
Pas de doute, le gouvernement conservateur est fier de son budget! La Presse canadienne
Le milieu des arts s’y attendait, mais le choc est violent: le gouvernement conservateur de Stephen Harper a sabré les budgets des principaux organismes culturels fédéraux de 10 %. Pas seulement Radio-Canada. L’ONF, Téléfilm Canada et Bibliothèque et Archives Canada ont aussi goûté au remède de cheval. Total: 191 M$ de moins d’ici 2014-2015, et pour les années subséquentes.
Heureusement, le Conseil des arts a eu la vie sauve. N’empêche. C’est de l’acharnement idéologique. Il n’y a aucune raison qui justifie de telles décisions si ce n’est plaire à la base partisane rednecks. C’est traiter un problème de pellicules par la décapitation, comme disait Frank Zappa.
Pourquoi? Parce que c’est une goutte d’eau dans l’océan du budget fédéral. Vous en doutez? C’est pas moi que le dit, mais L’institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). «Des coupures de 11% à Radio-Canada, 10% à l’ACDI, 10% à l’ONF, 10% à Téléfilm Canada, 9% à Archives Canada ne vont rapporter que 461 M$ à terme, soit à peine 0,61% des dépenses compressibles du gouvernement. Ces coupures demanderont d’importantes réductions de personnel et de service dans ces organisations sans permettre des économies importantes. Difficile de ne pas voir un choix idéologique de couper à ces organisations environ 10% de leur budget total, alors que les coupures représentent 1,9% du total des dépenses de programme », a souligné Guillaume Hébert, chercheur à l’IRIS.
Mais ce gouvernement d’Attila d’opérette ne rigole pas avec ses ennemis. C’est la mentalité de la loi et l’ordre appliquée sans merci. Et une douce revanche envers ceux qui osent critiquer son approche. Ce n’est pas la première, ni la dernière fois, je le crains. La liste d’actions est longue depuis leur arrivée au pouvoir.
C’est évidemment Radio-Canada, ce repaire de gauchistes et de progressistes, qui y a goûté le plus. La SRC verra son budget amputé de 115 millions d’ici à 2014-2015, dont 27,8 millions dès cette année et 41,8 millions de plus l’an prochain. Il faut aussi retrancher l’enveloppe de 60 millions consacrée à la production d’émissions canadiennes de qualité. Vous trouvez que c’est bien, parce que le budget annuel de Rad-Can / CBC est de plus de 1 milliard $? Le budget alloué à la Défense défonce les 20 milliards $ — la mission en Afghanistan coûte à elle seule plus de 2 milliards $ par année…
Mettons les choses en perspective: le gouvernement canadien consacrait déjà très peu d’argent au financement de la télévision et à la radio publique. Selon une étude du groupe Nordicity (novembre 2011), en 2009, le Canada arrivait au 16e rang dans l’échantillon des 18 pays occidentaux étudiés (devant la Nouvelle-Zélande et les États-Unis) en allouant 34 $ par habitant à Radio-Canada. Oui, la Norvège, la Suisse et le Danemark allongent en moyenne 150 $ par habitant. Mais ce ne sont pas tous des pays nordiques socialistes! L’Allemagne consacre 147 $ par habitant; le Royaume-Uni 111 $, l’Autriche 99 $, la Belgique, l’Espagne et la France, environ 80 $. Même le Japon met 62 $ par habitant.
J’avoue, je suis en conflit d’intérêts: ça m’arrive d’écouter Radio-Canada et de visionner des films produit par l’ONF ou avec l’aide de Téléfilm. Peu importe. Ce genre de coupures non essentielles sont des atteintes directes aux fondements même de la vie en société, de son évolution depuis des milliers d’années. Ce sera bientôt la Grande noirceur made in Canada. Consolez-vous, on n’aura pas trop le temps d’en souffrir à l’âge où on va prendre notre retraite.
Faut-il s’indigner? Bien sûr. Mais on peut aussi en rire, comme Infoman, l’a fait!
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