Éric Moreault

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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Jeudi 7 juin 2012 | Mise en ligne à 11h39 | Commenter Aucun commentaire

    Le miroir de nos contradictions

    Traces, des 7 doigts de la main, s'est avéré un moment fort du 13e Carrefour international de théâtre de Québec.  PHOTO Le Soleil Erick Labbé

    Traces, des 7 doigts de la main, s'est avéré un moment fort du 13e Carrefour international de théâtre de Québec. PHOTO Le Soleil Erick Labbé

    J’ai souvent écrit que les meilleurs auteurs de théâtre tendent un miroir aux spectateurs, un reflet qui permet de plonger dans l’âme humaine. Le problème, qui n’en est pas un au fond, c’est que les dramaturges nous renvoient une image pas toujours glorieuse de ce que nous sommes, nous confrontant à nos contradictions, nos petites (et grandes) lâchetés et nos dénis face à celles-ci. Bref, il agit comme un révélateur. Ça, on n’aime pas beaucoup. Et c’est bien dommage.

    Le Carrefour international de théâtre de Québec, qui se clôt dimanche, en a été la preuve éclatante. Prometteuse sur papier, la 13e édition s’est révélée très relevée dans les faits. On pourrait épiloguer longuement sur les mises en scène, mais ce sont d’abord les textes qui m’ont frappé.

    L’affiche au premier plan. Les Québécois aiment bien prendre la défense des opprimés, mais la cause des Palestiniens n’est pas trop populaire. Parce que sont des Arabes ou parce qu’ils sont occupés par des Juifs? Ou les deux?

    Rick Miller : Vendu et Angoisse cosmique… démontrent que, sur le plan environnemental, nous prétendons une chose, mais faisons exactement le contraire en gaspillant nos ressources sans arrière-pensées. Nous sommes des victimes consentantes de la folie consumériste. Aussi bien en rire (jaune).

    Le vent dans le violon illustrait notre refus de la différence, surtout chez les simples d’esprit, et nos jugements gratuits sur la pauvreté.

    Il y a évidemment l’éléphant dans la pièce : Bertrand Cantat, qu’on ne peut effectivement pas voir sur scène. La virulence des commentaires qui a déferlé à l’annonce de sa venue a révélé une tare de plus en plus apparente chez les Québécois : leur allergie au pardon. Qui mène souvent directement à l’intolérance.

    Voilà en quoi le théâtre exige un certain effort et une bonne disposition d’esprit, mais tout en offrant les récompenses de l’esprit de communauté et un ludisme collectif qui vient avec. Exactement le contraire du cinéma, qui mise surtout sur la séduction et nos tendances narcissiques. Pas tout le cinéma, évidemment, que j’adore, en passant. Ça fait partie de mes contradictions…

    Cela dit, les pièces vues n’étaient pas nihilistes, mais pleines d’humanité et souvent très drôles. Une chance : leur horizon s’ouvrait souvent sur la créativité et la force de l’imaginaire (Léo), l’espoir (Vendu), l’amour (Beauté, chaleur et mort; Le vent…) et parfois tout ça. Comme ce magnifique ballet de chaises roulantes à la fin du parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant…

    * * *

    Puisqu’il prend la forme d’un condensé et présente la crème de la création, le Carrefour permet aussi de constater des tendances fortes. Celle du solo, par exemple : Léo, Vendu et Seuls. Les tours de force de Robert Lepage ont inspiré autant Daniel Brière, Rick Miller que Wajdi Mouwad.

    Les nouvelles formes, ensuite. L’intégration de la technologie, bien sûr, visible presque dans toutes les pièces, mais aussi l’amalgame des différentes disciplines. Rien de neuf, me direz-vous, mais on pousse de plus en plus loin. Le magique Traces et Léo intègrent cirque urbain, théâtre, danse contemporaine et arts visuels avec beaucoup de succès — sur le plan artistique et aux guichets. Sans devenir un Québec complètement cirque, mon petit doigt me dit qu’on en verra encore aux prochains Carrefours, notamment quand le Diamant sera construit, quelque part en 2015-2016.

    * * *

    Au moment d’écrire ces lignes, je n’avais pas encore vu Seuls, le solo de Wajdi Mouawad, et Des femmes, la trilogie de Sophocle mis en scène par le sulfureux dramaturge. À propos de ces trois pièces, point d’orgue du Carrefour dimanche, je vais publier mes commentaires, entre les pièces, sur ce blogue. La critique complète sera en ligne et dans l’édition papier lundi.

    Parlant de critique, tous mes papiers du Carrefour sont regroupés sur le site du Soleil.


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