Éric Moreault

Dimanche 24 mai 2015 | Mise en ligne à 16h13 | Commenter Aucun commentaire

Jacques Audiard repart avec la Palme d’or

Dheepan de JAcques Audiard a obtenu la Palme d'or, la troisième en huit ans pour la France.

Dheepan de Jacques Audiard a obtenu la Palme d'or, la troisième en huit ans pour la France.

Il y avait plusieurs très bons films à ce 68e Festival de Cannes, mais pas de chef-d’œuvre. Le jury présidé Ethan et Joel Coen a tranché en faveur de Dheepan de Jacques Audiard. La soirée, marquée de quelques surprises, a été placée sous le signe de la France puisqu’Emmanuelle Bercot et Vincent Lindon ont obtenu les prix d’interprétation. Le Québécois Denis Villeneuve et son film Sicario ont été écartés du palmarès.

«Je remercie Michael Haneke de ne pas avoir tourné de film cette année», a lancé Audiard à la blague. Le réalisateur français, «très touché», s’est aussi ému de recevoir sa palme des mains des frères Coen. «C’est assez extraordinaire!» s’est-il exclamé.

Son courageux film, tourné sans vedette et à petit budget, raconte l’histoire de trois Sri Lankais qui fuient la guerre avant de se retrouver dans une cité française contrôlée par les trafiquants de drogue. Quelques huées ont accueilli l’annonce de la Palme d’or chez les journalistes, mais elles ont rapidement été enterrées par les applaudissements.

Le jury a par contre fait l’unanimité en décernant son Grand prix au puissant et troublant Fils de Saul de László Nemes. Un véritable exploit puisqu’il s’agit d’un premier long métrage pour le réalisateur hongrois, qui a choisi de raconter l’histoire des juifs qui secondaient les Allemands dans les camps de concentration. «C’est particulièrement émouvant», a-t-il déclaré en soulignant le courage des jurés d’avoir fait ce choix alors que l’Europe est encore hantée par cette abomination.

Xavier Dolan a fait remarquer, à la conférence de presse suivant la remise des prix, que ce film faisait partie de ceux qui ont été plus longs à digérer, mais qui ont eu un impact remarquable. «On l’a vu au début du Festival et on ne l’a pas oublié.»

La première surprise de la soirée est venue lorsque Michel Franco a remporté le Prix du scénario pour The Chronic. Lui même semblait tellement sous le choc qu’il s’est tourné vers les frères Coen pour leur dire «vous êtes mes héros, la raison pour laquelle je fais du cinéma». Tim Roth, qui joue le rôle principal, a tenu à rappeler que la route jusqu’à Cannes est longue. «Et nous l’avons fait.»

À sa septième présence à Cannes, Hou Hsiao-Hsien est reparti avec le Prix de la mise en scène pour son superbe film d’arts martiaux The Assassin. Yorgos Lanthimos est reparti avec le Prix du jury pour son iconoclaste The Lobster. Le Grec a fait acte d’humilité : «J’étais seulement heureux de faire partie de la compétition.»

Le jury a créé une autre surprise en partageant le Prix d’interprétation féminine, l’attribuant à Emmanuelle Bercot, pour Mon roi, et à Rooney Mara, pour Carol (alors que plusieurs voyaient Cate Blanchett, qui partage l’écran avec Rooney Mara). L’actrice française, très émue, a dédié son prix à la réalisatrice Maïween — «il récompense son audace, son sens aigu de la liberté et son anticonformisme» —, mais aussi à Vicent Cassell : «Je ne serais pas là sans [lui].»

Rooney Mara étant retenue à New York, c’est Todd Haynes qui est venu chercher la récompense. Le réalisateur n’était pas déçu que son film n’ait pas obtenu un autre prix. «Quand on montre son film pour la première fois, on ne sait pas comment les gens vont réagir. Et la réception qu’on a eue a été magnifique.»

C’est Vincent Lindon qui a offert le moment le plus touchant de la cérémonie en allant embrasser chacun des membres du jury avant d’aller cherche son prix d’interprétation, «le premier de ma carrière», très ému. «Faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant», a-t-il dit en citant Faulkner. Après avoir dédié son prix aux laissés pour compte, il a lancé à Stéphane Brizé, le réalisateur de La loi du marché, «tout ça aurait été impossible sans toi». «J’ai dû mal à expliquer ce que je viens de vivre», a-t-il confié.

Si la France a obtenu beaucoup d’honneurs, les Italiens ont fait chou blanc même si les films de Nanni Moretti et Paolo Sorrentino ont fait forte impression. Mais comme l’expliquait la jurée Rokia Traoré, «on n’a pas pris en considération l’origine du film. C’était des choix difficiles à faire.»

Voir deux films par jour semble aussi avoir marqué les jurés, mais surtout les délibérations. «On a discuté en long et en large de chaque film, a révélé Xavier Dolan. Ça ne me changera pas comme artiste, mais comme être humain qui a quelque chose à raconter.» Pour Rossy de Palma, «ça nous a permis de réaliser à quel point c’est difficile de faire un bon film».

