Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Steven Soderbergh’

Lundi 11 novembre 2013 | Mise en ligne à 17h35 | Commenter Commentaires (5)

Quand Soderbergh rumine sur son Bond préféré…

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Steven Soderbergh, le retraité le plus actif et le plus en vue à Hollywood, s’est amusé la semaine dernière sur son site à brièvement évaluer son James Bond préféré, On Her Majesty’s Secret Service (1969). Il en résulte une lecture fine et concise – à l’image de ses propres films – d’un chapitre plutôt inexploré issu de la saga du plus fameux espion du grand écran.

L’«ex-réalisateur» de 50 ans affirme dans son post intitulé Rambling Discourse (discours décousu), que le sixième Bond est le seul de la série qui «mérite d’être vu à répétition pour des raisons autres que le divertissement pur (certainement c’est le seul Bond que je regarde et que je me dis : Je vole ces trucs)». Il poursuit :

C’est comme si Peter Hunt (qui a monté les 5 premiers Bond) a pris toutes les idées de la Nouvelle Vague française et les a mélangées avec Eisenstein dans un Cuisinart afin de créer une grammaire qui surpasse l’esthétique du à quel point vous pouvez couper vite d’aujourd’hui. La différences est qu’ici chacun des plans – peu importe combien courts – sont de vrais plans, pas juste de la couverture additionnelle apprise à l’école enseignant l’action à tout rompre. Il y a donc une unification entre l’esthétique de l’équipe principale et de la seconde équipe qui n’existe dans aucun autre Bond.

Soderberg recense cependant trois points faibles dans On Her Majesty’s Secret Service. 1) George Lazenby dans la peau de l’agent 007, «mais pas pour les raisons que vous croyez».

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Ce qui me semble évident est que personne ne l’a aidé pendant le tournage ou le montage (on ne le laisse même pas finir une putain de phrase à l’écran). On sent que tout le monde était tellement concentré sur ce qu’il n’était pas (Sean Connery) qu’on n’a pas pris le temps de comprendre ce qu’il était (un gars à l’air cool avec une réelle présence et une grande physicalité). Par exemple, ils auraient dû savoir que beaucoup des one-liners qui auraient marché avec Sean Connery ne fonctionnent pas avec Lazenby. Ce n’est pas parce qu’il est mauvais, c’est parce que tout son affect est différent, moins désinvolte. Cela, pour moi, est un manque de sensibilité et de compréhension de la part des cinéastes et pas un défaut de l’acteur principal, parce que Lazenby a une chose que vous ne pouvez pas simuler; un certain type de gravité. […] Aussi, Lazenby a une vulnérabilité que Connery n’ jamais eue – il ya des scènes dans lesquelles il semble légitimement terrifié et d’autres où il nous convainc qu’il est amoureux de Tracy (notamment dans la scène finale).

2) L’aspect cheesy des effets visuels, en particulier les projections arrière lors de la scène
de la poursuite en ski :

3) Un montage pas assez serré :

Le troisième problème est que le film est trop fucking long, le James Bond le plus long jusqu’à Casino Royale, près de trois décennies plus tard. Une énorme rognure aurait dû être faite, de 1:06:00 à 1:14:45. Aucune nouvelle information narrative n’est transmise dans cette section, c’est juste Bond qui baise des poulettes et d’autres choses que nous apprenons plus tard dans d’autres scènes. […]

On sent à travers ce reproche très précis la Mary Ann Bernard qui ressort de Steven Soderbergh. Il s’agit cependant de suggestions que Peter Hunt, s’il avait pu revenir dans le temps, aurait certainement pris en compte avec le plus grand sérieux.

En effet, Soderbergh est l’un des consigliere les plus en demande à Hollywood. Récemment, il a complètement redéfini le montage de Her, le nouveau film de son ami Spike Jonze, qui relate à la fin d’un long reportage publié dans New York Magazine :

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Il est le monteur-cinéaste le plus intelligent, le plus rapide que je connaisse. Il a eu le film un jeudi et, en 24 heures, il l’a fait passer d’une longueur de deux heures et demie à 90 minutes. Essentiellement, nous lui avons dit: «Sois radical, choque nous», et c’était génial. Il a dit: «Je ne dis pas que cela devrait être le montage final du film, mais ce sont des choses à considérer».

