Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Werner Herzog’

Jeudi 22 janvier 2015 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (2)

Les lampadaires de Bay, le coupe-boulons de Herzog

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Quand il avait 13 ans, Michael Bay a fait sauter son train électrique avec des pétards, et a filmé l’explosion à l’aide de la caméra 8 mm de sa mère. Une bravade qui a eu pour conséquence de mettre le feu à sa maison, et qui lui a valu une réprimande sévère de ses parents, qui l’ont privé de sortie pendant deux semaines. Quelque 35 ans plus tard, Bay continue de se livrer à sa passion pour la pyrotechnie – avec des pétards un peu plus puissants, on s’entend – quoiqu’il ne récolte plus de punitions pour ses excès destructeurs, mais plutôt des dizaines de millions de dollars.

Je ne risque pas de surprendre beaucoup de gens en disant que son cinéma n’est pas exactement ma tasse de thé. Par contre, je n’ai rien contre ses films. Dans le sens que je ne sens pas le besoin de crier haut et fort ma désapprobation, et je ne vois pas l’intérêt de pondre des dissertations alarmistes comparant Bay à l’Antéchrist du 7e art, comme le font bien des critiques. En fait, même si ses films m’indiffèrent au plus haut point (sauf le jouissif The Rock), j’ai un immense respect pour Michael Bay l’artisan, à défaut d’aimer Michael Bay l’artiste.

Dans l’industrie, Bay est admiré bien plus qu’on ne le pense. Christopher Nolan est un grand fan. James Cameron dit qu’il a étudié ses films et a tenté de les «désarticuler» (reverse engineer). Steven Spielberg, qui a produit ses Transformers, a affirmé qu’«il a le meilleur œil pour de multiples niveaux d’adrénaline visuelle pure». Sa prof Jeanine Basinger, qui lui a présenté ce qui allait devenir son film préféré, West Side Story, a expliqué que le classique de Robert Wise lui a fait réaliser qu’«il n’a pas besoin d’être lié à la réalité s’il ne veut pas l’être. Son travail porte sur la couleur et sur le mouvement et sur une sorte d’abstraction et d’irréalité qu’on retrouve dans les comédies musicales.»

Dans une analyse vidéo publiée l’été dernier, Tony Zhou, un de nos plus précieux professeurs en ligne, décortique l’approche visuelle frénétique du cinéaste, qu’il qualifie de «Bayhem» (un alliage entre le nom du réalisateur et mayhem, qui veut dire destruction). Il présente plusieurs exemples, dont ses fameux ralentis-360 degrés, que ses imitateurs ne peuvent cependant égaler. Zhou recense également les astuces que Bay emploie pour dynamiser les compositions de ses plans, dont son usage très fréquent de lampadaires à l’avant-plan…

En coulisses

Le site dédié à Michael Bay a récemment mis en ligne deux vidéos sur le making-of de Transformers: Age of Extinction, le quatrième chapitre de sa série de blockbusters qui a engrangé un total ridicule de 3,8 milliards $. Une excursion assez captivante dans les coulisses d’une production hollywoodienne monstre. Bien sûr, le portrait de Bay est ici calibré afin de le montrer sous son meilleur jour. Il semblerait toutefois qu’il possède un caractère de tyran. Shia LaBeouf a comparé son réalisateur à la ville de New York, disant : «Si vous pouvez vous en sortir sur un plateau de tournage de Bay, vous pourrez vous en sortir sur n’importe quel plateau».

Cela dit, tyran ou pas, ce que je retire de ces vidéos est non pas l’image d’un cinéaste grandiloquent exultant une confiance arrogante, mais plutôt l’impression d’une certaine naïveté désarmante de la part d’un homme approchant la cinquantaine qui, si on regarde bien le scintillement dans ses yeux, est toujours resté ce garçon de 13 ans qui ne demande rien de mieux que de faire sauter son train électrique avec des pétards.

> À consulter : L’histoire orale de Michael Bay parue dans GQ en 2011

***

Le caméo de Werner Herzog qu’on voit au tout début de l’analyse de Tony Zhou m’a rappelé la parution sur le web des 24 conseils que le légendaire cinéaste allemand a fourni aux réalisateurs en herbe, et qui ont été généreusement partagés au courant de la dernière semaine. Cette liste provient d’une nouvelle édition des entretiens d’Herzog avec Paul Cronin, qui a été publiée en septembre. Il s’agit d’une sorte de variation des 12 règles à suivre dans son Rogue Film School.

