Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Woody Allen’

Samedi 15 décembre 2012 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (6)

Le court du week-end : Meeting Woody Allen

17se

Voici un bien curieux court métrage, dont j’ai découvert l’existence en lisant la rencontre entre Woody Allen et Jean-Luc Godard, racontée par Roger Ebert dans son excellente autobiographie. Au fait, j’ai d’abord découvert que les deux hommes s’étaient rencontrés pour un des films les plus étranges de Godard, King Lear (1987), dans lequel Allen joue «M. Alien». Ce dernier confie au critique :

Norman Mailer a écrit le scénario? Eh bien, il n’y avait pas de scénario du tout le jour que Godard m’a filmé. J’ai travaillé une demi journée. Je me suis complètement mis dans ses mains. Il a tourné au Brill Building, travaillant très peu, juste Godard et un caméraman, et il m’a demandé de faire l’idiot, ce que j’ai fait parce que c’est Godard. C’était une des expériences les plus absurdes de ma vie. Je serais étonné si je n’étais autre chose que parfaitement insipide (on peut voir un extrait de sa performance ici).

Il se montrait très élusif quant au sujet du film. Il a d’abord dit que ça parlerait de l’écrasement du Learjet sur une île. Ensuite il a dit qu’il voulait interviewer tous ceux qui ont fait King Lear, de Kurosawa au Royal Shakespeare. Ensuite il a dit que je pouvais dire ce que je voulais. Il joue l’intellectuel français très bien, avec la barbe mal rasée et un certain caractère vague. D’un autre côté, quand je suis arrivé pour le tournage, il portait un pyjama, une robe de chambre et des pantoufles, tout en fumant un gros cigare. J’avais l’étrange impression d’être dirigé par Rufus T. Firefly.

Assez fascinant comme anecdote. Le film semble avoir été complètement improvisé depuis le début, avec Ebert rappelant qu’il a vu, à Cannes, la serviette de table sur laquelle le producteur Menahem Golan (le grand manitou du 80s Action) a signé un contrat avec Godard (avec une faute dans son nom), lui promettant un scénario de Norman Mailer, ainsi qu’Orson Welles dans la peau de King Lear et Woody Allen dans celle du fou du roi. Le réalisateur de Citizen Kane n’a en fin de compte pas participé au film, tandis que le fameux romancier a fait une apparition devant la caméra aux côtés de sa fille Kate. Le casting, des plus hétéroclites, comporte également Julie Delpy, l’angélique Dominique dans Trois Couleurs : Blanc; Molly Ringwald, vedette des mélos d’ados de John Hughes; Burgess Meredith, le coach de Rocky; Léos Carax, qui a fait un retour remarqué au cinéma cette année avec Holy Motors, et Godard lui-même.

Pour revenir au court, intitulé Meeting Woody Allen (1986) – ou Meetin’ WA – il a dû avoir été produit peu avant le tournage de King Lear. C’est une rencontre improbable entre deux titans à lunettes, iconoclastes chacun à leur manière; ils discutent de la vie, de leur rapport au cinéma et aux autres cinéastes, avec Godard y allant de ses typiques fioritures expérimentales dans la mise en scène et le montage, tout en faisant référence (musicalement surtout) à l’oeuvre de son interlocuteur, qui était alors à son sommet, venant de sortir son plus bel accomplissement en carrière, Hannah and Her Sisters.


Meetin' WA (1986) par Tomsutpen

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Jeudi 9 août 2012 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (18)

Annie Hall et Manhattan au Parc

AnnieHall

Les deux films les plus connus de Woody Allen seront projetés au Cinéma du Parc au cours de la prochaine semaine. Manhattan du 10 au 16 août et Annie Hall du 14 au 16 août. Voilà une belle occasion de (re)voir deux des oeuvres les plus marquantes d’une des décennies les plus marquantes de l’histoire du cinéma américain.

Ces deux films, qui se complètent à merveille, ont redéfini le langage de la comédie romantique, et ont établi une nouvelle image du héros amoureux : apparence frêle, maladroit, pessimiste, anxieux, rempli de doutes, mais qui compense son absence de virilité superficielle par son charme, son humour et son intellect.

