Éric Moreault

Vendredi 29 août 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Tu dors Nicole

Tout le brouhaha qui a entouré la présentation de Mommy (Xavier Dolan) à Cannes a presque fait oublier la présence de Tu dors Nicole, l’excellente comédie iconoclaste de Stéphane Lafleur. Ce film touchant et intelligent est sans contredit l’un des meilleurs de 2014.

Il va du cinéma de Lafleur (Continental, un film sans fusil) comme de sa musique avec son groupe Avec pas d’casque. À première vue, l’œuvre semble bricolée de petits riens disparates. Puis on se rend compte que leur juxtaposition révèle une poésie et une douce folie complètement originales et revendiquées comme telles.

Il le faut pour poser un regard si juste, avec un sourire en coin, sur Nicole (Julianne Côté). La jeune femme de 22 ans amorce son été en banlieue avec l’ambition de profiter de la maison de ses parents absents en compagnie de sa meilleure amie Véronique (Catherine St-Laurent). Mais voilà que débarque son frère aîné (Marc-André Grondin), qui transforme le salon en studio d’enregistrement pour son groupe rock. L’été prend alors une autre tournure, marqué par la canicule et l’insomnie grandissante de Nicole, mais aussi par son apathie.

Tu dors Nicole se veut une chronique douce amère sur cet âge flou où n’a pas encore les responsabilités d’un adulte mais où on a laissé derrière l’âge fou de l’adolescence. Lafleur y pratique un humour décalé et un sens de l’observation d’une finesse remarquable. Son naturalisme n’a rien de forcé, ni de plaqué, même dans les situations les plus incongrues. Comme ce garçon doté d’une voix et de propos d’adulte. La surprise passée, c’est totalement hilarant.

Le réalisateur a volontairement choisi de filmer l’action sans repère géographique ni temporel, de la même façon qu’opère sa mise en scène discrète et très organique : pour de ne pas distraire le spectateur de l’essentiel. À savoir, capter l’indolence de cet âge «où les premières expériences sont réglées» mais où l’avenir est confus. Et où déjà se profile à l’horizon plusieurs possibilités.

Même choix volontaire et assumé pour l’esthétique noir et blanc, influencée à la fois par Jim Jarmusch, un cinéaste qu’il adore, mais aussi par un livre de photos de Robert Adams que lui a soumis sa directrice photo Sara Mishara, dont le travail, ici, est absolument remarquable autant dans sa sobriété que dans son utilisation de la lumière.

Le choix du noir et blanc est audacieux, mais il ne devrait pas rebuter les spectateurs. Surtout pas : Tu dors Nicole est le film le plus accessible de Lafleur, sans qu’il compromette sa vision d’auteur. Le long métrage intemporel est habité d’une douce folie et d’un charme fou. Tout le monde peut s’identifier aux petites absurdités et contrariétés vécues par Nicole.

D’ailleurs, son interprète, Julianne Côté, dégage un beaucoup de charme et elle est habitée par son personnage au point de s’y confondre. Catherine St-Laurent ne lui en concède pas beaucoup. Marc-André Grondin est toujours aussi juste, tout comme Francis La Haye et Simon Larouche, qui complètent son power trio. C’est d’ailleurs une constante dans l’œuvre de Lafleur : un fin doigté (encore une fois décalé) dans la direction d’acteurs.

Tu dors Nicole mise sur un non-dit qui en révèle pourtant beaucoup sur le désir, la jalousie, l’amitié, la fraternité… C’est le signe que Stéphane Lafleur a trouvé un ton et une façon de raconter et de filmer qui lui sont propres. Et qu’il devient un cinéaste qui compte, pas seulement au Québec.