C’était incroyablement généreux de sa part, et il nous a donné la confiance nécessaire pour couper quelques grandes choses que je n’étais pas prêt à couper [avant]. Même si nous n’avons pas utilisé ce montage exact – le film dure maintenant environ deux heures – nous avons pu établir des liens entre des scènes à partir de connections qu’il a faites. Et faire un bon nombre des coupures qu’il a suggérées, c’était vraiment une bonne sorte de douleur.

À lire aussi :

> Steven Soderbergh et la «guerre contre le cinéma»
> L’héritage de Steven Soderbergh
> La confusion morale de James Bond
> Her : l’amour à l’ère du 2.0 vu par Spike Jonze

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Lundi 29 avril 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (25)

Steven Soderbergh et la «guerre contre le cinéma»

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Alors que la retraite approche à grand pas, Steven Soderbergh accumule les entrevues sur la situation globale du cinéma, y allant d’intéressantes déclarations sur la relation entre l’art et le monde duquel il s’inspire, et pourfendant au passage le studio system, avec lequel il a eu son lot de désagréments.

Le prolifique cinéaste de 50 ans, reconnu pour une production hybride alternant films commerciaux et indépendants (avec toutes les nuances que ces termes impliquent), a l’avantage d’évaluer l’industrie depuis l’intérieur, et dresse un portrait moins apocalyptique que ne le font régulièrement certains intellectuels et académiciens (exemples notables ici, ici et ici).

Samedi dernier, Soderbergh était invité par le San Francisco International Film Festival pour présenter leur événement annuel The State of Cinema Address (le discours intégral peut être écouté ici). The Playlist était sur place, voici quelques extraits de leur compte rendu.

Sur sa conception du cinéma :

Y a-t-il une différence entre le cinéma et les films? Ouais. Si j’étais dans Team America, je dirais «Fuck Yeah!». La manière la plus simple que je pourrais le décrire c’est qu’un film est quelque chose que vous voyez et que le cinéma est quelque chose qui est fait. Ça n’a rien à voir avec le média avec lequel il est capté, avec où se trouve l’écran, qu’il soit dans votre chambre ou sur votre iPad, ça n’a même pas vraiment besoin d’être un film. Il pourrait s’agir d’une pub; quelque chose sur YouTube. Le cinéma est une spécificité de la vision. C’est une approche où tout est important. C’est à l’opposé du générique ou de l’arbitraire et le résultat est aussi unique qu’une signature ou une empreinte digitale. Il n’est pas fait par un comité ou par une entreprise et il n’est pas fait par le public. Cela signifie que si le cinéaste ne l’a pas fait, il n’existerait pas du tout.

Sur la «guerre contre le cinéma» :

Le problème est que le cinéma, comme je le définis et comme quelque chose qui m’a inspiré, est menacé par les studios et, d’après ce que je peux dire, avec tout le soutien du public. Les raisons pour cela, à mon avis, sont plus économiques que philosophiques, mais lorsque vous ajoutez une quantité suffisante de peur et un manque de vision et un manque de leadership, vous avez une trajectoire qui est assez difficile à inverser. L’idée du cinéma que je défends n’est pas sur le radar des studios, ce n’est pas une conversation que personne veut avoir, ce n’est pas un mot que vous avez envie d’utiliser lors d’une réunion.

Un désir de retourner au système pré-Heaven’s Gate:

L’écosystème de la haute direction est faussé parce que les producteurs ne sont pas punis lorsqu’ils font des flops de la même façon que le sont les cinéastes. Des choses comme la spécificité culturelle, la complexité narrative et, Dieu nous en garde, l’ambiguïté, deviennent de véritables obstacles au cinéma ici et à l’étranger… Je sais comment conduire une voiture, mais je n’oserais pas m’asseoir à une réunion avec un ingénieur et lui dire comment en construire une.

Lors de son discours, Soderbergh a soutenu que le modèle économique de plus en plus déséquilibré favorisé par les grands studios se fait au détriment des petits et moyens films, qui doivent récupérer au box-office des frais de marketing disproportionnés par rapport au budget même de la production. Ce fut le cas de son dernier long métrage, Behind The Candelabra, qui malgré un coût dérisoire de 5 millions $ et la présence de deux vedettes hollywoodiennes, était jugé trop risqué pour la distribution en salle (Marc-André Lussier en parle plus en détail ici.) Le film, qui se trouve en lice pour la Palme d’or, a finalement été adopté par HBO qui le diffusera le 26 mai.

