Éric Moreault

Archive du 9 juillet 2012

Lundi 9 juillet 2012 | Mise en ligne à 12h42 | Commenter Commentaires (2)

Faites du bruit pour Sylvain Trépanier (1964-2012)

Permettez que je vous parle de Sylvain Trépanier. Je devais vous écrire quelque chose sur le Festival d’été de Québec, mais le cœur n’y est pas. Mon ami depuis près de 25 ans est décédé hier, après s’être battu courageusement. Mais c’est surtout sa vie que j’ai envie d’évoquer.
J’ai connu Sylvain avant de le rencontrer, à l’Université Laval. Ses reportages dans Impact Campus, le journal étudiant, me renversaient. Sa vivacité d’esprit, son humour, ses convictions, sa grande capacité d’observation, jusque dans le fin détail… Bref, il avait déjà une plume remarquable. L’année suivante, je commençais moi aussi ma carrière de journaliste, à Impact Campus. Toujours, j’essayais d’être presque aussi bon que Sylvain. Honnêtement, j’y arrivais pas souvent. Je m’en foutais un peu.
Parce que, au fil du temps, Sylvain est devenu au ami. Il n’était pas toujours commode, l’animal. Il était parfois bougon et colérique. Têtu aussi. Mais la plupart du temps, il affichait un large sourire contagieux. Dans ces moments-là, il était la quintessence de la joie de vivre. Et comme c’était un formidable conteur… Ce formidable pince-sans-rire pouvait passer une soirée à nous entourlouper avec ses histoires abracadabrantes inspirées de sa famille nombreuse et de son coin de pays, la région de l’amiante. Un Fred Pellerin dans l’âme.
Quand il est revenu s’installer à Québec, après avoir travaillé à l’Acadie Nouvelle, le quotidien du Nouveau-Brunswick, on a renoué les fils comme s’ils ne s’étaient jamais déliés. À l’époque, on fréquentait régulièrement les Salons d’Edgar les vendredis soirs. Puis on se retrouvait les samedis matins, au palais de justice, où on couvrait les comparutions, lui pour le Journal de Québec, moi pour Le Soleil. La tête un peu lourde, parfois, mais toujours le cœur à l’ouvrage. Ce cœur qu’il avait toujours à la bonne place. Sylvain était un indigné perpétuel, toujours en lutte contre les iniquités et les injustices. Il supportait mal l’autorité aussi et n’en faisait souvent qu’à sa tête. Pas bon ça, pour les promotions. Sylvain était au-dessus de ça.
À cette époque, Sylvain, Gilles et moi avions pris l’habitude de louer un chalet, en mars, à Baie-Saint-Paul. On a fait ça pendant six, sept ans, jusqu’à ce que les obligations familiales et professionnelles s’en mêlent. Pendant une semaine, nous dévalions les pentes — il fallait le voir avec son casque de poil dont les oreilles flottaient au vent, le sourire ravi du gars qui avait réussi à se rendre jusqu’en bas sans se péter la fiole. Le soir venu, l’un de nous cuisinait — le cassoulet de Sylvain était imbattable — et on écoutait une tonne de musique. Jusqu’à pas d’heure. Je le revois, le grand chauve, penché sur son djembe qu’il martelait avec l’enthousiasme d’un enfant de sept ans.
Trep, comme on l’appelait, était comme ça. Sous son air placide, parfois taciturne, se dissimulait un grand sensible qui aimait faire du bruit. Parfois pour faire passer son indignation, mais le plus souvent pour célébrer le tumulte de la vie. Un maudit grand fou. Alors, cette semaine, faites-moi plaisir. Chaque fois que vous serez au FEQ — où que vous soyez cette semaine — et que vous faites du bruit, faites-en un peu plus. Pour Sylvain. Mais aussi pour Élisabeth, sa conjointe, et Marion, sa petite fille. Pour sa famille. Et pour tous ceux et et celles qui gardent un souvenir ému d’un gars attachant, parti trop tôt, à 47 ans.

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