Quelques perles :

«Il n’y a rien de mal à passer une nuit en prison si cela vous permet de tourner le plan que vous avez besoin» ; «Demandez pardon, pas la permission» ; «Apprenez à lire l’essence intérieure d’un paysage» ; «Il n’y a jamais d’excuses pour ne pas terminer un film» ; «Habituez-vous à l’ours derrière vous» et enfin, «Transportez des coupe-boulons partout», un conseil qui laisse beaucoup de place à l’imagination, pour le meilleur et pour le pire!

À lire aussi :

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Samedi 19 avril 2014 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : Death for Five Voices

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Un long court pour un long week-end. En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’un court métrage, mais plutôt d’un téléfilm de 60 minutes; vous me pardonnerez cette innocente transgression des règles… Death for Five Voices (1995) est un documentaire sur le compositeur italien réputé, et assassin notoire, Carlo Gesualdo (1566-1613). Une autre fascinante réflexion par Werner Herzog sur la confluence entre la force créatrice et la folie.

Également, une réévaluation du format documentaire, alors que le cinéaste allemand rejette de manière radicale ce qu’il dénonce comme la «vérité des comptables» perpétuée par le cinéma direct, à la faveur de la «vérité extatique». Approche poétique qu’il a énoncée dans son fameux Manifeste du Minnesota. Je retranscris ici un échange à ce sujet avec Paul Cronin tiré du livre-entrevue Herzog on Herzog :

Suis-je en droit de penser que, avec Death for Five Voices, de nombreuses scènes sont à nouveau subtilement stylisées?

Subtilement stylisées? Non, dans ce cas, ce sont de pures inventions. La plupart des histoires dans le film sont complètement inventées et mises en scène, mais elles contiennent les vérités les plus profondes sur Gesualdo. Je pense à tous mes «documentaires; Death for Five Voices est celui qui est le plus insensé, et il est l’un des plus proches de mon cœur.

Le film raconte l’histoire de Carlo Gesualdo, le musicien visionnaire du XVIe siècle et Prince de Venosa. Gesualdo est de tous les compositeurs celui qui m’épate le plus, et je voulais faire un film sur lui parce que sa vie est presque aussi intéressante que sa musique.

Pour commencer, il a tué sa femme, et comme il était le Prince de Venosa il n’a jamais été dépendant financièrement de personne, et a été en mesure de financer ses propres voyages dans l’inconnu musical. Les autres livres sont plus dans le contexte de son temps, mais avec son sixième livre de madrigaux, tout d’un coup, Gesualdo semble 400 ans en avance sur son temps, composant de la musique que nous avons entendu seulement à partir de Stravinsky. Il ya des segments dans Death for Five Voices lorsqu’on entend chacune des cinq voix du madrigal séparément. Chaque voix individuelle semble tout à fait normale, mais en combinaison, la musique sonne tellement en avance sur son temps, même sur notre temps.

Donc, pour Death for Five Voices vous avez pris les faits les plus élémentaires sur Gesualdo et les avez illustrés avec des scènes stylisées qui renforceraient les principaux éléments de l’histoire?

Oui. Prenez, par exemple, la scène filmée dans le château de Venosa où il y a un musée. Dans l’une des vitrines, il y avait une pièce – un disque d’argile contenant des symboles énigmatiques en forme de scripts – qui a vraiment engagé mon esprit avec étonnement et m’a causé des nuits blanches. Je tenais beaucoup à utiliser l’objet dans le film, donc j’ai écrit pour le directeur du musée – en réalité, le doyen de le faculté de droit de l’Université de Milan – un monologue sur le disque qu’il devait dire tout en se tenant à côté de la vitrine. Il présente une lettre de Gesualdo à son alchimiste, demandant son aide pour déchiffrer les signes mystérieux sur le disque :

«Le prince avait passé des nuits blanches à essayer de percer le secret de ces étranges symboles», explique le professeur. «Au cours de cette activité, il s’est perdu dans un labyrinthe de conjectures et d’hypothèses. Il a presque perdu sa raison dans le processus».

Ce que je voulais ici c’était de jouer sur le fait que, dans les dernières années de sa vie, Gesualdo était essentiellement fou; il a vraiment perdu son esprit. Il a abattu à lui seul la forêt en entier autour de son château et a engagé de jeunes hommes qui avaient pour tâche de le fouetter quotidiennement, ce qui lui a donné des plaies purulentes et l’a apparemment tué. Il y a aussi une scène où nous rencontrons une femme qui court autour du château décrépit du prince en chantant sa musique, et qui dit qu’elle est l’esprit de la femme morte de Gesualdo. Elle est là pour souligner l’effet profond que la musique de Gesualdo a eue sur les personnes au cours des siècles. On a néanmoins engagé Milva, une fameuse chanteuse et actrice italienne pour jouer le rôle.