Le plus frustrant, selon Soderbergh, est que les dirigeants des studios n’ont pas l’humilité d’admettre qu’il oeuvrent dans une industrie complètement imprévisible. Il cite en exemple son propre Magic Mike, qui a obtenu de mauvais résultats lors des projections-test, mais qui a fini par engranger 167 millions $ au box-office mondial, en plus d’obtenir des critiques élogieuses. Une suite est d’ailleurs dans les plans. Channing Tatum, qui a interprété le rôle-titre d’après ses propres expériences, pourrait en assurer la mise en scène, avec Soderbergh comme mentor.

Pour la suite de sa carrière, Soderbergh a suggéré qu’il s’adonnerait à la peinture ou à la photographie. Récemment, il s’est attelé à l’écriture d’un roman mystère intitulé Glue sur Twitter. On peut lire les sept premiers chapitres ici… Voici la plus récente bande-annonce de Behind The Candelabra :

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Mardi 13 novembre 2012 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (11)

Side Effects de Soderbergh : Lolita sur le Valium…

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Quand on pense à «réalisateur efficace», le nom de Steven Soderbergh se doit d’être parmi les premiers à surgir en tête. Le cinéaste en pré-retraite a traité dans sa dense carrière pas mal tous les sujets, genres et styles issus du répertoire. Et il nous a rarement déçus. On l’accuse parfois de trop intellectualiser le cinéma, d’aborder froidement ses films tel un doctorant motivé à déconstruire le plus de facettes possibles du septième art, empressé d’en finir avec sa thèse. C’est peut-être vrai, mais son oeuvre est menée avec tellement de passion et d’intelligence, que je n’y vois rien de péjoratif.

Side Effects est en principe l’avant-dernier long métrage de Soderbergh, lui qui a annoncé en janvier 2011 en avoir fini avec le cinéma. (Son chant du cygne, le biopic sur Liberace Behind the Candelabra avec Michael Douglas et Matt Damon, devrait être prêt pour le prochain Festival de Cannes). Il s’est entre-temps montré caractéristiquement prolifique, avec trois excellents efforts : le film catastrophe Contagion, le thriller d’action Haywire, et le drame de danseurs nus Magic Mike, assurément une de ses plus belles réussites, tant du point de vue commercial, public et critique.

Son dernier, qui explore le phénomène de l’industrie pharmaceutique, et des antidépresseurs en particulier, raconte l’histoire d’une «jeune femme (Rooney Mara) soupçonnée d’un meurtre qui a d’effrayantes implications pour les fabricants des psychotropes qui lui sont prescrits». La bande-annonce, mise en ligne il y a deux semaines, laisse présager un suspense teinté de film noir.

Le scénariste de Side Effects, Scott Z. Burns, qui a travaillé avec Soderbergh sur The Informant et Contagion, a décrit en entrevue à Entertainment Weekly le potentiel dramatique du sujet :

Les antidépresseurs figurent parmi les médicaments les plus vendus au pays. Quand on observe nos amis, les membres de notre famille qui luttent contre la dépression, qui prennent ces pilules – et le fait que la communauté médicale ne sait pas comment ces médicaments fonctionnent, cela devient une zone qui, je crois, est mûre pour des histoires assez intéressantes.

Le scénariste ajoute que le film se veut dans la tradition des mindfucks à la Hitchcock. Il cite également comme influences Repulsion de Roman Polanski, un huis clos psycho-sexuel avec une Catherine Deneuve aux agissements inquiétants, et Lolita de Vladimir Nabokov, roman à scandale sur un romancier qui vit une liaison avec une «nymphette» de 13 ans, et qui fameusement été adapté par Stanley Kubrick. Burns précise :

C’est en quelque sorte une âme soeur et une suite à ce que Nabokov aurait pu avoir fait avec Lolita. Évidemment Rooney n’est pas aussi jeune; elle n’est pas une adolescente dans ce film. Mais je crois que lorsque les filles se sexualisent à l’adolescence et grandissent, il y a tout un lot de comportements qu’elles acquièrent qui leur permettent de manipuler le monde qui les entoure. Et elles se font largement offrir ces outils par des hommes qui cherchent à être manipulés.

Avec aussi Channing Tatum, Jude Law et Catherine Zeta-Jones. En salles le 8 février.

À lire aussi :

> Contagion : l’anti-thriller paranoïaque
> L’héritage de Steven Soderbergh
> The Girlfriend Experience : document d’époque

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