Éric Moreault

Lundi 4 août 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Un commentaire

Les vacances de Mr. Moro, la suite

Il y a encore beaucoup de bon cinéma à l’horizon, dont 1987 de Ricardo Trogi, mais il est temps pour moi de prendre une pause pour recharger les batteries.
Au retour: la rentrée d’automne et les Festivals de Toronto et de Québec.
Bon cinéma!

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Vendredi 1 août 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Un commentaire

Le film de la semaine: Jeunesse (Boyhood)

Jeunesse (Boyhood) est d’abord un éclair de génie : filmer les mêmes personnages pendant 12 ans. Mais c’est ensuite une idée forte, incarnée dans un long métrage profondément humain et touchant, soit celle d’un enfant qui définit son identité et devient un homme. Le film de Richard Linklater est l’un des meilleurs de 2014 et même des dernières années, un Ours d’argent de la réalisation, au Festival de Berlin, amplement mérité.

Le réalisateur n’est pas le premier à explorer le concept du passage du temps sur un personnage, mais jamais un cinéaste ne l’avait développé dans une œuvre aussi aboutie. Comme le titre l’indique, le film nous introduit Mason Jr. (Ellar Coltrane) alors qu’il a six ans. Il vit avec sa mère monoparentale Olivia (Patricia Arquette), une serveuse qui travaille fort pour lui donner un toit ainsi qu’à sa sœur Samantha (Lorelei Linklater), âgée de huit ans. Leur père Mason Sr. (Ethan Hawke) est un éternel ado qui poursuit vaguement le rêve de devenir musicien et les visite de temps à autre.

Jeunesse consacre ensuite quelques séquences à chaque année, en ordre chronologique, jusqu’à ce que Mason atteigne ses 18 ans. On voit ce petit garçon introverti déménager à Houston avec sa mère, renouer avec son père, grandir, fumer son premier joint, tomber en amour, vivre une peine d’amour, développer un talent de photographe, entrer à l’université… Le processus est fascinant.

D’autant qu’il ne se limite pas à Mason Jr, dont la personnalité un peu marginale n’en est pas moins attachante. Le spectateur voit aussi ses parents évoluer. Olivia effectue un retour aux études fructueux, mais deux mariages malheureux. Mason Sr. se reprend en mains et fonde une autre famille. Jeunesse en dit beaucoup sur la filiation, la famille, le divorce, les responsabilités, le vieillissement, le temps qui fuit… Mais, surtout, sur les tourments et les épreuves de la jeunesse autant que sur les défis et les récompenses d’élever des enfants.

Le film saisit aussi l’air du temps. Linklater multiplie les repères temporels, tant politiques que culturels (films, jeux vidéos, chansons — la trame sonore est fantastique (voir plus bas)), ce qui aide dans les transitions (une «année» se terminant presque systématiquement sur le regard que porte Mason Jr. sur une situation).

Linklater a beau être un cinéaste éclectique (et forcément inégal), sa signature est maintenant bien établie, notamment avec la trilogie des Before (Sunrise, Sunset et Midnight). Une approche naturaliste et à l’aspect documentaire avec des dialogues qu’on dirait improvisés, mais qui est finement travaillée. C’est évidemment le cas dans Jeunesse, qui comprend d’ailleurs plusieurs scènes en voiture, comme d’habitude.

Un mot sur la générosité des acteurs, qui ont accepté d’être filmés au naturel pendant 12 ans, sans savoir où tout ça les menait. Leur force d’incarnation et leur présence contribuent à la véracité de Jeunesse. Les voir vieillir est proprement hallucinant, même les adultes.

Jeunesse est du vrai cinéma d’auteur, tourné dans le Texas natal du réalisateur, qu’il habite toujours, en lumière naturelle et son ambiant. On a l’impression de vivre avec la famille et non de les regarder dans un long métrage.

Si vous devez voir un seul film au cinéma cette année, ce devrait être celui de Linklater : quelle aventure! Sans effets spéciaux, sans artifices, sans prérequis et sans étude de marché, Jeunesse nous tend un formidable miroir dans lequel on peut observer notre propre combat quotidien pour donner un sens à la vie. Il ne peut y avoir de sujet plus universel et profondément ancré dans ce que nous sommes, des êtres en perpétuelle quête de reconnaissance et d’amour…

Pour ce parti pris d’humanisme et de simplicité, Jeunesse est un film magnifique. Allez-y. C’est impossible de ne pas tomber sous le charme. À la toute fin, il y a une protagoniste qui dit à Mason : «On dit souvent qu’il faut saisir le moment. Mais parfois, c’est le moment qui nous saisit.» Voilà qui résume à merveille ce que le spectateur ressent lorsque le générique se met à défiler. Wow!

