Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Steven Spielberg’

Jeudi 10 décembre 2015 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (9)

Spielberg et Roald Dahl en 3D

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Trente-deux ans après E.T., Spielberg renoue avec la scénariste Melissa Mathison et le titre-acronyme pour The BFG, adaptation d’un roman pour enfants signé Roald Dahl. Ce n’est pas la première fois que le fameux cinéaste se frotte à l’acclamé auteur britannique : il a produit The Gremlins (1984), qui s’inspire librement du tout premier livre de Dahl, publié en 1943.

The BFG a été co-produit par Disney, et il s’agit étonnamment du premier film que Spielberg a réalisé pour le mythique studio. Le projet d’une adaptation en prises de vues réelles, et à gros budget, est en développement depuis un quart de siècle. Un premier scénario avait été écrit avec Robin Williams en tête pour le rôle-titre (BFG signifie Big Friendly Giant).

C’est finalement un acteur au registre complètement différent qui a prêté ses traits (et ses mouvements) aux caméras sophistiquées du studio Weta Digital. Il s’agit de Mark Rylance, un nom qui ne vous dit probablement pas grand chose. C’est qu’il a surtout exprimé ses talents sur les planches. Invariablement décrit comme «le meilleur acteur de sa génération», il a notamment remporté trois Tony et deux Olivier.

Rylance a joué dans quelques longs métrages britanniques plus ou moins indépendants, dont Intimacy (2003) de Patrice Chéreau et The Other Boleyn Girl (2008) aux côtés de Natalie Portman et Scarlett Johansson. Mais c’est Spielberg qui l’a introduit à un public plus large (et nord-américain) avec son dernier film, Bridge of Spies, dans lequel il joue un agent double avec un flegme et une mélancolie des plus gracieux. On apprenait d’ailleurs ce matin qu’il est en lice pour le Golden Globe du Meilleur acteur de soutien.

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> À propos de Bridge of Spies, Spielberg a participé à deux questions-réponses filmés sur le sujet en octobre dernier; le premier avec Martin Scorsese et l’autre avec Paul Thomas Anderson. Du pur bonbon pour cinéphiles. À savourer sur le site du DGA.

Pour revenir à The BFG, il s’agit de l’histoire d’une fillette de 10 ans qui habite dans un orphelinat à Londres. Une nuit, elle est kidnappée par le fameux BFG, un géant inoffensif et simplet qui l’amène dans le pays des géants qui est peuplé de méchants géants mangeurs d’hommes. Mais le Bon Gros Géant est gentil : sa mission est de collectionner des rêves et de les envoyer aux enfants qui dorment… Éventuellement, les deux improbables amis iront chercher de l’aide auprès de la reine d’Angleterre afin de se débarrasser une fois pour toutes des méchants géants.

Ce n’est pas la première fois qu’un récit de Dahl est porté au grand écran. Sa plus fameuse adaptation est probablement Willy Wonka & the Chocolate Factory (1971), mettant en vedette Gene Wilder. Spielberg a d’ailleurs essayé de sortir le comédien de 82 ans de sa retraite pour The BFG, mais sans succès. Il y a aussi eu Matilda (1996) de Danny DeVito et bien entendu le coloré Fantastic Mr. Fox (2009) de Wes Anderson.

En fait, ce n’est pas la première fois que The BFG fait l’objet d’une adaptation. Il y a eu un téléfilm réalisé par Brian Cosgrove (Danger Mouse), et diffusé au Royaume-Uni le soir de Noël 1989. Dahl a même été invité à une projection spéciale, une année avant sa mort, et se serait levé à la fin en applaudissant.

***

The BFG est le premier film tourné en prises de vues réelles par Spielberg à être produit en 3D. Il prendra l’affiche le 1er juillet 2016, à l’occassion du 100e anniversaire de naissance de Roald Dahl. À noter que l’actrice qui incarne l’orpheline, Sophie, a été dénichée dans la ville de Cheshire, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Il s’agit de son premier rôle au cinéma; elle a au préalable joué dans la série télévisée pour enfants de la BBC 4 O’Clock Club.

