chantaient comme des putois à l’époque, ça ne s’est pas amélioré avec le temps. Ce sera bientôt en vente dans une pharmacie à 2,99 $, à côté de celui de Susan Boyle (paru en 2010, au moins).

La période est propice aussi aux crooners de tout acabit, sirupeux à souhait. Une voix de basse, les voyelles étirées, une tonne de violons et les intonations joyeuses, c’est un succès commercial garanti. Dernier en liste: Cheers, It’s Christmas de Blake Shelton. Pas écoutable sans faire d’indigestion musicale.

J’ai l’air excédé, mais vous le seriez aussi si vous aviez passé la semaine à écouter des CD de Noël pour notre spécial de disques du temps des Fêtes (parution le 1er décembre). D’ailleurs, est-ce vraiment nécessaire? Qu’en pensez-vous?

Parce que sur le lot, les réussites sont plutôt rares. Il y les splendides Happy Christmas (War Is Over) de John Lennon et 2000 Miles des Prentenders. Du côté des CD, il y a Home for Christmas (2010) de Sheryl Crow, The McGarrigle Christman Hour (2005) de Kate et Anne McGarrigle ou A John Prine Christmas (1994) de John Prine. Tous des albums qui sonnent pas trop Noël, d’ailleurs. Même chose cette année avec le Ceelo’s Magic Moment, de Cee Lo Green, disque de Noël pour ceux qui n’aiment pas les disques de Noël. Juste pour vous prouver que je suis capable d’un peu de bonne volonté.

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Mercredi 28 novembre 2012 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Aucun commentaire

Le triomphe du théâtre créatif

Édith Patenaude a logiquement remporté le prix de la mise en scène pour L'absence de guerre. PHOTO Le Soleil Yan Doublet

Édith Patenaude a logiquement remporté le prix de la mise en scène pour L'absence de guerre. PHOTO Le Soleil Yan Doublet

La remise de trois prix majeurs en théâtre à des pièces qui ont pris l’affiche à Premier Acte, lors des 26e Prix d’excellence des arts et de la culture, n’est pas vraiment une surprise pour qui fréquente les lieux. Le petit théâtre de l’avenue Salaberry présente régulièrement les pièces les plus audacieuses et créatives à Québec. Pas les plus abouties, faute de moyens, mais certainement celles où ses artisans ont un désir de s’exprimer et le sentiment d’urgence  de toucher les gens les plus marqués. Appelez ça la fougue de la jeunesse si vous voulez, reste qu’il y a une liberté et un désir de bousculer les choses qui rend l’expérience de théâtre encore plus vivace.

Il est tout à fait logique qu’Édith Patenaude obtienne le prix de la meilleure mise en scène pour L’absence de guerre. La pièce engagée a obtenu la palme Québec de l’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) et celle de Première Ovation. La pièce était absolument fascinante et Édith Patenaude l’a dirigé de main de maître, notamment avec ses acteurs. La performance de Normand Bissonnette dans le rôle principal n’est d’ailleurs pas passée inaperçue et lui a valu le prix Paul-Hébert, un hommage mérité. Comme si ça ne suffisait pas, Catherine Hughes a obtenu le prix Nicky-Roy, qui souligne un talent particulièrement prometteur, pour son rôle dans Iphigénie en auto, qui a aussi pris l’affiche à Premier Acte. En passant, Catherine Hughes joue en ce moment… à Premier Acte (dans L’hiver dedans, de Maryse Lapierre).

Les prix d’hier ont aussi récompensé une création fantastique: Tom à la ferme. La pièce de Michel Marc Bouchard, à la Bordée, a été un des moments forts de la précédente saison, un tourbillon d’émotions fortes et une plongée jusque dans les recoins les plus sombres de l’âme, dissimulés sous les conventions et les apparences. La scénographie de Marie-Renée Bourget Harvey (prix Paul-Bussières) était en parfait adéquation avec le propos, tout comme le jeu sensible et subtil de Lise Castonguay (prix Janine-Angers). La musique de Fin de partie, aussi à la Bordée, a valu à Marc Vallée le prix Bernard-Bonnier. Virgine Leclerc a obtenu le prix du Fonds de théâtre du Vieux-Québec pour la même pièce.

Finalement, une autre pièce audacieuse — La ville en rouge, créée au Gros Becs — a vu un des ses créateurs récompensé: Pierre Robitaile (prix Jacques-Pelletier pour sa maquette et ses marionnettes). Impossible d’être en désaccord. Et très heureux qu’une pièce dit jeune public ait retenu l’attention du jury.

Robert Lepage est également monté sur scène pour recevoir un prix, pour sa mise en scène de l’opéra The Tempest, présentée en première mondiale cet été.

Au final, il est assez ironique, mais en même temps symptomatique, que les pièces présentées au Trident n’aient obtenu aucun des prix parrainés par la Fondation du théâtre du Trident…

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Lundi 26 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h19 | Commenter Commentaires (4)

Rire de Jésus

RIck Miller propose une réflexion sur la foi dans sa pièce Bigger Than Jesus.  PHOTO Le Soleil Yan Doublet

RIck Miller propose une réflexion sur la foi dans sa pièce Bigger Than Jesus. PHOTO Le Soleil Yan Doublet

Peut-on rire de Jésus? Si on s’appelle Rick Miller, oui. L’homme de théâtre le fait ouvertement dans Bigger Than Jesus. Mais il utilise le rire pour faire réfléchir, notamment sur la place du catholicisme dans la société occidentale, en général, et dans la société québécoise, en particulier. Est-ce que ça vous choque? Est-ce pertinent?

Miller est un créateur doué, qui n’a pas peur d’aborder des sujets complexes qui l’interpellent dans ses pièces multimédias. Le natif de Montréal est athée, mais il a été élevé dans la foi catholique par une mère très pratiquante. «La religion a encore son importance et fait partie de notre vie. Ça touche à quelque chose qui est plus large que nous et on se pose encore les mêmes questions : Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Moi, je ne m’intéresse pas aux réponses, mais aux questions. C’est une pièce intéressante, même si on ne croit pas en Jésus», m’a expliqué Rick Miller en entrevue.

Si Rick Miller aborde de grandes questions existentielles, il n’a pas peur non plus d’énoncer certaines vérités sur les pratiques religieuses — notamment que la messe est ennuyante. Ce qui pourrait expliquer, en partie, la désaffection des fidèles. On pourrait aussi s’interroger sur le fait que le discours du clergé semble figé dans une autre époque et que l’opulence du Vatican est une insulte au vœu de pauvreté.

Quoiqu’il en soit, la présentation de Bigger Than Jesus en dit beaucoup, aussi, sur notre degré de tolérance sociale et religieuse. Son titre fait référence à une déclaration de John Lennon qui avait fait scandale à l’époque. Ce ne serait plus le cas de nos jours. Mais comme le souligne l’animateur Alain Crevier sur son blogue, je ne crois pas que Rick Miller aurait pu se permettre une telle pièce sur l’Islam sans déclencher la fureur des intégristes. L’histoire récente, de Salman Rushdie au film islamophobe L’innocence des Musulmans, en est la preuve.

Bref, j’y suis allé et j’ai bien aimé. Irez-vous faire un tour au Périscope?

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