
Avec Midnight in Paris, Woody Allen a signé un de ses plus grands succès en carrière. La critique, qui s’était montrée généralement moins compatissante envers le légendaire cinéaste depuis quelque 15 ans, a été majoritairement élogieuse. Le public, quant à lui, a répondu à l’appel avec des entrées en salle record pour une oeuvre de Allen. Enfin, pour couronner le tout, les membres de l’Académie ont cité Midnight in Paris dans quatre catégories, dont celle du Meilleur film. Une première distinction du genre pour Allen depuis Hannah and Her Sisters, il y a un quart de siècle.
Grand admirateur de Woody, j’admets que j’étais pas mal vendu d’avance avant d’appuyer sur play, il y a quelques jours. J’étais cependant un peu nerveux pendant le générique puisque j’avais lu à plusieurs reprises des remontrances au sujet du prologue, qui était invariablement décrit comme une série de cartes postales filmées par un cinéaste-touriste hébété par la grandiloquence de la Ville Lumière.
Je dois dire que je ne partage aucunement ces opinions négatives. Au contraire, cette séquence est selon moi le meilleur élément du film. J’y ai vu une sorte de collage faussement naïf qui se veut une mise en garde contre les effets pervers de la nostalgie, ce qui s’est avéré en fin de compte un des thèmes principaux du film, mais qui est explicité d’entrée de jeu de manière bien plus éloquente et artistique qu’à travers le récit qui suit.
Au gré de recherches sur le web, je suis tombé sur cette merveilleuse analyse écrite par Kent Jones de Film Comment, qui articule mes impressions à ce propos bien mieux que je ne saurai le faire :
La séquence d’ouverture de Midnight in Paris suscite forcément des comparaisons avec la glorieuse symphonie urbaine en miniature de Manhattan (1979) et, peut-être à première vue, de la perplexité. Alors que le film antérieur construit un magnifique crescendo au rythme enlevant de Rhapsody in Blue, le prologue de Midnight, accompagné par Si tu vois ma mère de Sidney Bechet, est plus mystérieux.
Tandis que l’on se déplace à travers ces paysages de Paris, on cherche en vain l’étincelle de la romance, le geste parfait ou la disposition des formes et des couleurs qui évoquent instantanément l’image; le Paris de la légende accumulée – impressionnisme + [Eugène] Atget + Nouvelle Vague. Les distances demeurent trop grandes, la lumière est un peu trop plate et uniforme, la musique un peu trop taquine. Ce n’est pas que Allen a choisi les lieux les moins pittoresques de Paris, mais qu’il a arrangé et photographié ces espaces qu’on connaît, aussi gracieux soient-ils, comme des récipients vides en attente d’être remplis.
Dans Manhattan, le personnage projette ses propres envies et désirs sur la ville («To him, no matter what the season was, this was still a town that existed in black and white and pulsated to the great tunes of George Gershwin»), et il est évidemment en parfaite harmonie avec le réalisateur. Dans ce cas-ci, il n’y a pas de narration en voix-off, et le réalisateur jette calmement et assurément les bases d’un film qui, nous le verrons bientôt, est tout à propos de la projection romantique.
(Photo : Woody Allen et son directeur photo Darius Khondji durant le tournage de Midnight in Paris)
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