Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Werner Herzog’

Mercredi 17 août 2016 | Mise en ligne à 22h00 | Commenter Commentaires (4)

Werner Herzog et Kanye West dans un volcan

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Deux de mes humains préférés se sont partagé le micro, le week-end dernier, dans un garage à Los Angeles. Werner Herzog était l’invité de l’humoriste Marc Maron à son populaire podcast WTF. Les deux hommes étaient manifestement sur la même longueur d’ondes, leur conversation coulant de source. Malgré une longue tournée promotionnelle – comme en témoigne sa voix rauque – le cinéaste de 73 ans s’est montré très généreux, y allant de nombreuses anecdotes sur sa vie et carrière, ponctuées de ses réflexions typiques sur le «coeur de l’homme» et la «vérité extatique».

Maron était clairement bien préparé, en plus d’être un franc admirateur de l’oeuvre de Herzog. Il a d’entrée de jeu analysé avec justesse Even Dwarfs Started Small (1970), un cauchemar allégorique en noir et blanc sur une révolte de nains dans une institution insulaire, et l’un des films les moins accessibles du maître allemand. Mais son point de vue sur le plus récent long métrage de Herzog, le documentaire sur l’internet et les nouvelles technologies Lo and Behold, Reveries of the Connected World, a semblé trop cynique et sombre d’après le cinéaste, qui a rétorqué :

«Tu ne sembles pas être un gars englouti par des forces obscures. Je suis sûr que tu apprécies un bon steak une fois de temps en temps. Ton rire n’est pas démoniaque.»

Herzog faisait ici la démonstration de son nouveau talent, qu’on peut qualifier de variante de la télépathie (un sujet brièvement abordé dans Lo and Behold). Au cours d’un échange avec des utilisateurs de Reddit le mois dernier – les fameux AMA (Ask Me Anything) – il a affirmé pouvoir déterminer la nature d’individus simplement en les dévisageant. Lors d’une rencontre avec cinq astronautes de la NASA…

Je voulais les persuader d’une manière très étrange d’être des figurants dans un film. Ils étaient assis dans un demi-cercle quand je suis entré, et mon coeur a coulé. Je ne sais pas quoi dire. J’ai regardé autour de moi, et j’ai regardé leurs visages et tout d’un coup j’ai eu cette impression : je connais ces gens. Je connais le coeur de ces hommes et de ces femmes. Je sais, en regardant leurs visages, lequel parmi eux est capable de traire une vache. J’ai regardé un des pilotes et j’ai dit: «Vous, monsieur!», et il a esquissé un large sourire et a dit: «Oui, je peux traire une vache».

L’entrevue avec Herzog commence à partir de la 34e minute :

Pour revenir à WTF, Herzog a notamment révélé qu’il rêve très rarement, «peut-être une fois par année». Mais il a eu un vilain cauchemar récemment, dans lequel il était poursuivi par «Dieu sait quoi» au Mexique, avant de tomber sur un prêtre qui l’a empoigné : «Crois-tu aux forces du Mal? Renonces-tu à Satan?». Ce à quoi le flegmatique bavarois a répondu : «Je ne crois pas au mal; je crois seulement à la stupidité».

Herzog admet avoir déjà flirté avec la religion; il s’est converti au catholicisme à l’âge de 13 ou 14 ans, mais ça n’a pas duré. S’il n’est pas vraiment interpellé par le divin, il est néanmoins fasciné par les humains et leur comportement souvent insondable.

Un des passages les plus fascinants de Lo and Behold est sa visite chez la famille Catsouras. Les parents racontent la cruauté d’internautes anonymes qui les ont harcelés avec des messages haineux après avoir mis en ligne des photos du cadavre décapité de leur fille, qui est morte à l’âge de 18 ans dans un brutal accident de voiture. «La méchanceté et la stupidité ne peuvent être légiférées», regrette Herzog en voix off. Il ne croit pas que des réglementations plus strictes sur l’internet pourraient stopper ce type d’incidents vicieux.