Et qu’en est-il de l’histoire dans laquelle Gesualdo tue son propre fils?

J’ai inventé l’histoire de Gesualdo plaçant son fils de deux ans et demi – dont il se doutait qu’il était réellement son enfant – sur une balançoire et demandant à ses serviteurs de le balancer pendant deux jours et deux nuits jusqu’à ce qu’il meure. Il y a une allusion dans les documents historiques au fait qu’il aurait tué son enfant, mais pas de preuve absolue. Le chœur placé de chaque côté de l’enfant sur ​​la balançoire chantant la beauté de la mort a aussi été inventé, quoique dans une des compositions de Gesualdo il y a un tel texte. Il est absolument certain, cependant, qu’il a pris sa femme en flagrant délit et qu’il l’a poignardée elle et son amant à mort.

La dernière scène du film a été tournée sur les lieux d’un tournoi médiéval local, une activité prisée par les Italiens. Je voulais que le directeur musical parle d’audace et d’aventure dans la musique, et tandis que je lui parlais, j’ai remarqué le visage d’un jeune homme qui jouait le valet de pied d’un des chevaliers. Toute cette scène avec ce laquais qui ramasse son portable et parle à sa mère a été, bien sûr, mise en scène. La personne qui a fait l’appel était mon propre frère, qui savait exactement quand faire l’appel vu qu’il se tenait dix pieds de distance. J’ai dit au jeune homme d’agir comme si c’était sa mère qui l’appelait, et qu’elle voulait qu’il rentre pour dîner. Je savais que ça allait être la dernière scène du film, et il dit :

«Maman, ne t’inquiète pas, je serai à la maison très bientôt, parce que le film sur ​​Gesualdo est presque fini.»

Je lui ai demandé de regarder droit dans la caméra après sa réplique et d’afficher un air très grave. J’étais juste à côté de la caméra, en train de m’amuser et de faire toutes sortes de plaisanteries. Il y a une expression étrange sur son visage parce qu’il ne savait pas s’il devait rire ou être sérieux, alors il fixe longtemps la caméra, et le film se termine.

- Avis aux fans d’Herzog, Shout! Factory distribuera fin juillet un coffret Blu-ray contenant 16 de ses long métrages les plus renommés, dont son cycle avec Kinski, ses deux films avec Bruno S., ainsi que les inclassables et moins connus Even Dwarfs Started Small, Fata Morgana et Lessons of Darkness.

- Il est en train d’apporter les touches finales à Queen of the Desert, son biopic sur l’exploratrice, archéologue, espionne, diplomate et cartographe Gertrude Bell (1868-1926), mettant en vedette Nicole Kidman, James Franco, Robert Pattinson et Damian Lewis (le Brody de Homeland).

- Son prochain film sera une adaptation du roman de D.B.C. Pierre Vernon God Little, lauréat du Booker Prize en 2003, a rapporté le Hollywood Reporter en février. Le récit se déroule au Texas, où un ado de 15 ans est injustement soupçonné d’être l’auteur d’une fusillade mortelle dans son école. Avec un casting disjoncté qui comprend, pour l’instant, Pamela Anderson, Russell Brand et Mike Tyson dans le rôle d’un tueur à la hache…

À lire aussi :

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Mercredi 16 octobre 2013 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (39)

Jack Reacher ne se prend pas au sérieux!

jack-reacher-tom-cruise

Quinze minutes après avoir appuyé play, trois constats s’imposaient : Jack Reacher est essentiellement une comédie, avec des éléments d’action, de suspense et de violence. On ne rit pas souvent aux éclats, et ce n’est pas l’objectif premier du film, mais le sourire quitte rarement le coin de notre bouche. Deuxièmement, il ne faut pas toujours se fier aux critiques : Reacher passe à peine le test de Rotten Tomatoes – agrégat généralement assez généreux – avec 61%, et essuie un échec plutôt cuisant chez Metacritic, avec 50%. Enfin, Tom Cruise est une solide vedette de cinéma, a great big bright, shining star, pour reprendre les dires de Dirk Diggler.

Jack Reacher tient son titre du personnage principal d’une populaire série de thrillers policiers écrits par Lee Child. Un ancien officier de police militaire, colosse de deux mètres, devenu justicier nomade, constamment à la recherche d’une cause noble à défendre, «adoré par les femmes, craint par les hommes, et respecté de tous».

