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    Mardi 7 août 2012 | Mise en ligne à 18h36 | Commenter Commentaires (17)

    Curiosity : une auto spatiale bien moins amusante que celles des années 70.

    Curiosity est une auto pour scientifiques pas pressés.

    Curiosity est une auto pour scientifiques pas pressés. On la voit ici en laisse, au Jet Propulsion Laboratory, avant son voyage vers Mars.

    DENIS ARCAND -

    Quarante-un ans après avoir mis le Moonbuggy sur la Lune, la NASA a mis une compacte à six roues longue comme une Chevrolet Spark et large comme un Hummer sur Mars. « Eux-autres, ils l’ont-tu l’affaire les Amaricains! », s’exclamerait avec raison Elvis Gratton.

    À l’époque glorieuse et relativement simple de la conquête lunaire, la NASA avait commencé par le commencement et mis un humain, Neil Armstrong, sur la lune avant d’y envoyer une auto et le premier automobiliste spatial, l’astronaute David Scott (qu’on voit ici au volant du Lunar Roving Vehicle, communément appelé “Moonbuggy”). Un petit tour d’auto pour l’homme, mais un long wheelie pour l’automobile.

    Le Moonbuggy des années 70 était un "fun car" pour astronautes.

    Le Moonbuggy des années 70 était un "fun car" pour astronautes.

    Mars étant trop loin pour ça, le robot à six roues Curiosity a atterri sans pilote sur la planète rouge lundi.

    La voiture martienne sera téléguidée du Jet Propulsion Laboratory, à Los Angeles, ce qui en fait la seule voiture conduite en Californie qui ne soit pas prise dans un bouchon de circulation.

    Même sans embouteillage, Curiosity n’ira pas vite : 1,6 km / h. Curiosity a encore des croûtes à manger côté style, et franchement, des roues mags, un aileron sur la valise et de la peinture métallisée n’auraient pas fait de tort. Mais avec ses six roues ayant chacune un couple de 500 livres-pied, c’est le roi du off-road : l’idéal pour le sol très accidenté de Mars ou pour les rues de Montréal au printemps. La suspension électronique de l’engin lui permet d’enjamber des trous ou des roches de 50 cm.

    Moteur nucléaire au dioxyde de plutonium

    Et c’est la seule auto dans l’univers qui a sous le capot un moteur thermoélectrique nucléaire à radio-isotopes au dioxyde de plutonium. (Non, nous n’avons aucune idée de ce que c’est, mais c’est encore plus épeurant que la Ford Nucléon.)

    D’ailleurs, le département de marketing de Ford, toujours un brin racoleur, s’est collé à l’événement en diffusant dès l’atterrissage de Curiosity sur Mars un amusant tableau comparatif entre le tout-terrain spatial et le pick-up F-150 off-road Raptor.

    Curiosity est équipé de laboratoires robotisés capables d’analyses chimiques sophistiquées.  Il est censé passer les deux prochaines années à explorer le cratère de Gale, sur Mars.

    Pas le genre de vie martienne que la Nasa s'attend à trouver (extrait du film mexicain Santo contra la invasion de los Marcianos, de 1966.

    Pas la forme de vie que la NASA s'attend à trouver sur Mars : extrait du film mexicain "Santo contre l'invasion des martiennes", de 1966.

    C’est un endroit où la NASA espère trouver des traces d’eau et, qui sait ?, peut-être des bactéries ou des vestiges d’une vie microscopique végétale ou animale passée.

    Tout cela est impressionnant, mais on ne peut pas s’empêcher de noter que le Moonbuggy du programme Apollo était beaucoup plus amusant. Ce petit véhicule électrique piloté par les astronautes d’Apollo 15, 16 et 17, avait vaguement l’air d’une Jeep des années 40. Il avait été construit par Boeing avec General Motors comme sous-traitant principal (fournisseur des moteurs électriques, des roues et de la suspension). Encore aujourd’hui, il est associé avec le plaisir de conduire dans la culture populaire, comme le montre ce jeu-vidéo qui devrait vous faire perdre au moins 30 minutes au bureau aujourd’hui.

    Curiosity; vitesse maximale : 1,6 km/h.

    Curiosity; vitesse maximale : 1,6 km/h.

    À noter que l’ensemble du programme Lunar Roving Vehicle comprenant le développement et la fabrication de quatre Moonbuggies a coûté 38 millions de dollars à la NASA à l’époque (237 millions de dollars de 2012).

    Fabriquer Curiosity vient de coûter 2,5 milliards mais les frais de transport (la fusée) et de préparation (le programme de développement) sont inclus.

    L’astronaute Eugene Cernan, n’a pas été le premier homme à conduire une auto sur une planète autre que la Terre. Comme on vous le disait plus haut, cet honneur revient à Dave Scott.

    Eugene Cernan au volant du Moonbuggy, juste après l'avoir extrait du module lunaire, en 1972.

    Eugene Cernan au volant du Moonbuggy, juste après l'avoir extrait du module lunaire, en 1972.

