Éric Moreault

Vendredi 9 décembre 2016 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Manchester by the Sea

Les nominations sont encore inconnues que, déjà, Manchester by the Sea figure parmi les favoris aux Oscars. Ca drame familial très touchant de Kenneth Lonergan se distingue par son approche délicate et nuancée des tourments d’un homme qui vit avec le poids d’une terrible tragédie, mais aussi par sa véracité psychologique. Le tout porté par une performance exceptionnelle de Casey Affleck dans la peau de cet écorché vif. Une réussite (presque) totale.

Lee Chandler (Affleck), modeste concierge, doit retourner dans sa ville natale de Manchester après le décès soudain de son frère aîné Joe (Kyle Chandler). À sa grande surprise, le testament lui confie la garde de son neveu Patrick (Lucas Hedges), 16 ans.

Lee ne veut rien savoir, tourmenté par les souvenirs qui le hantent et les regards que lui lancent les habitants de la petite communauté. Sauf que Patrick ne veut rien savoir, lui, de déménager à Boston. Sa vie d’ado — son école, ses deux blondes (!), son équipe de hockey, son (très mauvais) band rock — est à Manchester. Le bateau de son père aussi.

Touche par touche, à l’aide de courts retours en arrière implicites misant sur le non-dit, le réalisateur américain va dévoiler des pans de la vie somme toute heureuse des frères Chandler, tout en explorant la cohabitation forcée et la relation maladroite entre Lee et Patrick. La vie dans ce qu’elle a de plus concret.

Kenneth Lonergan est un dramaturge respecté qui a fait ses premiers pas au cinéma comme scénariste — les comédies Analyse-moi ça et Gangs of New York de Scorsese. Il passe derrière la caméra avec Tu peux compter sur moi (Grand prix à Sundance en 2000) et Margaret (2011), deux films remarqués pour leurs qualités cinématographiques.

Manchester by the Sea pousse sa démarche un cran plus loin.

Lonergan ne cherche pas à forcer l’émotion. Il préfère installer sa caméra à distance, cadrant large, pour laisser toute la charge émotive s’imposer d’elle-même. Cette approche respectueuse et attentive génère des moments très forts. De l’humour, judicieusement utilisé, vient dédramatiser et offrir une couche supplémentaire de vraisemblance à des personnages qui ont l’épaisseur du réel.

On ne comprend donc pas l’utilisation abusive de violons qui viennent souligner à grands traits des moments émouvants. C’est non seulement contre indiqué, mais ça va aussi à l’encontre des prémisses de sa réalisation. Vraiment dommage parce que Lonergan vient un peu gâcher un très grand et beau film.

D’autant que malgré des accès mélodramatiques, Manchester n’est pas une histoire de rédemption couronnée par une fin heureuse imposée — plutôt une magnifique lueur d’espoir. Avec beaucoup d’à-propos et de lucidité, Lonergan scrute les notions d’amour fraternel, de transmission, de communauté, de sacrifice… De survivance aussi. Celle d’un homme dévasté par une erreur impardonnable.

À ce chapitre, l’interprétation toute en intériorité de Casey Affleck est absolument remarquable. Il compose un homme taciturne, rongé par le désespoir, fantôme de lui-même qui erre dans une vie dont il est dépossédé par la souffrance. Son visage douloureux, fermé comme un poing, livre à chaque instant son fardeau. Il n’en est pas antipathique ou pathétique pour autant. Affleck a gagné cinq prix d’interprétation déjà pour ce film et il est un candidat logique à l’Oscar d’interprétation.

Manchester by the Sea devrait aussi gagner la statuette du meilleur scénario original. Un des meilleurs films américains de l’année.

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Mardi 6 décembre 2016 | Mise en ligne à 12h37 | Commenter Commentaires (7)

Où sont les cinéphiles?

Le Clap ne diffuse plus de films au Musée de la civilisation. Les cinéphiles n'étaient pas au rendez-vous.

Le Clap ne diffuse plus de films au Musée de la civilisation. Les cinéphiles n'étaient pas au rendez-vous.

La décision du Clap et du Musée de la civilisation de cesser les projections quotidiennes de films dans l’institution du Vieux-Port vient de mettre encore sérieusement sur la glace un projet de retour d’un cinéma au centre-ville de Québec (mon texte sur le sujet). Mais, sérieusement, qui oserait investir dans un tel pari au regard du comportement des cinéphiles actuels?