Avec Annie Hall (1977), qui a mérité à Woody Allen son seul Oscar du meilleur film, le cinéaste s’est affranchi de son identité de joyeux luron adepte de comédies de situation, et a proposé un cinéma plus fouillé psychologiquement, naviguant aisément entre gags et gravité, cynisme et sincérité, très inventif d’un point de vue narratif, résolument moderne, à la fois foncièrement personnel et tout à fait accessible.

Avec Manhattan (1979), Woody Allen a développé avec plus de précision et de complexité certains de ses thèmes chers relatifs aux relations humaines, présentant les affaires du coeur comme une lutte sans merci entre la raison et les sentiments. D’un souci esthétique rarement égalé dans sa filmographie, il offre sa plus émouvante déclaration d’amour en carrière à son éternelle maîtresse, la ville de Manhattan.

- Plus de détails sur le site du Cinéma du Parc

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Mercredi 15 février 2012 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (11)

À propos du prologue de Midnight in Paris

photo-Minuit-a-Paris-Midnight-in-Paris-2010-16

Avec Midnight in Paris, Woody Allen a signé un de ses plus grands succès en carrière. La critique, qui s’était montrée généralement moins compatissante envers le légendaire cinéaste depuis quelque 15 ans, a été majoritairement élogieuse. Le public, quant à lui, a répondu à l’appel avec des entrées en salle record pour une oeuvre de Allen. Enfin, pour couronner le tout, les membres de l’Académie ont cité Midnight in Paris dans quatre catégories, dont celle du Meilleur film. Une première distinction du genre pour Allen depuis Hannah and Her Sisters, il y a un quart de siècle.

Grand admirateur de Woody, j’admets que j’étais pas mal vendu d’avance avant d’appuyer sur play, il y a quelques jours. J’étais cependant un peu nerveux pendant le générique puisque j’avais lu à plusieurs reprises des remontrances au sujet du prologue, qui était invariablement décrit comme une série de cartes postales filmées par un cinéaste-touriste hébété par la grandiloquence de la Ville Lumière.

Je dois dire que je ne partage aucunement ces opinions négatives. Au contraire, cette séquence est selon moi le meilleur élément du film. J’y ai vu une sorte de collage faussement naïf qui se veut une mise en garde contre les effets pervers de la nostalgie, ce qui s’est avéré en fin de compte un des thèmes principaux du film, mais qui est explicité d’entrée de jeu de manière bien plus éloquente et artistique qu’à travers le récit qui suit.

Au gré de recherches sur le web, je suis tombé sur cette merveilleuse analyse écrite par Kent Jones de Film Comment, qui articule mes impressions à ce propos bien mieux que je ne saurai le faire :

La séquence d’ouverture de Midnight in Paris suscite forcément des comparaisons avec la glorieuse symphonie urbaine en miniature de Manhattan (1979) et, peut-être à première vue, de la perplexité. Alors que le film antérieur construit un magnifique crescendo au rythme enlevant de Rhapsody in Blue, le prologue de Midnight, accompagné par Si tu vois ma mère de Sidney Bechet, est plus mystérieux.

Tandis que l’on se déplace à travers ces paysages de Paris, on cherche en vain l’étincelle de la romance, le geste parfait ou la disposition des formes et des couleurs qui évoquent instantanément l’image; le Paris de la légende accumulée – impressionnisme + [Eugène] Atget + Nouvelle Vague. Les distances demeurent trop grandes, la lumière est un peu trop plate et uniforme, la musique un peu trop taquine. Ce n’est pas que Allen a choisi les lieux les moins pittoresques de Paris, mais qu’il a arrangé et photographié ces espaces qu’on connaît, aussi gracieux soient-ils, comme des récipients vides en attente d’être remplis.

Dans Manhattan, le personnage projette ses propres envies et désirs sur la ville («To him, no matter what the season was, this was still a town that existed in black and white and pulsated to the great tunes of George Gershwin»), et il est évidemment en parfaite harmonie avec le réalisateur. Dans ce cas-ci, il n’y a pas de narration en voix-off, et le réalisateur jette calmement et assurément les bases d’un film qui, nous le verrons bientôt, est tout à propos de la projection romantique.

(Photo : Woody Allen et son directeur photo Darius Khondji durant le tournage de Midnight in Paris)

À lire aussi :

> Woody Allen: le documentaire «ultime»

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