
Que vaut la voiture électrique en hiver ? (Photo Reuters)
SÉBASTIEN TEMPLIER –
Ce devait être la première utilisation au quotidien, en hiver, d’une voiture électrique. Ce ne devait pas être un essai comme peut en faire un consommateur avec le concessionnaire. Ce ne devait pas être un essai comme peut en faire parfois un journaliste le temps d’une journée entière. Non, ce devait être un essai 24 heures sur 24, sept jours sur sept. En cette première vraie semaine d’hiver. En voiture électrique. Après à peine 72 heures, les qualificatifs sont sans équivoque: séduisante, performante mais… décevante. Pour ne pas dire parfois: absurde.
Séduisante, parce que la voiture électrique est une alternative écologique et économique à la voiture à essence. Parce qu’elle nous affranchit du pétrole. Parce que le roulement des pneus des autres voitures sur une chaussée humide fait plus de bruit qu’elle.
Performante, parce que sa suspension répond présent. Parce qu’elle a un couple au démarrage qu’aucune voiture traditionnelle équivalente ne possède. Parce qu’elle se comporte très bien sur la route enneigée. Parce que le patinage sur chaussée glissante n’est pas un problème. Parce qu’elle démarre -ou s’allume- au quart de tour après une nuit de froidure à l’extérieur.
Parce que c’est une vraie voiture. Ou presque.
Elle nous affranchit du pétrole, mais ne nous affranchit pas de ce geste: le clapet, le cordon, le pistolet. On était prévenu. Comme on était prévenu que le chauffage tirerait sur la batterie. Oui. Un peu, se disait-on.
Oui, je veux bien brancher ma future voiture de temps en temps. Accepter une certaine perte d’autonomie en raison du chauffage et du désembuage.
Mais non, je ne veux pas parcourir 32 km sur les coups de 21h un 23 novembre, entre le boulevard Dagenais à Laval et La Presse dans le Vieux-Montréal, à une vitesse moyenne de 65 km/h, sans chauffage, en mode «ÉCO» – autrement dit à une allure pépère pour économiser autant que possible.
Je ne veux pas. Pas pour être sûr de pouvoir rentrer au garage. Pas pour éviter de composer le numéro du CAA… Non !
Pourtant, j’avais pris mes précautions. Car il faut bien parler de «précautions». J’ai passé mon temps à m’assurer que j’avais une autonomie suffisante pour faire un aller-retour entre le Vieux-Montréal et Laval. Je n’avais qu’un cordon de recharge pour du 110 volts. J’ai chargé. Mal m’en a pris, comme je m’en doutais. Mes kilomètres précédents dans la journée avaient hypothéqué mon autonomie. Mais j’ai rechargé. Entretemps. Tout juste suffisamment pour avoir une crainte tenace en revenant de Laval. À 21h. Un 23 novembre.
J’ai pensé au lendemain sur la route… Quand charger. Combien de temps…
Retour à La Presse. Peux pas rentrer chez-moi. Avec 15 kilomètres d’autonomie restant au compteur, une voix féminine m’avertit que je suis limite. Pas grave, j’y arrive à La Presse. Je me branche pour avoir du jus le lendemain. Sur du 110 volts. Vingt heures de recharge pour faire le plein d’autonomie, m’informe mon tableau de bord. Sur du 110 volts. Oubliez ça le 110 volts ! Ridicule !
Je récupère mon autonomie ? Mouais… C’est là que cela se gâte. Avec cette voiture électrique, j’ai beaucoup noté, mesuré, relevé, compté, soustrait, additionné.
Premier constat, une accélération couplée au chauffage me bouffe quelques kilomètres d’autonomie. Immédiatement.
Deuxième constat, après 4 km parcourus normalement et avec le chauffage, je m’aperçois que j’ai perdu 10 km d’autonomie. Déjà.
Même chose lors de mon premier «long» (notez les guillemets) parcours. À Laval.
Et oui, encore.
Mais non, je n’ai pas de blonde à Laval.
Bref, j’ai parcouru au retour 18,8 km exactement. Autonomie consommée ? 33 km. Je récapitule: 18,8 km parcourus pour 33 km d’autonomie perdus.
Ah oui, j’oubliais: au coin de Christophe-Colomb et de la 40, j’ai décidé de faire mes 6 derniers kilomètres en mode «ÉCO» et en jouant du «on» et «off» avec mon chauffage.
Je pensais déjà au lendemain: à mon trajet, à ma conduite, à ma charge.
Une dernière chose: c’est formidable, ce mode «ÉCO». Très efficace pour stabiliser la consommation et l’autonomie. J’ai même réussi une fois à faire du 1 pour 1. Du 1 kilomètre parcouru pour 1 kilomètre d’autonomie perdu.
Mais c’est une autre voiture en mode «ÉCO». En mode normal, c’est une vraie voiture. Et une fichue bonne voiture. Ou presque.
Ma voiture ?
Une Nissan Leaf.
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