Éric Moreault

Archive du 31 mai 2012

L'œuvre que enlever Hydro-Québec parce qu'elle l'assimile à du vandalisme. PHOTO LE SOLEIL STEVE DESCHÊNES

L'œuvre que veut enlever Hydro-Québec parce qu'elle l'assimile à du vandalisme. PHOTO LE SOLEIL STEVE DESCHÊNES

Dans l’art de se couvrir de ridicule avec une décision administrative obtuse et des arguments de béotiens, difficile de faire mieux qu’Hydro-Québec. Notre société d’État veut faire disparaître une installation qu’a réalisé Sylvain Michaud sur un de ses poteaux, en 2010, parc qu’elle l’assimile à du vandalisme, révélait un article de ma collègue Annie Morin. C’est une insulte à l’intelligence.

Un bien d’utilité publique, martèle la porte-parole. Justement. Vos fichus poteaux appartiennent à la population. Ils sont régulièrement «dénaturés» par une quantité innombrables d’affiches qui constituent une véritable pollution visuelle. Là quelqu’un décide d’enjoliver la ville de Québec en décorant un poteau d’écailles de serpent en cuir et vous parlez «d’objets placés illégalement sur un poteau»? Plutôt mourir que d’entendre ça.

Autre argument avancé: c’est dangereux. Ben oui, on le sait qu’il y a des transformateurs. Croyez-vous réellement que la population va se mettre à grimper dans les poteaux soudainement parce qu’elle veut imiter M. Michaud? Faudrait être malade. Avez-vous une petite idée du temps qu’il a consacré à l’œuvre en question? Trois patiente semaines. Depuis, il nettoie et huile le cuir pour qu’il reste beau. GRATUITEMENT!

Le gouvernement du Québec oblige promoteurs et société d’État à investir 1 % du budget de la construction d’un immeuble en art public. Les villes investissent des sommes considérables dans l’amélioration du mobilier urbain. Là, vous coupez les ailes à un citoyen qui a fait preuve d’une belle initiative pour des considérations technocratiques. Bravo les champions!

J’ai emprunté en partie le titre à une chronique de Nathalie Petrowski. En 2010, la Société d’État avait décidé de suspendre son programme d’acquisition d’œuvres d’art contemporain, qui existait depuis 50 ans, pour «économiser» 200 000 $. Comme on voit, en matière de jugement artistique, ça vole bas en ce moment chez Hydro-Québec.

Un citoyen a ouvert une page Facebook pour sauver l’œuvre. Bonne idée. Mais peut-être que quelqu’un devait plutôt lancer une pétition sur change.org. Pas mal souvent, ça fait reculer les administrations qui prennent des décisions ridicules.

AJOUT: Hydro n’a pas l’intention d’instituer une «police des poteaux», mais maintient sa position. Sans commentaire.

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