Éric Moreault

Mardi 28 juillet 2015 | Mise en ligne à 12h38 | Commenter Aucun commentaire

Vallée en ouverture du TIFF: la bonne affaire!

Demolition, avec Jake Gyllenhall, sera présenté en ouverture du TIFF

Demolition, avec Jake Gyllenhall, sera présenté en ouverture du TIFF

Le Festival de cinéma de Toronto (TIFF) a réussi une bonne affaire en choisissant Demolition de Jean-Marc Vallée pour ouvrir sa 40e édition. Le TIFF s’est planté l’année passé avec Le juge de David Dobkin, un film mièvre. Je n’ai pas vu le long métrage de Vallée, mais, au moins, il s’agit d’un réalisateur québécois qui a une signature et le Festival pourra bénéficier de la présence de deux vedettes — Jake Gyllenhall et Noami Watts — sur le tapis rouge. Sicario de Denis Villeneuve, présenté en compétition au Festival de Cannes, a aussi été retenu.

Pour l’instant, on sait que six films canadiens seront à l’affiche du TIFF, dont les nouveaux Atom Egoyan (Remember, avec Christophe Plummer) et Deepa Metha (Beeba Boys). On saura la semaine prochaine, lors d’une conférence de presse distincte, quels seront les autres réalisateurs québécois qui feront un détour par Toronto entre le 10 et le 20 septembre. J’y serai en début de festival.

Sinon, on sait que Le martien de Ridley Scott (avec Matt Damon), The Program, le biopic de Stephen Frears sur Lance Armstrong, Spotlight de Tom McCarty et The Danish Girl de Tom Hopper ont aussi été retenus ainsi que plusieurs longs métrages présentés à Cannes, dont la Palme d’or Dheepan de Jacques Audiard La programmation révélée ce matin est par là.

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Mardi 21 juillet 2015 | Mise en ligne à 15h20 | Commenter Commentaires (29)

Les 100 meilleurs films US — vus de l’extérieur

Chinatown (Roman Polanski, 1974) fait partie de la liste des 100 meilleurs films américains.

Chinatown (Roman Polanski, 1974) fait partie de la liste des 100 meilleurs films américains.

La domination de l’industrie cinématographique hollywoodienne est telle que ce sont massivement des critiques américains qui portent un regard sur sa production, ce qui manque parfois, on s’en doute, de perspective. La BBC a eu la riche idée de sonder 62 critiques internationaux (Américains compris) pour déterminer une liste des 100 meilleurs films américains de tous les temps. Et il y a certains résultats étonnants.

Qui aurait pensé que le fameux Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939) soit 97e? Ou encore plus surprenant, qu’Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) soit en 90e, après Le roi lion (Roger Allers and Rob Minkoff, 1994) 86e, La nuit des morts-vivants (George A Romero, 1968) 85e, et Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991) 81e????

Évidemment, il y a certains constats qui ne sont guère surprenants à cette liste. L’hégémonie de l’homme blanc — à l’exception de Spike Lee, Steve McQueen et Charles Burnett — saute aux yeux: ne cherchez pas la femme.

La dominance du concept du réalisateur comme auteur: Hitchcock, Wilder, Kubrick et Spielberg ont chacun cinq films dans les 100. En fait, 10 cinéastes occupent 41 entrées. Ça manque de diversité, même s’il y a un bon mélange de films populaires et plus pointus.

Évidemment, on peut se demander ce qui fait L’empire contre-attaque (Irvin Kershner, 1980) en 76e place alors qu’on n’y retrouve pas Johnny s’en va-t-en guerre (Dalton Trumbo, 1971), Babel (Alejandro González Iñárritu, 2006), Fight Club (David Fincher, 1999), Le silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991), Impitoyable (Clint Eastwood, 1992), Beauté américaine (Sam Mendes, 1999), Edward aux mains d’argent (Tim Burton, 1990)… Et aucun film de Steven Soderbergh ou des frères Coen? Come on, c’est pas sérieux.

Cela écrit, les 20 premières positions sont très solides et reflètent un sentiment assez général autant dans la critique que les historiens du cinéma. Qu’en pensez-vous?

