Éric Moreault

Vendredi 24 avril 2015 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Le sel de la terre

Sebastião Salgado est l’un des plus importants photojournalistes des XXe et XXIe siècles. Par son engagement et sa volonté de témoigner : il a été témoin des grands bouleversements du monde des 50 dernières années. Ce documentaire stupéfiant et très réussi, signé par Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders, témoigne autant de sa grande humanité que de la folie des hommes.

Le sel de la terre s’ouvre sur des photos noir et blanc prises par Salgado dans une mine d’or où des damnés travaillent dans des conditions moyenâgeuses, un monde organisé dans la folie totale. Ces photos témoignent de la manière du photographe brésilien : «Ce qu’il y a autour du sujet principal doit raconter quelque chose aussi», dit-il en voix hors champ.

C’est aussi le cas du documentaire. Autour du sujet principal, cet économiste qui abandonne son métier et s’achète du matériel photo sur un coup de tête, il y a toutes ces guerres, cette exploitation de l’homme par l’homme, ces désastres écologiques…

Le photographe et aventurier a plongé inlassablement au cœur de ces conflits. À son histoire intime se greffe un portrait plus vaste de la tragédie humaine. La sècheresse au Sahel en 1984-1986 et ses camps de réfugiés où les corps s’empilent; les 500 puits de pétrole qui flambent après la première guerre en Irak où il laisse une partie de son ouïe en raison des explosions, le génocide au Rwanda où il sera un des premiers sur place, «150 km de morts jusqu’à Kigali», Salgado se raconte et témoigne.

Le documentaire de Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders utilise une structure chronologique, mais il faut une attention de tous les instants pour ne pas perdre le fil. Le portrait est fascinant. Bien sûr, il manque de distance : les réalisateurs sont son fils et un admirateur avoué. C’est la principale récrimination qu’on peut faire au Sel de la terre.

Certains, par exemple, reprochent au travail de Salgado d’être trop esthétisant. Je ne suis pas d’accord — l’impact de ses photos amène une prise de conscience pour celui qui regarde vraiment.

Il est aussi intéressant que le film montre le parcours d’un homme qui s’est rendu en enfer et qui en revient transformé. Ces dernières années, Salgado s’est consacré à illustrer la beauté du monde et à restaurer la ferme familiale du Brésil, victime de la désertification.

Le sel de la terre est un documentaire fabuleux, gagnant de trois prix au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, du César du meilleur documentaire et nommé aux Oscars (il a été devancé par Citizenfour de Laura Poitras, avec raison). Du grand cinéma.

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Jeudi 23 avril 2015 | Mise en ligne à 14h51 | Commenter Aucun commentaire

Bureau aux Hot Docs et Lévesque à Tribeca!

Les films de Martin Bureau et Nicolas Lévesque, cinéastes de Québec et Saguenay, se retrouvent dans la programmation de deux des plus importants festivals de cinéma en Amérique du Nord: les Hot Docs et Tribeca.

Dans L’enfer marche au gaz!, l’artiste et réalisateur Martin Bureau (Playa Coloniale) transforme une course à l’autodrome de Saint-Félicien en vision infernale. Son court sera présenté trois fois en première partie du film Speed Sisters. Hot Docs est la mecque du documentaire. Le festival torontois, qui débute aujourd’hui, se déroule jusqu’au 3 mai. Bureau accompagnera le film avec sa coproductrice, Catherine Benoît.

Pour ce qui est d’Entrevue avec un homme libre, Nicolas Lévesque joue avec les possibilités narratives, alors que plusieurs hommes qui tentent de se reprendre en main passent une entrevue d’embauche. Son court désarçonnant est en compétition dans la catégorie Short Documentary et sera projeté quatre fois dans la programmation Shorts : Home Improvement. Tribeca est le festival new-yorkais de cinéma indépendant créé en 2002 par Robert de Niro, la productrice Jane Rosenthal et Craig Hatkoff.

Pas mal, non? Ça démontre qu’il existe tout de même une petite vitalité pour le cinéma conçu en région. D’ailleurs, Bleu tonnerre des cinéastes saguenéens Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné se retrouve à la Quinzaine des réalisateurs.

Les films en question ont été produits dans le cadre du Projet 5 courts, collaboration entre l’Office national du film (ONF) et Spirafilm, la coop de Québec vouée au cinéma indépendant. Ils ont été présentés en première mondiale dans le cadre du 19e Regard sur le court métrage au Saguenay, le mois dernier.

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Mardi 21 avril 2015 | Mise en ligne à 12h13 | Commenter Aucun commentaire

Le retour de Dolan à Cannes

Xavier Dolan à Cannes l'an dernier pour Mommy.

Xavier Dolan à Cannes l'an dernier avec l'équipe de Mommy.

