
Dix autobus BYD fabriqués en Chine pourraient rouler à Windsor.
DENIS ARCAND –
Des autobus électriques chinois pourraient rouler bientôt dans la ville ontarienne de Windsor et peut-être même y être fabriqués.
La municipalité, qui a toujours été la cour arrière de l’industrie automobile américaine, a annoncé lundi la signature d’une lettre d’intention avec le constructeur chinois BYD. L’administration municipale s’engage à acquérir au maximum 10 autobus électriques K9 fabriqués en Chine et à les mettre en service d’ici l’automne sur son réseau de transport en commun.
La lettre d’intention, qui ne semble pas avoir la portée d’un contrat, fournirait à BYD une vitrine nord-américaine pour ses autobus électriques longs de 12 mètres. Elle prévoit un projet-pilote permettant à d’éventuels acheteurs de voir comment se comporte le véhicule dans des conditions plus froides que les régions chaudes où le véhicule a été vendu, essentiellement en Chine.
Pour Windsor, l’enjeu est une usine que BYD souhaite construire en Amérique du Nord. La compagnie chinoise s’engage à cesser ses recherches d’un site d’usine dans d’autres villes pour la durée du projet-pilote, soit un an. Windsor a été frappé très durement par la restructuration industrielle du secteur automobile depuis 10 ans et cherche des entreprises qui pourraient rapiécier son tissu social et industriel en attirant du sang neuf. Des entreprises automobiles autres que les Trois de Detroit. La ville a le plus haut taux de chômage urbain au Canada. BYD fait miroiter jusqu’à 500 emplois.
En plein dans la cour et le visage de Detroit
Le système de transport en commun de Windsor se rend jusqu’à Detroit par un tunnel passant sous la rivière Sainte-Claire, qui est la frontière Canada-États-Unis à cet endroit. Pour BYD, l’entente avec Windsor signifie que ses autobus électriques rouleront en sol américain et seront vus dans Motor City.

L'actionnaire le plus célèbre de BYD est le milliardaire américain Warren Buffet.
De part de BYD, cette lettre d’intention semble un engagement plus sérieux que ses initiatives internationales récentes : à la fin du mois de mars dernier, BYD avait annoncé qu’elle fournirait une flotte d’autobus électriques K9 à la ville d’Helsinki, en Finlande, en vue d’effectuer des tests en conditions réelles. BYD a déjà livré des modèles K9 dans le cadre d’essais au Chili, au Pérou, en Espagne, aux Pays-Bas et en Allemagne. Les autobus de BYD sont = sont équipés de batteries ion-phosphate leur procurant une autonomie de 250 km à une vitesse maximale de 70 km/h et de 300 km à une vitesse de 50 km/h, selon la compagnie. Ces autobus ont 40 places et devraient coûter environ 500 000 $, selon l’agence de presse Bloomberg.
« Un de nos buts premiers est de positionner Windsor comme pionnier nord-américain de l’usage efficace des bus électriques dans ses transports en commun. Et nous voulons que Windsor soit une plaque-tournante du développement, de la fabrication et de la commercialisation des autobus et autres produits électriques » a dit par voie communiqué Stella Li, présidente de BYD Motors.
Selon BYD, les autobus K9 se rechargent en six heures, tandis qu’un chargeur rapide fournit une demi-charge en 30 minutes.
« Une onde de choc dans tout le système »
Pour le maire de Windsor, le partenariat avec BYD vise à épargner des fonds publics et à créer des emplois dans cette ville qui a toujours dépendu de l’industrie automobile américaine. « Nous sommes enthousiastes d’être un leader et d’être la première ville à mettre des bus électriques dans les rues », a dit le maire Eddie Francis, cité par CBC. « Ceci va envoyer une onde de choc dans tout le système. »

BYD a aussi l'ambition de vendre la voiture électrique E6 en Amérique du Nord.
La ville devra payer pour installer les bornes de charge, à son terminus. Selon le maire, les autobus coûtent à peu près le même montant que les autobus conventionnels, mais permettront des économies à long terme : « L’enjeu, c’est l’économie d’exploitation, a dit le maire Francis. Rouler électrique permettra d’épargner beaucoup d’argent compte tenu de l’augmentation rapide du prix du pétrole. »
Les reactions du public semblent très partagés. Sur le site internet du quotidien Windsor Star, la plupart des commentaires étaient sceptiques ou négatifs. La situation des droits de l’homme en Chine y était évoquée. Par contre un sondage-maison de CBC-Windsor posait la question : « La ville de Windsor devrait-elle acheter des autobus BYD ? » Plus de 81 % des répondants étaient favorables au moment de mettre ce texte en ligne.