AJOUT: Une autre liste, complètement différente, déterminée par des acteurs…

100. Ace in the Hole (Billy Wilder, 1951)
99. 12 Years a Slave (Steve McQueen, 2013)
98. Heaven’s Gate (Michael Cimino, 1980)
97. Gone With the Wind (Victor Fleming, 1939)
96. The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008)
95. Duck Soup (Leo McCarey, 1933)
94. 25th Hour (Spike Lee, 2002)
93. Mean Streets (Martin Scorsese, 1973)
92. The Night of the Hunter (Charles Laughton, 1955)
91. ET: The Extra-Terrestrial (Steven Spielberg, 1982)
90. Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979)
89. In a Lonely Place (Nicholas Ray, 1950)
88. West Side Story (Robert Wise and Jerome Robbins, 1961)
87. Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry, 2004)
86. The Lion King (Roger Allers and Rob Minkoff, 1994)
85. Night of the Living Dead (George A Romero, 1968)
84. Deliverance (John Boorman, 1972)
83. Bringing Up Baby (Howard Hawks, 1938)
82. Raiders of the Lost Ark (Steven Spielberg, 1981)
81. Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991)
80. Meet Me in St Louis (Vincente Minnelli, 1944)
79. The Tree of Life (Terrence Malick, 2011)
78. Schindler’s List (Steven Spielberg, 1993)
77. Stagecoach (John Ford, 1939)
76. The Empire Strikes Back (Irvin Kershner, 1980)
75. Close Encounters of the Third Kind (Steven Spielberg, 1977)
74. Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994)
73. Network (Sidney Lumet, 1976)
72. The Shanghai Gesture (Josef von Sternberg, 1941)
71. Groundhog Day (Harold Ramis, 1993)
70. The Band Wagon (Vincente Minnelli, 1953)
69. Koyaanisqatsi (Godfrey Reggio, 1982)
68. Notorious (Alfred Hitchcock, 1946)
67. Modern Times (Charlie Chaplin, 1936)
66. Red River (Howard Hawks, 1948)
65. The Right Stuff (Philip Kaufman, 1965)
64. Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)
63. Love Streams (John Cassavetes, 1984)
62. The Shining (Stanley Kubrick, 1980)
61. Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick, 1999)
60. Blue Velvet (David Lynch, 1986)
59. One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Miloš Forman, 1975)
58. The Shop Around the Corner (Ernst Lubitsch, 1940)
57. Crimes and Misdemeanors (Woody Allen, 1989)
56. Back to the Future (Robert Zemeckis, 1985)
55. The Graduate (Mike Nichols, 1967)
54. Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950)
53. Grey Gardens (Albert and David Maysles, Ellen Hovde and Muffie Meyer, 1975)
52. The Wild Bunch (Sam Peckinpah, 1969)
51. Touch of Evil (Orson Welles, 1958)
50. His Girl Friday (Howard Hawks, 1940)
49. Days of Heaven (Terrence Malick, 1978)
48. A Place in the Sun (George Stevens, 1951)
47. Marnie (Alfred Hitchcock, 1964)
46. It’s a Wonderful Life (Frank Capra, 1946)
45. The Man Who Shot Liberty Valance (John Ford, 1962)
44. Sherlock Jr (Buster Keaton, 1924)
43. Letter from an Unknown Woman (Max Ophüls, 1948)
42. Dr Strangelove (Stanley Kubrick, 1964)
41. Rio Bravo (Howard Hawks, 1959)
40. Meshes of the Afternoon (Maya Deren and Alexander Hammid, 1943)
39. The Birth of a Nation (DW Griffith, 1915)
38. Jaws (Steven Spielberg, 1975)
37. Imitation of Life (Douglas Sirk, 1959)
36. Star Wars (George Lucas, 1977)
35. Double Indemnity (Billy Wilder, 1944)
34. The Wizard of Oz (Victor Fleming, 1939)
33. The Conversation (Francis Ford Coppola, 1974)
32. The Lady Eve (Preston Sturges, 1941)
31. A Woman Under the Influence (John Cassavetes, 1974)
30. Some Like It Hot (Billy Wilder, 1959)
29. Raging Bull (Martin Scorsese, 1980)
28. Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994)
27. Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975)
26. Killer of Sheep (Charles Burnett, 1978)
25. Do the Right Thing (Spike Lee, 1989)
24. The Apartment (Billy Wilder, 1960)
23. Annie Hall (Woody Allen, 1977)
22. Greed (Erich von Stroheim, 1924)
21. Mulholland Drive (David Lynch, 2001)
20. Goodfellas (Martin Scorsese, 1990)
19. Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976)
18. City Lights (Charlie Chaplin, 1931)
17. The Gold Rush (Charlie Chaplin, 1925)
16. McCabe & Mrs Miller (Robert Altman, 1971)
15. The Best Years of Our Lives (William Wyler, 1946)
14. Nashville (Robert Altman, 1975)
13. North by Northwest (Alfred Hitchcock, 1959)
12. Chinatown (Roman Polanski, 1974)
11. The Magnificent Ambersons (Orson Welles, 1942)
10. The Godfather Part II (Francis Ford Coppola, 1974)
9. Casablanca (Michael Curtiz, 1942)
8. Psycho (Alfred Hitchcock, 1960)
7. Singin’ in the Rain (Stanley Donen and Gene Kelly, 1952)
6. Sunrise (FW Murnau, 1927)
5. The Searchers (John Ford, 1956)
4. 2001: A Space Odyssey (Stanley Kubrick, 1968)
3. Vertigo (Alfred Hitchcock, 1958)
2. The Godfather (Francis Ford Coppola, 1972)
1. Citizen Kane (Orson Welles, 1941)

