Éric Moreault

Vendredi 17 avril 2015 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Commentaires (3)

Le film de la semaine: Corbo

Corbo revient sur une page méconnue de l’histoire du Québec, avant les événements d’octobre 1970, alors que Jean Corbo périt en posant une bombe pour le tristement célèbre Front de libération du Québec (FLQ). Mathieu Denis livre, malgré ses défauts, une fresque intimiste et humaine sur le destin tragique de cet adolescent de 16 ans, un film par moments poignants, qui fouille dans des pans douloureux de notre mémoire collective.

Le long métrage s’attarde aux quatre derniers mois de la vie de Jean (Anthony Therrien). Après une rencontre fortuite, il se lie d’amitié avec François (Antoine L’Écuyer) et Julie (Karelle Tremblay), qui ont des accointances avec le FLQ. Sans le savoir, il vient de mettre la main dans un engrenage qui va le happer et le broyer.

Corbo s’inscrit comme un devoir de mémoire, mais en voulant comprendre ce qui pousse un jeune à s’enrôler dans un groupe révolutionnaire, le long métrage trouve un écho involontaire très contemporain à la radicalisation islamiste (la famille ne voit d’ailleurs rien aller). Il en décrit parfaitement l’engrenage de l’endoctrinement, qui prend racine dans la naïveté et l’idéalisme, mais aussi le besoin d’affirmation et d’indépendance de l’adolescent — la quête identitaire de Jean est évidemment une métaphore de celle du Québec.

Le jeune bourgeois cherche à se libérer de l’emprise de son père italien (sa mère est francophone) et des fers de la tradition. Dans sa soif d’absolu, il repousse même son frère aîné (Jean-François Pronovost), pourtant militant du RIN de Pierre Bourgault. Il faut d’ailleurs souligner le soin de Corbo à reconstituer l’époque sur le plan sociohistorique (et dans ses décors).

Le long métrage compte sur une imposante distribution dans ses seconds rôles. Marie Brassard (Vic + Flo ont vu un ours) et Tony Nardi (La Sarrasine), surtout, sont brillants dans la peau de la mère et du père de Jean. Dino Tavarone (Omertà), en patriarche borné et sensible, est touchant de véracité. Ces performances, ainsi que d’autres comme celle de Francis Ducharme, ne font que mettre en évidence les contrastes de jeu. Le film repose beaucoup sur les épaules d’Anthony Therrien (Le torrent) dans le rôle-titre.

Il réussit assez bien à traduire les tourments intérieurs de Jean, mais il est en gros déficit de véracité dans la colère et la détermination. La différence est encore plus flagrante quand il fait face à Antoine L’Écuyer, qui a déjà six longs métrages à son actif, dont La garde, et plusieurs téléromans (Les rescapés). Mathieu Denis ne voulait probablement pas d’un visage trop connu, mais le film en souffre, malheureusement.

Le contexte historique global est peu évoqué, sinon par la bande. Les mouvements révolutionnaires n’étaient pas l’apanage du Québec à cette époque. Il aurait été facile de l’évoquer un peu plus explicitement plutôt qu’insister lourdement sur la relation tumultueuse entre Jean Corbo et son père.

C’est là que réside la principale faiblesse du film scénarisé et écrit par Mathieu Denis (Laurentie, coréalisé avec Simon Lavoie), dans ces longueurs qui provoquent des décrochages chez le spectateur alors qu’il devrait être sur le bout de son siège. Le réalisateur a aussi étiré la sauce avec sa finale qui aurait dû se terminer après l’explosion de la bombe à la Dominion Textile.

Sa réalisation est pourtant agile, alternant les plans-séquences de discussions avec les scènes d’attentats tournées caméras à l’épaule.

Malgré tout, Corbo n’a pas l’intensité et la puissance dramatique d’Octobre (1994), de Pierre Falardeau ou la force d’évocation des Ordres (1974), de Michel Brault. Il réussit néanmoins à traduire la tension inhérente ressentie par ces felquistes en herbe à manipuler des bombes artisanales susceptibles de leur exploser en plein visage à tout moment. Ce qui, tragiquement, a coûté la vie à Jean Corbo, à 16 ans. Il était encore un enfant…

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Jeudi 16 avril 2015 | Mise en ligne à 11h33 | Commenter Commentaires (3)

Sicario et les autres à Cannes: analyse

Benicio Del Toro dans Sicario, de Denis Villeneuve

Benicio Del Toro dans Sicario, de Denis Villeneuve

C’est toujours amusant de consulter la presse spécialisée internationale après la divulgation de la liste des films en compétition au Festival de Cannes. L’angle est toujours géographique: les Américains commencent par leurs films, même ceux qui ne sont pas en compétition, les Français s’enorgueillissent de la présence de 4 films sur 16, les Anglais déplorent de n’avoir aucun représentant… Évidemment, la presse d’ici, moi le premier, met l’accent sur la sélection de Sicario de Denis Villeneuve. Mais, avouons-le, il s’agit bien plus d’un film américain qu’autre chose.

L’engouement est loin d’être aussi frénétique que celui qui a entouré la nomination de Mommy, à pareille date l’an passé (la différence est flagrante sur les réseaux sociaux). Le film de Dolan, avec des acteurs d’ici et une histoire fortement ancrée dans notre réalité, a titillé notre fibre nationaliste. Sicario? Des grosses vedettes hollywoodiennes (Josh Brolin, Benicio Del Toro, Emily Blunt), une histoire glauque à la frontière des États-Unis et du Mexique… Ceci explique cela.