Un an après son Prix du jury pour Mommy, Xavier Dolan retourne au Festival de Cannes… comme juré! Le réalisateur québécois fera en effet partie du jury présidé par Joel et Ethan Coen. Il siègera aux côtés de Rossy de Palma, Sophie Marceau, Sienna Miller, Rokia Traoré, Guillermo del Toro et Jake Gyllenhaal, a-t-on appris ce matin.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Dolan est un habitué de Cannes. Chacun de ses films, à l’exception de Tom à la ferme, y a été présenté. Mais sa présence, et son électrisant discours de remerciement après sa récompense partagée avec Jean-Luc Godard, ont marqué l’imaginaire de bien des gens.

Un passage au jury célèbre habituellement une carrière bien remplie — Xavier Dolan n’a que 26 ans. Son retour sur la Croisette est néanmoins un coup de maître pour le Festival et son délégué général, Thierry Frémaux. Qu’en pensez-vous?

Dolan se trouvera donc à juger un film d’un de ses pairs puisque le Sicario de Denis Villeneuve fait partie de la compétition officielle. Curieux hasard, il y aura aussi un familier de ce dernier : Jake Gyllenhall. L’acteur américain était tête d’affiche dans ses deux longs métrages précédents, Prisonniers et Ennemi. Mais l’un comme l’autre vont nous dire que ça ne changera rien…

On sait depuis quelques semaines que les célèbres frères Coen, qui ont scénarisé, réalisé et produit cinq longs métrages primés à Cannes, présideront le jury qui remettra la Palme d’or. L’alignement est maintenant complet.

Outre Dolan, il comprendra le réalisateur mexicain Guillermo del Toro (Hellboy), dont Le labyrinthe de Pan a été sélectionné en compétition en 2006. Trois actrices, d’horizons forts différents, font aussi partie du jury, la plus connue étant certainement Sophie Marceau.

Quant à Rokia Traoré, elle apportera un point de vue fort différent. Celle d’une musicienne et chanteuse originaire du Mali

Un court à la Quinzaine

La journée d’hier a débuté avec une autre bonne annonce pour le cinéma québécois. La Quinzaine des réalisateurs accueillera Bleu tonnerre, court métrage des Saguenéens Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné.

Cette sélection contraste avec le faste des années passées. En 2014, par exemple, la section parallèle avait présenté le long métrage Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur et le court Jutra de Marie-Claude Saint-Pierre alors que Sarah préfère la course (Chloée Robichaud) y était l’année précédente et que Le démantèlement était de l’affiche de la Semaine de la critique.

Quoi qu’il en soit, Bleu tonnerre arrive à Cannes déjà auréolé de cinq prix remportés depuis sa première, le mois dernier, au Festival Regard sur le court métrage à Saguenay. Ce conte musical chanté raconte les péripéties de Bruno, un trentenaire qui se retrouve à la rue à la suite d’une rupture. Dany Placard, qui signe aussi la trame sonore, y tient le rôle principal avec Sandrine Bisson, Isabelle Blais et Louis Champagne.

Les deux réalisateurs travaillent ensemble depuis 2008 et leurs courts précédents ont obtenu de nombreux prix à travers le monde. Roy est en préproduction d’un long métrage documentaire sur le cinéaste André Forcier alors que Gagné buche sur son premier long métrage de fiction, Boutefeu.

Parmi les autres films retenus à cette 47e édition de la Quinzaine, on note la présence du nouveau Arnaud Desplechin, qui était pressenti pour la compétition officielle, ainsi que des œuvres de Philippe Garrel, Takashi Miike et Jaco Van Dormael,

La 68e édition du Festival de Cannes se déroulera du 13 au 24 mai.

La sélection de la Quinzaine:

LONGS MÉTRAGES

A Perfect Day de Fernando León de Aranoa
Allende mi abuelo Allende de Marcia Tambutti
As mil e uma noites (Les Mille et une nuits) de Miguel Gomes
Les Cowboys de Thomas Bidegain
Dope de Rick Famuyiwa
El abrazo de la serpiente de Ciro Guerra (film de clôture)
Fatima de Philippe Faucon
Gokudo daisenso (Yakuza Apocalypse : The Great War of the Underworld) de Takashi Miike
Green Room de Jeremy Saulnier
Much Loved de Nabil Ayouch
Mustang de Deniz Gamze Ergüven
L’Ombre des femmes de Philippe Garrel (film d’ouverture)
Peace to Us in Our Dreams de Sharunas Bartas
Songs My Brothers Taught Me de Chloé Zhao
Efterskalv (The Here After) de Magnus von Horn
Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael
Trois souvenirs de ma jeunesse de Arnaud Desplechin

COURTS MÉTRAGES

Bleu Tonnerre de Jean-Marc E. Roy & Philippe David Gagné
Calme ta joie de Emmanuel Laskar
El pasado roto de Martín Morgenfeld & Sebastián Schjaer
Kung Fury de David Sandberg
Pitchoune de Reda Kateb
Provas, Exorcismos de Susana Nobre
Pueblo de Elena Lopez Riera
Quelques secondes de Nora El Hourch
Quintal de André Novais Oliveira
Rate Me de Fyzal Boulifa
The Exquisite Corpus de Peter Tscherkassky

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