Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Steven Soderbergh’

Jeudi 19 avril 2012 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (6)

Magic Mike : Soderbergh en mode «crowd pleaser»

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Près d’un quart de siècle après son premier long métrage, le palmé Sex, Lies, and Videotape, (et trois après son quasi-expérimental The Girlfriend Experience), Steven Soderbergh revient au thème de l’érotisme, mais manifestement avec une approche et une ambition radicalement différentes. Le cinéaste-caméléon en pré-retraite nous livre ici un de ses films les plus mainstream en carrière, visant d’abord et avant tout à amuser la populace, ni plus ni moins.

Magic Mike, qui prendra l’affiche le 29 juin, est basé sur l’histoire vraie de Channing Tatum, qui était un danseur exotique à Tampa à l’âge de 19 ans, avant de devenir acteur (un intéressant portrait sur nouvelle coqueluche d’Hollywood à lire sur le site du New York Times). Dans le film, il incarne un danseur expérimenté qui prend sous son aile un nouveau venu (Alex Pettyfer), tout en tentant de quitter cet univers underground afin de lancer une entreprise «légitime» (une métaphore, en quelque sorte, de la réelle relation entre Soderbergh et l’industrie).

La performance qui m’intrigue le plus cependant est celle de Matthew McConaughey, dans la peau du proprio du strip-club. L’acteur de 42 ans, qui fut il y a quelques années seulement une blague sur deux pattes, s’est complètement réinventé. Sa résurrection artistique s’est entamée début 2011 avec le solide thriller judiciaire The Lincoln Lawyer. Sa prestation dans la comédie noire Killer Joe de William Friedkin lui a valu les plus beaux compliments de sa carrière. Il est impliqué de près ou de loin dans le nouveau Terrence Malick, et on apprenait ce matin qu’il sera à l’affiche de deux films en compétition au Festival de Cannes : Mud de Jeff Nichols (Take Shelter) et The Paperboy de Lee Daniels (Precious).

Un lecteur de The Playlist, qui a vu le film à l’avance (et qui le décrit comme un alliage de Flashdance, 8 Mile et All About Eve (!)) a décrit ainsi la performance de McConaughey : «Il n’a jamais été aussi confortable, aussi lui-même que dans ce rôle d’un ancien danseur nu devenu MC… Un rôle qu’il semble avoir été né pour jouer, qu’il porte aussi bien qu’une paire de pantalons en cuir taillée sur mesure. C’est controversé, mais il devrait obtenir une nomination [aux Globes et/ou aux Oscars] ne serait-ce que pour ses trois dernières minutes à l’écran. C’est stupéfiant et je n’en dirais pas plus».

La bande-annonce à voir en HD sur Apple.

Prochain film au menu de Soderbergh : The Bitter Pill, thriller médical avec Rooney Mara, Jude Law, Channing Tatum, Vinessa Shaw et Catherine Zeta-Jones. Sortie : 8 février 2013. Suivra Behind the Candelabra, le biopic sur Liberace avec Michael Douglas, et ensuite, en principe, rideau. Mais permettez moi d’en douter…

À lire aussi :

> L’héritage de Steven Soderbergh
> Contagion : l’anti-thriller paranoïaque
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Mardi 17 janvier 2012 | Mise en ligne à 2h00 | Commenter Commentaires (14)

La citation du jour

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Peut-être depuis Che, mon intérêt et mon appétit envers les films «sérieux», les faire, s’est vraiment amenuisé. Je sens que je veux avoir plus de plaisir en tant que cinéaste et j’aimerais faire des trucs qui sont plus plaisants pour le public. Je n’ai pas besoin d’être pris plus au sérieux que je le suis. Je n’ai plus besoin de prouver ma bonne foi par rapport aux films-importants. Ainsi, depuis Che, je suis à la recherche de trucs plus amusants. Même Contagion est pour moi un «film de genre». Je veux dire, il s’agit là de ma propre version du film d’horreur catastrophe. C’est comme ça que je le ferais. Depuis Che, je n’ai pas fait ce que je considérerais être un film sérieux selon les standards de l’Académie. Je n’y vois plus l’intêret.

- Steven Soderbergh, qui réplique en entrevue à IndieWIRE aux critiques qui relèguent son nouveau thriller d’action Haywire, en salle vendredi prochain, au film de série B.

(Photo: une scène de Magic Mike, comédie sur l’univers des danseurs nus que le cinéaste en pré-retraite est en train de tourner et qui sortira cet été).

