Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Tom Cruise’

Mercredi 16 octobre 2013 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (39)

Jack Reacher ne se prend pas au sérieux!

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Quinze minutes après avoir appuyé play, trois constats s’imposaient : Jack Reacher est essentiellement une comédie, avec des éléments d’action, de suspense et de violence. On ne rit pas souvent aux éclats, et ce n’est pas l’objectif premier du film, mais le sourire quitte rarement le coin de notre bouche. Deuxièmement, il ne faut pas toujours se fier aux critiques : Reacher passe à peine le test de Rotten Tomatoes – agrégat généralement assez généreux – avec 61%, et essuie un échec plutôt cuisant chez Metacritic, avec 50%. Enfin, Tom Cruise est une solide vedette de cinéma, a great big bright, shining star, pour reprendre les dires de Dirk Diggler.

Jack Reacher tient son titre du personnage principal d’une populaire série de thrillers policiers écrits par Lee Child. Un ancien officier de police militaire, colosse de deux mètres, devenu justicier nomade, constamment à la recherche d’une cause noble à défendre, «adoré par les femmes, craint par les hommes, et respecté de tous».

Le film est basé d’après le neuvième roman de la saga, One Shot, publié en 2005. Le récit s’ouvre sur un bain de sang: par une splendide journée d’été, un tireur d’élite s’installe dans un parking à étages, et assassine cinq personnes qui déambulaient sur une place publique. Les victimes n’ont aucun lien entre elles. Le principal suspect est vite appréhendé et, alors que les détectives qui le détiennent s’attendent à ce qu’il livre une confession écrite, il leur remet un papier sur lequel sont écrits quatre mots : «Get me Jack Reacher». Ce même Jack Reacher qui l’a poursuivi par le passé pour un drame semblable et qui lui garde toujours rancune…

La table est mise pour un film policier baignant dans le mystère et la conspiration, avec une intrigue assortie de fausses pistes et de personnages obscurs. Des ingrédients qu’a savamment su mijoter Christopher McQuarrie dans le classique The Usual Suspects (1995) de Bryan Singer, grâce à son scénario acrobatique qui a joyeusement étourdi toute une génération de cinéphiles. Cette fois-ci, en plus d’assurer l’adaptation, il prend les commandes derrière la caméra, et force est d’admettre que sa mise en scène s’accorde à merveille avec ses talents d’écriture indéniables.

jack-reacher-1bPour prendre un très simple exemple : la première rencontre entre Reacher et Helen Rodin, l’avocate sexy aux aspirations pacifistes qui défend le suspect. Dans un casse-croûte, elle tente de convaincre son interlocuteur réticent de faire équipe avec elle. Il réplique en racontant sa relation avec le tireur d’élite, du temps qu’ils étaient en mission en Irak. La scène se mue en une série de flashbacks illustrant les propos de Reacher, qui fournit du coup une narration en voix off. Après une trentaine de secondes, on est de retour dans le présent, toujours transporté par la voix de Cruise (dont le ton et la cadence sont restés inchangés depuis le début de la scène), mais le lieu a soudainement changé; on est désormais dans une gare d’autobus. Avec son astuce de montage, McQuarrie utilise la magie du cinéma de façon fluide, élégante et, surtout, économe d’un point de vue narratif: le désir du protagoniste d’échapper à la situation est démontré visuellement, et non pas seulement de manière verbale, écueil qui guette souvent les scénaristes qui passent à la réalisation.

La belle surprise de Jack Reacher est la recalibration de l’image de leading man de Tom Cruise qui, à vrai dire, a rarement paru aussi cool. Comme je le disais plus tôt, la fibre structurante du film se résume à une variété de faux-semblants, mais il s’agit également d’un concept qui nourrit ici l’exploitation d’une des principales superstars de l’industrie, et qui chamboule les idées reçues du public à son endroit. À plusieurs reprises, par ailleurs, McQuarrie s’amuse à subvertir les codes sexuels relatifs à la production cinématographique commerciale.

