Éric Moreault

Vendredi 31 octobre 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Un commentaire

Le film de la semaine: Le rôdeur

OK, c’est l’Halloween et Le rôdeur (Nightcrawler) n’est pas un film d’horreur. Mais pas loin. Et c’est l’un des meilleurs films de l’automne. Habilement construit, il doit tout de même beaucoup à la brillance de Jake Gyllenhaal dans le rôle-titre, un sociopathe tellement normal de prime abord qu’il en est encore plus terrifiant. Le long métrage de Dan Gilroy s’avère d’une redoutable efficacité, tout en posant de pertinentes questions sur notre consommation d’images qui exploitent le drame des autres et le sensationalisme qui en en découle.

Lou Bloom (Gyllenhaal) est un voleur à la petite semaine dont le chemin croise celui d’un accident. Fasciné par le caméraman-pigiste qui filme la scène et qui vend son clip à une chaîne de télé, il entreprend de couvrir les faits divers en autodidacte. Ses débuts s’avèrent franchement maladroits, mais le solitaire apprend vite. Il pourra aussi compter sur le soutien de Nina (Rene Russo), une journaliste sans scrupule, dans sa quête d’auditoire.

L’ascension de Lou s’avère absolument fascinante. Rien n’arrête ce misanthrope dans son désir effréné de réussite : il va jusqu’à déplacer un corps pour avoir un meilleur angle de vue! Il exploite sans vergogne son assistant Rick (Riz Ahmed) sur lequel il exerce une influence semblable à celle d’un gourou. Beau parleur, Bloom sait comment manipuler les gens et il est impitoyable. Et tous les coups sont permis pour éliminer la concurrence…

Il faut beaucoup de talent pour rendre «acceptable» un tel personnage. On a vu l’étendue de la virtuosité de Gyllenhaal dans Prisonniers et Ennemis, tous deux de Denis Villeneuve. Sa composition est remplie de détails qui rendent crédible celui qu’il interprète. Et ce rôle-ci devrait au moins lui valoir une nomination aux Oscars. Sa banalité et ses maladresses dissimulent la vraie nature de l’ambitieux, mais elle se dévoile alors qu’il gagne en confiance. Il faut voir ses yeux qui s’allument et son sourire enfantin quand il regarde aux nouvelles le résultat de son travail…

Mais c’est aussi là que réside la grande qualité du scénario de Gilroy. À travers l’ascension de Bloom, il démontre les dérives éthiques du journalisme à sensation. Sans forcer le trait, la dénonciation est féroce. Et elle tend aussi un miroir aux spectateurs, qui sont amenés à réfléchir sur leur consommation d’images. S’il y a une offre, c’est qu’il y a une demande…

Reste qu’à la base, Dan Gilroy a d’abord réussi un film captivant, avec un montage efficace et une caméra extrêmement mobile — une belle réussite pour la première réalisation du scénariste (Jason Bourne : l’héritage). Aucun doute que Gilroy sait raconter une histoire de façon efficace et avec une certaine frénésie.

De telle façon, d’ailleurs, que le drame psychologique se transforme, dans la dernière partie, dans un suspense absolument prenant — il faut voir l’hallucinante course-poursuite qui conclut en beauté la montée dramatique. Fait notable, Gyllenhaal n’a jamais cédé le volant à un cascadeur pendant le tournage et il roule souvent le pied au plancher!

Le rôdeur est un plaisir délicieusement pervers, un long métrage aussi captivant qu’intelligent.

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Mercredi 29 octobre 2014 | Mise en ligne à 14h08 | Commenter Commentaires (6)

Ça sent les Oscars…

S’il y a une grosse différence entre l’an passé et cet automne, c’est qu’à ce temps-ci, on connaissait déjà à peu près tous les films qui seraient réellement de la course aux Oscars. À part Jeunesse de Richard Linklater et Les apparences de David Fincher, les principaux prétendants n’ont pas encore pris l’affiche. Mais ça s’en vient.

À Québec, Birdman (Innaritu) et Interstellaire (Nolan) atterrissent sur nos affiche vendredi prochain. D’ici deux mois, tous les candidats devront avoir été projetés en salle au moins une semaine dans les marchés de Los Angeles et de New York pour être éligibles.

Dans les sorties prévues, voici ceux seront considérés: The Homesman, de Tommy Lee Jones, 20 novembre (au moins pour Hillary Swank); La théorie de l’univers, de James Marsch, 28 novembre; Wild, de Jean-Marc Vallée, le 5 décembre (au moins pour Reese Witherspoon); Le jeu de l’imitation de Morten Tyldum, le 19 décembre; Grands yeux de Tom Burton; Invincible, d’Angelina Jolie, et M. Turner, de Mike Leigh, le 25 décembre, pour ces trois derniers. Foxcatcher, de Bennet Miller, American Sniper de Clint Eastwood, et Le flambeur, de Rupert Wyatt, vont aussi prendre l’affiche en sortie limitée en décembre. L’année de toutes les violences, de J.C. Chandor, sortira le 31 décembre.

Est-ce que vous en voyez d’autres?

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Lundi 27 octobre 2014 | Mise en ligne à 9h39 | Commenter Commentaires (5)

Surdose de Sophie Desmarais

Photo: Olivier Jean, La Presse

Photo: Olivier Jean, La Presse

Il y a quelques semaines, Le navet publiait un texte qui se moquait du fait qu’un film québécois prenait l’affiche, cet automne, sans que Sophie Desmarais y tienne un rôle. Le site satirique mettait le doigt sur le bobo et notre malaise. Oui, elle a un visage envoutant et du talent. Mais trop souvent à l’écran, c’est comme pas assez.

La présence de l’actrice de 28 ans dans nombre de films depuis deux ans — de Sarah préfère la course à Un parallèle plus tard — illustre à quel point notre cinéma est dépendant, comme les autres cinématographies d’ailleurs, du culte du vedettariat. Sauf qu’ici, l’étroitesse du bassin condamne les réalisateurs à faire sans cesse appel aux mêmes acteurs.

Ça ne date pas d’hier. Rappelez-vous Pascale Bussières dans les années 90 ou Rémi Girard… depuis presque toujours. Eux aussi, les cinéphiles les ont vus à satiété.

On peut comprendre Sophie Desmarais de vouloir jouer. Mais elle devrait choisir des rôles plus différents que celui de la jeune femme qui vit un petit drame amoureux. Parce qu’on a l’impression de voir l’actrice et non le personnage qu’elle est censée interpréter. Ce qui nuit à l’adhésion.

Remarquez, vrai que la grande majorité ne voit pas tous les films québécois. Peut-être est-ce moi. Mais il y a quantité de jeunes actrices talentueuses qui mériteraient de se retrouver au grand écran. J’en connais même quelques-unes à Québec si jamais les réalisateurs veulent faire changement…

Vos suggestions sont les bienvenues.

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