
La Nissan Leaf Nismo RC (Photo fournie par Nissan)
DENIS ARCAND
La Nissan Leaf est sûrement une merveille de génie électricien, mais on s’étonne de voir ce que les préparateurs de NISMO –la division sport de Nissan– ont fait avec cette compacte très, très, très sage.
La Nissan Leaf NISMO RC (RC = «Racing Car») doit être présentée au Salon de l’auto de New York mercredi. Elle est à propulsion arrière et a un look très sport et tous les attributs d’une voiture de course. Mais pour ce qui est de la substance, on n’est pas loin de zéro.
Quand on lit sa fiche technique jusqu’au bout, elle fait penser aux golfeurs qui tapochent 40 au dessus du par avec 8 000$ de bâtons Ping dans leur sac. Ou aux cyclistes du week-end qui font Boucherville-Varennes-Boucherville en couple sans suer sur leur Marinoni VR2, dans leur beau costume de coureur.
Oui, la Leaf NISMO RC a une carrosserie monocoque en fibre de carbone qui réduit son poids à 938 kg, soit 40% de moins que la Leaf commerciale, note la compagnie. Même que les sections arrière et avant s’enlèvent au complet pour que des mécanos de Nissan à l’air sérieux accèdent librement au moteur central et au pack-batteries (qui prend la place de la banquette arrière). En plus, la NISMO RC a été abaissée de 35 cm et élargie de 17 cm et l’empattement a été coupé de 10 cm. Et elle rase l’asphalte comme une vraie auto de course avec une garde au sol de seulement 6,1 cm.
Belle peinture, gros décalques
Ce n’est pas tout, ils lui ont mis une suspension à double triangulation en avant et en arrière. Comme une vraie. De belles roues de 18 pouces, aussi, et «quatre couches de peinture spéciale Pearl White », comme le souligne Nissan. Sans oublier cet énorme aileron aérodynamique réglable par le pilote et de beaux décalques bleus «NISMO/Zéro Émission».
Sauf que la Leaf NISMO RC a exactement le même moteur de 80 kW (107 CV) et le même couple de 280 Nm (207 pieds-pouces) et le même bloc-batteries de 24 kWh que la Leaf ordinaire bientôt en vente chez un concessionnaire près de chez vous.
C’est ridicule.
Alors elle fait le 0-100 km/h en 6,85 secondes et atteint une vitesse maximale de 150 km/h (10 km/h de plus que la Leaf ordinaire). Le genre de performance qu’on voit (malheureusement) à tous les jours sur l’autoroute 20 et qui ne vous mérite même pas la grosse amende d’une contravention pour grand excès de vitesse. Et à cette vitesse-là, les piles de la Leaf NISMO RC sont à plat en «environ 20 minutes», dit Nissan, soit après 50 km. On est encore loin des 24 heures du Mans.
Nissan dit dans son communiqué que la Leaf NISMO RC va être «un laboratoire» pour l’auto électrique et qu’elle ira probablement faire quelques tours promotionnels avant les courses, sur des circuits de course automobiles l’été prochain. À 150 km/h, sur une piste NASCAR, les fans vont rire d’elle et lui lancer des canettes de bière.
Et la clientèle-cible des autos électriques se fout complètement des courses d’autos.
«Première sur la ligne de départ»
On ne comprend pas pourquoi Nissan a décidé de faire ça à la Leaf. Quoi? ce n’est pas suffisant d’inventer une auto véritablement révolutionnaire, qui permet de faire auto-boulot-dodo à une vitesse raisonnable, sans brûler une seule goutte d’essence? Pourquoi faut-il prendre cette très convenable cinq-places suburbaine, la déguiser en auto de course et l’envoyer faire quelques tours au circuit Gilles-Villeneuve avec un moteur de 107 chevaux, autant dans son élément qu’un poisson dans un gallon de super? Pourquoi l’exposer au ridicule en se croisant les doigts pour qu’elle réussisse à brûler au moins un p’tit, p’tit peu du caoutchouc?
Et prenons le problème dans l’autre sens: si Nissan a vraiment des ambitions sportives pour sa voiture électrique, pourquoi ne pas attendre d’être prêt et de mériter d’être là?
«La perception de certaines personnes des véhicules électriques, c’est qu’ils sont moins intéressants sur l’échelle d’appréciation des passionnés de l’automobile, ce qui n’est certainement pas le cas pour la Nissan Leaf commerciale ni pour cette Nissan Leaf NISMO RC électrisante», a dit Carlos Tavares, le patron de Nissan des Amériques, dans un communiqué de presse qui salue le potentiel de l’auto électrique dans le monde des sports motorisés. «Nissan est fière d’être la première sur la grille de départ», ajoute-t-il.
Premier sur la ligne de départ, c’est bien beau, mais Nissan aide-t-elle vraiment à promouvoir l’auto électrique en mettant sur les pistes une Leaf qui est encore à des années de pouvoir rouler jusqu’à la ligne d’arrivée?
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