La scène qui cristallise cette réévaluation du mâle hollywoodien, par le biais d’un de ses représentants les plus emblématiques, survient lors du proverbial flirt entre le héros et une nymphette qui pourrait facilement être sa fille. À noter que le film hausse les enjeux érotiques dès le début, en nous introduisant à un Reacher en mode postcoïtal, alors qu’une de ses conquêtes est en train de renfiler sa lingerie. La vignette d’après nous le montre en train de parcourir un bar, point de vue caméra, alors que se succèdent les expressions lascives de plusieurs femmes séduisantes, façon The Nutty Professor quand entre en scène Buddy Love.

JACK REACHER

Donc, pour revenir à notre scène, nymphette libidineuse + héros viril et mystérieux = … pas exactement ce à quoi on s’attend. Admirez d’abord le dialogue doté d’une répartie renvoyant aux screwball comedies des années 1930-40, avec son débit rapide, ses sous-entendus et ses jeux de mots. L’extrait plus bas.

Sandy: Mind if I share your table? I’m Sandy.
Jack Reacher: So was I, last week. On a beach in Florida.
Sandy: What’s your name?
Jack Reacher: Jimmie Reese.
Sandy: You don’t look like a Jimmie.
Jack Reacher: What do I look like?
Sandy: I don’t know, but not a Jimmie. So you’re new in town?
Jack Reacher: Usually.
Sandy: It’s kind of loud in here. Do you wanna, maybe, go someplace quieter? I have a car.
Jack Reacher: Are you old enough to drive?
Sandy: I’m old enough to do a lot of things.
Jack Reacher: I’m on a budget, Sandy.
Sandy: What?
Jack Reacher: I can’t afford you.
Sandy: I’m not a hooker.
Jack Reacher: Oh, then I really can’t afford you. What I mean is the cheapest woman tends to be the one you pay for.
Sandy: I am not a hooker!
Jack Reacher: Well, a hooker would get the joke.
Jeb: What’s this?
Sandy: He called me a whore.
Jeb: Is that true?
Jack Reacher: Nobody said “whore”. She inferred “hooker”, but I meant “slut”.
Punk: Hey! That’s our sister.
Jack Reacher: She a good kisser?
Jeb: Hey! Outside!
Jack Reacher: Pay your check first.
Jeb: I’ll pay later.
Jack Reacher: You won’t be able to.
Jeb: You think?
Jack Reacher: All the time. You should try it.

Au lieu de démontrer ses prouesses d’amant, il finit par exposer celles de bagarreur (à noter la clarté de la chorégraphie du combat, qui jure avec les montages saccadés de gros plans filmés en caméra épaule dans les divertissements contemporains de ce genre). Plus tard dans le film, on le voit discuter affaire avec l’avocate Rodin dans une chambre d’hôtel, torse nu. Distraite, elle l’enjoint de mettre un chandail; elle s’adresse autant à Jack Reacher qu’à Tom Cruise qui, comme le Matthew McConaughey pré-retour à la respectabilité, a fait de l’exhibition de ses pectoraux une marque de commerce. Quelques instants plus tard, il s’approche d’elle, semble vouloir l’embrasser, avant de la mettre à la porte! Leur relation ne sera jamais «consommée».

Si Jack Reacher se moque des conventions sexuelles liées à ce type de films, il affiche également une attitude décontractée par rapport à sa propre identité artistique. McQuarrie sait que les spectateurs ont déjà vu des centaines de thrillers policiers coulés dans ce moule : une mission apparemment impossible, un héros charismatique mais à court de ressources, des méchants sadiques, la belle femme en détresse, la bataille finale, l’imparable happy end… Pour distinguer son film de la masse, il a pris contre-pied à la tendance des héros, super ou pas, en pleine crise existentielle, qu’il s’agisse des nouveaux Bond, Batman ou Superman, ou de ceux qui cultivent une intense gravité stoïque, à la Bourne, Taken ou dans tous ces films militaristes de plus en plus lourds (Battle: Los Angeles, Act of Valor,Terminator Salvation, Battleship, etc.).