P.S. Voici quelques artistes qu’on retrouve surr la trame sonore: Wilco, Arcade Fire, Bob Dylan, Cat Power, Flaming Lips, Vampire Weekend, Black Keys…

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Jeudi 31 juillet 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

1987: la «vraie» comédie de l’été

Il y a un petit bout que le cinéma québécois espérait une comédie estivale capable de drainer les foules. Ne cherchez plus, c’est 1987. Québec a eu la chance de le constater hier soir, lors de la première.

Il est difficile de prévoir si le film de Ricardo Trogi trouvera son public, mais il ne peut faire pire que Le vrai du faux, qui vient de quitter l’affiche dans la capitale, après seulement quatre semaines d’exploitation. Le long métrage d’Émile Gaudreault n’a même pas franchi le cap des 400 000 $ de recettes au Québec alors que La petite reine a atteint 856 807 $, une très bonne performance. À titre indicatif, Le sens de l’humour, de Gaudreault, avait engrangé 3,3 M$ en 2011. Un véritable flop, donc.

Pour en revenir à 1987, avec son humour bon enfant, ses personnages savoureux et son portrait très réussi de et du Québec de l’époque, Trogi signe un film divertissant, mais également touchant sur les joies et les peines, les excès aussi, des années où on n’est plus adolescent mais pas encore adulte.

En 1987, Ricardo (Jean-Carl Boucher) a 17 ans et il veut perdre sa virginité, aller à son bal, se lancer en affaires et voler des radios d’auto — tous des échecs lamentables. Son père Benito (Claudio Colangelo) et sa mère Claudette (Sandrine Bisson ) y jouent évidemment un rôle central de trouble-fêtes. Ne serait-ce parce que le premier s’obstine à vouloir lui trouver un travail dans la restauration…

Heureusement que Ricardo peut compter sur sa gang de chums… pour le mettre dans le trouble! Ces liens d’amitié indéfectibles sont le moteur du film et de son humour. Ricardo et ses trois mousquetaires ne sont en rien les rois de l’école. Ils sont «normaux». Mais là, ils vont essayer de s’en faire accroire et clairement jouer en dehors de leur zone de confort.

Ce qui sert le propos comique. Il y a quelques gags récurrents assez réussis comme l’attendrissement de l’escalope à la bouteille ou les répliques de la sœur de Ricardo, enfermée dans sa chambre et qu’on ne voit jamais.

Ricardo Trogi assure lui-même la narration en voix hors champ, ce qui accentue le naturalisme du film, tout en teintant son sujet d’une certaine nostalgie. Ce sont ses souvenirs qui sont mis en scène à l’écran. Bien sûr, embellis par la fiction. Mais sa franchise suscite l’adhésion. Difficile de ne pas aimer ce maladroit sympathique, plus doué pour les gaffes que pour la réussite.

Reste que 1987 est un film sans prétention qui s’assume comme tel. Mine de rien, il aborde néanmoins des thèmes importants : l’amour, la rupture, l’éveil à la sexualité, les liens familiaux, la pression sociale, la différence, le statut d’immigrant… Trogi n’insiste pas. S’en apercevront ceux qui veulent bien y voir un autre niveau de lecture.

On sent une réflexion plus assumée, plus mature (eh oui!), du réalisateur même s’il s’éloigne de ces thèmes dès que ça devient trop sérieux. Dommage. 1987 aurait pu être une grande comédie dramatique. Par ailleurs, les scènes imaginaires avec les fonctionnaires sont totalement inutiles et en rupture de ton avec le reste. Ce qui n’enlève rien à son charme.

Il y a aussi une cinématographie beaucoup plus assumée de Trogi avec ses ralentis, ses arrêts sur image, ses longs plans… Son œil et sa pratique se sont aiguisés. Son plan-séquence dans le restaurant, alors que Ricardo est renvoyé d’un personnage à l’autre, est parfaitement réussi. Jean-Carl Boucher y démontre d’ailleurs beaucoup de naturel, comme dans le reste du film. Son plaisir est manifeste, tout comme celui de ses compères Laurent-Christophe de Ruelle (Boivin), Pier-Luc Funk (Dallaire) et Simon Pigeon (Caron).

Le film repose évidemment sur la recréation de l’époque et, à ce propos, la direction artistique de Patrice Vermette est fabuleuse, jusque dans les moindres détails (notamment les affiches de groupes dans les chambres). Comme pour 1981, l’opus précédent.

Au bout du compte, 1987 est un moment de cinéma jubilatoire et authentique. Mais aussi le regard tendre et un hommage touchant d’un fils imparfait à son père et à sa mère, tout aussi imparfaits. Comme nous tous.

1987 prend l’affiche le 6 août.

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