Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Werner Herzog’

Jeudi 29 mars 2012 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Un commentaire

Werner Herzog replonge dans un volcan

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À 69 ans, Werner Herzog ne donne aucun signe de ralentissement. Screen Daily rapporte que le cinéaste allemand planche présentement sur trois projets de long métrages: un documentaire sur des volcans, un autre sur le photographe Helmut Newton, et un drame biographique de l’exploratrice Gertrude Bell.

Le film sur les volcans tient sa source d’une rencontre, en 2007, pendant le tournage d’Encounters at the End of the World, entre Herzog et le volcanologue Clive Oppenheimer, qui a écrit un livre sur le sujet: Eruptions that Shook the World. Un titre herzogien s’il en est un!

Le producteur de longue date de Herzog, Andre Singer, a dit en entrevue à Screen Daily :

L’idée de faire un film grand format sur des volcans est très excitante. Herzog, volcans, IMAX: ces trois mots vont extraordinairement bien ensemble. Le film serait une combinaison de nature et de spectacle, et leurs potentiels effets dévastateurs sur l’humanité. L’Indonésie et Java pourraient être des destinations.

Singer poursuit en disant que le projet pourrait ressembler à Lessons of Darkness (1992), sublime docu-fiction quasi expérimental décrit comme une «méditation sur une catastrophe». Le moyen métrage de 50 minutes est principalement composé d’images aériennes de champs de pétroles en flammes au Koweït – conséquences de la première guerre du Golfe – et de la narration typiquement poético-fataliste de Herzog, ponctuée d’envolées musicales de Wagner et de Mahler.

Oppenheimer, quant à lui, précise que son livre approfondit «les thèmes de l’influence des volcans sur le climat et la société humaine, ainsi que l’évidence que les volcans ont façonné notre monde». Il s’agira en quelque sorte d’une suite au court métrage de Herzog La Soufrière (1977), alors que l’intrépide cinéaste est allé assister à l’irruption imminente du volcan éponyme dans un village déserté sur l’île de la Guadeloupe (j’en parle plus en détails ici).

***

fa7552a02c23c66e0ea5659bf84759fdSi l’exploration d’une nature sauvage et déchaînée s’inscrit tout à fait adéquatement dans le moule herzogien, on est un peu surpris par la description de son autre projet documentaire: un portrait du photographe germano-australien Helmut Newton. Décédé en 2004 à l’âge de 83 ans, Newton est une véritable légende dans le milieu de la mode; ses photographies érotiques et sophistiquées en noir et blanc, publiés principalement dans les magazines Vogue et Harper’s Bazaar, ont influencé toute une génération.

Très peu d’info à propos de ce documentaire dans l’article de Screen Daily, si ce n’est que c’est la veuve de Newton qui a personnellement demandé à Herzog de faire le film. Il s’agira certainement de la figure la plus «établie» à se tailler une place dans la filmo du réalisateur de Grizzly Man, qui nous a habitué à des personnages iconoclastes et anticonformistes (fictifs ou pas), souvent en marge de la société. On est également bien curieux de voir sous quel angle Herzog approchera l’oeuvre de Newton, le cinéaste ayant fameusement déclaré une «guerre sainte» contre l’imagerie commerciale…

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Pour son premier film de fiction depuis le déjanté My Son, My Son, What Have Ye Done (2009), Herzog se penchera sur la biographie de l’exploratrice, archéologue, espionne, diplomate et cartographe Gertrude Bell (1868-1926). Sorte de cousine dans l’âme de Fitzcarraldo, Bell a été une envoyée spéciale du gouvernement britannique au Moyen-Orient où, en collaboration avec Laurence d’Arabie, elle a jeté les fondations de l’Irak moderne, autour de 1920. Plus de détails sur cette femme imposante ici.

Pour l’instant, Herzog est en train de ramasser l’argent pour le film, qui aura pour vedette Naomie Watts. «Le financement n’est pas facile, et la région désertique arabe est compliquée ces temps-ci, bien sûr», admet-il.

