Éric Moreault

Mardi 29 juillet 2014 | Mise en ligne à 10h28 | Commenter Un commentaire

Cinéma: le pouvoir aux femmes!

Scarlett Johnasson dans Lucy de Luc Besson, qui a vaincu Hercule au box-office.

Scarlett Johnasson dans Lucy de Luc Besson, qui a vaincu Hercule au box-office.

Je n’apprendrai rien à personne en écrivant qu’il n’y a pas assez de personnages féminins forts dans le cinéma hollywoodien (et même dans le nôtre): les actrices s’en plaignent de plus en plus ouvertement. Sans parler du fait qu’après 40 ans, elles disparaissent des écrans, à part si elles s’appellent Meryl Streep ou ont subi de multiples chirurgies à la Sandra Bullock. Et n’insistons pas sur le fait que les réalisatrices ne représentent que 9 % des gens derrière la caméra (voici un graphique très complet pour les amateurs de statistiques).

Pourquoi je vous parle de ça ce matin? Parce que Lucy a donné une volée à Hercule au box-office: près du double au Québec! En Amérique du Nord, 44 M$ pour Lucy et Scarlett Johansson contre 29 M$ pour Hercule et Dwayne Johnson. Une surprise pour plusieurs analystes, d’autant que le film de Luc Besson est côté R — ce qui veut dire que les mineurs doivent être accompagnés d’un adulte (ici, le long métrage est 13 ans +). Ce qui rend l’exploit de Lucy encore plus saisissant.

Mais ce qui a le plus attiré l’attention, c’est que la moitié des spectatrices étaient des femmes. Et rendu à cet âge-là, qui décide dans le couple le choix du film, hum? À titre de comparaison, les garçons et les hommes composaient 58 % de l’audience d’Hercule.

J’en entends déjà me dire: «le cinéma est un art, pourquoi parler d’argent, c’est vulgaire, etc.» Parce que pour qu’il y ait du cinéma, il faut des spectateurs. Et que, de plus en plus, ce sont des spectatrices. Qui peuvent influencer la représentation de la femme à l’écran (Lucy n’est pas le modèle idéal, pour utiliser un euphémisme, je sais). Acheter un billet de cinéma (ou louer un film), c’est aussi voter.

On n’a qu’à constater l’énorme succès des franchises Hunger Games et Divergence, avec deux jeunes femmes fortes — mais aussi très belles, évidemment — dans le rôle principal, soit Jennifer Lawrence et Shailene Woodley, respectivement. Notez aussi que cette dernière est aussi la vedette de Nos étoiles contraires (The Fault In Our Stars), drame sentimental pour ados qui a engrangé un ronflant 112 M$ sur le marché nord-américain (pour un budget de 12 M$…).

Reste que le réel pouvoir à Hollywood est aux mains des producteurs. Et qu’il y a plus de femmes — le quart —, mais pas beaucoup plus qu’avant en proportion. Certaines risquent de changer la donne, comme Sarah Polley ou Diablo Cody. Mais je surveillerai plus attentivement, dans un futur rapproché, le travail de Megan Ellison, qui, à 28 ans seulement, a produit Le maître (P.T. Anderson), Her (Jonze), Arnaque américaine (Russell), Opération avant l’aube (Bigelow) et Foxcatcher (Miller, présenté à Cannes en mai). Ses choix pourraient en inspirer d’autres.

Reste que les chiffres ne mentent pas. Et ça, à Hollywood, ça fait foi de tout. Surtout après les nombreux échecs de superproductions destinées aux gars — paraît que ceux-ci sont plus intéressés par les jeux vidéos que les films. Ce qui n’est guère rassurant pour la représentation de la femme…

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Lundi 28 juillet 2014 | Mise en ligne à 11h55 | Commenter Aucun commentaire

Ken le rouge

Ken Loach a remporté la Palme d'or à Cannes en 2006 pour Le vent se lève.

Ken Loach a remporté la Palme d'or à Cannes en 2006 pour Le vent se lève.

Qui a dit qu’on devait lire «léger» en été? En tout cas, si vous ne voulez pas bronzer idiot, je vous suggère Défier le récit des puissants. Frank Barat a rencontré Ken Loach pendant deux jours pour explorer son cinéma et son engagement dans la création. Résultat: une plaquette (48 pages) fascinante qui se dévore d’une traite.

Loach, 78 ans, n’a jamais dévié de son désir de faire de la politique grâce au cinéma. Pour le réalisateur, l’art est nécessairement subversif: «Nous faisons des films pour tenter de subvertir, créer du désordre et soulever des doutes.» Ce grand cinéaste du social ne connaît pas la nature du mot «compromis», ce qu’il y a valu des ennuis avec la censure — jusqu’à récemment — sur lesquels il revient abondamment.