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Un autre aspect intéressant de cette scène est sa qualité artificielle (pour un documentaire). L’intervention de «Herzog le metteur en scène» y est flagrante; la construction visuelle est accentuée par un objectif grand angle, qui renforce l’idée de gouffre émotionnel dans lequel se trouve cette famille endeuillée (les vêtements noirs ne sont pas anodins non plus). Et pour ce qui est de la large quantité de croissants et de muffins exposés à l’avant-plan, votre interprétation est aussi bonne que la mienne. Je dois dire que j’aime y voir une sorte de coussin, ou de tampon, suggérant une promesse de sérénité domestique.

Cette forme d’incursion artistique dans le réel est la spécialité de Herzog, qui a réitéré au micro de Maron qu’il approche sensiblement de la même manière le documentaire et la fiction. Il affirme esthétiser et scénariser ses docus : «Je le fais pour mettre en valeur une vérité plus profonde, quelque chose qui est beau, qui nous relie à la poésie. J’aime amener le public à gauche, et à droite, et puis tout droit dans l’illumination pure. Et je revendique le droit d’empiéter [sur la réalité] si je peux vous amener dans cette zone».

Classe de maître

Les règles carrées qu’on apprend dans les écoles de cinéma, Herzog n’en a que faire. Il s’insurge par exemple contre le dogme des trois actes qui est régulièrement enseigné dans les universités. Prenant pour exemple son classique Aguirre, Wrath of God (1972), il explique que les scénarios n’ont pas à être «structurés autour de l’arc d’un personnage dans lequel le protagoniste devient quelqu’un de différent à la fin du film». Dans son Rogue Film School, un séminaire de 5 jours qui en est à sa septième édition, il enseigne entre autres «l’art du crochetage, les voyages à pied, l’exaltation de se faire tirer dessus infructueusement, le côté athlétique du tournage, la neutralisation de la bureaucratie, l’auto-suffisance».

Récemment, il offre via l’internet une «classe de maître» de 6 heures au coût de 90 $. Herzog est l’un des nombreux professeurs liés au projet MasterClass, qui réunit des figures respectées issues de divers domaines (sport, entreprenariat, littérature) qui offrent leurs conseils via des vidéos. Un long papier du New York Times explore l’aventure MasterClass.

En entrevue à The Verge, Herzog explique la différence entre ses deux cours :

La Rogue Film School est une rencontre très très intense, une rencontre directe avec des cinéastes en herbe. Ils sont en fait déjà tous des professionnels. Je ne choisirais pas des amateurs. C’est davantage axé sur du cinéma de style de guérilla, y compris des choses qui se situent à l’extérieur des limites de la légalité. Parfois, je leur apprend à forger un permis de tournage dans une dictature militaire, ce que j’ai fait deux fois. C’est une approche différente, et bien sûr beaucoup plus ciblée puisque j’ai une proximité étroite avec les élèves. Ils ont leur voix et je les écoute et ils peuvent parler de leurs problèmes, de leurs obstacles et de leurs doutes.

Tandis que dans la classe de maître je n’ai personne en face de moi, à l’exception de deux caméras. Je parle à partir de mon expérience et j’essaie de communiquer quelque chose qui serait utile pour des cinéastes en herbe. La classe de maître est également destinée aux jeunes, des personnes de tout âge qui n’ont pas encore fait des films. Avec la Rogue Film School, tout le monde doit me faire parvenir une demande écrite – je les lis toutes – et tout le monde doit m’envoyer un film. Je suis le comité qui vérifie les films. Je les regarde tous, des centaines et des centaines, et je fais une sélection très serrée d’un maximum de 50 personnes.

Herzog s’est amusé la semaine dernière à sortir ses lunettes de professeur pour analyser Famous, la vidéo controversée de Kanye West qui met en scène de nombreuses célébrités numériquement dénudées qui partagent le lit du célébrissime chanteur. «Je n’ai jamais rien vu de tel» a affirmé le cinéaste, particulièrement enthousiaste, à The Daily Beast, qui lui a proposé cet exercice inusité de critique pop.

