Éric Moreault

Archive du 22 juin 2012

Vendredi 22 juin 2012 | Mise en ligne à 11h58 | Commenter Commentaires (2)

La dernière vague

Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo dans À bout de souffle.

Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo dans À bout de souffle.

Avec le décès d’Andrew Sarris, le 20 juin, c’est tout un pan de la critique de cinéma qui s’éteint. Le nom de Sarris ne vous dit rien? Honnêtement, ça n’a guère d’importance. C’est plutôt l’influence qu’il a eue sur le cinéma américain qui a été déterminante. Parce qu’il s’est fait le champion aux États-Unis de la politique des auteurs que les blancs-becs de la Nouvelle Vague avaient développée dans Les Cahiers du cinéma.

Avant de devenir des maîtres du cinéma, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Eric Rohmer et Claude Chabrol ont en effet aiguisé leur plume de critiques. Avis à tous ceux qui pensent que les critiques sont des ratés sympathiques… C’est lors d’un séjour à Paris, en 1961, que Sarris s’est retrouvé en contact avec la politique des auteurs et qu’il l’a importée dans son pays. Grossièrement résumée, la théorie stipule que les réalisateurs sont les auteurs d’un film au même titre qu’un écrivain celui d’un livre. Ça peut sembler évident, ça l’était beaucoup moins à l’époque.

Or Sarris, à l’instar de la bande des quatre, en particulier Truffaut,  a appliqué avec insistance cette notion à Alfred Hitchcok, notamment Psycho. Il écrira un livre, The American Cinema (1968), qui aura une influence majeure sur le cinéma américain indépendant (mais très peu sur Hollywood, malheureusement). Le critique du Village Voice a chanté les louanges, dans son panthéon, de John Ford, Orson Welles, Howard Hawks, Murnau, Fritz Lang, Chaplin, Hitchcock, Renoir, etc.

J’ai toujours été cinéphile dans l’âme. Mais c’est vraiment quand j’ai découvert la Nouvelle Vague, le néo-réalisme italien, l’expressionnisme allemand, les révolutionnaires russes et Bergman, qui est une catégorie en soi, que le cinéma est devenu un art à part entière. S’il y a aujourd’hui des Philippe Falardeau, Denis Villeneuve, Terrence Mallick, Ken Loach et autres, c’est en grande partie parce des gens comme Andrew Sarris ont défendu bec et ongles la notion d’auteur. Mais Sarris est mort, le Québécois Marc Gervais aussi en mars dernier, tout comme Pauline Kael (du NY Times). Même chose pour Truffaut (1984), Rohmer (en 2010), Chabrol (2010)… Il nous reste l’impayable Godard, mais pour combien de temps?

C’est quoi votre film préféré de l’époque? J’avoue que, personnellement, je me suis jamais vraiment remis d’À bout de souffle (Godard, 1960) même si j’ai déjà appelé un de mes chats Fellini (décédé en 1993 — le réalisateur, pas le chat!). J’ai encore une affiche du film, encadrée, dans le corridor qui mène aux chambres, de Belmondo qui embrasse Jean Serberg. Souvenirs, souvenirs…

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