
Greg «Gadget» Abbott, un de ceux déterminés à déclencher la révolution électrique. En transformant lui-même sa voiture. (Photo fournie par Métropole Films)
SÉBASTIEN TEMPLIER -
«Patience». Ce mot de Carlos Ghosn, le président de l’Alliance Renault-Nissan, est ce que je retiens de l’avenir de la voiture électrique. Et du documentaire de Chris Paine, La revanche de la voiture électrique - diffusé au Cinéma du Parc à compter de vendredi. Car, dans le fond, y assistons-nous réellement, à cette revanche ?
À chaud, la réponse paraît toute faite. Oui. Après bien des déboires. Des atermoiements. Des reculs. Des échecs.
Oui. Quand les projecteurs de la salle se rallument. Quand le générique défile à l’écran. Quand le film se termine sur les derniers commentaires positifs des acteurs – directs et indirects – de cette résurrection.
Et puis… quand on rembobine le film, on se dit parfois «non».
Non ? «Les révolutions ne sont pas chose facile», rappelle dans le film un observateur de l’industrie automobile.
Parlez-en à Elon Musk. Le président co-fondateur de Tesla passe par toute la gamme des émotions durant les trois années au cours desquelles il a été suivi par la caméra de Paine. Avec un flegme parfois déconcertant.
Mais il y passe. À travers. Sa compagnie itou.
Tesla a failli y passer. À la trappe.
Et on comprend mieux pourquoi la clairvoyance, le talent, l’expertise et même l’argent ne suffisent pas toujours. Dans et pour ce genre d’entreprise.
Demandez à Bob Lutz. Qui a inspiré la conception de la Volt. Et qui aujourd’hui espère assister à la revanche de la voiture électrique. Oui. Bob Lutz. Le monsieur Hummer de GM. Celui-là même.
On se dit «non» quand on revient du salon de Detroit. Non, ce n’est pas gagné. Pas tout de suite. Les constructeurs ne sont pas satisfaits des ventes d’hybrides. On se montre prudent quant à l’avenir. Personne ne veut faire de projections. Personne ne veut se mouiller.
Carlos Ghosn, lui, oui. Il se mouille. Il se lance. Dans le tout-électrique. Il croit son entreprise en avance. Il le faut. Des milliards de dollars sont en jeu. Plus de quatre, pour être précis. Si la Leaf ne se vend pas, il plongera. Nissan avec.
Mais il le sait qu’il faut être patient. Il le dit lui-même.
«Patience.»
Assistons-nous à la revanche de la voiture électrique ?
Pas tout à fait.
Pas tout de suite.
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