Le film est basé d’après le neuvième roman de la saga, One Shot, publié en 2005. Le récit s’ouvre sur un bain de sang: par une splendide journée d’été, un tireur d’élite s’installe dans un parking à étages, et assassine cinq personnes qui déambulaient sur une place publique. Les victimes n’ont aucun lien entre elles. Le principal suspect est vite appréhendé et, alors que les détectives qui le détiennent s’attendent à ce qu’il livre une confession écrite, il leur remet un papier sur lequel sont écrits quatre mots : «Get me Jack Reacher». Ce même Jack Reacher qui l’a poursuivi par le passé pour un drame semblable et qui lui garde toujours rancune…

La table est mise pour un film policier baignant dans le mystère et la conspiration, avec une intrigue assortie de fausses pistes et de personnages obscurs. Des ingrédients qu’a savamment su mijoter Christopher McQuarrie dans le classique The Usual Suspects (1995) de Bryan Singer, grâce à son scénario acrobatique qui a joyeusement étourdi toute une génération de cinéphiles. Cette fois-ci, en plus d’assurer l’adaptation, il prend les commandes derrière la caméra, et force est d’admettre que sa mise en scène s’accorde à merveille avec ses talents d’écriture indéniables.

jack-reacher-1bPour prendre un très simple exemple : la première rencontre entre Reacher et Helen Rodin, l’avocate sexy aux aspirations pacifistes qui défend le suspect. Dans un casse-croûte, elle tente de convaincre son interlocuteur réticent de faire équipe avec elle. Il réplique en racontant sa relation avec le tireur d’élite, du temps qu’ils étaient en mission en Irak. La scène se mue en une série de flashbacks illustrant les propos de Reacher, qui fournit du coup une narration en voix off. Après une trentaine de secondes, on est de retour dans le présent, toujours transporté par la voix de Cruise (dont le ton et la cadence sont restés inchangés depuis le début de la scène), mais le lieu a soudainement changé; on est désormais dans une gare d’autobus. Avec son astuce de montage, McQuarrie utilise la magie du cinéma de façon fluide, élégante et, surtout, économe d’un point de vue narratif: le désir du protagoniste d’échapper à la situation est démontré visuellement, et non pas seulement de manière verbale, écueil qui guette souvent les scénaristes qui passent à la réalisation.

La belle surprise de Jack Reacher est la recalibration de l’image de leading man de Tom Cruise qui, à vrai dire, a rarement paru aussi cool. Comme je le disais plus tôt, la fibre structurante du film se résume à une variété de faux-semblants, mais il s’agit également d’un concept qui nourrit ici l’exploitation d’une des principales superstars de l’industrie, et qui chamboule les idées reçues du public à son endroit. À plusieurs reprises, par ailleurs, McQuarrie s’amuse à subvertir les codes sexuels relatifs à la production cinématographique commerciale.

La scène qui cristallise cette réévaluation du mâle hollywoodien, par le biais d’un de ses représentants les plus emblématiques, survient lors du proverbial flirt entre le héros et une nymphette qui pourrait facilement être sa fille. À noter que le film hausse les enjeux érotiques dès le début, en nous introduisant à un Reacher en mode postcoïtal, alors qu’une de ses conquêtes est en train de renfiler sa lingerie. La vignette d’après nous le montre en train de parcourir un bar, point de vue caméra, alors que se succèdent les expressions lascives de plusieurs femmes séduisantes, façon The Nutty Professor quand entre en scène Buddy Love.

JACK REACHER

Donc, pour revenir à notre scène, nymphette libidineuse + héros viril et mystérieux = … pas exactement ce à quoi on s’attend. Admirez d’abord le dialogue doté d’une répartie renvoyant aux screwball comedies des années 1930-40, avec son débit rapide, ses sous-entendus et ses jeux de mots. L’extrait plus bas.

