Éric Moreault

Vendredi 17 février 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Un commentaire

Le film de la semaine: Mr Ove

Dur choix cette semaine entre deux candidats à  l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère. Mais comme Toni Erdmann a son lot de meneuses de claques, et que j’ai mes réserves, voici mon choix: Mr Ove (En Man Som Heter Ove) du Suédois Hannes Holm, qui pourrait bien causer la surprise. Cette comédie caustique sur un vieux grincheux, qui retrouve un regain de vie auprès d’une jeune femme, réussit à faire vibrer des cordes sensibles en raison de l’efficacité de sa mise en scène et du jeu de son acteur principal.

À 59 ans, Ove (Rolf Lassgård) a perdu l’amour de sa vie et de son travail. Le tatillon veuf passe ses journées à emmerder ses voisins au sein de leur quartier communautaire. Son quotidien sera bientôt bouleversé par de nouveaux voisins, surtout (Bahar Pars), une jeune Iranienne extravertie qui cherche à percer sa carapace. Ils vont rapidement former une drôle de paire qui cherche à s’apprivoiser et à apprendre à aplanir leurs différences pour vivre ensemble.

Mais l’ours mal léché au cœur brisé ne se laisse pas facilement capturer. Entre ses visites sur la tombe de sa femme et ses rondes quotidiennes, l’obsessif-compulsif varie ses tentatives de suicide maladroites, souvent interrompues par des visites impromptues.

Celles-ci sont en fait un bon prétexte pour revisiter, par des retours en arrière, des épisodes marquants de sa vie, narrés en voix hors champ. Et une façon habile de révéler les épreuves qui ont forgé le caractère d’Ove.

Rien de bien original, mais j’ai bien aimé la réflexion sur la notion de voisinage, les rêves brisés, la solitude des vieux, l’espoir d’une vie nouvelle… Vrai que bien qu’il soit adapté d’un roman de Fredrik Backman, Mr Ove explore le même canevas que Gran Torino (Clint Eastwood, 2009), voire St. Vincent (Theodore Melfi, 2014). On peut même y voir une parenté lointaine avec Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, autre roman suédois adapté au cinéma. Surtout dans le ton pince-sans-rire et irrévérencieux.

Pas grave puisque le long métrage d’Hannes Holm réussit autant à nous faire rire qu’à nous émouvoir. Le cinéaste propose une mise en scène simple et maîtrisée d’une efficacité redoutable. Il appuie parfois un peu trop sur la nostalgie et abuse des bons sentiments à la fin, mais rien pour nous empêcher d’en apprécier l’aspect réconfortant — à moins d’être un cynique fini.

Avec un titre comme Mr Ove, on se doute bien qui le film repose sur la performance de l’acteur qui incarne le déplaisant personnage (à première vue). Rolf Lassgård est absolument incroyable. Il réussit même à nous le rendre attachant. La production n’a pas fait la gaffe d’utiliser le même acteur pour incarner Ove jeune homme et retraité. N’empêche : la métamorphose de Lassgård a permis au long métrage de décrocher une nomination aux Oscars pour les meilleurs maquillages et coiffures…

Fruit du hasard, l’acteur suédois se retrouve pour une deuxième fois dans un film en compétition aux Oscars. Il jouait un rôle principal dans After the Wedding (2007) de Suzanne Bier. On verra s’il sera plus chanceux cette fois.

Mr Ove n’a pas gagné autant de trophées au Prix du cinéma européen que Toni Erdmann (cinq). Mais il a tout de même remporté celui de la meilleure comédie. Et mon appréciation.

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Cure de bien-être met en vedette Dane DeHaan, Jason Isaacs et Mia Goth.

Cure de bien-être met en vedette Dane DeHaan, Jason Isaacs et Mia Goth.

On savait déjà que rien n’arrête les studios pour promouvoir la sortie d’un film, surtout pas le mauvais goût. Mais un nouveau creux a été atteint avec Cure de bien-être (A Cure for Wellness) dans l’utilisation de cinq sites de fausses nouvelles — dont quelques-unes sont devenues virales, évidemment. On n’est pas surpris d’apprendre que le studio responsable de cette pratique douteuse condamnable sur le plan éthique est 20th Century Fox, dont la société mère possède aussi Fox News Channel et Fox Business Network.