Secret défense (1990), Prix du jury à Cannes, lui vaudra d’ailleurs d’être comparé à Leni Riefenstahl (propagandiste du régime nazi avec des films comme Le triomphe de la volonté et Les dieux du stade)! Loach est un empêcheur de tourner en rond dont le mot d’ordre est «résister».

«L’art peut servir de détonateur, être l’étincelle qui met le feu aux poudres. Ensuite, c’est à nous de tout faire pour entretenir ce feu, cette colère, et la transformer en un mouvement global qui mènera à un changement radical, en profondeur, de notre société tout entière.»

C’est un peu folklorique. Loach tire dans toutes les directions, jusqu’à fustiger l’État israélien, ce qui est d’actualité, remarquez. Mais il a le sens de la formule et de l’image qui détonne.

Ce n’est pas tant cet engagement, remarquable, il faut bien l’admettre, qui m’a fasciné, mais bien les premières pages où Loach réfléchit à voix haute sur l’art de faire des films. Notamment sur l’importance de la composition de la distribution, qui fait partie intégrante du processus de création. «La crédibilité est notre seule exigence. Nous voulons que le film soit crédible. Voilà pourquoi le casting est primordial.»

Pour peu qu’on s’intéresse au cinéma, il y là des passages éclairants et sujets à débat. Mais c’est surtout une plongée dans l’univers d’un cinéaste qui demeure toujours fascinant. Et pertinent. À preuve, les Québécois vont se reconnaître dans son Jimmy’s Hall (pas de date de sortie ici pour l’instant) qui marquait sa 14e sélection en compétition au Festival de Cannes (où il a obtenu la Palme d’or avec Le vent se lève, en 2006).

Qu’on soit d’accord ou pas avec ses idées, qui me sont assez sympathiques, il faut reconnaître qu’il n’y a pas assez de cinéastes comme Ken Loach. Défier le récit des puissants en est une bonne preuve. Ça dessille les yeux.

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Vendredi 25 juillet 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Les conquérants

Quelques-uns ont déploré, sur ce blogue, le manque de bonne comédie intelligente et subtile. C’est vrai que l’espèce se fait plutôt rare. C’est pourquoi j’ai choisi Les conquérants comme film de la semaine. Pas un grand film, mais vraiment audacieux. Et drôle.

Un film dont l’humour fin se sert en contexte, sans occulter l’humanité du récit. Le long métrage de Xavi Molia, à propos de deux perdants de première qui cherchent une rédemption ordinaire, s’avère d’une véracité tellement confondante qu’on lui pardonne l’énormité du prétexte.

Noé et Galaad forment une drôle de paire — le spectateur le sait dès le départ : ils arrivent en retard à l’enterrement du patriarche explorateur et l’aîné interprète une chanson de cow-boy en guise d’oraison funèbre! Les demi-frères sont aussi dépareillés que des bas différents : le premier est l’entraîneur de soccer solitaire et misanthrope d’un club provincial alors que le second est un acteur de seconde zone misérabiliste, rongé par un cancer.

Il n’en faut pas plus pour que Galaad (un prénom qui fait à la fois référence aux légendes arthuriennes et à la Bible) croie les deux frères victimes d’une malédiction transmise par leur père. Ce dernier a découvert le Graal, rien de moins, et l’a vendu à un collectionneur. Ce qui serait la source de tous leurs malheurs… Il n’est faut pas plus pour que le duo décide de le voler et d’aller le reporter dans sa cachette d’origine, en Bretagne.

Après une première demi-heure très réaliste, malgré son humour décalé, le long métrage écrit et réalisé par Molia (8 fois debout) glisse subrepticement dans l’absurde et devient soudainement très drôle. Pas de gros gags gonflables ici, mais un humour subtil et détonnant.

Il faut, évidemment, être prêt à accepter l’existence du Graal et que celui-ci confère des pouvoirs magiques à son détenteur — ce qui donne quelques belles séquences de bouffonnerie visuelle. Rendu là, le spectateur est carrément dans le conte fantastique et la fable, mais toujours dans un cadre très contemporain, normal. Le contraste n’en est que plus saisissant.

Cet aspect surnaturel est tellement assumé, en fait, qu’on se demande s’il n’est pas le produit de l’imagination délirante de Galaad. Et c’est toute l’habileté du scénario des Conquérants : on a le goût de croire à cette quête inversée.

Parce que malgré ou peut-être à cause de leurs défauts, le spectateur se prend d’affection pour les deux anti-héros. L’identification est renforcée par le sentiment de proximité. Denis Podalydès (Vous n’avez encore rien vu) et Mathieu Demy (Les insomniaques) campent de façon solide cette paire improbable.

Malgré toutes les qualités de ce second film, il manque de rythme et s’égare parfois en chemin (l’inévitable scène gratuite de nudité). Mais reconnaissons la touche de Molia dans ce surprenant amalgame de genres qui donne un bon petit film agréable à l’œil et pour la rate.

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