À lire aussi :

> Les plans-séquence «invisibles» de Spielberg
> Le «Visage de Spielberg»
> E.T., meilleur film juif?
> Fantastic Mr. Fox : le réalisateur manque à l’appel

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Mardi 15 septembre 2015 | Mise en ligne à 7h00 | Commenter Commentaires (50)

Jeux vidéo au cinéma : vers une nouvelle ère?

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Après avoir prédit il y a deux ans une «implosion où trois ou quatre ou peut-être même une demi-douzaine de films à méga budget vont s’écraser», entraînant ainsi un «changement de paradigme», Steven Spielberg a lancé un nouvel avertissement la semaine dernière : «Nous étions là quand le western est mort, et il y aura un moment où le film de super-héros prendra le chemin du western. [...] Bien sûr, en ce moment, les films de super-héros sont florissants. Je dis seulement que ces cycles ont un temps limité dans la culture populaire».

En présumant que cette extinction aura bel et bien lieu dans un avenir plus ou moins rapproché, quel genre saura prendre le relais de la suprématie au box-office? Certains observateurs croient que les adaptations de jeux vidéo pourraient venir combler ce vide hypothétique. Une supposition qui peut sembler farfelue lorsqu’on pense à toutes les tentatives malheureuses de transposer avec succès le soi-disant 10e art* au sein du 7e.

En effet, pour reprendre ce résumé du Guardian, l’histoire de ces adaptations est «jonchée de cadavres en décomposition de productions présentant des récits foireux, des distributions médiocres et une absence regrettable de vision artistique».

Il y a d’abord eu les films durant la période pré-abus de CGI, comme Super Mario Bros., Street Fighter et Mortal Kombat. L’équation était simple dans l’esprit des studios : les millions de gamers qui raffolent de ces jeux extrêmement populaires vont forcément se convertir en millions au box-office. Ce fut bien le cas pour les deux derniers exemples, jusqu’à un certain point : leur ton trop badin n’a pas vraiment été apprécié par tous les fans de jeux de combat, et ils n’ont pas été en mesure d’établir des bases assez solides afin de lancer des franchises viables.

Et pour ce qui est de Super Mario Bros., on parle là d’un flop épique à tous les égards; une débâcle qui continue toujours de hanter le genre. La production désastreuse du film est d’ailleurs racontée dans ce fascinant papier de Grantland (les «histoires orales» de Street Fighter et de Mortal Kombat à lire ici et ici).

Les successeurs de ces trois premiers essais n’ont pas été bien plus reluisants. Quelques titres afin de rafraîchir votre mémoire : Lara Croft: Tomb Raider, Alone in the Dark, Doom, Silent Hill, DOA: Dead or Alive, Max Payne, Need for Speed, ou le plus récent, Hitman: Agent 47. Enfin, Resident Evil est le seul titre qui a su générer une franchise digne de ce nom, avec cinq longs métrages qui ont rapporté environ 1 milliard $ au box-office. À noter que, mis à part Mortal Kombat, aucune adaptation de jeu vidéo n’a su dépasser la note de 50% chez Metacritic.

L’apport d’Ubisoft

L’adaptation de jeu vidéo la plus lucrative jusqu’à maintenant est Prince of Persia: The Sands of Time (2010), avec 335 millions $ de recettes globales, et des critiques relativement décentes. Ubisoft Montréal avait sorti à l’époque le jeu Prince of Persia: The Forgotten Sands, dans le cadre d’une entreprise promotionnelle pour le film de Mike Newell qui incluait également des figurines d’action, un jeu de Lego et un roman graphique. L’équipe qui a travaillé sur Prince of Persia dans les studios du boulevard Saint-Laurent a ensuite conçu Assassin’s Creed, qui est devenu un des jeux vidéo les plus populaires et respectés de notre temps.

Michael Fassbender dans le premier aperçu d'«Assassin's Creed», publié fin août.

Michael Fassbender dans le premier aperçu d'«Assassin's Creed», publié fin août.

Son adaptation au cinéma est prometteuse. Tout d’abord, elle sera directement supervisée par son géniteur, Ubisoft, qui a démarré une compagnie de cinéma en 2011 afin d’avoir plus de contrôle créatif sur ses dérivés au grand et petit écran (elle prévoit aussi développer Splinter Cell, Watch Dogs, Ghost Recon, Rabbids et Far Cry).

