Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Science-Fiction’

Jeudi 3 avril 2014 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (52)

The Matrix à 15 ans : le triomphe du plausible

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Il y a 15 ans cette semaine sortait en salle The Matrix des (à l’époque) frères Wachowski. C’était une drôle de bibitte : des réalisateurs inconnus au nom exotique, un acteur dont on aimait moquer son inexpressivité, beaucoup de cuir, et des héros d’action qui étrangement ne manquaient pas une occasion pour y aller d’une bonne jasette philosophique. Et pourtant, ce film est devenu l’un des plus gros succès de l’histoire du cinéma de SF, et certainement l’un des plus influents du genre au cours la dernière décennie et demie.

Malgré les quelques incongruités listées ci-haut, on s’entend que The Matrix possède quantité d’atouts qui ont réussi à combler le moins aventurier des spectateurs : un protagoniste «ordinaire» auquel on s’identifie facilement et à travers lequel on découvre un monde extraordinaire, une quête aux enjeux suprêmes bien établie, des antagonistes qu’on aime détester, des décors dystopiques impressionnants, des combats et fusillades ultra élaborés, une histoire d’amour salvatrice, etc.

Ces caractéristiques, rendues à divers degrés de compétence, se retrouvent dans une myriade de films commerciaux post et pré Matrix. Mais alors, qu’est-ce qui fait en sorte que le public, et la culture populaire, aient tellement embarqué dans ce phénomène en particulier? Une réponse qui m’a bien plu se trouve dans cet excellent papier rétrospectif mis en ligne par Vulture, dans lequel l’auteur Bilge Ebiri soutient que The Matrix a réussi à trouver dans le concept du virtuel le mariage parfait entre deux composantes cinématographiques en duel perpétuel : la réalité et la fantaisie.

Nous aimons que nos films soient des fantasmes d’évasion, mais nous aimons aussi prétendre qu’ils ont un semblant de réalisme – qu’ils sont plausibles à un certain niveau. Nous n’aimons pas en général quand les gens ordinaires volent en l’air avec des armes à feu ou font des sauts impossibles. Mais dans The Matrix, toutes ces actions se déroulent dans un monde virtuel – un monde qui, s’il adhère la plupart du temps aux contours et aux règles de la réalité, peut être piraté. Et donc, lorsque les personnages marchent sur ​​les murs et plongent latéralement d’un bâtiment à l’autre, c’est un signe non pas de leur force physique, mais de leur capacité à tromper les règles du réel. Le film établit un cadre dans lequel l’impossible peut se produire.

Une autre force de The Matrix, c’est d’avoir réussi à créer un objet complètement lisse et original à partir d’une multitude de références et d’allusions, qu’elles proviennent du cinéma, de l’anime, de la télévision, de la littérature ou d’ouvrages philosophiques. L’équipe de Everything is a Remix, dont le credo veut que l’originalité est une notion au mieux relative, y est allé de cette démonstration plutôt éloquente :

0:27 – Fist of Legend (1994) 0:38 – Tai-Chi Master (Twin Dragons) (1993) 0:44 – Fist of Legend (1994) 0:48 – Tai-Chi Master (Twin Dragons) (1993) 0:53 – Drunken Master (1978) 1:02 – Fist of Legend (1994) 1:09 – The Killer (1989) 1:19 – Fist of Legend (1994) 1:21 – Iron Monkey (1993) 1:31 – Once Upon A Time In China (1991) 1:36 – Fist of Legend (1994) 1:41 – Tai-Chi Master (Twin Dragons) (1993) 1:45 – Le discours de Philip K. Dick (1977) 2:18 – Strange Days (1995) 2:24 – Akira (1988) 2:30 – Total Recall (1990) 3:24 – Alice In Wonderland (1951) 3:42 – The Killer (1989) 3:53 – A Better Tomorrow (1986) 4:05 – Ghost In The Shell (1995) 4:32 – Akira (1998) 4:39 – Koyannisqatsi (1982) 4:49 – Dr. Who: The Deadly Assassin (1976) 5:10 – Ghost In The Shell (1995)

À lire aussi :

> L’originalité, un terme bien flou
> Question d’originalité

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Jeudi 13 février 2014 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (6)

Scarlett Johansson, séductrice d’un autre monde

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Le cinéaste britannique Jonathan Glazer est de retour après dix ans d’absence. Son dernier long métrage, le criminellement négligé Birth (2004), mettait en scène Nicole Kidman et un garçon de 10 ans qui prétend être la réincarnation de son défunt mari. Cette parabole inconfortable sur «l’amour éternel», à l’approche extrêmement délicate et élégante, a mystifié bon nombre de fans de Glazer, qui espéraient sans doute une oeuvre plus branchée et tonique de la part de l’ancien roi de la pub et réalisateur du film de gangsters culte Sexy Beast (2000). Lors de sa première au Festival de Venise, Birth a été copieusement hué.

Revenu à la Mostra près d’une décennie plus tard, en août dernier, Glazer n’a pas exactement connu un retour dans les bonnes grâces du public. Mais aux bruyantes protestations suivant la projection de son troisième long métrage, Under the Skin, se sont opposés de vigoureux applaudissements. Parmi les plus grands apôtres du film il y a Xan Brooks du Guardian, qui parle «de loin du meilleur film de la compétition: une histoire qui se déploie comme une sorte de rêve fiévreux, baigné d’une sueur froide et qui provoque des hallucinations dans tous ses recoins».