À lire aussi :

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Lundi 3 octobre 2011 | Mise en ligne à 20h30 | Commenter Commentaires (8)

Contagion: l’anti-thriller paranoïaque

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Dans Contagion, remarquable film catastrophe «pour adultes» de Steven Soderbergh, le principal Méchant n’est pas le virus MEV-1 qui fait quelque 25 millions de victimes à travers la planète. Non, c’est un blogueur aux dents croches incarné par un Jude Law embrassant avec zèle la caricature de la perfidie. Son Alan Krumwiede est un conspirationniste sans remords qui oeuvre à répandre une épidémie de peur via son site web. Le gouvernement travaille main dans la main avec les grosses compagnies pharmaceutiques et exploite la pandémie dans le but de se remplir les poches, clame-t-il, tout en faisant la promotion d’un médicament homéopathique bidon… qui le rendra richissime.

Le pendant héroïque de Krumwiede dans Contagion a plusieurs visages, mais porte un seul titre: employé de l’État. On retrouve au panthéon le Dr Ellis Cheever (Laurence Fishburne), un dirigeant du Centers for Disease Control and Prevention, ses subalternes les Dres Erin Mears (Kate Winslet) et Ally Hextall (Jennifer Ehle), ainsi qu’une épidémiologiste (Marion Cotillard) de l’Organisation mondiale de la santé. Si seulement ce satané blogueur pouvait cesser de leur planter des bâtons dans les roues…

Les temps ont bien changé. Si le film de Soderbergh rappelle les thrillers paranoïaques classiques comme The Parallax View (1974), The Conversation (1974) ou Three Days of the Condor (1975), il inverse néanmoins le modèle du sous-genre sens dessus dessous. Ce n’est plus la figure solitaire vertueuse qui tente de dévoiler les agissements de gouvernements et/ou corporations louches. Au contraire, ce sont désormais les Puissants de ce monde qui combattent au nom du Bien.

Robert Redford dans <i>Three Days of the Condor</i>.

Robert Redford dans Three Days of the Condor.

Selon Rick Perlstein, spécialiste de l’histoire américaine des années 1970 et auteur du célébré ouvrage Nixonland: The Rise of a President and the Fracturing of America, un film comme Contagion est un «testament culturel de l’ère Obama». Dans un post publié sur le blogue de gauche Crooks and Liars, il avance, en parlant du quasi-angélique Dr Cheever (et substitut de l’actuel président) :

[...] le film est construit pour nous faire sentir coupable de l’avoir soupçonné en premier lieu – même s’il s’agit du type que tout autre film paranoïaque, tous ceux ancrés dans le paradigme des années 1970, nous ont appris à soupçonner. On nous fait sentir mal de nous identifier avec les harcelantes figures des médias qui le persécutent. À travers toute la panoplie d’institutions puissantes présentées dans le film, les médias sont les seuls pour qui le spectateur ne devrait ressentir aucune sympathie.

All the President’s Men (1976) semble tout à coup un lointain souvenir… Dans le Hollywood d’aujourd’hui, semblerait-il, Bob Woodward et Carl Bernstein cèdent leur place à un rat comme Alan Krumwiede, leur frère d’armes dans la forme, mais leur antithèse dans le fond. «L’investigation, c’est maintenant dépassé, estime Perlstein. “Nous devons regarder en avant et pas en arrière”, comme Barack Obama l’a dit concernant les sombres crimes de l’administration Bush.»

Sorti le week-end de la commémoration du 10e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, Contagion se veut en partie une réflexion sur une société en état de crise existentielle. Soderbergh, loin d’être un cinéaste ouvertement politique comme John Sayles ou Oliver Stone, véhicule tout de même un certain message à travers son divertissement de haute qualité. L’état fédéral, avec ses intentions pures, est en effet louangé. L’initiative individuelle est présentée comme futile étant donné les circonstances – sauf par une scientifique courageuse, qui trouve un vaccin en le testant sur elle-même. Et le film fait même la promotion d’un pouvoir plus centralisé, lorsque le Dr Cheever se plaint de la difficulté à gérer les 50 différentes administrations sanitaires propres à chacun des 50 États du pays…

Ceci étant dit, Contagion n’est aucunement une oeuvre revendicatrice, et ne va pas jusqu’à inciter le public à se «soumettre à la confiance» du gouvernement, comme l’indique Perlstein. Soderbergh est un esthète, davantage intéressé à renouveler les mécanismes narratifs d’un genre donné. Ses choix ont bien plus à voir avec ses convictions d’artiste innovateur qu’une prétendue déférence envers l’establishment politique. Et s’il a cherché à renverser le paradigme du thriller paranoïaque, il l’a certainement fait avec un clin d’oeil d’une délicieuse ironie, en nous servant un Matt Damon démuni et passif, dans un rôle diamétralement opposé à celui de l’ultime héros du nouveau cinéma de la conspiration, Jason Bourne.

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