Sandy: Mind if I share your table? I’m Sandy.
Jack Reacher: So was I, last week. On a beach in Florida.
Sandy: What’s your name?
Jack Reacher: Jimmie Reese.
Sandy: You don’t look like a Jimmie.
Jack Reacher: What do I look like?
Sandy: I don’t know, but not a Jimmie. So you’re new in town?
Jack Reacher: Usually.
Sandy: It’s kind of loud in here. Do you wanna, maybe, go someplace quieter? I have a car.
Jack Reacher: Are you old enough to drive?
Sandy: I’m old enough to do a lot of things.
Jack Reacher: I’m on a budget, Sandy.
Sandy: What?
Jack Reacher: I can’t afford you.
Sandy: I’m not a hooker.
Jack Reacher: Oh, then I really can’t afford you. What I mean is the cheapest woman tends to be the one you pay for.
Sandy: I am not a hooker!
Jack Reacher: Well, a hooker would get the joke.
Jeb: What’s this?
Sandy: He called me a whore.
Jeb: Is that true?
Jack Reacher: Nobody said “whore”. She inferred “hooker”, but I meant “slut”.
Punk: Hey! That’s our sister.
Jack Reacher: She a good kisser?
Jeb: Hey! Outside!
Jack Reacher: Pay your check first.
Jeb: I’ll pay later.
Jack Reacher: You won’t be able to.
Jeb: You think?
Jack Reacher: All the time. You should try it.

Au lieu de démontrer ses prouesses d’amant, il finit par exposer celles de bagarreur (à noter la clarté de la chorégraphie du combat, qui jure avec les montages saccadés de gros plans filmés en caméra épaule dans les divertissements contemporains de ce genre). Plus tard dans le film, on le voit discuter affaire avec l’avocate Rodin dans une chambre d’hôtel, torse nu. Distraite, elle l’enjoint de mettre un chandail; elle s’adresse autant à Jack Reacher qu’à Tom Cruise qui, comme le Matthew McConaughey pré-retour à la respectabilité, a fait de l’exhibition de ses pectoraux une marque de commerce. Quelques instants plus tard, il s’approche d’elle, semble vouloir l’embrasser, avant de la mettre à la porte! Leur relation ne sera jamais «consommée».

Si Jack Reacher se moque des conventions sexuelles liées à ce type de films, il affiche également une attitude décontractée par rapport à sa propre identité artistique. McQuarrie sait que les spectateurs ont déjà vu des centaines de thrillers policiers coulés dans ce moule : une mission apparemment impossible, un héros charismatique mais à court de ressources, des méchants sadiques, la belle femme en détresse, la bataille finale, l’imparable happy end… Pour distinguer son film de la masse, il a pris contre-pied à la tendance des héros, super ou pas, en pleine crise existentielle, qu’il s’agisse des nouveaux Bond, Batman ou Superman, ou de ceux qui cultivent une intense gravité stoïque, à la Bourne, Taken ou dans tous ces films militaristes de plus en plus lourds (Battle: Los Angeles, Act of Valor,Terminator Salvation, Battleship, etc.).

JACK REACHER

D’un certain point de vue, Jack Reacher, avec son héros investi d’une clarté morale et masquant à peine une lueur rieuse dans le regard, tout en évitant le clin d’oeil facile, revendique le droit de faire du cinéma d’action commercial qui ne se prend pas trop au sérieux.

J’aime beaucoup l’utilisation que McQuarrie a fait de Werner Herzog dans le rôle du méchant, un survivant des goulags surnommé The Zec. Comme avec Cruise, il demande au légendaire cinéaste allemand d’infuser son rôle de sa propre personnalité colossale – cet artiste aventurier obsédé par une nature qu’il considère à la fois comme sublime et cruelle – et de transposer cette aura à un personnage qui paraît peut-être unidimensionnel sur papier, mais qui finit par être prenant à l’écran. Il y en a pour tous les goûts, tant pour les cinéphiles endurcis qui veulent reposer leurs neurones le temps d’une vue sans pour autant se faire abrutir, que pour les prospecteurs d’évasions cinématographiques de qualité supérieure, denrée de plus en plus rare.

Je vous laisse avec deux extraits différents mais assez représentatifs du résultat final; le premier reflétant bien la nature détendue et sympathique du film, faisant néanmoins preuve d’une maîtrise efficace dans l’alliage de tons disparates, amalgamant avec doigté violence réaliste et slapstick à la Three Stooges :

Et pour revenir à ma remarque sur la clarté de la mise en scène, en faisant référence à la bataille à l’extérieur du bar, voici probablement l’exemple le plus flagrant du talent de McQuarrie pour gérer une séquence mouvementée, et à la rendre électrisante avec un minimum de fioritures et un maximum d’enthousiasme cinétique. Comme le disent si souvent les pros de la cuisine : il faut faire confiance au produit. Ci-dessous, on se croirait téléporté dans une salle de cinéma des années 1960-70. Une des courses de chars les plus satisfaisantes que j’ai jamais vues.

À lire aussi :

> Le titre-protagoniste, pas toujours une bonne idée…

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