
Shawn Barker interprète un Johnny Cash plus vrai que vrai. PHOTO Le Soleil Jean-Marie Villeneuve
J’avoue: je suis retourné voir Man In Black, au Capitole de Québec où il passe l’été, pour une quatrième fois. Moi qui me suis fait une religion de ne pas fréquenter les spectacles hommage, c’est un peu hérétique. Je trouve toujours ça bizarre de voir le succédané quand on peut avoir l’original. Mais, justement, Johnny Cash est décédé en 2003. J’ai vu des centaines et des centaines de shows, mais pas lui. Je ne suis pas tout seul. Shawn Barker, plus vrai que vrai dans son incarnation, ne l’a jamais vu non plus! Et vous? Un chanceux ou une chanceuse que je peux envier à mort?
Ceci explique cela. En partie. Johnny Cash était plus qu’une icône de la musique. L’homme était un rebelle. Avec plusieurs causes — à une époque où ce n’était pas à la mode. Il dénonçait avec beaucoup d’intelligence les travers et contradictions de la société. Comme dans Ballad of Ira Hayes, qui narre l’histoire véridique de l’Amérindien, qui s’est engagé dans les Marines en 1942 et fut immortalisé sur la photo de la bataille d’Iwo Jima (il est un des protagonistes de Flag of our Fathers de Clint Eastwood). Incapable de s’adapter à la société à son retour, il sombre dans l’alcoolisme et décède en 1955.
Barker et son groupe en font une interprétation particulièrement réussie. Comme Man In Black, qui résume tout ce que Cash défendait avec honneur et du feu dans les yeux: les pauvres, les illettrés, les vieux abandonnés, les victimes de l’injustice, les soldats morts au combat… Le gars s’y est tenu jusqu’à la toute fin. «Ah, I’d love to wear a rainbow every day / And tell the world that everything’s OK / But I’ll try to carry off a little darkness on my back / ‘Till things are brighter / I’m the Man In Black.» Respect.
S’il n’y avait que ça. Cash savait s’amuser sur scène, ce que Man In Black rend avec justesse (Get Rhythm, Jackson, Ring of Fire…). La magie de ce spectacle, meilleur à chaque fois que je le vois, réside dans ce bel équilibre entre les classiques et les chansons un peu moins connues. Le tout dans son contexte, du premier simple enregistré par Cash (Cry, Cry, Cry) au mythique studio Sun Records jusqu’au dernier (Hurt de Nine Inch Nail), avec Rick Rubin. L’interprétation sensible de Barker fait d’ailleurs mettre tous les poils du corps au garde-à-vous!
Bref, à chaque fois, j’ai un gros fun… noir! Évidemment.
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