Ses propos rejoignent une réflexion du réalisateur Monte Hellman (Two-Lane Blacktop) que j’ai souvent citée ici, au sujet du film parallèle que le spectateur construit dans sa tête lors d’une projection; un film parallèle qui est souvent bien plus captivant que celui qui se déroule devant nos yeux. Je traduis quelques passages de son commentaire (via Pitchfork) :

C’est un truc intéressant que l’internet peut créer : le doppelgänger [le double d'une personne]. Ce qu’il y a d’intéressant pour moi en tant que conteur est… dans un film, oui, vous avez une histoire, et vous développez une histoire. Mais en même temps, il faut être très prudent et organiser une histoire parallèle, une histoire indépendante qui ne se produit que dans l’esprit collectif du public. Et quand vous entendez le rap, qui est très bien fait, tout d’un coup il vous donne plus de temps que toute autre chose pour simplement y réfléchir. Et cette vidéo vous donne de l’espace pour créer votre propre histoire parallèle. Et vous vous dites, ces personnes-là sont-elles réelles? Sont-elles des doppelgängers? Et que pourraient être leurs propres histoires? Que font-ils? Comment ont-ils fait la fête? Qu’est-ce qui les a réuni? Donc, tout d’un coup, le rappeur me donne l’opportunité d’être complètement sauvage dans ma propre histoire. C’est très très intéressant. … J’y vois quelque chose de très sauvage, ce qui est essentiel dans le récit profond.

Bien sûr, Donald Trump, on peut voir que ce n’est pas le Donald. Mais c’est bien de s’en rendre compte parce qu’on commence à réfléchir sur le soi superposé, et le soi inventé. Ce qui se passe sur Facebook ce sont des formes très stylisées, inventées. Et je vois dans mon contact personnel avec l’internet qu’il y a beaucoup de doppelgängers qui prétendent être moi, qui essaient de parler avec mon accent, ma voix, qui répondent à des trucs sur Facebook, Twitter. Ce sont tous des imposteurs. Donc, notre compréhension de notre propre personne a, en quelque sorte, profondément et radicalement changé… Il y a tout d’un coup un gars dans le monde des rappeurs qui fait quelque chose que j’ai toujours essayé de faire comprendre aux gens qui veulent faire des films. Je tente de leur expliquer qu’il n’y a pas seulement l’histoire que vous racontez, mais que vous concoctez une sorte de relation entre les personnes… J’essaie d’intégrer, d’implanter des moments où le temps n’a plus d’importance. Il y a un arrêt, seulement la respiration.

À propos des «imposteurs», Herzog se dit amusé par tous ses pasticheurs dans une entrevue à Rolling Stone. «Je pense qu’il est bon d’avoir une certaine quantité de, euh, comment dire, d’ironie. Et c’est tout à fait OK qu’il y ait des imitateurs de ma voix. Ils sont un peu comme mes gardes du corps non rémunérés. Ils se battent là-bas, et je suis heureux qu’ils existent. La racine de tout cela est que j’ai donné ma voix à un personnage dans Les Simpson, et suis devenu l’un des méchants dans Jack Reacher. C’est tout simplement parce que j’aime tout ce qui a à voir avec le cinéma».

Deux volcans et deux mystères

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Herzog a révélé à WTF que deux de ses films feront bientôt l’objet de premières. D’abord le documentaire Into The Inferno – qui a été annoncé il y a plus de quatre ans – sera projeté au Festival de Telluride (2-5 septembre), sorte de fanclub du réalisateur allemand si l’on se fie à la photo ci-dessus. Le producteur Andre Singer avait décrit le projet en entrevue à Screen Daily en mars 2012 :

L’idée de faire un film grand format sur des volcans est très excitante. Herzog, volcans, IMAX: ces trois mots vont extraordinairement bien ensemble. Le film serait une combinaison de nature et de spectacle, et leurs potentiels effets dévastateurs sur l’humanité. L’Indonésie et Java pourraient être des destinations.

Singer a dit à l’époque que le projet ressemblerait à Lessons of Darkness (1992), sublime docu-fiction quasi expérimental décrit comme une «méditation sur une catastrophe». Ce moyen métrage est principalement composé d’images aériennes de champs de pétrole en flammes au Koweït – conséquences de la première guerre du Golfe – et de la narration poético-fataliste de Herzog, ponctuée d’envolées musicales de Wagner et de Mahler.

On ne sait pas si la composante IMAX fait toujours partie de l’équation mais, comme prévu, le docu bénéficie de la collaboration du volcanologue Clive Oppenheimer. Into The Inferno est basé d’après un de ses livres, Eruptions that Shook the World, qui explore «les thèmes de l’influence des volcans sur le climat et la société humaine, ainsi que l’évidence que les volcans ont façonné notre monde».

