Lucie Lavigne

Lucie Lavigne - Auteur
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    Mordue d'architecture contemporaine et de design d'objets, Lucie Lavigne observe et commente l'univers de l'habitation: des solutions architecturales à l'aménagement intérieur en passant par les meubles et les créations inusitées. Dans la foulée, elle porte (parfois) un regard sur les grands courants en matière de mode.
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    Archive du 23 avril 2009

    Jeudi 23 avril 2009 | Mise en ligne à 14h46 | Commenter Commentaires (2)

    On s’en va à Milan!

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    Vous ne connaissez rien au design? Pas grave. Suivez-moi.

    Je suis présentement au Salone Internazionale del Mobile, LE salon du meuble le plus prestigieux et le plus couru au monde. En résumé, c’est ici que naissent les tendances des prochaines années. Il fait beau et tout le monde (designers vedettes, acheteurs, fabricants, copieurs et fans de design) court à la Fiera. La frénésie est à son paroxysme et les journalistes s’arrachent les designers.

    Jour 1- le mardi 21 avril

    Starck académie…

    14h. J’arrive enfin à l’hôtel. L’œil cerné (impossible de dormir dans l’avion), je saute dans la douche. Vite, un coup de peigne et beaucoup de fond de teint. Le salon du meuble ne commence que demain, mais déjà, plusieurs entrevues sont planifiées dont une avec Philippe Starck, qui malgré les années demeure le designer le plus connu au monde.

    Dur, dur d’être simple

    16h. Je file d’abord vers le lieu d’exposition d’Established&Sons, un éditeur et fabricant londonien ultra coté. Les deux seuls designers de libres sont Edward Carpenter et André Klauser, deux Britanniques. Humm. Je ne les connais pas, mais je fonce quand même, micro à la main. C’est ma première entrevue et l’ambiance est un peu glaciale. Malgré tout, ils se laissent docilement photographier sous leur lampe à lattes d’aluminium. Leur inspiration ? «Les stores», disent-ils.

    Révélation : créer une lampe en apparence ultrasimple est très exigeant. «Nous avons travaillé pendant deux ans – de la conception à la production – pour réaliser ce luminaire.»

    Leçon de vie

    16h20. Jaime Hayon, designer de Barcelone ultra branché est seul devant son meuble de rangement rouge. Je pousse un «Mr Hayon ?» Il me répond en français : «Oui, bonjour.» Il me parle de tout : la vie, la création, Londres (qu’il habite depuis trois ans) et du style Tudor qui l’inspire actuellement. Les réalisations de Jaime Hayon ont beau être ébouriffantes et surréalistes, l’homme est simple et généreux. «Ma clé du succès? Je suis très passionné et j’aime profondément ce que je fais, malgré la folie et le stress de la vie d’aujourd’hui!»

    entrevue-bouroullec-low.jpg

    Un sofa peut être avant-gardiste et très confortable

    16h55. L’un des deux frères français Bouroullec (Ronan) est là, juste à côté. Je n’ai pas officiellement d’entrevue avec lui, mais je tente ma chance.

    -    Avez-vous cinq minutes ?
    -    Bien sûr, je vous attendais, dit-il, subtilement charmeur.

    Son nouveau canapé (Quilt) est étrange et boursouflé. Du jamais vu ! «Il y a un morceau de mousse à l’intérieur de chacune des poches», explique-t-il. Je m’assois sur la «chose». Wow ! Ce sofa est très confortable. Je lui pose une question indiscrète : combien gagne un designer de réputation internationale ? «Bien souvent, les redevances ne sont que de 3% du prix de gros de chaque pièce vendue. C’est pour ça que plusieurs designers font de l’architecture intérieure. Nous l’avons d’ailleurs déjà fait. Faut bien gagner sa vie !»

    Philippe Starck : «Je ne suis pas mort»

    17h45. J’ai rendez-vous avec Philippe Starck. Il se trouve chez Driade, une entreprise milanaise. En passant, j’ai l’air (faussement) décontract en vous parlant de Starck, mais j’ai mis des années pour amadouer ses attachés de presse. Sans compter mon accent québécois… qui a d’abord attiré l’attention du designer français.

    Il arrive avec sa femme Jasmine, son actuelle attachée de presse, une grande brune en robe fleurie. Je lui demande comment il va.

    «D’abord la bonne ou la mauvaise nouvelle est que je ne suis pas mort. Je suis toujours là», dit-il, un brin sarcastique. Il enchaîne : «Et je suis toujours amoureux de ma femme.» Il aborde le sujet de la crise économique. «C’est un moment terrible, mais c’est aussi un moment formidable parce que c’est un moment de remise en question des valeurs, comme le capitalisme…» Parmi ses nouveautés chez Driade, il y a le fauteuil au dossier très haut Out/in. «Derrière ce produit, il y a l’idée de la longévité. Il est fait dans une matière indestructible. Donc, au lieu de parler de recyclage ici, on vise davantage la transmission du mobilier d’une génération à une autre.»

    Le design en temps de crise

    19h. Marcel Wanders, de chez Moooi, une marque néerlandaise très hip, porte le collier de perle. «Histoire de mettre en contraste la féminité et la masculinité», se défend-il. D’entrée de jeu, je lui demande si la crise actuelle affecte son travail. «Oui, il arrive que des projets soient annulés. Nous avons d’ailleurs conçu un superbe hôtel à Las Vegas avec un design fantastique… mais il ne sera jamais construit. Nous avons été payés, mais c’est quand même terrible !» Devant nous se trouve l’une de ses créations pour Moooi : une sorte de tirelire à dorures intitulée : The killing of the piggy bank. «Je l’ai conçu expressément pour la crise», termine-t-il, mi-figue, mi-raisin.

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