JACK REACHER

D’un certain point de vue, Jack Reacher, avec son héros investi d’une clarté morale et masquant à peine une lueur rieuse dans le regard, tout en évitant le clin d’oeil facile, revendique le droit de faire du cinéma d’action commercial qui ne se prend pas trop au sérieux.

J’aime beaucoup l’utilisation que McQuarrie a fait de Werner Herzog dans le rôle du méchant, un survivant des goulags surnommé The Zec. Comme avec Cruise, il demande au légendaire cinéaste allemand d’infuser son rôle de sa propre personnalité colossale – cet artiste aventurier obsédé par une nature qu’il considère à la fois comme sublime et cruelle – et de transposer cette aura à un personnage qui paraît peut-être unidimensionnel sur papier, mais qui finit par être prenant à l’écran. Il y en a pour tous les goûts, tant pour les cinéphiles endurcis qui veulent reposer leurs neurones le temps d’une vue sans pour autant se faire abrutir, que pour les prospecteurs d’évasions cinématographiques de qualité supérieure, denrée de plus en plus rare.

Je vous laisse avec deux extraits différents mais assez représentatifs du résultat final; le premier reflétant bien la nature détendue et sympathique du film, faisant néanmoins preuve d’une maîtrise efficace dans l’alliage de tons disparates, amalgamant avec doigté violence réaliste et slapstick à la Three Stooges :

Et pour revenir à ma remarque sur la clarté de la mise en scène, en faisant référence à la bataille à l’extérieur du bar, voici probablement l’exemple le plus flagrant du talent de McQuarrie pour gérer une séquence mouvementée, et à la rendre électrisante avec un minimum de fioritures et un maximum d’enthousiasme cinétique. Comme le disent si souvent les pros de la cuisine : il faut faire confiance au produit. Ci-dessous, on se croirait téléporté dans une salle de cinéma des années 1960-70. Une des courses de chars les plus satisfaisantes que j’ai jamais vues.

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Après la tempête du divorce de la décennie, l’Église de Scientologie devra faire face à une autre charge importante contre son image : The Master, long métrage très attendu inspiré librement de la vie de L. Ron Hubbard, le fondateur de la religion controversée.

Le film de Paul Thomas Anderson, qui prendra l’affiche le 12 octobre, raconte l’histoire de Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman, qu’on voit dans son personnage sur la photo), un gourou charismatique qui établit un culte dans les années 1950 en Californie, et qui prend sous son aile un vagabond (Joaquin Phoenix). Plus de détails ici et ici.

Selon un article publié dimanche dans le New York Daily News, des membres influents de l’Église sont «sortis de leurs gonds» (hit the roof) en apprenant que le film insinue que «leur système de croyance n’est rien de plus que le produit de l’imagination fertile de leur leader». (Hubbard fut auteur de romans de science-fiction avant de fonder la Scientologie).

En mai dernier, Tom Cruise, le plus médiatisé des scientologues, a assisté à une projection spéciale de The Master, événement organisé par PTA. Le cinéaste de 41 ans, un ami de l’acteur-vedette (qu’il a d’ailleurs dirigé dans Magnolia), espérait ainsi prévenir un conflit avec l’Église. La stratégie ne semble pas avoir porté fruit. Cruise a admis avoir «des problèmes» avec le film.

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Malgré les nombreux potins et rumeurs qui circulent à propos de The Master, peu d’infos concrètes existent par rapport au récit. Et c’est tant mieux. Il y a eu deux «bandes-annonces» qui ont été diffusées sur le web depuis le mois de mai, mais leur nature opaque n’a fait qu’accentuer le mystère, a remonté la température de l’anticipation, si une telle chose était possible.

J’ai mis en ligne et commenté la première b.-a. le 22 mai, dans laquelle on est introduit au personnage de Joaquin Phoenix. Dans son analyse, le vénérable critique britannique David Thomson, à court de mots, dit qu’on pourrait carrément «écrire un livre au sujet de ces 90 secondes».