Dans le couloir de la mort (suite)

Le dernier film de Herzog à avoir pris l’affiche est son documentaire Into The Abyss, oeuvre terriblement puissante sur des détenus dans une prison du Texas dont j’ai fait la critique en janvier. Mon entrevue avec le cinéaste est par ailleurs disponible ici.

En complément à ce long métrage, Herzog a tourné une série de quatre téléfilms intitulés On Death Row, qui ont été diffusés ce mois-ci sur les ondes de Investigation Discovery. Voici un aperçu :

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Vendredi 27 janvier 2012 | Mise en ligne à 18h30 | Commenter Commentaires (4)

Le court du week-end: La Soufrière

De tous les films de Werner Herzog, La soufrière (1977) constitue probablement la meilleure introduction à son oeuvre. Le court-métrage de 30 minutes se présente comme un condensé des obsessions thématiques et formelles du cinéaste allemand: une nature déchaînée et sans pitié, la signification et la fin de notre civilisation, personnages à cheval entre la démence et la sainteté, procédés de distanciation (utilisation poétique de la musique, libre interprétation dans la narration), jeux de miroir entre la réalité et la fiction…

L’idée de La Soufrière est venue à Herzog lorsqu’il est tombé sur un article de journal à propos de l’éruption imminente d’un volcan sur l’île de la Guadeloupe, et d’un paysan qui a refusé l’ordre d’évacuation de la zone menacée. Le réalisateur tenait à rencontrer cet homme et à le questionner sur «sa relation avec la mort». Le lendemain, Herzog et deux assistants se sont rendus à destination et, risquant leur santé (pour ne pas dire leur vie) au nom de l’art, ont réussi à concocter une oeuvre unique, à la beauté brute et sublime.

En faisant un peu de recherche sur le web, je suis tombé sur une remarquable analyse du film, publiée par le site spécialisé Senses of Cinema. Voici un extrait :

La «vérité extatique» est ce qui frappe le plus avec La Soufrière. L’île pourrait provenir d’une fantaisie de science-fiction. Privée de son humanité, elle se répète mécaniquement elle-même – les feux de circulation qui clignotent, les postes de télévision qui restent allumés – à l’approche de son anéantissement. Il y a un contraste marqué ici entre le monde naturel sauvage, incontrôlable, et la ville, et la civilisation, à sa merci. Herzog semble suggérer que le paysage marqué par l’homme est compromis dans la mesure qu’il est abandonné à jouer absurdement son rôle/fonction alloué, tandis que les animaux reconquièrent les rues dans une tentative futile de survie.

À noter que le niveau de danger réel concernant la crise de la Soufrière – le volcan n’est finalement jamais entré en éruption – est une question qui a suscité la polémique. Au dires du fameux volcanologue Haroun Tazieff, il n’y a pas eu lieu de procéder à une évacuation de la zone «menacée». Je retranscris ci-dessous un courriel à ce propos que m’a fait parvenir son fils :

La crise de la Soufrière fut plus une crise politique et de politique scientifique (voir les article wikipedia sur la Soufrière et sur Haroun Tazieff et ce site). L’évacuation fut le résultat d’un ancien refus des autorités françaises d’installer sur la Soufrière un laboratoire permanent digne de ce nom. La crise sismique et les éruptions “froides” (violentes émissions de vapeur et de roches froides expulsées par les jets de vapeur) ont légitimement inquiété la population et les autorités préfectorales mais aussi les rares scientifiques non volcanologues présents. A partir de là il y a eu un enchaînement de décisions articulées sur les signes émis par le volcan, décisions qui répondaient à des objectifs radicalement opposés, les uns scientifiques, les autres politiques, ceux-ci se déclinant en deux séries, politique préfectorale visant à transférer la Préfecture de Saint-Claude à Basse-Terre et politique de conquête de pouvoir sur les instances scientifiques de la République par Claude Allègre. Werner Herzog a très bien pu avoir l’impression qu’il risquait sa vie alors qu’il n’y avait pas de risque imminent mais ceux à qui l’on a fait courir un risque qui s’est réalisé, c’est la population évacuée pour des raisons inavouables et qui a tout perdu.