C’est le Colombien Cesar Augusto Acevedo qui a obtenu la Caméra d’or, remise parmi les 26 premiers films présentés pendant le Festival, pour La tierra y la sombra. Quant à la Palme d’or du court-métrage, elle a été décernée à Waves ‘98 d’Eli Dagher

Les frais d’hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

Aucun commentaire  |  Commenter cet article

 

Samedi 23 mai 2015 | Mise en ligne à 8h52 | Commenter Aucun commentaire

Cannes: À qui la Palme d’or?

728x90-2

Alors, 19 films plus tard, à qui la Palme d’or? Oubliez les favoris des critiques, le jury est souverain. Bien malin qui pourrait déterminer la dynamique des neuf créateurs, dont le Québécois Xavier Dolan, qui vont aujourd’hui décerner le prix le plus convoité du cinéma mondial. D’autant qu’il n’y a pas cette année un film qui a renversé tout le monde — malheureusement, Sicario de Denis Villeneuve ne va pas en profiter. Mais il y a tout de même des incontournables.

L’an passé, on a beaucoup reproché Thierry Frémaux sa sélection «d’habitués». Le délégué général du Festival de Cannes a entendu les critiques et proposé pour cette 68e édition une compétition axée sur le renouveau, avec plusieurs réalisateurs qui étaient pour la première fois sur les rangs pour la Palme d’or.

La stratégie a porté ses fruits puisque quelques-uns ont offert des films originaux qui se démarquent : László Nemes, Yorgos Lanthimos, Joachim Trier… Ce qui n’a pas empêché des vétérans de se distinguer, nommément Jacques Audiard, Nanni Moretti et Paolo Sorrentino.

La Palme d’or risque fort de se retrouver en Italie. Mia Madre de Moretti, touchant drame sur la mort de la mère, pas aussi marquant que La chambre du fils (Palme d’or en 2001), a ses chances. Mais, à tout prendre, cette année risque d’être celle de Sorrentino. Youth, une méditation sur le passage du temps pleine d’esprit, a le mérite d’être aussi solide sur le fond que dans sa forme. Le film fait réfléchir, émouvoir, tout en étant un régal pour les yeux. Si ce n’est la Palme, il figurera assurément au palmarès.

En toute logique, Mia Madre pourrait repartir avec le Grand prix, bien que je l’attribuerais volontiers à The Lobster du Grec Lanthimos. Sa façon tout à fait originale et délirante de réfléchir sur l’importance du couple sur le plan social fait ressortir son film du lot. Il devrait à tout le moins remporter le Prix du scénario. Honnêtement, on n’en voit pas d’autres dans cette catégorie.

Il y a aussi Le fils de Saul à considérer. Après le long métrage du Hongrois Nemes, on va envisager la Shoah sous un tout autre angle. C’est le film qui m’a le plus marqué par son audace, sur le plan formel aussi. Il en fait le candidat tout désigné pour le Prix de la mise en scène. Je ne crois pas que le jury aura la hardiesse de décerner la Palme à une première œuvre de fiction — quoique c’est arrivé à Steven Soderbergh (Sexe, mensonges et vidéo, 1989).

Il y a aussi le Prix du jury qui sert souvent à récompenser un candidat malheureux — on n’a qu’à penser à Mommy de Xavier Dolan, à qui bien des gens prédisaient la Palme d’or l’an passé. Carol de l’Américain Todd Haynes serait un candidat logique. Si le jury veut récompenser un des trois films asiatiques, histoire de répartir la géographie des prix, il pourrait opter pour The Assassin du Taïwanais Hou Hsiao-Hsien, d’une beauté visuelle recherchée, mais avec un scénario aussi mince qu’une feuille de papier.

Et Villeneuve dans tout ça? Le réalisateur québécois le dit lui-même : Sicario n’est pas un film à Palme d’or. Pas plus que pour les autres prix, à mon avis. Sa mise en scène est techniquement d’une efficacité redoutable, mais elle n’innove pas. J’ai pensé un moment à un Prix d’interprétation masculine pour Benicio del Toro, mais la compétition est trop forte dans cette catégorie.

À commencer par Vincent Lindon, stupéfiant de retenue en chômeur meurtri dans La loi du marché, tout comme Tim Roth en infirmier brisé dans Chronic. Ma préférence va au premier. Reste que Michael Fassbender est venu brouiller les cartes avec son intense interprétation de Macbeth dans le film du même nom, présenté hier en compétition.

Même chose pour Marion Cotillard en Lady Macbeth, un des rôles les plus exigeants du répertoire dramatique, qu’elle met à sa main de façon remarquable. Tout le monde attend Cate Blanchett dans le rôle-titre de Carol. Sa composition d’une lesbienne qui veut sortir du placard a marqué les esprits. S’il y a une surprise, toutefois, elle pourrait bien venir de Zhao Tao. Dans Mountains May Depart, l’actrice chinoise réussit le tour de force d’interpréter le même personnage sur un intervalle de 25 ans, sans artifice et avec beaucoup de crédibilité. Sans oublier Margherita Buy, qui joue l’alter ego de Moretti dans Mia Madre.