    Premier humain à battre un char dans l’espace

    Mais Cernan a la distinction d’être le premier humain à battre un char dans l’espace. Comme commandant d’Apollo 17, Cernan savait qu’il dirigeait la dernière mission lunaire du programme Apollo et qu’il était le dernier homme sur la lune pour un bon bout de temps. Et il savait qu’il n’aurait pas d’autre chance de voir ce que le Moonbuggy avait vraiment dans le ventre.

    Une fois les sorties d’exploration scientifique terminées, Cernan a fait redémarrer le Moonbuggy pour un dernier tour avant de décoller. Sachant qu’il n’avait plus besoin de faire attention, il a vraiment mis le pied au fond et a arraché au LRV sa vitesse maximale, établissant le record de vitesse lunaire de 18 km/h. Les films tournés lors de cette mission montrent d’ailleurs la Moonbuggy rebondissant comme une balle de caoutchouc sur les bosses de la vallée lunaire de Taurus-Littrow, ses roues projetant de la poussière lunaire vers l’arrière. Cernan se fait secouer comme un pommier, mais même derrière la visière miroir de son scaphandre, on devine qu’il sourit. Le Moonbuggy de Cernan, comme les deux autres, est resté sur la lune. Mais on ne sait pas dans quel état.

    On peut deviner, par contre, qu’à 1,6 km/h, Cernan s’emmerderait au volant de Curiosity.

    Voici une autre vidéo de la NASA, où on voit le Moonbuggy d’Apollo 16 rouler moins vite que celui piloté par Cernan. Mais cette vidéo est stabilisée et en haute définition.

    NDLR : Cet article a été modifié le 8 août pour indiquer que le coût de 2,5 milliards est celui de tout le programme Curiosity, pas seulement du véhicule (merci au lecteur guiguibob) et que Eugene Cernan est allé une seule fois sur la lune (merci au lecteur barbu1977).


    • Ça, c’est s’ils sont vraiment allés sur la Lune… :)

    • On prétend que les chinois ont envoyé une mission pour récupérer le buggy sur la lune et en faire 100 000 copies pour circuler dans Beijing. Je le sais, je l’ai vu l’an dernier.

    • @ yvonmontana

      Vous avez vu comme moi le faux documentaire Dark Side of the Moon. Le réalisateur cherchait à démontrer comment la vérité peut être déformée à l’aide d’images. Le but était de réveiller le spectateur, de lui montrer que la télévision doit toujours être regardée avec un oeil critique. Surtout en période électorale.

    • yvonmontana seriez-vous un peu dans la lune ?

    • jippece, votre humour décape… la tôle fine de voitures chinoises

    • Le fait qu’il soit piloté avec 15 minutes de décalage (le temps pour que le signal radio se rende de Los Angeles à Mars) ne doit pas aider a avoir des performances électrisantes. Beaucoup plus facile d’éviter un obstacle quand on le voit venir à moins de 2 km/h qu’a plus de 15 km/h. Imaginez conduire une automobile dans le trafic si l’image que vous aviez était celle d’il y a plusieurs minutes dans le passé, une chance qu’il n’y a pas trop de circulation sur Mars et que les seuls obstacles sont immobiles.

      Il me semble que 2,5 milliards était le coût total de la fusée? Ce qui inclut la Sky Crane, qui est vraiment extraordinaire comme moyen de déposer un véhicule lourd sur une planète ou l’atmosphère est trop mince pour que seul un parachute fonctionne. Parachute, Jetpack, câbles de suspensions liés aux rétrofusées.

      Réponse de Denis Arcand : Vous avez raison, guiguibob, les frais de transport et de préparation sont inclus. J’ai modifié l’article et mis une note de la rédaction en bas du texte. Merci.

    • 500 livres-pied de couple fois 6, ça doit bien faire le 0-1 km/h dans un temps record ! :P

    • Petite correction: Eugene Cernan est allé 2 fois vers la lune (Apollo 10 et 17) mais n’y a débarqué qu’une seule fois. Apollo 10 était le test final autours de la lune avant Apollo 11 de Neil Armstrong.

      Personne n’est allé 2 fois sur la lune.

      Bien bel article!

      Réponse de Denis Arcand : Un autre qui me corrige dans le même texte. C’est dur, le retour de vacances. Merci, barbu1977. Vérification faite, Cernan pilotait le module lunaire d’Apollo 10, qui s’est détaché du module principal et qui est descendu vers la lune et est remonté sans se poser, dans un ultime vol de d’essai et de répétition. À la place de Cernan, n’auriez-vous pas été tenté de dire : “Houston, you have a problem, tell Neil to go to hell, I’m going all the way down.”?

    • Resumons un peu: 1960, JFK veut un americain sur la Lune d’ici 10 ans, ordinateur de 10 K environ pour faire des simulations, 9 ans pour se rendre a la Lune.

      2000: GWB annonce que ca va prendre au moins 25 ans se rendrent a la Lune, malgre les connaissances deja acquises, les observations des dernieres 50 annees, et des simulations par ordinateur…

      Pensez y :)

      (En passant, ceci est un debat leger, svp ne pas me traiter de tous les maux du monde. Chacun a ses arguments, mais disons que ca porte a reflexion)

      Bon article en passant !