Il s’agira en quelque sorte d’une suite au court métrage de Herzog La Soufrière (1977), alors que l’intrépide cinéaste est allé assister à l’irruption imminente du volcan éponyme dans un village déserté sur l’île de la Guadeloupe (j’en parle plus en détail ici).

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L’autre film de Herzog bientôt en salle est Salt And Fire, qu’on pourra voir au TIFF le mois prochain. Le tournage s’est déroulé en avril dernier dans le Salar d’Uyuni, en Bolivie. Le thriller romantique met en vedette l’actrice allemande Veronica Ferres dans le rôle d’une «scientifique en Amérique du Sud qui se bute à un patron d’une corporation [Michael Shannon] responsable d’un désastre écologique.» L’élément central de l’intrigue concerne la potentielle éruption d’un «supervolcan» qui pourrait causer une «catastrophe mondiale».

La distribution inclut également Gael García Bernal ainsi que Herzog lui-même, dans le rôle intrigant du «Man with one story». À propos du reptilien Shannon, avec qui Herzog a précédemment travaillé sur le bizarroïde My Son, My Son, What Have Ye Done? (2009), le cinéaste n’a que des louanges à son égard, disant à WTF : «Il n’y a personne comme lui. J’aime cet homme. Son charisme provient d’un endroit qu’on ne peut même pas nommer».

Et ce n’est pas fini. Herzog affirme qu’il planche présentement sur deux projets de longs métrages, mais n’en dit pas plus. Un de ceux-là pourrait très bien être une adaptation du roman de D.B.C. Pierre Vernon God Little, lauréat du Booker Prize en 2003. Le récit se déroule au Texas, lieu de son remarquable documentaire Into the Abyss. On y suit les tribulations d’un ado de 15 ans soupçonné d’être l’auteur d’une fusillade mortelle dans son école dont est en fait coupable son ami qui s’est suicidé après l’acte.

Pour être franc, j’espère que l’autre projet sera un documentaire. Le format de la fiction n’a pas trop souri à Herzog ces derniers temps (on se rappelle que Queen of the Desert, son biopic sur l’exploratrice Gertrude Bell avec Nicole Kidman et James Franco, s’est fait ramasser par la critique à la Berlinale l’an dernier). Son dernier film de fiction de qualité est sorti il y a sept ans. Voici d’ailleurs une analyse comparative entre l’oeuvre originale et le remake fait par Herzog :

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Lundi 25 janvier 2016 | Mise en ligne à 16h40 | Commenter Commentaires (3)

Les rêveries numériques de Werner Herzog

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Après avoir exploré pendant des années les recoins les plus hostiles à l’homme avec ses «films de jungle» (Aguirre, la colère de Dieu, Fitzcarraldo, Little Dieter Needs to Fly, etc.), Werner Herzog pose son regard singulier sur une autre sorte de jungle, moins palpable celle-là mais peut-être tout aussi dangereuse : celle de l’Internet. Son long métrage documentaire Lo and Behold: Reveries of the Connected World a eu sa première mondiale samedi au Festival de Sundance.

Divisé en dix chapitres, le film aborde de manière parcellaire divers sujets relatifs à notre monde «interconnecté». On y rencontre un excentrique pionnier de l’Internet, le directeur de SpaceX Elon Musk, des chercheurs en robotique à l’université Carnegie-Mellon, des parents victimes de cyberintimidation suite à la mort violente de leur fille adolescente… Au-delà des changements que la révolution numérique apporte dans notre société, Herzog se pose une question d’ordre plus poétique : «Est-ce que l’Internet rêve de lui-même?».

Le «légendaire cinéaste» allemand, comme prennent bien soin de l’indiquer les deux bandes-annonces du film, a dans un premier temps été approché par la compagnie NetScout Systems. On lui a proposé de faire une série de courts abordant l’Internet qui seraient mis en ligne sur YouTube, à la manière de son film contre les textos au volant. Mais dès le deuxième jour du tournage, Herzog a compris que le projet était bien plus ambitieux et qu’il devrait adopter le format du long métrage.