À supposer qu’il n’y pas eu pas de réel danger, et que Herzog lui-même en fut conscient, cela n’invalide aucunement la qualité de son film. N’oublions pas que le cinéaste n’a jamais caché sa propension à fabriquer des faits, à avoir recours à une mise en scène «artificielle» dans ses documentaires, s’inscrivant en faux contre le cinéma vérité, qu’il dénigre comme étant du «cinéma de comptables» Du moment qu’une caméra est braquée sur un sujet, ce dernier est instantanément «corrompu» par la subjectivité du créateur. C’est ce qu’on appelle de l’art.

Voici une entrevue non-datée de Herzog qui discute de la production de La Soufrière :

N.B.: Malheureusement, l’image de la vidéo principale n’est pas synchro avec le son (qui la précède d’environ 2 secondes), mais il ne s’agit pas là d’un problème majeur puisque la majorité des répliques du film sont entendues en voix-off. Par ailleurs, l’option des sous-titres en français est présente, mais ils ne sont pas extra fidèles…

P.S.: Le nouveau documentaire d’Herzog, Into the Abyss, est en salle depuis une semaine. Je vous invite à lire mon entrevue avec le cinéaste, ainsi que ma critique du film.

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Jeudi 27 octobre 2011 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (10)

Werner Herzog dans le couloir de la mort

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«Je suis un invité dans votre pays, et n’ai pas à vous dire ce qui est bien et ce qui est mal. [Mais] je ne peux devenir citoyen d’un pays qui pratique la peine capitale. En aucune circonstance l’état ne devrait être en position de tuer quelqu’un.» – Werner Herzog, lors d’une conférence de l’IFC (Variety)

Le nouveau documentaire de Werner Herzog, Into the Abyss: A Tale of Death, a Tale of Life, dresse le portrait de deux individus reconnus coupables d’un triple meurtre dans le village de Conroe, au Texas. Michael Perry a été condamné à la peine de mort, tandis que son complice, Jason Burkett, purge la prison à vie. Le mobile de leur crime? Une Camaro rouge qu’ils voulaient conduire pour s’amuser un soir…

L’iconoclaste cinéaste allemand de 69 ans assure que son propos n’est pas de nature politique: «Ce n’est pas un film militant contre la peine capitale. [...] J’ai dit à mes interlocuteurs que je n’étais pas dans la business de la culpabilité ou de l’innocence et que ce film n’est pas une plateforme pour prouver leur innocence», dit-il en entrevue au Los Angeles Times.

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Comme toute l’oeuvre de Herzog, Into the Abyss est plutôt une enquête sur les recoins sombres de l’aventure humaine. «Bien sûr que cela me fascine de regarder profondément dans l’abîme de l’âme. Partout où l’on regarde, à gauche et à droite, il y a un abîme», décrit typiquement l’auteur de Grizzly Man et de Fitzcarraldo.

Produit par Discovery Channel, Into the Abyss, qui a obtenu des critiques élogieuses au Festival de Telluride ainsi qu’au TIFF, prendra l’affiche le 11 novembre dans certaines villes nord-américaines. La sortie du film a été devancée question de profiter de la recrudescence d’intérêt pour le débat entourant la peine capitale; il n’y a qu’à penser à l’affaire Troy Davis, ou à la fierté exhibée par le gouverneur du Texas, Rick Perry, et ses supporters par rapport au taux important d’exécutions dans son État…

La bande-annonce, mise en ligne hier, contient d’intéressants extraits de critiques. Le plus juste d’entre eux, synthétisant à merveille le travail d’Herzog ainsi que les qualités fondamentales de tout bon cinéaste, provient de Roger Ebert: «In this film, [Herzog] simply looks. He always seems to know where to look.» Le texte en entier à lire ici.

> La bande-annonce en HD ici.

À lire aussi :

> Werner Herzog c. Tom Cruise: le casting de l’année?

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