Éric Moreault

Mercredi 28 janvier 2015 | Mise en ligne à 13h47 | Commenter Aucun commentaire

B.-a. prometteuse d’Autrui de Micheline Lanctôt

Un des films québécois que j’attends avec le plus d’impatience, ce Autrui de Micheline Lanctôt. Ce n’est pas parce que la réalisatrice a obtenu le Jutra-Hommage, en 2014, qu’elle a accroché sa caméra. Ce drame social baigne dans les eaux habituelles de la réalisatrice, qui s’est inspirée d’un reportage sur une Française qui avait offert l’hospitalité à un sans-abri. Dans sa fiction coécrite avec Hubert-Yves Rose (La ligne de chaleur), Lucie (Brigitte Pogonat), une jeune trentenaire, recueille Éloi (Robin Aubert), un clochard en train de mourir de froid dans sa ruelle. Il y restera deux mois.

Cet extrait annonce un long métrage intimiste et, de toute évidence, Aubert est un naturel dans la peau du sans-abri. On verra ça le 27 février. Et on s’en reparle.

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Lundi 26 janvier 2015 | Mise en ligne à 12h03 | Commenter Commentaires (4)

Ne tirez pas sur le réalisateur

americansniper11

Il y avait longtemps qu’un long métrage n’avait pas déclenché autant de passion que le Tireur d’élite américain (American Sniper) de Clint Eastwood. J’ai pris le temps d’aller le voir, à mon retour de Paris. Au risque de décevoir les bien-pensants, il ne s’agit pas d’un film de propagande. Et le réalisateur n’essaie pas de glorifier son protagoniste. Mais, surtout, il a choisi l’ambiguïté, laissant le spectateur l’interpréter selon son prisme idéologique. AJOUT: À ce propos, voici un excellent papier du NY Times.

Comme le titre l’indique si bien, il s’agit de l’histoire de Chris Kyle (Bradley Cooper), déployé quatre fois en Irak après les attentats du 11-Septembre.

Était-ce nécessaire d’insister à répétition sur les tirs réussis de Chris Kyle? Non. Mais il est beaucoup moins graphique que Il faut sauver le soldat Ryan (Spielberg). Le film d’Eastwood n’est d’ailleurs pas tant un film de guerre qu’un western où le «héros» est confronté à un autre tireur d’élite (Mustapha). Les dommages que cause «l’ennemi» sont le reflet éloquent de ceux que cause Kyle. Les cibles sont-elles déshumanisées parce qu’on les voit à travers la lorgnette du tueur? Je ne crois pas.

Eastwood n’est pas Kubrick (Full Metal Jacket). Mais il montre bien la détresse psychologique dont souffre de plus en plus Chris Kyle. C’était le but premier d’Eastwood, qui ne voulait pas faire un film politique sur l’intervention américaine en Irak, plutôt le portrait d’un soldat qui l’a vécu et les difficultés d’adaptation qui ont suivi — un portrait de la machine de guerre qui broie ceux qui y sont happés.

Sans avoir lui le livre de Kyle, dont le scénario est adapté, mais pour avoir lu un long portrait dans le magazine Time, le film d’Eastwood est fidèle à la réalité. Le gars était un cow-boy trempé dans le patriotisme exacerbé et la foi. Sa vision était manichéenne — le film le montre comme tel. Et démontre son aliénation, sa détresse et son désarroi dans son regard, porté par une prenante interprétation de Bradley Cooper, en nomination aux Oscars, tout comme le film.

En fait, on ne peut reprocher à Eastwood la façon dont on instrumentalise Tireur d’élite américain. Le film est d’une redoutable efficacité et moralement ambigu — on peut l’interpréter autant comme un long métrage proguerre qu’antiguerre. Ce qui est fascinant dans le débat en cours, et son éclatant succès au box-office (200 M$ en deux fins de semaine), loge dans la question de la réceptivité et de l’interprétation qui en découle. Dans l’imaginaire américain, ce tireur d’élite a une profonde résonance.