Ce qui est ironique avec Lo and Behold est que Herzog est en quelque sorte un luddite technologique. Il possède un téléphone cellulaire, mais «seulement pour les urgences» – il ne s’en est pas servi depuis un an. Il ne navigue pas sur Internet non plus, ou si peu. Mais ce manque de compétence constitue selon lui un avantage. «En raison de cette distance, je vois les contours [de la technologie et comment elle nous affecte] beaucoup plus clairement», affirme-t-il en entrevue à Vanity Fair.

Les premières critiques de Lo and BeholdThe Guardian, Hollywood Reporter, Variety, Indiewire, The Playlist – sont toutes positives ou très positives. Ce qui est intrigant est qu’il n’y a pas de consensus par rapport aux conclusions du film. Adopte-il un point de vue optimiste ou pessimiste quant à notre futur numérique. Herzog lui-même refuse d’y répondre, tout en assurant à VF qu’il propose une vision très subjective du sujet :

Je ne suis jamais impartial… cela n’existe pas. La seule caméra impartiale est la caméra qui se trouve dans votre banque. Ce genre de caméra a depuis des décennies espéré l’arrivée d’un voleur, mais ce dernier ne s’est jamais matérialisé. Il s’agit d’une forme très triste de cinéma.

Lo and Behold a été présenté dans le cadre du Sundance New Frontier, qui cette année se penche sur les possibilités narratives de la réalité virtuelle. Herzog a parlé de ce nouveau média il y a deux semaines avec The New Yorker. Sa réponse à la question : «Est-ce que la RV est du cinéma?» :

Non, je suis convaincu que cela ne va pas devenir une extension de cinéma ou de cinéma 3D ou des jeux vidéo. C’est quelque chose de nouveau, de différent, et pas encore connu. La chose étrange ici est que, normalement, dans l’histoire de la culture, nous avons de nouvelles histoires et récits, et puis nous commençons à développer un outil pour les raconter. Ou nous avons des visions de merveilleuses nouvelles architectures comme, disons, le musée de Bilbao, ou l’opéra de Sydney – et la technologie permet de remplir ces rêves. Donc, vous avez le contenu d’abord, puis la technologie qui s’ensuit.Mais dans le cas de la réalité virtuelle, nous avons une technologie, mais on n’a pas une idée claire sur comment la remplir avec du contenu.

Toujours pas de date de sortie en salle pour Lo and Behold: Reveries of the Connected World.

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Mardi 10 février 2015 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (4)

Berlin : plus d’amour pour Malick que pour Herzog

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Les deux films les plus attendus de la 65e Berlinale ont été réalisés par deux légendaires septuagénaires aux personnalités distinctes. D’un côté, Terrence Malick, l’Américain mystico-panthéiste muet, et de l’autre, Werner Herzog, l’Allemand romantico-fataliste loquace. Malgré ces différences, les deux cinéastes ont en commun une fascination pour la nature avec un grand N, tentant chacun à leur manière de sonder ses frontières film après film, avant de gracieusement abdiquer devant tant d’immensité, de danger et de beauté.

Présenté en première mondiale dimanche, Knight of Cups de Malick a obtenu un accueil généralement positif; en somme moins extatique que pour le palmé The Tree of Life, mais certainement plus chaleureux que pour l’expérimental To the Wonder. Si l’on se fie à cette analyse du Los Angeles Times, les trois titres cités constitueraient une trilogie thématique, dans laquelle on retrouve des hommes prospères dans la quarantaine las de leurs milieux contraignants, aux prises avec des questions spirituelles et métaphysiques.

«Rick commence une quête, il cherche quelque chose, mais on ne sait pas quoi», a expliqué Christian Bale en conférence de presse à Berlin à propos de son personnage, qui est «un esclave du système de Hollywood». On apprend dans le nouveau synopsis du film qu’il est aussi «accro au succès, mais désespère simultanément de la vacuité de sa vie. Il est à l’aise dans un monde d’illusions, mais cherche la vraie vie. Comme la carte de tarot du titre, Rick s’ennuie facilement et a besoin de stimulation extérieure.»

Les critiques français ont, comme on dit chez nos cousins, pigé le film (pour la plupart).