La seconde bande-annonce, diffusée pendant mon absence, présente Lancaster Dodd, qui se décrit comme un «écrivain, docteur, physicien nucléaire et philosophe théorique» (Hubbard s’est déjà décrit de manière similaire). Hoffman, le plus fidèle allié de PTA, adopte ici l’air soigné et suave de tout bon gourou et manipulateur. Il est aussi posé et confiant que Phoenix est inarticulé et méfiant. On risque d’avoir un duel d’acteurs de très haut calibre, et non pas un one man show comme ce fut le cas dans le surestimé There Will Be Blood, du même réalisateur.

Il est difficile de ne pas s’emballer, de s’empêcher d’utiliser des termes hyperboliques, tant ce que l’on voit est parfait. Ces 180 secondes ne font évidemment pas le produit final. En même temps, pour reprendre l’argument de Thomson, les deux bandes-annonces, à mille lieues d’outils promotionnels hollywoodiens conventionnels, doivent être considérées et appréciées comme des mini-films en soi. Et, dans cette optique, on peut parler sans crainte de mini-chefs-d’oeuvres.

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Mercredi 27 octobre 2010 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (23)

La suite de Top Gun se précise

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Avec une performance phénoménale au box-office et un impact culturel encore plus significatif, on s’étonne que Top Gun (1986) a pris autant de temps avant d’être pris en charge par les recycleurs d’Hollywood. Il a fallu attendre jusqu’à il y a deux semaines, comme le rapporte Vulture, pour que Paramount fasse une offre aux producteur et réalisateur du film original, Jerry Bruckheimer et Tony Scott.

Alors pourquoi une suite un quart de siècle plus tard? Peut-être que l’armée américaine d’aujourd’hui, comme durant l’après-Vietnam, éprouve une crise de recrutement? Ou bien est-ce Ray-Ban qui n’arrive plus à vendre ses lunettes fumées?

En fait, l’instigateur du projet serait un jeune homme du nom de David Ellison, fils de l’homme d’affaires et sixième individu le plus riche au monde Larry Ellison. Ayant passé son enfance à regarder Top Gun sur VHS et à fantasmer sur Maverick, David est devenu pilote acrobatique, puis acteur et maintenant producteur, notamment de Mission : Impossible IV… avec Tom Cruise.

Si la participation de Cruise n’est pas encore confirmée, celle de son personnage mythique l’est. Le scénariste du film, Christopher McQuarrie (The Usual Suspects, Valkyrie, Wolverine 2), a écrit hier à Vulture : «Il n’y a pas de Top Gun 2 dans lequel Maverick n’a pas le premier rôle».

Cette information entre cependant en contradiction avec la volonté de Scott et de Bruckheimer d’adopter une approche complètement nouvelle. Le réalisateur qui, comme son frère Ridley avec ses Alien, semble pris d’un élan de nostalgie pour un succès de jeunesse, a récemment déclaré au Wall Street Journal :

Le monde de Top Gun d’aujourd’hui est très différent. Il s’agit en réalité de geeks informatiques assis [dans des remorques] au Nevada qui jouent à des jeux de guerre. C’est la fin d’une époque pour les pilotes de chasse, mais ces derniers deviennent des pilotes d’essai, et les avions de combat sont des drones, mais pendant qu’ils les améliorent, il les volent.

> Pour en savoir plus sur la nouvelle génération des pilotes de l’armée, lisez cet article du Atlantic.

Ce changement de perspective représente tout un défi pour un film d’action. Voir des avions téléguidés bombarder des civils terroristes afghans ou pakistanais est bien moins satisfaisant que voir des F-14 poursuivre et détruire des communistes athées sur fond de rock quétaine. D’ailleurs, comment reproduire l’intense camaraderie qui a lieu dans un cockpit (et après, dans les douches) quand l’essentiel du récit se passe dans des remorques en tôle au milieu de nulle part?

En attendant de nouveaux développements, je vous (re)suggère la critique définitive de Top Gun, gracieuseté de Ruthless Reviews.

Enfin, un des grands moments de la culture pop des années 1980, ainsi qu’un morceau de choix pour les fétichistes militaires :

À lire aussi :

> Tom Cruise : il était une fois une superstar

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