Éric Moreault

Vendredi 24 mai 2013 | Mise en ligne à 10h07 | Commenter Un commentaire

Cannes: Marion Cotillard, superstar et polyglotte!

CANNES — Marion Cotillard est une actrice douée, à l’immense talent comme le prouve son Oscar pour La môme. Ce qu’on savait moins, c’est qu’elle a aussi une inclinaison pour les langues, même si elle doit y travailler très fort pour y arriver. Elle parle d’ailleurs un anglais presque sans accent, ce qui a permis de décroches des rôles aux États-Unis.
Mais c’était une toute autre paire de manches pour The Immigrant, de James Gray (présenté en compétition). En conférence de presse, ce matin, à Cannes, la femme de 37 ans a expliqué qu’elle avait 20 pages de scénario en Polonais! «Ce ne sont pas du tout des mots qui ressemblent au français ou à l’anglais. Et je n’avais pas le choix: je devais parler un polonais sans accent [pour que ce soit crédible]. C’est assez déstabilisant.»
Cet intense labeur — elle y a travaillé jour et nuit sur le plateau — en valait la peine parce qu’il lui a permis de composer Ewa. «Ça aide à construire quelque chose qui appartient en propre au personnage.» Une pro jusqu’au bout des doigts! Se performance ne suffit toutefois pas à élever suffisamment le mélodrame de Gray, dont l’histoire de triangle amoureux sur fond d’immigration a été vue 100 fois. Pas mauvais, mais on s’attendait à mieux.
L’exercice peut quand même s’avérer ardu pour l’actrice. Plus tôt cette semaine, elle expliquait qu’elle avait abandonné l’idée de parler l’italien dans un film parce qu’il n’y arrivait tout simplement pas. Elle s’est toutefois reprise pour Blood Ties (de son conjoint Guillaume Canet, coscénarisé par James Gray). Et cette fois, elle a mis dans le mille, au point où un journaliste italien l’a complimenté sur son accent. «Vous me faites plaisir, vous ne pouvez pas imaginer», a-t-elle déclarée, émue.
Vous aussi, vous nous faites plaisir, Mme Cotillard.

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Jeudi 23 mai 2013 | Mise en ligne à 11h55 | Commenter Aucun commentaire

Cannes: Plus vrai que vrai!

Le cinéaste Abdellatif Kechiche a secoué le Festival de Cannes avec La vie d’Adèle, un film magnifique qui redéfinit la façon dont on peut montrer le sexe à l’écran. Mais il démontre aussi qu’il a une façon unique au monde de filmer simplement la vie. L’amour, surtout.
Le réalisateur a voulu filmer un coup de foudre improbable, mais ô combien réel. Lorsque le regard d’Alice (Adèle Exarchopoulos) croise celui d’Emma (Léa Seydoux), l’étudiante est troublée. Sa vraie nature fait surface et Emma se charge de faire son éducation sentimentale.
La vie d’Adèle est l’un des plus beaux films d’amour depuis des années. Parce que la caméra attentive d’Abdellatif Kechiche réussit à capter les élans du cœur, le frémissement de la bouche et le désir des yeux.
Les scènes très, très explicites entre les deux jeunes femmes sont d’une telle intensité et d’une telle sensualité, d’un tel réalisme, qu’elles laissent absolument pantois. «Ce que vous avez vu, on l’a fait», a lancé, rougissante, Léa Seydoux, en conférence de presse. C’est toutefois leur beauté, et leur pouvoir d’évocation à propos du lien qui les unit, qui a une si grande résonnance chez le spectateur.
Ce serait anecdotique si le reste du film n’était pas à l’avenant. La force du réalisme de la mise en scène de Kechiche est telle qu’on oublie complètement les caméras et qu’il s’agit de personnages interprétés par des actrices. Le spectateur fait corps avec le récit, s’immisçant dans le quotidien du couple pour partager ses joies et ses tourments amoureux. Tout le monde a vécu ce puissant ravissement de l’amour qui naît, puis l’intolérable douleur quand il se défait. Simplement la vie, qu’on disait.
Ce n’est pas le but, mais La vie d’Adèle fera œuvre utile en démontrant que l’amour est bon, peu importe son identité sexuelle.

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Mercredi 22 mai 2013 | Mise en ligne à 10h15 | Commenter Un commentaire

Le sang attire le sang

CANNES — Only God Forgives, le film de Nicolas Winding Refn, était l’un des plus attendus au 66e Festival de Cannes. Il y avait gagné, il y a deux ans, le prix — mérité — de la mise en scène pour Drive. Le réalisateur danois a une signature. Parfois maniérée, mais qui lui appartient en propre. Il signe cette fois un hybride de film d’arts martiaux et de film noir, à la violence exacerbée, évidemment.
Il suffit d’un meurtre, celui d’une prostituée mineure, commis par le frère de Julian (Ryan Gosling), pour déclencher une véritable spirale de vengeance et de violence sanguinolente. Le sang attire le sang.
Déception, cet étrange mélange de Tarantino sur le Valium et de Lynch allégé, ne rempli pas ses promesses.
Winding Refn a un talent admirable pour la mise en scène, mais peu à dire, surtout qu’il cherche à illustrer le combat d’un homme contre un autre qui se prend pour Dieu. Only God Forgives est parsemé d’apparitions fantomatiques sensées représenter le rêve éveillé d’un gangster qui traverse sa vie comme un somnambule. Il bouge, mais il ne sait pas où il va. Je sais, on en connaît tous des comme ça.
Outre cette lutte à finir, Julian doit aussi composer avec une mère castrante, d’une vulgarité inégalée à l’écran (Kristin Scott Thomas, renversante), et une énigmatique compagne (une pute?). Le film est cryptique à souhait, rempli d’une pseudo-mystique et hanté par les esprits…
Le réalisateur utilise les trois couleurs primaires pour éclairer ses scènes, c’est spectaculaire sur le plan esthétique, avec une prédominance pour le rouge, couleur du sang qui coule à flots. Sur ce plan, Only God Forgives est une réussite. Mais Gosling est pratiquement silencieux du début à la fin. J’ai l’impression que le réalisateur trouvait que les mots nuisaient à la poésie des images, comme il le disait en conférence de presse, ce matin.
Le film prendra l’affiche cet été au Québec. Allez-vous y aller?

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