Assassin’s Creed compte également sur des talents de premier plan. Michael Fassbender jouera le personnage principal, Callum Lynch, «un individu revivant la mémoire génétique de son ancêtre Aguilar, membre de la Confrérie des Assassins, une société secrète qui vécut en Espagne à l’époque de l’Inquisition». Signe qu’il prend le projet au sérieux : Fassbender agira à titre de producteur, une première expérience du genre pour lui.

L’acteur britannique retrouve à la réalisation l’Australien Justin Kurzel, qui l’a dirigé dans Macbeth, adaptation de Shakespeare qui fut présentée cette année en compétition officielle à Cannes. Les deux hommes renouent par ailleurs avec Marion Cotillard.

Le tournage s’est entamé la semaine dernière à Malte. Sortie : 21 décembre 2016.

Un autre projet d’adaptation de jeu vidéo tout aussi attrayant est Warcraft de Duncan Jones, à l’affiche le 10 juin 2016. Le fils de David Bowie a impressionné avec ses deux premiers longs métrages, le méditatif Moon et l’intense Source Code, tous deux des exercices SF hautement originaux. Et ce n’est qu’une question de temps avant que d’autres réalisateurs de renom ne réclament leurs propres manettes.

Dans une analyse publiée l’année dernière, The Playlist a dressé un parallèle entre les univers BD et jeux vidéo au cinéma, en notant que ce dernier en est encore à sa phase ingrate The Shadow ou Batman & Robin, mais que la lumière finira forcément par se manifester au bout du tunnel :

À la fin des années 1990, quelque chose a bougé chez les films de super-héros. Alors qu’ils étaient autrefois faits par des tacherons bon marché, des cinéastes majeurs ont commencé à attaquer la BD. Et ils l’ont prise au sérieux: soit parce qu’ils étaient des fans de longue date, comme Sam Raimi avec Spider-Man, ou parce qu’ils ne savaient à peu près rien sur les BD, mais qu’il ont réussi à hameçonner l’essence de chaque livre, comme Bryan Singer et X-Men ou Christopher Nolan et la série des Batman. Ces réalisateurs ne considéraient pas ces projets comme des films de bandes-dessinée. Ils les voyaient tout simplement comme des films, et à la fin des années 2000, cette approche a fait du super-héros la force dominante de la culture pop mondiale.

Et quelque chose de semblable pourrait être sur le point de se produire avec les films basés sur les jeux vidéo. La dernière génération des réalisateurs geeks de premier plan, aujourd’hui dans leur quarantaine ou cinquantaine – J.J. Abrams, Joss Whedon, Guillermo Del Toro – a grandi avec les BD et Star Wars, mais la prochaine génération s’en vient : celle des réalisateurs dans la fin vingtaine, début trentaine, pour qui Link, Sonic et Cloud étaient aussi importants dans leur éducation culturelle que Spider-Man et Luke Skywalker l’ont été pour la précédente.

Pour revenir à Spielberg, précisons qu’il s’est invité au party de gamers dès mars dernier, en révélant qu’il réalisera un film basé d’après le best-seller Ready Player One – en salle le 15 décembre 2017. Il ne s’agit pas d’une adaptation d’un jeu vidéo à proprement parler, quoique le roman d’Ernest Cline baigne pleinement dans cet univers.

Dans un futur proche, le monde est en proie à de nombreux soucis: crise énergétique, désastre causé par le changement climatique, famine, pauvreté, guerre, etc. Dans ce monde chaotique, l’Oasis est un système de réalité virtuelle mondial dont toute l’humanité se sert, c’est un véritable monde parallèle.

Avant sa mort, James Halliday, créateur de l’Oasis et l’un des hommes les plus riches au monde, décide de léguer toute sa fortune à celui qui réussira à trouver les trois clefs cachées dans le monde virtuel. Le livre suit l’histoire de Wade, un jeune homme de 17 ans, dans ses aventures pour trouver ce trésor.

Spielberg n’a pas encore trouvé son Wade, mais il a déniché sa copine, Sam, décrite comme une «blogueuse canadienne». Elle sera interprétée par Olivia Cooke, l’attachante complice d’un «psycho» dans l’excellente télé-série Bates Motel. Le fameux cinéaste devra auparavant compléter The BFG (1er juillet 2016), adaptation du livre pour enfants de Roald Dahl.