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Mardi 26 août 2014 | Mise en ligne à 20h00 | Commenter Un commentaire

De l’audace, toujours de l’audace: le cas du FCVQ

Régis Labeaume m’a bien fait rigoler, l’an dernier — une fois n’est pas coutume, lorsqu’il a utilisé le qualificatif «jeunes fous» à propos des créateurs du Festival de cinéma de la Ville de Québec (FCVQ). Je n’irais pas jusque-là, mais force est de constater que Marie-Christine Laflamme (la directrice générale) et Olivier Bilodeau (le directeur de la programmation) sont audacieux.

Ils sont en train de donner une vraie personnalité à leur festival, qui peut autant plaire aux cinéphiles exigeants qu’aux gens curieux de voir du cinéma différent sans tomber dans le registre pointu. La présence de Mommy, de Xavier Dolan, en ouverture, donne énormément de crédibilité à l’événement. Et l’idée de présenter l’Adieu au langage de Jean-Luc Godard, co-lauréat du Prix du jury au dernier Festival de Cannes, un joli clin d’œil.

Le FCVQ a aussi réussi à attirer des films en compétition qui se sont distingués dans différents festivals. C’est le cas de Wiplash, de Damien Chazelle, à Sundance ou Pride de Matthew Warchus, à Cannes. Joie : le 20 000 Days on Earth, d’Iain Forsyth, une incursion de 24 heures dans la vie du musicien-culte Nick Cave, fait aussi partie de la sélection (mon compte rendu complet).

Deux films québécois se sont glissés dans la compétition : 2 temps, 3 mouvements de Christophe Cousin, et, surtout, Un film de chasse de filles, le documentaire de la réalisatrice de Québec Julie Lambert. Quand on parlait d’audace!

Et je ne parle même pas de tous les événements parallèles comme la venue de Bruce LaBruce, les projections en plein air, l’accent mis sur la production locale. Je ne suis pas chauvin et je n’ai pas l’enthousiasme facile de ceux et celles qui s’extasient sur tout et sur rien. Mais j’aime beaucoup ce que le FCVQ est en train de devenir.

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Lundi 25 août 2014 | Mise en ligne à 11h59 | Commenter Un commentaire

Une rentrée festivalière

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il n’y a pas vraiment de temps mort dans l’année cinéma. Et seulement deux vitesses: très vite et très, très vite. Mais à la rentrée, on passe carrément à la vitesse lumière. Les studios positionnent leurs gros canons pour les Oscars et les festivals se bousculent et jouent du coude.

Pour ce qui est des films qui feront notre automne, j’y reviendrai en détail en fin de semaine. Concernant les festivals, je serai à Toronto la semaine prochaine et la suivante pour le TIFF. Un bien beau menu qui fait une large place aux films de nos cinéastes avec les nouveaux films de Jean-Marc Vallée et Philippe Falardeau (je vous en ai déjà causé sur ce blogue), mais aussi ceux de Stéphane Lafleur (Tu dors Nicole), de Maxime Giroux (Félix et Meira), de Charles Binamé (Elephant Song) et de Xavier Dolan (Mommy).

J’ai hâte de voir le Binamé (Maurice Richard), notamment en raison du sujet, une adaptation de la pièce de Nicholas Billon, qui signe d’ailleurs le scénario. Il met en scène la disparition d’un éminent psychiatre la veille de Noël. Son patient, Michael, est le dernier à l’avoir vu. C’est nul autre que Xavier Dolan qui incarne le jeune homme perturbé. Il donne la réplique à, entre autres, Bruce Greenwood et Catherine Keener.

Parlant de Dolan, son Mommy fera l’ouverture du Festival de Québec (FCVQ), qui se déroule du 18 au 28 septembre. La programmation sera d’ailleurs dévoilée demain (26 août), mais on sait déjà que l’adaptation de La belle et la bête par Christopher Gans sera projetée après la cérémonie de remise de prix.

Entre les deux, du 11 au 14 septembre, Québec sera aussi l’hôte de la 15e édition du Festival Vitesse lumière.

Allez, on se reparle de tout ça bientôt. En attendant, si vous me parliez de vos films de l’été?

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