Pourtant, la sélection de Villeneuve se doit autant d’être une source de fierté pour le cinéma québécois qu’elle devrait clouer le bec à ses détracteurs. Parce que le réalisateur a suivi le schéma classique des œuvres personnelles et exigeantes qui n’attiraient pas un large public, mais cartonnaient dans les festivals.

Son premier long métrage, Un 32 août sur Terre, a d’ailleurs été présenté à Cannes dans la section Un certain regard en 1998. Il est retourné sur la Croisette en 2009, à la Quinzaine des réalisateurs, avec le bouleversant Polytechnique. Et maintenant Villeneuve y est de retour avec un long métrage qui risque, comme Prisonniers (2013), de rallier un large public et la critique.

Bref, laissons le talent de nos cinéastes murir, en les supportant financièrement, oui, et ils offriront au Québec un rayonnement dont nous serons tous fiers.

Bon, si on arrêtait de se gratter la laine dans le nombril? Thierry Frémaux, le délégué général, a révélé la liste de 17 cinéastes, qui pourrait s’allonger jusqu’à 20, qui verront leur film dévoilé en primeur mondiale au plus prestigieux des festivals de cinéma du monde. Le comité de sélection a vu 1854 films cette année. On y retrouve des habitués (Moretti, Van Sant, Audiard, Jia Zhangke, Hou Hsiao-Hsien, Sorrentino, ce dernier pour une deuxième année de suite), mais le Festival semble avoir écouté les voix nombreuses qui souhaitaient du renouvellement et une plus grande place aux «nouveaux» réalisateurs.

C’est le cas, par exemple, de Maïwenn (Mon roi), et de Valérie Donzelli (Marguerite et Julien) qui rehausse aussi le contingent féminin de la compétition — auquel il faut ajouter Emmanuelle Bercot (Le vent se lève), présentée en ouverture, mais hors compétition. Thierry Frémaux vient, dans ce cas-là également, répondre aux critiques entendues ces dernières années.

Côté surprises, il faudra surveiller le Macbeth de l’Australien Justin Kurzel, avec Michael Fassbender et Marion Cotillard; le Grec Yorgos Lanthimos, dont le Lobster est décrit comme un ovni, avec Colin Farrell, Lea Seydoux, et Rachel Weisz, ou encore le Hongrois László Nemes — l’ex-assistant de Béla Tarr arrive en compétition avec son premier long métrage, rien de moins, Son of Saul.

Reste de la place pour ceux qui y ont été ignorés. Le nouveau Desplechin, qui était pressenti? Il y a déjà 4 films français. Cary Fukunaga? Sean Penn? Jeff Nichols? Ben Wheatley? Terrence Malick? Alejandro Amenabar?

Bon, si on revenait à Villeneuve? Pourquoi ça ne suscite pas autant de réactions que Dolan, pensez-vous (à part la personnalité flamboyante de ce dernier)?

Pour ceux qui se posent la question, je serai au 68e Festival de Cannes, du 13 au 24 mai. Et j’ai vraiment très hâte.

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Jeudi 16 avril 2015 | Mise en ligne à 7h08 | Commenter Aucun commentaire

Villeneuve en compétition à Cannes! (avec la liste)

cannes

Denis Villeneuve sera en compétition au Festival de Cannes avec Sicario. Il s’agit donc de la deuxième présence en autant d’années pour un réalisateur québécois, après Xavier Dolan, avec Mommy. Villeneuve sera en lice pour la Palme d’or, mais il aura fort à faire pour impressionné le jury présidé par les frères Coen: Nanni Moretti, Gus Van Sant, Jacques Audiard, Jia Zhang-ke et Todd Haynes sont aussi de la partie.

Sicario, un drame policier tourné au Nouveau-Mexique et campé dans le milieu des cartels de la drogue, met en vedette Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio del Toro. Il s’agit de la première présence en compétition officielle de Denis Villeneuve mais de sa deuxième sélection officielle au Festival de Cannes. Son premier long métrage, Un 32 août sur Terre, y avait été présenté dans la section Un certain regard en 1998.

Compétition :
Dheepan – Jacques Audiard
La loi du marché – Stéphane Brizé
Marguerite et Julien – Valérie Donzelli
The Tale of Tales – Matteo Garrone
Carol – Todd Haynes
The Assassin – Hou Hsiao-Hsien
Mountains May Depart – Jia Zhang-ke
Our Little Sister – Hirokazu Kore-eda
Macbeth – Justin Kurzel
The Lobster – Yorgos Lanthimos
Mon roi - Maïwenn
Mia madre - Nanni Moretti
Son of Saul – László Nemes
Youth – Paolo Sorrentino
Louder than Bombs – Joachim Trier
Sea of Trees – Gus Van Sant
Sicario – Denis Villeneuve

Film d’ouverture (hors compétition) :
La tête haute – Emmanuelle Bercot

Hors compétition :
Mad Max: Fury Road – George Miller
Irrational Man – Woody Allen
Inside Out – Pete Docter & Ronaldo Del Carmen
The Little Prince – Mark Osborne

Un certain regard

Fly Away Solo – Neeraj Ghaywan
Rams – Grímur Hákonarson
Journey to The Shore – Kiyoshi Kurosawa
Je suis un soldat
– Laurent Larivière
The High Sun – Dalibor Matanic
The Other Side – Roberto Minervini
One Floor Below – Radu Muntean
The Shameless – Oh Seung-Uk
Las elegidas – David Pablos
Nahid – Ida Panahandeh
The Treasure – Corneliu Porumboiu
The Fourth Direction – Gurvinder Singh
Madonna – Shin Suwon
Maryland – Alice Winocour

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