
Le Scion xB Hako montré au Salon de l'auto de New York en 2008.
DENIS ARCAND -
Scion, la marque créée par Toyota pour attirer les jeunes lors de l’achat de leur première voiture, semble menacée d’extinction. Scion est née en 2002 d’une idée marketing très osée : créer de toutes pièces une marque-jeunesse offrant aux générations X et Y des voitures aux designs très distinctifs. Le but : recruter les jeunes de cette nouvelle clientèle lors de leur premier achat et, surtout, les conserver comme clients Toyota durant leur vie adulte.
La cible la plus importante était la génération Y, les enfants des Baby-Boomers, nés entre 1989 et 1999 et plus nombreux que les X nés durant la décennie précédente. Dans ce contexte, le mot anglais scion se traduit par « héritier », ou « descendant » d’une lignée.
B comme dans boîte.
Certains modèles étaient des sous-compactes originales, certes, mais sans plus, comme la cinq-portes xA et la xD. Mais l’anguleuse xB en forme de boîte à chaussures a été, avec les Nissan Cube et Juke, le véhicule-phare d’un créneau étroit mais très visible de voitures excentriques. La plupart des Baby-Boomers trouvent la xB et la Cube hideuses. Ils ne voudraient pour rien au monde être vus là-dedans, surtout pas au volant. C’ est précisément le but recherché : à 19 ou 20 ans, qui veut conduire une auto que son père aimerait ?
La stratégie de positionnement de Scion est visible sur le plancher des concessionnaires : placer à côté des véhicules très originaux comme le xB et la iQ d’autres voitures à l’allure jeune, mais moins excentriques, comme la xD, tC et, bientôt, la FR-S.
Toyota, avec la marque spécifique Scion, est allée plus loin que la concurrence, offrant des options à la limite du custom et développant ainsi un nouveau modèle d’affaires basé sur la personnalisation à long terme. Quand la marque allait vraiment bien, au milieu de la dernière décennie, les jeunes acheteurs dépensaient durant les 36 mois suivant l’acquisition d’une Scion autant d’argent pour des options de personnalisation que le montant d’achat de leur voiture. Aussi, Toyota avait développé des stratégies de vente virales sur l’internet, des promotions et des commandites inventives à l’extérieur des canaux publicitaires courants.
Faire un X sur les x et toute la marque ?
Mais on dirait que l’aventure Scion s’essouffle, qu’elle a donné ce qu’elle avait à donner et que Toyota pense à faire un X sur Scion. Les ventes sont en bien en deça de ce qu’on a vu il y a quelques années. On a vu aussi le lancement de la tC et de la FR-S, qui pourraient aussi bien être des Toyota.

Un prototype de xD décapotable montré au Salon de l'auto de Montréal en 2011.
Récemment, des responsables ont dit au magazine spécialisé Ward’s Auto que le xB et même la xD pourraient ne pas être remplacés à la fin du présent cycle.
Mais voici que Toyota découvre que les Y ont passé l’âge des autos bizarres, nous dit le magazine Automotive News. Le chroniqueur Mark Rechtin rapporte que Toyota a fait ce constat au terme d’une étude de marché de la clientèle-cible de Scion. Les types de marketing de Toyota ont planché neuf mois là-dessus. Conclusion : la génération Y veut maintenant des autos normales.
Rechtin, qui a vu la prochaine pub de Scion, décrit une annonce télé vraiment conventionnelle : « Fini les animations digitales radicales et la trame musicale de techno qui fait boum-boum. À la place, on voit la FR-S rouler sur une route panoramique de montagne. Elle tourne les coins carré, mais la destination n’est plus un bar cool. »
D’ailleurs la FR-S est la même voiture que la Toyota GT-86, à peu de choses près. (En fait, non seulement est-elle la même chose qu’une Toyota GT-86, elle est aussi la même chose que la Subaru BRZ; Subaru et Toyota ont collaboré sur cette voiture à propulsion arrière).
Alors si les Scion ont de plus en plus l’air de Toyota, pourquoi garder cette marque ? Scion mérite-t-elle de vivre ?
Photos : Wikipédia