Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Stanley Kubrick’

Jeudi 1 mars 2012 | Mise en ligne à 23h15 | Commenter Commentaires (17)

Stanley Kubrick, photographe

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Avant de devenir l’un des cinéastes les plus importants de sa génération, Stanley Kubrick était un photographe de très grand talent. Voici un extrait de WikiPedia :

En avril 1945, à l’âge de 16 ans, il réussit à vendre au magazine illustré Look une photographie d’un vendeur de journaux en larmes après la mort de Franklin D. Roosevelt, qu’il a prise alors qu’il se rendait au lycée. La rédactrice en chef l’engage comme photographe indépendant, «par pitié» dira-t-il plus tard. Stanley Kubrick y travaille durant quatre ans et y apprend les ficelles du métier, la composition d’une image, les éclairages, l’usage des extérieurs et l’art de saisir le mouvement. Plutôt perfectionniste, il lui arrive de prendre plusieurs centaines de clichés pour réaliser une seule photo. Grand amateur de boxe, son premier «photos-récit» intitulé Prizefighter raconte une journée de la vie du boxeur Walter Cartier. C’est ce photo-récit qui sera à l’origine de son premier film: Day of the Fight.

Une mise en vente de 25 photographies que Kubrick a prises dans les années 1940, sur un total d’environ 10 000, a eu lieu à New York en décembre dernier. Je vous invite à consulter cette fascinante collection sur le site de Twisted Sifter.

À lire aussi :

> Kubrick réinventé à l’heure du web
> De: Stanley Kubrick – À: Ingmar Bergman

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Lundi 30 janvier 2012 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (60)

Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la chambre 237?

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The Shining (1980) de Stanley Kubrick est l’un des films d’horreur les plus appréciés de tous les temps. Il s’agit également d’un des films du genre les plus mystérieux, ainsi que du plus complexe puzzle issu de l’oeuvre du légendaire cinéaste (à égalité, je dirais, avec 2001 et Eyes Wide Shut). Que signifie donc cette histoire d’un écrivain anciennement alcoolique, qui s’isole de son plein gré avec femme et fils dans un hôtel, et dont le syndrome de la page blanche le pousse à tenter de massacrer sa famille?

Un documentaire qui a beaucoup fait jaser au Festival de Sundance, Room 237, tente de percer les «messages cachés» qui seraient dissimulés dans ce classique. Le réalisateur Rodney Ascher, qui signe là son premier long-métrage, avait initialement conçu le projet comme une série de courts, qui seraient éventuellement mis en ligne sur YouTube. Mais la quantité d’information et d’intervenants qu’il a fini par rassembler l’ont forcé à changer d’idée.

Un article du New York Times nous donne un aperçu de ce qui se trouve dans Room 237. Voici quelques extraits :

> Stephen King [qui a écrit le roman original] n’a jamais caché son aversion pour le film, et la manière dont le réalisateur a écarté des scènes, des thèmes et des détails. Dans le livre, la Volkswagen de Jack est rouge; dans le film elle est jaune. Pas une grosse affaire, jusqu’à ce qu’on découvre que la VW rouge de King apparaît finalement dans le film, écrasée en dessous d’un camion remorque renversé.

> Le labyrinthe de haies, conviennent de nombreux experts de Kubrick, est une référence au mythe du Minotaure; d’autres ont établi des connections convaincantes entre le garde-manger bien fourni du Overlook et la maison en confiserie de Hansel et Gretel.

> Selon un professeur d’histoire [...], le film est rempli de références, certaines subtiles, d’autres moins, à la Solution Finale. Il y a les nombreuses références à 1942, l’année où les Nazis ont commencé leur extermination des Juifs à Auschwitz; un 42 apparaît sur un chandail que porte Danny; [Le film] Summer of ‘42 passe à la télé des Torrance; Wendy donne 42 élans de batte vers Jack. Et il y a le jaillissement de sang. «C’est une des meilleurs métonymies visuelles des horreurs du 20e siècle qui a été filmées».

> Un ancien correspondant d’ABC News [...] a écrit aun article dans le Washington Post notant l’utilisation d’éléments indiens décoratifs (dans une scène, Jack Nicholson lance une balle de tennis à répétition sur un rideau de mur indien), les canettes de Calumet, et la location du Overloook sur un lieu de sépulture indien. «C’est à propos de fantômes et de mémoires, et de notre façon de traiter avec le passé».

> Le sous-texte en entier de The Shining est l’histoire de Kubrick qui [a aidé la NASA a falsifier les missions d'alunissage] des Apollo et sa tentative de le dissimuler à sa femme, et d’elle qui s’en est rendue compte par après.

