ÉRIC LEFRANÇOIS
Sans klaxon, le Jury Canadien de l’Automobile (JCA), une organisation sans but lucratif composée de 11 des journalistes les plus influents au pays - selon Media Watch, une entreprise qui réalise des études sur la consommation des médias -, consacrait la Golf de Volkswagen, meilleur achat de l’année 2010.
La cérémonie s’est déroulée au cours de la journée de presse du salon de l’Auto de Montréal. Sans fanfaronnade, sans discours, une sculpture Inuit représentant un ours polaire a été présentée à la direction de Volkswagen qui, naturellement, a profité de sa tribune au salon pour annoncer ce qu’elle considérait une bonne nouvelle. Pour Volkswagen. Pour les membres du Jury Canadien de l’Automobile. Pas pour une certaine association de journalistes qui s’est mise en tête de disputer la légitimité de ce prix. Son recours: elle détient les droits exclusifs quant à l’utilisation du terme «voiture canadienne de l’année». Si tel est le cas, et il n’y pas lieu d’en douter, pourquoi alors les prix annuels décernés notamment par L’Auto, l’Annuel de l’Auto ou encore le Guide de l’Auto n’ont-ils pas fait l’objet, eux aussi, d’une mise en demeure? Parce que ses auteurs sont membres de ladite association? Quelques-uns, pas tous.
Le Jury Canadien de l’Automobile n’a aucune prétention si ce n’est que de rendre son verdict sur ce qu’il considère être le véhicule de l’année 2010. Il n’existe pas de catégories, sous-divisions ou de vainqueurs de classe. Les 11 membres du Jury ont réalisé l’essai de toutes les nouveautés 2010 dans le cadre de leur travail journalistique. Pour déterminer le gagnant, ils ont utilisé les critères suivants: design, confort, sécurité, économie, l’innovation technique, les performances, la fonctionnalité, les exigences environnementales, l’agrément de conduite, et bien entendu le prix. En couronnant la Golf, le JCA considère avoir tranché en faveur d’un véhicule très abouti et financièrement accessible. En outre, ce prix récompense l’homogénéité d’ensemble de la dernière-née de la marque allemande qui compte en son sein une pratique familiale, un moteur turbodiesel propre et une GTi d’une redoutable efficacité, tant sur le plan des performances que de l’efficacité énergétique.
L’ironie de toute cette histoire est que la mise en demeure servie aux membres du Jury Canadien de l’Automobile se trouve en partie financée par les constructeurs eux-mêmes. En effet, contrairement au JCA, ladite association accueille non seulement les constructeurs en son sein, mais les incitent annuellement à injecter plusieurs milliers de dollars pour financer certaines de ses activités. À titre de comparaison, c’est comme si la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) acceptait parmi ses membres des représentants d’Hydro-Québec, de la Caisse de dépôt ou encore les Rôtisseries St-Hubert.
En fait, ce que ladite association souhaitait sans doute éviter à tout prix est qu’une autre organisation couronne avant elle LA voiture de l’année 2010 au pays: la Golf!
Note: Le JCA est composé notamment de représentants des principaux quotidiens dont le National Post, le Toronto Star, le Globe and Mail et La Presse.
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