Éric Moreault

Archive du 19 septembre 2012

Mercredi 19 septembre 2012 | Mise en ligne à 14h28 | Commenter Commentaires (3)

L’affaire Dumont: les dangers du docu-fiction

Marc-André Grondin dans L'affaire Dumont.   PHOTO Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Marc-André Grondin dans L'affaire Dumont. PHOTO Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Tout le monde aime bien les films «basés sur des faits réels». Ce qui explique leur multiplication, même au Québec (Dédé à travers les brumes, Piché, entre ciel et terre, etc.). En général, les réalisateurs s’empressent de dire que la fiction leur permet de prendre des libertés avec la réalité, ce qui fait taire les critiques des témoins. Avec L’affaire Dumont, le réalisateur Podz et la production ont tellement voulu donner à leur fiction des allures de documentaire que l’affaire leur a explosé à la figure. Et le réel a fait irruption en pleine fiction!

Danielle Lechasseur, la victime, a d’abord déclaré que Michel Dumont était son agresseur, avant de  se rétracter. Ce qui n’a pas empêche Dumont d’être victime d’une erreur judiciaire. Or, après avoir vu le film — une fiction —, rappelons-le, Mme Lechasseur est encore une fois revenue sur ses propos. Je ne veux pas porter de jugement là-dessus, il y a des tribunaux pour ça, ni sur le film. Mais sur le fait qu’Alliance Vivafilm a crû bon d’émettre un communiqué dans laquelle elle défend les «faits» contenus dans son film.

Coudonc, c’est une fiction ou pas? Si ça en est une, la production n’avait qu’à laisser courir — la fiction n’a pas à se défendre des libertés qu’elle prend. Ou pas. Et surtout pas écrire que «Go Films et le réalisateur tiennent à ajouter qu’à la lumière des documents consultés, il leurs apparaît clair que les récentes déclarations de madame Lechasseur sont erronées.» C’est l’équivalent de lui lancer la pierre. Et se comporter comme des gens qui se sentent coupables. De quoi, au juste? C’est une fiction, ou pas?

Mais quand on joue avec la confusion des genres, notamment la docu-fiction, on marche sur un fil de fer. Et manifestement ses artisans ont eu peur de la chute. Bien sûr qu’on a voué le plus grand respect au document judiciaire et d’enquête. Mais, je le répète, L’affaire Dumont est un film de fiction, pas Enjeux, dont des segments ont été incorporés au film. Sinon, Podz n’avait qu’à tourner un documentaire. Ou une émission d’affaires publiques.

Son intention est louable, mais quand le réalisateur, si talentueux soit-il, déclare que «c’est aussi un film qui dénonce un système qui protège l’incompétence», il se met dans la position de celui qui vit dans une maison de verre. D’où, peut-être. la réaction inappropriée par voie de communiqué.

N’est pas Michael Mann (The Insider) ou Alan J. Pakula (All the President’s Men) qui veut.

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