La compagnie a peut-être joué son va-tout après les critiques désastreuses du long métrage de Gore Verbinski, qui prend l’affiche vendredi — elle a d’ailleurs reconnu les faits et fermé les sites depuis. Ceux-ci ressemblaient à des sites de journaux locaux (The Sacramento Dispatch, Salt Lake City Guardian, Houston Leader, NY Morning Post et Indianapolis Gazette). On vous épargne le détail des fausses nouvelles, si ce n’est celle qui a généré le plus de réactions sur les médias sociaux : Lady Gaga qui préparait un hommage aux musulmans lors de son spectacle de la mi-temps au Super Bowl. On se demande bien pourquoi…

Fox a aussi créé d’autres sites, dont un dont l’adresse ressemble à celle du site d’assurance maladie du gouvernement américain. Ouache!

Ne consacrons pas plus d’espace à l’affaire puisque, de toute évidence, le but était de faire parler du film. Mais y a toujours des maudites limites à exploiter la crédulité des gens…

C’est le site Buzzfeed qui a découvert l’arnaque.

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Vendredi 10 février 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Le client

Un peu plus et Le client n’était pas prêt à temps pour le dernier Festival de Cannes. Ce qui aurait été bien dommage : le brillant long métrage Asghar Farhadi a été un moment fort de cette 69e édition. Non seulement le cinéaste iranien est reparti avec le très mérité Prix du scénario, mais son acteur Shahab Hosseini a obtenu le Prix d’interprétation! On peut enfin voir le résultat sur grand écran avant les Oscars, où il est nomination pour le Meilleur film en langue étrangère. Cérémonie à laquelle Farhadi n’assistera pas, peu importe le résultat…

Comme souvent chez le réalisateur, le couple se retrouve encore au cœur du récit. Celui formé d’Emad (Hosseini) et de Rana (Taraneh Alidoosti). Le duo est d’abord ébranlé par un tremblement de terre qui les force à quitter leur logement. Ils trouvent un appartement où,   par un malheureux concours de circonstances, Rana est agressée alors qu’elle se trouve sous la douche.

Traumatisée, la jeune femme refuse de porter plainte. Mais son mari, qui détient quelques indices, se met en tête de retrouver le coupable, au point d’en faire une obsession.

À partir de canevas fort simple, Farhadi va disséquer une multitude de thèmes (colère, vengeance, humiliation, honneur, pardon, compassion, etc.) et l’évolution de la dynamique d’un couple face à un traumatisme majeur.

Le client est aussi un examen des mœurs qui ont cours dans son pays — ce n’est pas pour rien qu’il trace un parallèle avec La mort d’un commis voyageur (Arthur Miller), pièce dans laquelle Emad et Rana jouent le soir venu. Le théâtre vient ici servir de miroir à la situation décrite. Une mise en abîme un peu lourde qui sert néanmoins le propos.

Le client n’a peut-être pas la force d’impact d’Une séparation (2011), il n’en demeure pas moins un excellent long métrage dont on ne peut qu’admirer la maîtrise de la mise en scène du réalisateur. Malgré quelques lenteurs, la progression dramatique est impeccable… et implacable, jusqu’au bouleversant paroxysme. La démarche s’apparente au néoréalisme italien, en lumière naturelle et en son ambiant, mais avec une plus grande sophistication dans le propos.

Son drame psychologique démontre une remarquable compréhension des ressorts humains, illustrée par une écriture nuancée et empathique. Mais, surtout, il laisse tout le loisir au spectateur d’y chercher sa propre vérité. Ne nous y trompons pas. Le client a beau se dérouler à Téhéran, et nous montrer à quel point la société iranienne est encore empêtrée dans son passé, sa résonnance est universelle. C’est toute l’habileté du cinéaste aguerri.

Le chef- d’œuvre Une séparation a valu à Farhadi l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère en 2012. Cinq ans plus tard, l’Iranien fait l’impasse sur la cérémonie en raison de l’incertitude que fait planer le décret anti-immigration de Donald Trump sur sa présence et par solidarité envers ses concitoyens. L’actrice Taraneh Alidoosti a aussi annoncé son absence.

Dans les circonstances, une victoire du Client serait doublement jubilatoire…

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