On verra bien ce soir, à Cannes. Les prix seront décernés à partir de 19 h (13 h, heure de Québec).

Aucun commentaire  |  Commenter cet article

 

Vendredi 22 mai 2015 | Mise en ligne à 11h47 | Commenter Aucun commentaire

Cannes : À la vie, à la mort

Tous les festivaliers commencent à avoir une gueule de déterrée après dix jours de projections et d’entrevues en continu. Mais comme des marathoniens, tout le monde s’encourage : la ligne d’arrivée apparaît à l’horizon de ce 68e Festival de Cannes. Je ne sais pas trop à quoi a pensé le délégué général Thierry Frémaux, d’ailleurs, en nous balançant à ce moment précis deux films sur la mort, le très bon Chronic et l’ordinaire Valley of Love… Au moins, ce dernier avait le mérite de réunir deux monstres sacrés : Isabelle Huppert et Gérard Depardieu.

Trente-cinq ans après Loulou de Maurice Pialat, le film de Guillaume Nicloux (La religieuse) met en scène les deux acteurs légendaires à la personnalité diamétralement opposée (il fallait voir la moue dubitative d’Huppert à certaines énormités de Gégé, ça valait 1000 $).

Ils interprètent deux acteurs célèbres — Isabelle et Gérard — qui ont reçu une lettre de leur fils décédé les enjoignant de se retrouver dans la Vallée de la mort (en Californie) où il leur apparaîtra. Les parents séparés sont rongés par le remords de ne pas avoir su aimer cet enfant qui s’est suicidé.

«Qu’on garde nos prénoms crée un sentiment de proximité, ça ne veut pas dire que la fiction n’est pas à l’œuvre.», a commenté Huppert en conférence de presse. Juste le lieu, un personnage à part entière, change la perspective. «On se croirait sur une autre planète. La chaleur est aussi un élément déterminant.»

Le réalisateur s’est pourtant inspiré de ce qu’il «y a vu et vécu». Son récit mélange fantastique onirique (à la David Lynch) et mysticisme «gênant», dixit Depardieu, qui a pourtant été séduit par sa sincérité. «Elle y croit, pas lui, a précisé Isabelle Huppert en parlant des personnages. Il a un scepticisme profond alors qu’elle a une croyance profonde de ce qu’elle vient chercher.»

Si vous voulez tout savoir, je suis comme Gérard. J’ai pas cru une seconde à ce ramassis de croyances mystiques plus ou moins assumées qui frôlent le ridicule. Le naturel des acteurs, par contre, est fantastique, sans jeu de mots. «On joue toujours un peu soi-même», a commenté l’actrice. Réplique de l’acteur : «Je me suis arrangé pour faire ce métier parce que je ne voulais pas travailler. J’aime mieux vivre.» Cré Gégé.

Chronic a, au contraire, les pieds solidement ancrés dans la réalité — celle des malades en phase terminale. Michel Franco s’est intéressé aux infirmiers qui doivent s’immiscer dans la vie de familles bouleversées par la mort imminente d’un proche. Quel genre de vie mènent ces gens qui sont perpétuellement confrontés à la mort, s’est demandé le réalisateur mexicain après avoir vécu la situation avec sa grand-mère.

Tout ce film «très personnel» repose sur cette question, incarnée par David, un infirmer taciturne et dépressif marqué par une profonde blessure intérieure. Tim Roth (Reservoir Dogs, Pulp Fiction) y livre une prestation remarquable, criante de vérité — le film repose d’ailleurs sur ses épaules, comme le reconnaissait Michel Franco en conférence de presse.

Le personnage est à l’image du film : il se révèle petit à petit — un truc efficace pour maintenir l’intérêt. «J’ai interprété ce personnage le plus simplement possible, pour que le sujet n’en pâtisse pas», a indiqué Tim Roth. Compte tenu des thèmes abordés (la vieillesse, la maladie, la mort), le réalisateur a d’ailleurs opté sur une mise en scène très minimaliste, composée souvent de plans-séquences fixes qui s’attardent aux gestes et aux interactions entre les gens.

Le plus intéressant réside toutefois dans ce portrait qui ne fait pas de David un saint. L’homme a ses zones d’ombre et ses dilemmes. Notamment quand il est confronté au suicide assisté, sujet qui soulève toujours les passions. Chronic n’a pas changé l’opinion de Tim Roth sur la question : il est résolument pour. Michel Franco aussi. «Ces gens le font. Et plus souvent qu’on pense. Ça devrait être légalisé partout.»

Sans rien révéler, la finale est toutefois en porte à faux avec la trame sensible de Chronic. Mais pour le réalisateur, «ça ne pouvait finir autrement. C’est le résultat de tout le film.»

Parlant de générique, les fins de parcours sont souvent ingrates pour les films qui y sont présentés. Michel Franco ne s’en fait pas trop. Après tout, à sa dernière présence, en 2012, il a remporté le prix du meilleur film de la section Un certain regard avec Después de Lucia.

La réponse demain. On commence à avoir vraiment hâte.

Aucun commentaire  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mai 2015
    D L Ma Me J V S
    « avr    
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives

  • publicité