Éric Moreault

Archive du 28 mai 2012

Lundi 28 mai 2012 | Mise en ligne à 11h36 | Commenter Un commentaire

Exorciser la mort de son bébé sur scène

Beauté, chaleur et mort a comme sujet l'ultime tabou: la mort d'un bébé.

Beauté, chaleur et mort a comme sujet l'ultime tabou: la mort d'un bébé. PHOTO Patrice Blain

Nini Bélanger et Pascal Brullemans forment un couple dans la vraie vie et ont deux enfants. Mais il y a quelques années, ils ont perdu leur fille à la suite d’une erreur médicale. Ils ont décidé d’exorciser cette perte immense sur scène dans Beauté, chaleur et mort, présentée au Carrefour international de théâtre (28 et 29 mai). Vont-ils trop loin?

A priori, il n’y a pas de limites à ce qu’on peut dire sur scène, de l’horreur guerrière aux récriminations du vagin, en passant par l’inceste et la pédophilie. Mais le malheur de perdre son enfant? C’est le tabou ultime. Je ne serais pas capable. Juste penser, l’espace d’un bref instant que je pourrais perdre l’une de mes trois tornades, j’ai le cœur qui veut exploser. Alors, le revivre sur scène, devant des gens… Il me semble qu’il y a une frontière d’intimité à ne pas franchir.

D’ailleurs, les proches de Nini Bélanger lui ont dit: «Tu ne peux pas faire ça.» Son conjoint en faisait partie: «Ça m’a fait peur.» Peut-être voulait-il dire «terrifié»? Évidemment, Nini Bélanger est le genre de femmes à qui il ne faut surtout pas dire: «Tu ne peux pas faire ça.» Alors ils l’ont fait. «Ça nous permet de dire l’indicible. Il n’y a pas de mots dans la langue française pour dire un parent qui perd son enfant», a expliqué Pascal Brullemans.

Que peut-on dire sur scène et, surtout, comment peut-on le représenter quand on pénètre dans une zone aussi trouble? Les deux créateurs ont choisi la retenue et une approche documentaire. Pas question de jouer. On partage ici l’intimité dans un moment où le sol se dérobe sous nos pieds… Car avec le deuil vient la douleur. Or, comme ils le disent eux-mêmes, nous vivons à une époque de consommation effrénée, où les joies et les indignations passent à la vitesse de l’éclair. «La douleur, elle, reste la même. Lancinante et persistante. Son épreuve laisse des traces que nous ne prenons plus le temps d’observer. Nous la taisons ou l’anesthésions. Il revient alors aux créateurs de trouver le chemin pour dévoiler cette part d’ombre que nous occultons.»

«Elle est née, elle est morte.» Le constat est implacable. J’avoue qu’il m’a choqué quand je les ai entendus en parler. Mais le couple est convaincu qu’il peut partager ce moment très intime pour démontrer qu’après la tragédie, il reste «l’amour qu’on partage et qu’on peut [avoir le courage de] continuer. Ce spectacle, c’est la vie.» Celle de deux cœurs qui battent à l’unisson.

AJOUT: ma critique de la pièce.

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