Vos théories sont évidemment bienvenues. En particulier si vous en avez à propos de ce sympathique toutou

Merci à Patrick C. pour le tuyau.

À lire aussi :

> Kubrick réinventé à l’heure du web
> De: Stanley Kubrick – À: Ingmar Bergman

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Vendredi 8 juillet 2011 | Mise en ligne à 19h00 | Commenter Commentaires (102)

De: Stanley Kubrick – À: Ingmar Bergman

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Le toujours fascinant site Letters of Note a récemment dégoté un autre bijou : une lettre que Stanley Kubrick a envoyée à Ingmar Bergman, qu’il considérait comme le «plus grand cinéaste en activité». Je traduis :

Cher M. Bergman,

Vous avez certainement obtenu suffisamment de consécration et de succès à travers le monde pour rendre ce mot tout à fait inutile. Mais pour ce que ça vaut, j’aimerais ajouter mes louanges et ma gratitude à un collègue réalisateur pour la brillante et surnaturelle contribution que vous avez apportée au monde entier grâce à vos films (je n’ai jamais été en Suède et n’ai donc jamais eu le plaisir de voir votre oeuvre théâtrale). Votre vision de la vie m’a profondément touchée, beaucoup plus que je ne l’ai jamais été par d’autres films. Je crois que vous êtes le plus grand cinéaste en activité. De plus, permettez-moi de dire que vous êtes insurpassable dans la création d’ambiance et d’atmosphère, la subtilité de l’interprétation, l’omission de l’évident, la véracité et l’exhaustivité de la caractérisation. À cela, il faut également ajouter tout le reste qui entre en compte dans la réalisation d’un film. Je crois que vous êtes bénis par des acteurs magnifiques. Max von Sydow et Ingrid Thulin tiennent une place vive dans ma mémoire, et il y en a tant d’autres dans votre troupe d’acteurs dont les noms m’échappent. Je vous souhaite à tous la meilleure des chances, et j’Attends avec impatience chacun de vos films.

Cordialement,

Stanley Kubrick

La lettre a été écrite en février 1960; Kubrick avait 31 et commençait à se faire un nom dans le milieu. Notamment grâce à l’excellent thriller noir The Killing (1956) et au formidable film de guerre Paths of Glory (1957). L’année qu’il a tapée la lettre à son idole, il travaillait sur Spartacus (1960), un péplum colossal sur lequel il n’avait qu’un contrôle artistique partiel. Une situation navrante qui ne se reproduira plus jamais.

Bergman, quant à lui, avait déjà derrière lui deux des films les plus emblématiques de sa carrière: Les fraises sauvages et Le septième sceau, tous deux sortis en 1957. Mais le film du maître suédois qui a dû laisser la plus forte impression sur son jeune admirateur allait prendre l’affiche une dizaine de mois après la lettre en question. Il s’agit de La source (1960), une puissante et austère méditation sur la vengeance, qui contient d’ailleurs une scène de viol qui reste, à ce jour, un des moments les plus terrifiants de l’histoire du cinéma. (Wes Craven en a fait un remake avec The Last House on the Left (1972), son premier film, et certainement son plus déconcertant). On ne peut qu’imaginer l’effet que La source a dû avoir sur Kubrick, pour qui le rapport des humains à la violence constitue le thème prédominent de son oeuvre.

Je trouve plutôt fascinantes ces interactions entre grands cinéastes qui, à première vue, ne partagent pas nécessairement des affinités artistiques. Cela me rappelle une de mes anecdotes préférées : Quand David Lynch travaillait sur Dune (1984) – son propre Spartacus, en un sens- , la production chaotique et les pressions de la part des producteurs devenaient si insupportables qu’il commençait à se sentir suicidaire. Un jour, sur le plateau de tournage, il reçoit la visite d’un représentant de Kubrick qui lui dit que Eraserhead (1977) est le film préféré de son client, qu’il l’a vu une dizaine de fois, et qu’il l’a projeté à toute son équipe avant de tourner The Shining (1980) afin d’illustrer l’atmosphère qu’il désirait transmettre. Un message qui a pris la forme d’un ange bienfaiteur et qui, dans les mots de Lynch, lui a carrément «sauvé la vie».

Pour terminer, je vous propose deux articles plutôt surprenants sur Bergman; le premier sur le fait qu’il aurait été «échangé à la naissance», et le second sur un journaliste britannique qui découvre la passion du légendaire cinéaste pour les films d’action hollywoodiens. Quelqu’un a dit élitiste?

À lire aussi :

> Scorsese sur Bergman
> Kubrick réinventé à l’heure du web

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