Éric Moreault

Imaginons un instant que Vladimir et Estragon ont finalement fini d’attendre Godot. Ils se sont recyclés en vendeurs de farces et attrapes, dans une petite ville suédoise à une époque non précisée. Que leur quête actuelle est toute aussi vaine. Et qu’un réalisateur en fasse une radicale et déroutante expérience de cinéma. Vous avez Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, un film à sketches qui provoque des réactions viscérales : on aime ou on déteste.

Roy Andersson tourne très peu, seulement cinq longs métrages depuis 1970. Mais il s’est évertué à réaliser une trilogie sur «comment être un être humain» dont c’est le dernier volet. Chansons du deuxième étage (2000) et Nous, les vivants (2007) ont précédé Un pigeon…, Lion d’or du meilleur film 2014, la plus haute distinction du Festival de Venise.

Le vieux maître suédois (71 ans) est reconnu pour ses cadrages fixes et ses plans séquences tournés en studio. Il n’a pas changé de méthode. Ces tableaux vivants, à l’esthétique blafarde mais outrancière, se distinguent aussi par une profondeur de champ remarquable. Le regard est constamment sollicité, autant par ce qui se passe à l’avant qu’à l’arrière-plan.

Et que se passe-t-il au juste? Beaucoup et très peu. Comme dans la célèbre pièce de Beckett, Un pigeon… loge à l’enseigne de l’absurde. Il gravite autour de nos deux clowns tristes, Sam (Nisse Vestblom) et Jonathan (Holger Andersson), qui cherchent une adresse qui n’existe pas. «On est un peu perdus.» En effet.

En une quarantaine de saynètes à longueur variable, leur chemin croise, ou pas, celui de différents personnages qui ont en commun d’être un peu étrange et décalé.

Alors qu’ils tentent désespérément de vendre leurs dents de vampires «extralongues», leurs sacs de rires et leurs masques de Pépé l’édenté, le spectateur croise un vieillard qui fréquente le même bar depuis 70 ans, un roi à cheval (qui entre dans un autre bar), un danseur victime d’harcèlement sexuel, un capitaine qui a le mal de mer…

Roy Andersson dit s’être inspiré du classique du néo-réalisme italien Le voleur de bicyclette (Vittorio De Sica, 1948). Ne le croyez pas. Il faudrait plutôt chercher du côté de Fellini et de Jacques Tati (ou bien de Wes Anderson et de Lars von Trier pour l’aspect contemporain). Il emprunte l’esprit circadien au premier et le sens du burlesque au second.

L’humour absurde (évidemment, comme le répète un protagoniste à chaque phrase) est basé sur la répétition des situations et des dialogues — comme ses personnages qui répètent au téléphone «je suis content de savoir que vous allez bien» à un interlocuteur qu’on ne verra jamais (Godot?).

Et le pigeon du titre? Bien sûr, on ne le voit pas plus (mais on l’entend à quelques reprises). Ce volatile, c’est le spectateur qui pose un regard intrigué sur la condition humaine et la futilité de l’existence.

Ce long métrage exigeant, et parfois exaspérant, s’adresse à des cinéphiles purs et durs. Ou à des misanthropes. La démarche m’a interpelé, mais ne m’a pas ravi — trop déprimant. Et il faut vraiment avoir envie de se prendre la tête. À vous de voir.

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Mercredi 1 juillet 2015 | Mise en ligne à 10h35 | Commenter Un commentaire

Roberts, Kidman et Ejiofor réunis dans une percutante b.-a.

On peut compter sur Hollywood pour reprendre à son compte le meilleur des cinéastes «étrangers». Secret In Their Eyes est la réinterprétation du film éponyme de l’Argentin Juan José Campanella, Oscar du meilleur film étranger en 2010.

Mais on a suffisamment modifié le scénario pour piquer mon intérêt. D’autant qu’il propose, si on se fie à la bande-annonce, deux rôles féminins forts, avec Julia Roberts et Nicole Kidman, ainsi qu’un acteur de premier plan, Chiwetel Ejiofor (Esclave pendant 12 ans). Et que ces premières images montrent une belle tension.

Selon le synopsis officiel, le film se concentre sur un duo d’enquêteurs du FBI — Ray (Ejiofor) et Jess (Roberts) —, et leur superviseur du ministère public (Kidman), qui est soudainement déchiré quand ils découvrent que l’adolescente de Jess a été brutalement et inexplicablement assassinée.

Billy Ray (Agent double) a réalisé le suspense. Le cinéaste est surtout connu pour ses talents de scénariste: Capitaine Phillips, Hunger Games, etc. La sortie est prévue pour le 23 octobre, en plein dans le début de la course aux récompenses (surtout pour les acteurs). Qu’en pensez-vous?

Je vous laisse avec un petit bonus, le premier extrait de Snowden d’Oliver Stone, prévu pour le 25 décembre, avec Joseph Gordon-Levitt dans le rôle-titre. Mais, honnêtement, ça vaut pas grand-chose comme bande-annonce. De façon plus globale, je me demande que ce le réalisateur de JFK et de Wall Street peut bien apporter de plus après le percutant CitizenFour, de Laura Poitras, Oscar du meilleur documentaire en 2015.

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Mardi 23 juin 2015 | Mise en ligne à 10h14 | Commenter Commentaires (18)

Votre meilleur film québécois


Léolo – Bande annonce par moidixmois

OK, à la veille de la Fête nationale, c’est un peu facile. Et je me suis inspiré d’un chouette texte de La Presse sur 10 films qu’on devrait proposer aux nouveaux arrivants pour qu’ils découvrent notre cinéma et le Québec.

Mon palmarès en dix titres est plus contemporain — il ne faut pas y cherche Mon oncle Antoine ou L’eau chaude, l’eau frette, deux films que j’aime beaucoup, par ailleurs. Mais ce serait surtout le fun de lire vos propres choix.

Léolo (1992), Jean-Claude Lauzon. Mon plus gros choc de cinéma d’ici, avec Jésus de Montréal. On n’est pas loin du chef-d’œuvre.

Jésus de Montréal (1989), Denys Arcand. Voir une ligne plus haut.

Gaz Bar Blues (2003), Louis Bélanger. Un magnifique et touchant film sur les liens père-fils.

Les ordres (1974), Michel Brault. Un long métrage magistral sur une période noire de notre histoire. Dur et nécessaire.

Pour la suite du monde (1963), Michel Brault et Pierre Perrault. Un splendide documentaire poétique sur notre identité et nos racines.

Incendies (2010), Denis Villeneuve. Une tragédie à l’état brut et, indirectement, un portrait du Québec moderne et pluraliste.

C.R.A.Z.Y. (2005), Jean-Marc Vallée. La famille sous toutes ses coutures et dans tous ses états. Drôlement triste.

Mommy (2014), Xavier Dolan. Même chose que C.R.A.Z.Y., mais en version monoparentale.

Tu dors Nicole (2014), Stéphane Lafleur. Poétique et à l’humour décalé, un portait du Québec ordinaire de la banlieue par un été indolent.

Dédé, à travers les brumes (2009), Jean-Philippe Duval. D’une beauté insupportable, la face sombre du désespoir à la québécoise mise en musique.

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