    • Vraiment trop bon votre article… j’ai rigolé en le lisant ;-) merci d’y avoir mis une touche d’humour c’est rafraichissant lolll

    • @yvonmontana

      Ca dépend de l’objectif, c’est relativement faisable de retourner sur la lune sauf que ca serait pour y faire quoi qu’envoyer une sonde ne peut pas faire mieux pour une fraction du prix. Y retourner comme dans les années 60, pour des causes idéologique est inutile. Les étapes réalistes pour établir une base sur la lune plus permanente que lors des précédentes missions sont beaucoup plus nombreuses et complexes que seulement pour aller y planter un drapeau. Je suis convaincu que les américains pourraient retourner sur la Lune rapidement avec un budjet suffisant mais pourquoi?

      Pour ce qui est de la conspiration de la lune, je te recommande de lire l’analyse de Phil Plait, du blogue Bad Astronomy. c’est en anglais mais il es vraiment intéressant a lire.

    • Pour votre connaissance générale, aller sur la lune pour l’hélium 3

    • @vernonk Je voulais dire une raison pour y retourner rapidement comme dans les années 60. On est encore loin de l’extraction minière sur un objet aussi loin que la lune. Mais l’extraction d’astéroides pres de la terre semble s’approcher.

      La construction de véhicules pour la Lune va poser de droles de problemes, entre autre l’adhérence est plus difficile a controler quand il n’y a pas de gravité pousser le véhicule vers le bas. Je me demande ce qu’aurait l’air une auto lunaire sportive et quelles vitesses pourraient-on atteindre.

    • @yvonmontana Nous pourrions retourner sur la lune dans un délai assez court en reprenant les plans des fusées d’Apollo et en refaisant le même module lunaire, mais ça ne servirait absolument à rien. Nous pourrions développer un nouveau programme en moins de 10 ans mais à quel coût? L’heure n’est plus aux folles dépenses!

      Il faut d’abord penser à quoi faire sur la lune, puis penser à comment le faire et finalement commencer à planifier le tout. Dans la bureaucratie des années 2000 en plus, pas aussi rapide que dans les années 60. D’ailleurs, en 2012 il serait plus qu’inacceptable de perdre autant d’astronautes et il faut prendre beaucoup plus de précautions. Finalement, la chicane, le Canada voudrait envoyer un astronaute, les russes aussi, la France, etc. ça serait un jeu politique digne de nos politiciens modernes!

    • Non seulement Gene Cerman a piloté le lem d’Apollo 10, avec Thomas Stafford comme commandant , mais Cerman a poussé également un juron ” son of a bitch” en direct sur les ondes radio ( désolé pour les gros mots) lorsque le lem , en orbitre lunaire a eu un mouvement de rotation incontrolé à la suite d’une fausse manoeuvre. Cela lui a valu , étant donné que le vol était suivi en direct sur les réseaux de télévisions américains, un déluge de courrier qui le félicitait de s’être exprimé ainsi . Évidemment , les dirigeants de la Nasa ne l’ont pas entendu de cette façon et un mémo interne disait que le les écarts de langage étaitent à éviter vu que c’était les contribuables qui financaient les budgets de la Nasa.

      Mais gageons qu’avec un décalage de 15 minutes pour la réception radio Terre-Mars, qu’on aurait eu le temps de censurer cette bourde spatiale verbale !

      M. Fleury

      Réponse de Denis Arcand : Merci M. Fleury pour cette anecdote. J’ai googlé “Gene Cernan” + “son of a bitch” et j’ai trouvé cet excellent texte qui raconte l’histoire : http://www.vectorsite.net/tamrc_23.html . Votre anecdote est au chapitre 23.1. Apparemment, Tom Stafford était pire encore que Cernan. Durant la descente, il devait prendre des photos de la surface lunaire, et il n’a pas cessé de proférer des obscénités contre ses caméras. Mais il marmonnait tout bas et ça ne s’entendait pas clairement en ondes. Selon le texte, Cernan a eu des ennuis avec un prêcheur évangéliste qui a monté une cabale de protestation contre son juron diffusé en direct à 15 km d’altitude au dessus de la Lune. La campagne de lettres d’appui à Cernan dont M. Fleury parle a probablement été une réaction à l’agitation des bigots.

    • C’est drôle, j’avais jamais réalisé qu’on mettait de petits réacteurs nucléaires au sommet des fusées. Ça explose, parfois, les fusées spatiales…

    • Ce n’est pas un réacteur nucléaire comme dans une centrale. Il n’y a pas de fission nucléaire.

      Il s’agit plutôt de prendre un élément lourd et instable, comme le dioxyde de plutonium dans ce cas-ci, qui se désintègre. Ce processus génère de la chaleur et ensuite la différence entre celle ci et l’environnement sert à générer l’électricité.

      Coté sécurité, il y a déjà eu des fusées qui ont explosé. Dans certain cas il y a eu une contamination locale, dans d’autre, le réacteur n’a pas été endommagé du tout.

      Plus d’info ici :
      http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9rateur_thermo%C3%A9lectrique_%C3%A0_radioisotope

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