> Libération :

Enfin, c’est surtout le statut des images grandioses de Knight of Cups qui intrigue. Elles sont contradictoires : superbes, New Age ou «Born again Christian», convenues et grandioses, évoquent l’Evangile comme une pub Apple. Malick s’affirme ici comme un baroque épuré, grâce à une direction de la photographie assurée par le Mexicain Emmanuel Lubezki, qui avait travaillé sur Gravity. Comme un signe d’un mouvement cosmique du cinéma américain, d’une «gravité» qui le pousserait à s’élever encore et toujours plus haut, à atteindre une réflexion hors sol, et qui serait, dans l’esprit de ces démiurges hollywoodiens, la seule à même d’y voir clair dans le Pandémonium quotidien d’images.

> Le Monde :

Knight of Cups est un film totalement « malickien ». Et si, par instants, il flirte du côté du cliché, c’est pour signifier quelque chose dont Malick n’a pas forcément l’habitude. Une « party » hollywoodienne ? Il réquisitionne une splendide maison de stars, y entasse des centaines de figurants et demande à Antonio Banderas de faire son cabot. Corrosif et hilarant !

Dûment chapitré – « La lune », « Le pendu », « L’ermite », « Le jugement », « La tour », « Mort », « Liberté »… – Knight of Cups explore un certain nombre de lieux typiques de Los Angeles (Sunset boulevard et ses boîtes de strip-tease, Hollywood et ses studios, Venice, Santa Monica) et de Las Vegas. Comme si Malick, non content d’avoir fait du Malick, avait voulu ajouter une petite touche documentaire teintée de Fellini.

> Les Inrocks :

Tout n’est que collage d’instants fugitifs, micro sensations montées en mosaïques, poussière d’existence balayée aux quatre vents d’un montage plus symphonique que jamais. C’est comme si le compte instagram de toute une vie se trouvait pris dans un shaker…

Il y a un certain plaisir sensible, presque foetal, à se laisser bercer par le film, ses voix-off chuchotantes, son lit de grande musique, ses surfaces visuelles ondoyantes et son ballet de lumière. De ce point de vue, le film est nettement plus puissant que le précédent, le vraiment peu abouti A la merveille. Le film produit ses petites extases plastiques, fascine par sa radicalité têtue, sa façon opiniâtre de tout désancrer. Le revers de ce fantasme de cinéma labile, liquide, est de ne pouvoir que glisser.

> Télérama :

Alors, oui, par moments, c’est magnifique, porté par de la musique romantique excellement choisie (de Grieg à Ralph Vaughan Williams, je me passerais la playlist non stop), toujours en quête de la combinaison image + son qui transcenderait l’humain, le grandirait, redirait le caractère sacré du monde et de ceux qui l’habitent; mais dans le même geste guetté par le pompier, le new age, le « reborn chrétien » avec cette vision récurrente de l’eau de mer qui, comme celle du baptême, régénère les personnages…

Et bien sûr la caméra d’Emmanuel Lubezki entoure les personnages, danse autour d’eux pour bien montrer que l’air n’est pas du vide, qu’il est le réceptacle de la vie humaine, que quelque chose de plus est là, invisible. L’ego du cinéaste ? Le problème c’est que cette imagerie-là, et la façon dont la mise en scène la crée, a été dévoyée par le clip et la pub, et que le plus grand cinéaste du monde, malgré tous les outils qu’il s’offre (films 35 et 65 mm, petite et grande caméras numériques) bute sur ce déjà vu…

Du côté des anglos, c’est assez tiède, avec une moyenne de 58% sur l’agrégat Metacritic, note basée d’après huit critiques. D’autres réactions à consulter sur CriticWire, avec en boni une compilation de tweets enthousiastes.

Feu vert pour le Voyage

En attendant de voir si Malick va décrocher son deuxième Ours d’or, après le triomphe de The Thin Red Line à Berlin en 1999, on peut se réjouir d’une récente victoire bien plus significative dans le camp du cinéaste : après des années d’ennuis financiers et judiciaires (j’en parle ici et ici), son documentaire Voyage of Time a finalement obtenu l’appui de nouveaux producteurs qui garantiront la finalisation et la distribution de son film.

Variety rapportait mardi dernier que le projet mûri depuis quelque trois décennies, qui est décrit comme «une célébration de l’univers, exposant l’ensemble du temps, à partir de son début jusqu’à son effondrement final», sera séparé en deux versions. La première prendra la forme d’un film IMAX de 40 minutes narré par Brad Pitt, et la seconde sera un long métrage en 35 mm narré par Cate Blanchett.

