Éric Moreault

Archive du 6 septembre 2012

Jeudi 6 septembre 2012 | Mise en ligne à 10h02 | Commenter Aucun commentaire

Le secret de Sarah

La réalisatrice canadienne Sarah Polley.  PHOTO AP

La réalisatrice canadienne Sarah Polley. PHOTO AP

Les artistes doivent-ils dévoiler une partie de leur vie privée? La question peut paraître bizarre. À l’ère des médias sociaux, elle se pose pourtant avec toujours plus d’acuité. Certains ne nous épargnent aucun détail (Cœur de pirate) alors que d’autres cultivent (parfois à dessein) le secret, jusqu’à se créer un alter ego. À chacun son camp. Sauf qu’il y a parfois des limites à jouer avec l’ambiguïté entre le privé et le public, entre la réalité et la fiction comme vient de le faire Sarah Polley.

Les relationnistes nous demandent souvent, pour une entrevue, de ne pas aborder certains sujets privés. Pour moi, ça va de soi. Qu’est-ce qu’une séparation a à voir avec un rôle dans une comédie? La maladie d’un proche avec un essai? Mais quand il s’agit du point de départ de l’œuvre, parfois même une autofiction ou un documentaire, ça devient pertinent, comme pour Stories We Tell, présenté au Festival du film de Toronto, qui débute aujourd’hui.

La cinéaste Sarah Polley a révélé, par voie de communiqué, qu’elle s’était inspiré de son propre secret familial pour son documentaire qui raconte les secrets d’une famille de conteurs. Sa mère a eu une aventure qui a mené à sa conception. Mais comme de plus en plus de gens étaient au courant, elle a révélé publiquement la chose. En précisant qu’elle ne donnerait aucune entrevue avant la sortie de son film. La belle affaire.

La cinéaste joue sur les deux tableaux. Ou bien t’en parles ou bien t’en parles pas. Au lieu de répondre franchement aux questions et qu’on puisse se concentrer sur le propos de son film, elle braque les projecteurs sur sa vie privée — où ils resteront. Dommage. Elle aurait dû laisser parler son œuvre. D’autant que sa sortie fera de l’ombre sur celle-ci. Si c’était une catharsis, tant mieux, reste que nous n’avions pas besoin de le savoir pour se faire une tête sur Stories We Tell. Mais avait-elle vraiment le choix?

Notre appétit insatiable pour les cancans croustillants est vieux comme le monde. Le voyeurisme est une perversion de la curiosité. Certains artistes le nourrissent parfois avec un sans-gêne proche de l’indécence. Ils peuvent toujours prétendre vouloir contrôler le message et le faire avant que les médias s’en emparent, il reste qu’ils mettent beaucoup de pression sur leurs pairs à faire la même chose. C’est un cercle vicieux.

Je suis peut-être vieux jeu, mais je crois au respect de la vie privée. J’ai pas besoin des détails de l’accouchement de la chanteuse de l’heure. À voir tout ce qu’on voit et à lire tout ce qu’on lit, j’imagine que je dois être pas mal tout seul de ma gang. Non?

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