Je déplore souvent sur ce blogue que Québec reçoive parfois des films avec plusieurs semaines de retard ou pas du tout. Sauf que le taux de fréquentation du cinéma de répertoire dans la capitale n’aide pas du tout distributeurs et diffuseurs à prendre des risques. Le cinéma Cartier a jeté l’éponge depuis son changement de propriétaire, qui diffuse des films grand public sauf exception. Le Clap fait de gros efforts, mais le peu de résultats laisse perplexe Robin Plamondon, le copropriétaire.

Les cinéphiles sont de plus en plus frileux, constate-t-il. Ce serait plus facile de virer 100 % américain, dit-il. Mais ce n’est pas le mandat du Clap, qui cherche à diffuser un cinéma autrement. Reste que les gens étant plus conservateurs dans leurs choix, l’offre diminue en conséquence. Un cercle vicieux qui a contribué, entre autres, à la fermeture de l’Excentris à Montréal. Ça et la désaffectation des salles au profit des cinémas maison — que peuvent s’offrir les gens dans la force de l’âge et les boomers. Quand ils vont en salle, ils optent pour les valeurs sûres.

Reste les jeunes, pour qui aller au cinéma est encore une sortie. Je me souviens qu’au cégep et à l’université, nous étions nombreux à remplir les salles du Clap pour aller voir du cinéma d’auteur, qu’il ait été québécois ou étranger. Ce n’est plus le cas, constate Robin Plamondon. «Le problème qu’on a au Québec en est un d’éducation cinématographique. On a abandonné les enfants devant les films commerciaux depuis 20 ans et là, on paye la facture.»

Bref, la prochaine fois que vous serez déçus parce que le très beau Loving de Jeff Nichols ou que le prenant Manchester by the Sea arrivent deux, trois semaines plus tard que Montréal, ne soyez pas surpris. Et encore moins si on ne construit pas un nouveau cinéma à Québec dans un avenir proche.

L’établissement d’un nouveau cinéma au centre-ville fait l’objet de débats depuis des années après les fermetures successives du Paris, à la place D’Youville, des salles de Place Québec et, surtout, du Cineplex de Place Charest, en 2011.

La Société de développement Angus avait par la suite évalué sérieusement la possibilité de bâtir un cinéma d’une dizaine de salles sur un terrain à l’angle des rues Saint-Vallier Est et Saint-Anselme, dans le quartier Saint-Roch, avant d’abandonner le projet. Pas sûr que Le Clap ou d’autres investisseurs vont s’y risquer. C’est bien dommage.

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Lundi 5 décembre 2016 | Mise en ligne à 14h22 | Commenter Commentaires (3)

B.-a. de Ça sent la coupe avec Louis-José Houde: prometteur

Les Canadiens, Louis-José Houde et Patrice Sauvé: tous les éléments sont réunis pour créer un immense succès. Surtout si le personnage de Houde, Max, est un fan fini du club de hockey de Montréal. Au point de mettre en péril sa relation avec sa blonde (Émilie Bibeau).

Le synopsis officiel: «Entre le premier match de la saison 2009-2010 des Canadiens, et le tout dernier contre les Flyers de Philadelphie sept mois plus tard, Max devra gérer le retour de sa sœur Nathalie, en exil depuis la mort de leurs parents, ainsi que les insécurités de son meilleur ami Phil, qui entamera une relation houleuse avec Nathalie. Aidé par les autres gars de la gang, Richard et François, Max devra surtout apprendre du départ de Julie, malgré ses envies irrépressibles de la reconquérir.»

La bande-annonce mise en ligne, qu’on peut voir ici, s’avère assez prometteuse. On sent la touche de Sauvé, un habitué des comédies dramatiques avec un flair pour illustrer le réel — il a réalisé les séries-cultes La vie, la vie et Grande Ourse. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom de Matthieu Simard, qui a lui-même scénarisé.

Avec une sortie prévue le 24 février 2017, disons que la production espère créer une frénésie semblable à celle qui envahit les partisans au printemps.

J’avoue que je suis curieux de voir le résultat sur grand écran. Vous?

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