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N’ayant jamais entretenu une relation particulièrement chaleureuse avec l’industrie et les médias de son pays d’origine, Herzog a attendu 36 ans avant de revenir à la Berlinale. Présenté vendredi, son biopic Queen of the Desert est loin d’avoir fait figure d’un retour triomphal. Au contraire, d’après les premiers échos, il pourrait s’agir du premier véritable navet réalisé par le prodige bavarois.

Seul quotidien francophone à avoir daigné pondre une quelconque critique du film, Le Monde n’a fait aucun effort pour cacher sa déception.

Quelle mouche du désert arabo-persan a bien pu piquer le « père » d’Aguirre, de Kaspar Hauser, de Nosferatu et autre Fitzcarraldo pour s’être laissé entraîner dans une pareille histoire ? Une histoire qui, ne serait-ce qu’à cause du sujet – la vie de l’aventurière, photographe et espionne Gertrude Bell (1868-1926) – le confronte inévitablement au célébrissime Lawrence d’Arabie de David Lean.

Se débrouillant comme il peut d’un casting digne d’une superproduction hollywoodienne (Nicole Kidman, James Franco, Damian Lewis ou Robert Pattinson, impayable en T. E. Lawrence), Werner Herzog s’en tient à un académisme de bonne facture. Quant à Nicole Kidman, gageons qu’elle ne rejoindra pas Aguirre et les autres au chapitre des grands marginaux solitaires de Werner Herzog.

Un premier extrait :

Et ce n’est guère plus encourageant de la part des médias anglophones. En consultant CriticWire, l’on est consterné de tomber sur des termes résolument anti-herzogiens – qui donnent l’impression d’appartenir à la critique d’un mauvais Merchant-Ivory – comme «travelogue», «vieux jeu», «mélodramatique», «respectable», «conventionnel», «Downton Abbey dans les dunes»…

Il semblerait que, depuis la fin de sa relation avec Klaus Kinski, la fiction ne sied pas très bien à Herzog. Il est en effet bien plus poignant et innovant dans le format documentaire. Même son meilleur film de fiction des 25 dernières années, The Bad Lieutenant (2009), s’apprécie encore davantage quand on le considère pour ce qu’il est réellement : un documentaire sur la folie créative de Nicolas Cage.

Nouvelle plongée dans un volcan

Qu’on le veuille ou non, Herzog compte poursuivre sur le chemin de la fiction pour le moment. Screen Daily rapportait dimanche que le cinéaste de 72 ans entamera en avril le tournage de Salt And Fire dans le Salar d’Uyuni. Le thriller romantique met en vedette l’actrice allemande Veronica Ferres dans le rôle d’une «scientifique en Amérique du Sud qui se bute à un patron d’une corporation responsable d’un désastre écologique.» On semble fouler ici le terrain de Where the Green Ants Dream (1984), et ce n’est pas un bon signe…

L’élément central de l’intrigue de Salt And Fire concerne la potentielle éruption d’un «supervolcan» qui pourrait causer une «catastrophe mondiale». Cette prémisse n’est pas sans rappeler celle de La Soufrière (1977), superbe court métrage documentaire de Herzog dans lequel il se rend en Guadeloupe, aux abords du volcan éponyme en pleine ébullition (voir le film ici).

On se demande si Salt And Fire viendra empiéter sur un autre projet similaire qui avait été annoncé par le même Screen Daily, en mars 2012. Il s’agit d’un documentaire qui serait réalisé en collaboration avec le volcanologue Clive Oppenheimer, qui a écrit un livre sur le sujet: Eruptions that Shook the World. «Le film serait une combinaison de nature et de spectacle, et leurs potentiels effets dévastateurs sur l’humanité», a décrit le producteur de Herzog à l’époque.

Eruptions est également pressenti comme une expérience IMAX. Dans un monde idéal, ce film serait présenté dans un programme double aux côtés de Voyage of Time. On peut toujours rêver!

À lire aussi :

> To the Wonder : danser son amour dans le pré
> The Tree of Life : entre extase et désespoir
> Le rêve américain selon Werner Herzog
> Le court du week-end : La Soufrière

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