Éric Moreault

Vendredi 17 mars 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: La mécanique de l’ombre

Les révélations d’Edward Snowden (et les subséquentes) ont provoqué des retombées inattendues, dont la renaissance du film noir d’espionnage. Un genre presque abandonné en France. La mécanique de l’ombre arrive donc à point nommé. Surtout que Thomas Kruithof a tricoté un solide suspense tortueux sur les coulisses du pouvoir, doublé d’une esthétique oppressante.

Duval (François Cluzet), un comptable coincé, perd son emploi et le sommeil. Deux ans plus tard, au bord du gouffre, il se voit offrir un emploi par un organisme de surveillance et de contrôle mené par le mystérieux Clément (Denis Podalydès). Toute la journée, il retranscrit des conversations anodines.

Jusqu’à ce qu’il entende l’enregistrement d’un meurtre impliquant un homme prêt à vendre des secrets. Affolé, il est contacté par les services secrets français. Qui lui demande de jouer l’agent double. Duval est entraîné bien malgré lui et confronté à un dilemme angoissant : jusqu’où doit-on obéir? Et à qui?

La mécanique de l’ombre ne cherche pas le réalisme. On joue sur la fine ligne entre le possible et la théorie du complot. Quoique les récentes révélations sur les techniques d’espionnage de la CIA rendent le tout très plausible… Manipulation, secrets et mensonges sont au rendez-vous. Le stress aussi, accentué par la musique hypnotique de Grégoire Auger.

Ce qui est bien avec le scénario de Kruithof, surtout pour un premier long métrage, c’est que le cinéaste a donné beaucoup de chair à son principal protagoniste (un peu moins pour les autres personnages, rien n’est parfait). Duval se débat avec sa dépression, son insomnie, sa solitude, son alcoolisme passé…

Un mix qui le prédispose à la paranoïa, notamment avec Sara (Alba Rohrwacher), rencontrée par hasard. La jeune femme est-elle réellement ce qu’elle prétend? Et cette mécanique de l’ombre (on pense à Orwell et Kafka) est-elle bien réelle ou le fruit de son imagination?

Duval s’enfonce constamment et il faut une solide interprétation pour y adhérer. Celle de François Cluzet (Ne le dis à personne), un peu décalé et minimaliste, une retenue qui lui va très bien (il a longtemps fait du «Cluzet»). Le prolifique Podalydès (Chocolat) et Sami Bouajila (Omar m’a tuer), en agent secret intraitable, sont aussi très solides.

La mécanique de l’ombre est un film de regard. Comme toujours, dans ce cas, Hitchcock n’est jamais bien loin. Kruithof a adopté une approche minimaliste, avec des plans fixes ou des travellings très légers. C’est sa principale faiblesse. Mais aussi sa principale force : elle met l’accent sur le climat rempli de tension. Ce faisant, le scénariste relègue toutefois l’aspect politique en arrière-plan alors qu’il aurait pu rehausser son propos.

Le long métrage partage néanmoins une parenté avec Conversation secrète de Coppola (Palme d’or en 1974). Dans le dilemme moral, notamment. Duval, coincé entre le pouvoir occulte et les services secrets, sait qu’il a franchi la ligne entre le bien et le mal, tout comme nous d’ailleurs : on veut voir où ça va le mener. À une finale discutable, mais quand même punchée.

Il va falloir surveiller Thomas Kruithof à l’avenir (sans mauvais jeu de mots). Son film s’avère très prometteur.

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Jeudi 16 mars 2017 | Mise en ligne à 9h05 | Commenter Un commentaire

Coppola revient au film d’époque (b.-a.)

Sofia Coppola revient au film d’époque avec Les proies (The Beguiled). C’est une très bonne idée après le superficiel The Bling Ring (2013). Après la France de Marie-Antoinette (2006), la cinéaste se penche sur la guerre de Sécession américaine. Dans cette deuxième adaptation du roman de Thomas P. Cullinan, après celle de Don Siegel (1971), elle pourra compter sur une solide distribution : Colin Farrell, Elle Fanning, Nicole Kidman, Kirsten Dunst…

Le synopsis: John MacBurney, un soldat nordiste blessé et sur le point de mourir, est secouru par une adolescente de douze ans d’un pensionnat sudiste pour jeunes filles. Au départ, les employées du pensionnat et leurs élèves sont effrayées, mais lorsqu’il reprend des forces, il devient l’objet du désir de la directrice, de son assistante et de quelques-unes des pensionnaires. Cette situation sert la stratégie de survie du soldat mais les jalousies, dans ce microcosme féminin à la sexualité réprimée, risquent de prendre un tour dramatique.

Je ne serais pas surpris que cette histoire stylisée de désir, jalousie et conventions se retrouve à Cannes, en mai, avant la sortie prévue le 30 juin. Les trois derniers films de la fille de Francis Ford s’y sont retrouvés et la cinéaste américaine jouit d’un fort capital de sympathie en France.

Faut voir. Peut-être réussira-t-elle à imprimer une touche contemporaine à son sixième long métrage, comme elle l’avait fait avec Marie-Antoinette

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Lundi 13 mars 2017 | Mise en ligne à 15h59 | Commenter Aucun commentaire

Six prix Écrans: un baume pour Dolan

En l'absence de Xavier Dolan, c'est Patrick Roy et Sylvain Corbeil qui ont récolté les six prix Écrans canadiens de Juste la fin du monde. Photo : La Presse canadienne/Chris Young

En l'absence de Xavier Dolan, c'est Patrick Roy et Sylvain Corbeil qui ont récolté les six prix Écrans canadiens de Juste la fin du monde. Photo : La Presse canadienne/Chris Young

Le cinéma québécois a encore très bien fait dimanche soir aux prix Écrans canadiens (ex-Genie), avec 13 récompenses. Juste la fin du monde de Xavier Dolan a obtenu six prix, dont meilleur film et réalisateur. Après ses trois Césars, cette tape dans le dos va sûrement agir comme un baume pour le doué cinéaste, après l’accueil mitigé à Cannes et son absence aux Oscars.

Le Québécois n’était pas présent au gala puisqu’il tourne en ce moment The Death and Life of John F. Donovan en Europe. Il a néanmoins apprécié comme en témoigne le message envoyé pour la cérémonie. Cette reconnaissance, pleinement méritée, met la table pour les prix Iris, début juin.

Mais elle vient surtout souligner que Juste la fin du monde, Grand prix à Cannes, méritait mieux au box-office québécois. On a injustement perçu ici son prenant drame comme un long métrage «français» en raison de sa distribution. Son réalisateur, son budget et son équipe sont pourtant résolument québécois. On a d’ailleurs remis le très mérité prix de la meilleure photographie à André Turpin.

Ces honneurs rejaillissent sur le cinéma québécois qui, année après année, ici comme ailleurs, accumule les accolades. À défaut de faire le plein en salle…


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