Éric Moreault

Vendredi 20 janvier 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Nelly

Anne Émond disait, en entrevue, que tourner Nelly était «casse-gueule». La réalisatrice québécoise ne s’est pas plantée pour autant. Son très attendu long métrage, librement inspiré de la vie d’Isabelle Fortier et de l’œuvre de Nelly Arcan, peint un tableau éclaté des multiples visages de l’auteure de Putain et Folle, incarnée avec beaucoup de courage par Mylène Mackay.

L’histoire de la flamboyante jeune femme est tristement célèbre. Isabelle Fortier publie, en 2001, sous le nom de plume de Nelly Arcan, Putain, premier roman d’autofiction qui connaît un succès monstre au Québec et en France. Le lecteur y découvre, dans un récit très crû, son expérience d’escorte pendant ses études en littérature. Sa carrière en dents de scie, celle d’une femme paradoxale et provocatrice, mais aussi douée et d’une vive intelligence, s’éteint brutalement alors qu’elle se donne la mort le 24 septembre 2009, à 36 ans.

Pour en témoigner, la réalisatrice a choisi de présenter, dans le désordre et par fragments, les multiples personnalités de l’excessive Nelly (l’escorte, l’auteure, la vamp, l’amoureuse, la toxicomane). Réalité, fiction, fantasmes et illusions s’y télescopent en un récit kaléidoscopique et mélancolique un brin déroutant, mais stimulant.

Mylène Mackay (Endorphine, Embrasse-moi comme tu m’aimes) incarne avec un aplomb remarquable ce personnage démultiplié. Son jeu passe sans coup férir des débordements explosifs au détachement en passant par une sensualité exacerbée. Présente dans chacun des plans ou presque, l’actrice de 29 ans porte Nelly sur ses épaules. Elle sera sans aucun doute nommée aux prochains Iris (ex-Jutra).

Anne Émond (Nuit #1, Les êtres chers), en délaissant la formule éculée du drame biographique, a voulu explorer les différents thèmes qui traversent les écrits de Nelly Arcan (pulsions autodestructrices, mal-être, besoin maladif d’être aimée et reconnue, rapport au corps, peur de vieillir, etc.). Ceux-ci sont souvent mis en exergue par une citation en voix hors champ (la terrible «En dehors de l’écriture, je ne suis rien» résume tout).

Autre belle trouvaille de cette mise en scène attentive et très solide, l’utilisation des miroirs et des reflets. Ils sont autant une allusion à la vanité de Nelly que l’illustration de sa personnalité démultipliée, de son angoisse perpétuelle et de sa quête incessante du regard des autres.

La réalisatrice fait preuve d’une belle retenue dans les scènes de sexes, jamais racoleuses. Certaines exposent même, sans fard, la cruelle brutalité de clients violents. N’empêche que l’ensemble de celles-ci, même si elles sont partie intégrante des multiples facettes d’Isabelle / Nelly, finit par être répétitif et, finalement, assez anecdotique. La scène où Nelly tente de séduire son psy en lui racontant une histoire salace, où Mylène Mackay s’y révèle troublante de sensualité perverse, est cent fois plus révélatrice.

Même pudeur pour la mort de Nelly, suggérée plutôt que montrée. On ne peut qu’être d’accord avec l’approche même si elle démontre, paradoxalement, qu’Anne Émond a trop souvent le pied sur le frein. Certaines scènes, comme l’ hypnotisante danse à la Marilyn Monroe, témoignent de la démesure du personnage sans que le film réussisse tout au long à en démontrer l’ampleur.

Malgré tout, Anne Émond a fait preuve autant de rigueur, en refusant le sensationnalisme, que de liberté artistique dans l’appropriation respectueuse de son sujet. Mais elle s’est surtout refusée à émettre des hypothèses à cinq cennes sur le mal de vivre et le désespoir insondable d’Isabelle Fortier. Ce qui place le spectateur dans une position inconfortable à la sortie du long métrage : le film prend aux tripes. Et c’est tant mieux ainsi. Nelly force la réflexion et l’empathie.

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Jeudi 19 janvier 2017 | Mise en ligne à 12h17 | Commenter Commentaires (2)

B.-a.: Logan sort les griffes une dernière fois

Aussi bien se faire à l’idée, Hugh Jackman jouera pour une neuvième et dernière fois Logan dans le film éponyme, troisième centré sur le mutant aux longues griffes. On nous promet un long métrage plus «adulte», noir et sanglant (avec la cote R aux États-Unis comme Deadpool), mais aussi plus ancré dans la réalité.

Comprendre: Logan a pris de l’âge et n’est plus invincible comme dans ses incarnations précédentes. Dans ce monde vaguement post-apocalyptique situé dans le futur, le X-Man vit proche de la frontière américano-mexicaine où il tente de se faire oublier tout en prenant soin du diminué professeur X (Patrick Stewart, toujours un plus). Arrive une jeune mutante, Laura Kinney (Sienna Novikov), poursuivie par des gens qui, manifestement, ne lui veulent pas du bien.

Rien de bien original, mais James Mangold est un bon cinéaste — même si Le Wolverine (2013) était moyen. Jackman est un bon acteur qui, lui aussi, est capable de mieux. Je sais pas, il y a quelque chose dans ce personnage qui fait que j’y reviens toujours même si la formule est éculée. La dernière bande-annonce est, en tout cas, pas mal du tout. Et les critiques qui ont vu les 40 premières minutes du film estiment que le début laisse présumer un bon cru.

On verra bien à la sortie, le 3 mars. J’ai bien hâte de voir. Au cas… Et vous?

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Mercredi 11 janvier 2017 | Mise en ligne à 13h17 | Commenter Aucun commentaire

Petit détour par Paris

Ça fait un bout que je n’ai pas publié sur ce blogue: vacances en famille, mais, aussi, ces derniers jours, préparation des textes de la rentrée cinématographique hivernale et des entrevues avec la réalisatrice Anne Émond et l’actrice Mylène Mackay pour la sortie de Nelly (à lire samedi). Et parce que, au moment où vous lirez ces lignes, je serai en route pour les Rendez-vous d’Unifrance à Paris.

Au menu: plus d’une vingtaine d’entrevues en prévision des sorties françaises de cet hiver. Quelques exemples: Tahar Rahim pour le très beau Réparer les vivants de Katell Quillévéré, dans lequel joue Anne Dorval; Lambert Wilson et Jérôme Salle pour L’Odyssée (sur le commandant Cousteau); Bérénice Bejo pour L’économie du couple; la réalisatrice Lisa Azuelos pour Dalida (oui, oui, biopic de la chanteuse); Sidse Babett Knudsen et Emmanuelle Bercot pour La fille de Brest; les réalisateurs de Ma vie de courgette et de La tortue rouge… Du bonbon.

Je vous tiens au courant. En attendant, quelques bandes-annonces…

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