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Vendredi 17 juillet 2015 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Un commentaire

Le film de la semaine: Amy

Il y a deux Amy Winehouse. Il y a populaire chanteuse à la voix unique et à l’ascension météorique, tombée dans l’oreille de millions de personnes. Et il y a la jeune femme instable, fragile et dépendante affective qui a trouvé refuge dans la consommation. Malheureusement pour l’Anglaise, les deux se sont retrouvées sous les projecteurs où elle s’est brûlée comme un papillon, ce que démontre Amy, le bouleversant documentaire d’Asif Kapadia.

Le film, présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, ne s’appelle pas Amy pour rien : le réalisateur ne s’intéresse pas tellement à la chanteuse, mais à la femme et à sa mort inscrite en filigrane de sa carrière. Le perturbant long métrage, très réussi, aurait aussi pu s’intituler «J’accuse». Il montre du doigt les responsables de cette mort tragique, à commencer par la jeune femme, décédée en plein vol en 2011, à 27 ans.

Comme dans Senna, le long métrage précédent de Kapadia sur le fameux coureur de F1, Amy repose sur un nombre incalculable de documents audio et vidéo, ainsi que des entrevues avec les proches. Tellement qu’Asif Kapadia a pu construire Amy comme un véritable drame biographique, en respectant la chronologie, de ses premiers enregistrements, en 2001, jusqu’à sa mort, intercalant même des images familiales.

Certains ont reproché au réalisateur l’utilisation d’images de paparazzi, dont il démontre avec éloquence que leur acharnement était une forme cruelle d’intimidation — tout comme ceux qui se nourrissaient de ces représentations abjectes. Kapadia, au contraire très respectueux de son sujet, ne pouvait en faire abstraction. Elles sont partie intégrante de la chute de Winehouse — les écarter aurait occulté une clé importante de compréhension.

Les pulsions autodestructrices de la vedette malgré elle ont leurs racines dans le manque d’amour du père absent, puis le divorce de ses parents. Boulimique, dépressive et instable sur le plan émotif, la chanteuse a sublimé son mal de vivre dans l’alcoolisme. Puis il y a aussi son mari Blake Filder, un toxicomane qui l’a initiée aux drogues dures, puis entraînée dans une spirale de consommation fatale.

Sans parler de la curée à laquelle se livraient constamment les médias sur le dos d’une jeune femme perturbée, incapable de gérer son immense succès. «Il n’y a pas de manuel pour ça», comme disait un membre de son entourage.

Amy Winehouse le reconnaît d’emblée dans une des innombrables entrevues du film : «La musique a toujours été importante, mais je ne voulais pas devenir chanteuse.»

Le parallèle avec Kurt Cobain, mort lui aussi à 27 ans, est inévitable. D’autant que le récent Montage of Heck de Brett Morgen, sur le regretté chanteur de Nirvana, utilise sensiblement le même mode narratif. Chacun met en évidence le prix à payer qui vient avec la célébrité et l’appétit insatiable des fanatiques qui s’en nourrissent.

Je n’ai pas le même rapport aux deux — Cobain incarnait ma révolte adulescente alors que je connaissais vaguement la musique de Winehouse. Amy a pourtant fait vibrer plus de cordes sensibles tellement il est d’une honnêteté sans failles. Le dernier tiers est presque insupportable.

Il nous broie les tripes au point où on a le goût de détourner le regard de ce pitoyable gâchis qui a fauché une jeune femme promise à un avenir resplendissant. C’était une des plus authentiques chanteuses de jazz de l’histoire, constate Tony Bennett. Malheureusement, ce même talent et sa célébration excessive ont fini par la tuer.

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