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Archive du 11 novembre 2011

Vendredi 11 novembre 2011 | Mise en ligne à 16h36 | Commenter Commentaires (8)

L’auto à hydrogène : char cher

Véhicule expérimental Toyota à hydrogène - blogue

DENIS ARCAND

Paieriez-vous 140 000 $ pour une Prius ? Ou même pour un Highlander ?

C’est bien ce que je pensais.

Si vous trouvez déjà que les autos électriques et les hybrides sont chères, attachez votre ceinture de sécurité avant de lire le prix qui est évoqué pour les premières autos à hydrogène : « On pourrait s’attendre à un prix de détail d’environ 100 000 euros », (138 500 $) a déclaré au magazine Automobile News Europe Alain Uyttenhoven, vice-président à la planification des produits chez Toyota Europe. Toyota commercialiserait ce char cher en 2015.

C’est une volte-face assez raide par rapport aux déclarations plus optimistes, quant au prix, qu’avait faites le vice-président exécutif à la recherche chez Toyota, Takeshi Uchiyamada, au début de l’année. M. Uchiyamada avait affirmé que Toyota avait réussi à abaisser le coût de revient d’un véhicule à hydrogène à 100 000 dollars américains. Il disait espérer que ce coût serait coupé de moitié d’ici au lancement commercial.

Évidemment, ce n’est pas rigoureusement exact de prédire que ce sera une Prius à hydrogène. Mais cette prochaine voiture futuriste de Toyota risque de ressembler à ça. Une compacte bien faite, fiable, tout électrique (contrairement à l’hybride Prius), avec une source d’énergie innovatrice, mais sans chichi ailleurs que sous le capot. Sauf pour ce prix, absolument absurde.

Le FCHV (Fuel Cell Hybrid Vehicle) expérimental de Toyota sera loué à des automobilistes dès 2013 dans le cadre d'un essai dans des conditions réelles.

Le FCHV (Fuel Cell Hybrid Vehicle) expérimental de Toyota sera loué à des automobilistes dès 2013 dans le cadre d'un essai dans des conditions réelles.

Ce pourrait aussi être une version à hydrogène du Highlander, si Toyota décide de conserver la plateforme qu’elle a utilisé durant ses expérimentations avec l’hydrogène, jusqu’à présent.

Toyota, comme GM, Nissan, Honda, Mercedes Benz, Hyundai et d’autres encore, ont investi beaucoup d’argent dans cette technologie où une pile à combustible (à hydrogène) génère de l’électricité qui fait tourner un moteur électrique. D’un point de vue environnemental, c’est une technologie très attrayante, en principe, puisque que tout ce qui sort de l’échappement est de l’eau.

Ça marche, les essayeurs qui ont conduit des voitures à hydrogène ont généralement été impressionnés. Mais la pile à combustible coûte un bras. Et il y a des problèmes structurels majeurs à résoudre qui font de l’auto à hydrogène une solution peu réaliste.

Même en vendant ses voitures à hydrogène 140 000 dollars, Toyota ne ferait peut-être même pas de profit. Elle inclurait l’auto à hydrogène dans son portefeuille de modèles pour des raisons réglementaires. L’année 2015 verra l’entrée en vigueur de nouvelles normes environnementales en Europe et Toyota doit trouver des moyens d’abaisser à 130 g/km la moyenne d’émissions de CO2 de son parc de modèles. Aucune autre raison de commercialiser une compacte à 100 000 euros. Tant mieux si elle en vend « quelques milliers » à autant de riches excentriques.

Nissan a annoncé le mois dernier que sa nouvelle pile à combustible coûte six fois moins chère que celle qui était installé sur le X-Terra expérimental en 2004.

Nissan a annoncé le mois dernier que sa nouvelle pile à combustible coûte six fois moins chère que celle qui était installé sur le X-Terra expérimental en 2004.

Automobile News Europe explique que ces réflexions chez Toyota se font dans le contexte où les constructeurs se préparent à offrir un vaste choix de technologies vertes, pas juste l’hydrogène, pour les aider à se conformer au resserrement des normes.

Un projet de loi européen (très contesté par l’industrie) propose d’abaisser encore la moyenne d’émission à 95 g/km en 2020. (La moyenne d’émissions de CO2 de 2010 était de 146 g/km en Europe). Par définition, certaines modèles d’une même marque pourront polluer plus, mais il faudra des voitures vraiment vertes dans le lot, pour équilibrer la moyenne.

Ces règlements sont limités (et hypocrites, disent les critiques), parce qu’un constructeurs peut vendre un million de voitures plus polluantes par année et 1000 voitures vertes. L’important est la moyenne des émissions de tous les modèles en vente dans la salle de montre. Les partisans de ces règlements disent qu’au moins, les normes obligent les constructeurs à maîtriser de nouvelles technologies, augmentant ainsi leurs chances que ces dernières deviennent un jour économiquement viables.

Le Chevrolet Equinox à hydrogène, lors du défilé de mode GM Ten de 2007, aux studios Paramount de Los Angeles. (Photo : General Motors)

Le Chevrolet Equinox à hydrogène, lors du défilé de mode GM Ten de 2007, aux studios Paramount de Los Angeles. (Photo : General Motors)

Toyota, Mercedes-Benz, Honda, et Hyundai ont comme politique officielle qu’ils vont lancer une auto à hydrogène sur le marché vers 2015.

General Motors, qui maîtrise bien l’hydrogène, n’a pris aucun engagement du genre. GM fait déjà rouler aux États-Unis 119 Equinox à hydrogène (fabriqués par GM-Canada en Ontario, soit dit en passant). C’est un essai à long-terme appelé “Project Driveway”, qui permet à GM d’amasser des données techniques en conditions réelles depuis 2009. George Saratlic, porte-parole de GM, a dit à La Presse que la compagnie ne s’est jamais hasardée à chiffrer un prix de vente, même hypothétique. Il ajoute que GM n’a pris aucune décision quant à l’éventualité de commercialiser un véhicule à hydrogène, même si elle “explore toutes les possibilités” dans le domaine des carburants alternatifs.

Nissan, de son côté, dit que sa plus récente pile à combustible coûte six fois moins cher que la précédente (mais ne donne aucun chiffre à part ce comparatif). Toyota est le premier constructeur, de mémoire, à évoquer un prix de détail.

Outre le coût élevé des piles à combustible, il y a des problèmes structurels à régler comme l’absence complète de réseau de distribution public d’hydrogène (ça coûterait des milliards) et le coût énergétique et environnemental élevé (ça prend de l’électricité) de produire ce gaz. Sans parler des pertes spontanées d’hydrogène même dans les réservoirs les plus étanches.

En fait, quand la prochaine Conférence mondiale de l’hydrogène énergétique aura lieu (à Toronto, au mois de juin), on parie qu’on n’annoncera rien qui rapprochera vraiment l’auto à hydrogène de la viabilité commerciale.

Comme habitant de la planète terre, on aimerait bien que la voiture à hydrogène ait un avenir. Mais à 140 000 $, elle n’en a pas.

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