Bien sûr, Eastwood a un point de vue — il campe fermement à droite sur l’échiquier politique. Mais son portrait est plus nuancé qu’on pourrait le croire à première vue. Ce n’est pas Les bérets verts (1968) de Ray Kellogg et John Wayne, loin de là.

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Vendredi 23 janvier 2015 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Commentaires (2)

Le film de la semaine: Foxcatcher

Bennett Miller est reparti du Festival de Cannes, l’an passé, avec le convoité et mérité prix de la mise en scène pour Foxcatcher. Et il serait un gagnant légitime pour l’Oscar du meilleur réalisateur malgré la forte compétition. Son film, qui bénéficie d’une forte distribution et porte sur un drame récent à la fois bizarre, absurde, comique et horrible, a tout de la tragédie grecque.

Après les Jeux olympiques de 1984, le multimilliardaire John du Pont (Steve Carell, méconnaissable) se met dans la tête de devenir l’entraîneur de l’équipe de lutte américaine. Il prend sous son aile le médaillé d’or Mark Schultz (Channing Tatum), qui s’entraîne avec son frère Dave (Mark Ruffalo).

La relation entre les deux frères est ambivalente. Mark a le talent brut, mais manque d’habiletés sociales alors que Dave a tout pour être heureux (femme, enfants, poste à l’université…) et beaucoup d’ascendant sur son frère. Leurs corps à corps sont chargés d’une violente tension qui en dit plus long que leurs paroles… Dave dégage une confiance qui manque cruellement à son cadet (et à du Pont).

Cette rivalité malsaine convainc Mark d’accepter l’offre de du Pont de joindre son équipe de lutte dans son immense domaine. Dave finira par aller les rejoindre et agira comme le véritable entraîneur au complexe Foxcatcher pendant que du Pont se joue la comédie.

Le riche hériter, excentrique et manipulateur, sombre de plus en plus dans la paranoïa, ce qui finira par avoir des conséquences dramatiques pour chacun des protagonistes. La trame n’est pas sans évoquer le Bourgeois gentilhomme de Molière. Du Pont convoite des choses qu’il n’a pas et qu’il ne peut acheter, dans le but ultime d’obtenir le respect de sa mère. Pathétique et suffisant, il essaie aussi de s’imposer comme une figure paternelle en plus d’entretenir une certaine ambiguïté sur ce qu’il désire vraiment de la part de Mark.

Bennett Miller (Capote) met en scène des thèmes peu abordés au cinéma américain touchant la masculinité et l’incommunicabilité. Puisque ce sont des hommes qui ont des difficultés à s’ouvrir, le cinéaste insiste beaucoup sur les regards et les attitudes — tous les acteurs adoptent un jeu minimaliste. En particulier Channing Tatum dont la présence et la retenue s’avèrent tellement marquantes qu’elles captent invariablement le regard du spectateur.

Résultat : un drame poignant, filmé de brillante façon (la photographie est superbe), avec des acteurs transcendant les personnages. Ce quatrième long métrage de fiction établit Miller comme un auteur qui compte.

Foxcatcher a obtenu cinq nominations aux Oscars, dont quatre dans les catégories les plus importantes : meilleur réalisateur, acteur (Carell), acteur de soutien (Ruffalo) et scénario (E. Max Frye et Dan Futterman). Que Tatum n’ait pas eu la nomination du meilleur acteur  au détriment de Carell, ça se discute. Mais pas comme meilleur film? C’est la première fois depuis 2008 qu’une œuvre d’un cinéaste nommé à la réalisation ne l’est pas au meilleur film.

En fait, ça se comprend. Cette catégorie est ouverte à tous les votants. Or, le sous-texte de Foxcatcher sur les excès du rêve américain et son déclin, sa perversité et l’obsession de la réussite a certainement offusqué les patriotes et aux autres excités de l’individualisme forcené (ce qui explique du coup la présence de Tireur d’élite américain dans cette catégorie).

Quand on y pense, c’est le plus beau compliment qu’on peut faire au puissant long métrage de Bennet Miller. Foxcatcher dérange — le signe d’une œuvre pertinente.

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