À noter que Ready Player One est co-scénarisé par Zak Penn, spécialiste de blockbusters qui nous surprend une fois de temps en temps avec des projets un peu plus décalés, comme son documenteur Incident at Loch Ness, mettant en vedette nul autre que Werner Herzog dans la peau d’un über-Werner Herzog… Plus récemment, il a réalisé Atari: Game Over, sur la légende du «pire jeu vidéo de tous les temps», E.T. the Extra-Terrestrial. On y voit l’auteur de Ready Player One embarquer dans une DeLorean, avec un E.T. en caoutchouc à ses côtés, en route vers la fouille archéologique la plus significative de l’histoire des geeks.

Disponible sur Netflix, Atari: Game Over est un film assez amusant, quoique si le sujet vous intéresse, je vous conseille chaleureusement de regarder sur la même plateforme Indie Game: The Movie, portrait captivant de poètes (torturés) de l’ère numérique.

* L’emploi de «soi-disant» n’est pas pour dénigrer l’art du jeu vidéo, mais sert à indiquer qu’il existe toujours un flou quant à l’attribution de «10e art».

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Jeudi 22 mai 2014 | Mise en ligne à 19h00 | Commenter Commentaires (26)

Les plans-séquence «invisibles» de Spielberg

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Dites «plan-séquence» dans une salle de classe de cinéma de premier cycle et vous allez être interrompu par un flot de commentaires emphatiques, avec un soupçon de ferveur quasi-sexuelle dans l’air… C’est que pour de nombreux cinéphiles, le plan-séquence constitue la manifestation ultime du talent d’un cinéaste donné, une marque de commerce chèrement acquise, sa manière de démontrer son autorité par rapport à ses pairs, bref, une sorte de cri de guerre visuel qui rallie les spectateurs à son art.

Et oui, un beau plan-séquence peut en effet nous procurer des frissons en salle. Pensons aux classiques : le Copacabana dans GoodFellas, la grue en mouvement au début de Touch of Evil, la caméra magique qui se faufile à travers les barres de la fenêtre dans Profession : reporter, la maison en feu à la fin du Sacrifice, L’Arche russe au complet… et tant d’autres!

Quand on pense aux maîtres du plan-séquence, plusieurs noms viennent immédiatement à l’esprit : les susmentionnés Scorsese, Welles, Antonioni, Tarkovski, Sokourov, et aussi De Palma, Tarantino, Kiarostami, Ophüls, Angelopoulos, PTA… Étonnamment, le réalisateur le plus populaire de la planète est rarement associé à cette technique, et ce, même s’il l’utilise régulièrement dans son oeuvre, et qu’il en fait un usage particulièrement judicieux: Steven Spielberg.

Dans un essai-vidéo mis en ligne la semaine dernière sur Vimeo par Tony Zhou, on découvre que Spielberg est en fait un adepte de ce que l’on pourrait nommer les «plans-séquence invisibles». En d’autres-mots, il ne se la joue pas. S’il doit tourner une scène en une seule prise, c’est d’abord pour diverses considérations comme l’économie narrative ou le rythme du récit, mais pas pour faire étalage de sa virtuosité formelle, pas de manière évidente en tout cas.

En prenant pour exemple des plans-séquences tirés de Saving Private Ryan, Schindler’s List, Jaws, Raiders of the Lost Ark, Minority Report et Jurassic Park, Zhou démontre sa thèse avec aisance et humour. Il ne semble pas être un inconditionnel de Spielberg (il admet que sa tendance au sentimentalisme l’indispose) mais s’assure de rendre à César ce qui appartient à César : à travers sa mise en scène élégante, pragmatique et sans fard, Spielberg se pose comme le dernier digne représentant de la tradition du cinéma hollywoodien classique.

- Pour consulter les plans-séquence dans leur intégralité, voir ici et ici.

À lire aussi :

> Retour sur le montage «invisible» de Rope
> Le «Visage de Spielberg»
> Une brève histoire de l’«effet Vertigo», ou du «plan Jaws»
> Jurassic Park, 20 ans après
> Spielberg ressuscite le Napoléon de Kubrick

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