Todd McCarthy, du Hollywood Reporter, s’est quant à lui montré plus sceptique, dénotant «des résultats davantage saisissants sur le plan pictural, qu’intellectuellement cohérents.» Il poursuit avec cette mise en garde : «Les spectateurs qui sont prêts à embrasser une expérience purement visuelle sans substance dramatique, émotionnelle ou psychologique seront ardemment enthousiastes, mais le film procure trop peu de chair même pour le public spécialisé relativement aventureux».

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Under the Skin est une adaptation très libre du roman éponyme acclamé de Michel Farber, publié en 2001. Tellement libre en fait, que Glazer n’a même pas retenu le prénom de la protagoniste – Isserley devient Laura. Le réalisateur affirme cependant avoir conservé la «poésie» de l’oeuvre originale, même si ce qui l’a le plus accroché dans le livre a été transposé «dans un autre corps».

La prémisse du film semble tout droit sortie de l’univers de la série B : «Sur les routes d’Écosse, une extraterrestre à apparence humaine enlève des auto-stoppeurs». Dans le rôle de la mystérieuse succube venue d’un autre monde, on trouve ironiquement l’une des actrices les plus reconnaissables de la planète Terre : Scarlett Johansson.

Pour ne pas attirer l’attention sur la star hollywoodienne, la modeste production européenne l’a accoutrée d’une perruque et d’un imposant manteau en fourrure. L’idée était de l’intégrer le plus naturellement possible dans un environnement exotique (les Highlands), dénué d’acteurs professionnels, et filmé plus souvent qu’autrement à la manière d’un documentaire, parfois à l’aide de caméras cachées. Comme l’explique Glazer en entrevue à Cineuropa :

Cette idée s’est tout de suite imposée pour, encore une fois, provoquer cette impression de «visite» d’un être dans un monde qui n’est pas le sien. Ça pouvait sembler très théorique au départ, mais le concept était trop tentant pour ne pas l’essayer en pratique. […] Cette technique a servi l’histoire puisque Scarlett était réellement en immersion, mais elle a aussi servi le budget du film puisque nous n’avons pas dû engager de nombreux figurants, une grosse équipe de tournage, une régie importante, etc.

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Glazer discute dans la même entrevue de son intérêt pour un cinéma de la sensation, approche qui, comme on l’a vu dans les extraits de critiques cités plus haut, ne laisse personne indifférent:

Le film parle de mort, de sexe et d’autres choses, mais ces thèmes n’étaient pas des buts en soi. Ils se sont imposés à l’écriture ou pendant le tournage, le montage… Je ne fais pas un film en pensant aux thématiques qu’il abordera, mais je me concentre plutôt sur l’impression que me procure le scénario et sur celle que j’ai envie de communiquer au spectateur.

Ici, il s’agissait vraiment ­— comme dans le roman — de communiquer ce sentiment de non appartenance à notre monde. Cette créature marche parmi nous et voit les choses qui nous sont normales avec ses yeux extraterrestres, ce qui les rend soudainement anormales. C’est ce sentiment qui m’a intéressé et que j’ai voulu communiquer avec le film.

Under the Skin prendra l’affiche le 4 avril aux États-Unis. La date pour le Canada n’est pas encore confirmée. Voici la première bande-annonce «officielle», mise en ligne mardi. Plus bas,
la Red Band (parue le 30 janvier), plus brève et impressionniste, et avec plus de peau…

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Lundi 23 décembre 2013 | Mise en ligne à 13h15 | Commenter Commentaires (9)

Johnny Depp est un superordinateur lucide

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Une semaine après la bande-annonce d’Interstellar, le nouveau projet-mystère de Christopher Nolan, c’est au tour du fidèle directeur photo de ce dernier de dévoiler la sienne. Avec Transcendance, son premier long métrage en tant que réalisateur, Wally Pfister se lance dans le thriller technologique ambitieux.

Johnny Depp – qu’il est bon de voir accoutré d’un complet cravate ordinaire – interprète le docteur Will Caster, un scientifique réputé dans le domaine de l’intelligence artificielle qui tente «de concevoir un ordinateur révolutionnaire, muni d’une conscience et capable de réfléchir». Mais voilà que des terroristes anti-technologie, sans doute traumatisés dans leur enfance par The Lawnmower Man, vont tâcher de mettre un frein à ce plan qu’ils jugent dangereux pour le sort de l’humanité.

Transcendance est un projet qui s’est fait remarquer en 2012 alors qu’il a été inclus sur The Black List, le recensement annuel de référence des meilleurs scénarios non produits. L’intrigue se base sur un concept assez obscur nommé Singularité, dont vous pouvez vous faire une idée via le premier paragraphe de son entrée sur WikiPedia :

La singularité technologique (ou simplement la Singularité) est un concept, selon lequel, à partir d’un point hypothétique de son évolution technologique, la civilisation humaine connaîtra une croissance technologique d’un ordre supérieur. Pour beaucoup, il est question d’intelligence artificielle, quelle que soit la méthode pour la créer. Au-delà de ce point, le progrès ne serait plus l’œuvre que d’intelligences artificielles, elles-mêmes en constante progression. Il induit des changements tels sur la société humaine que l’individu humain d’avant la singularité ne peut ni les appréhender ni les prédire de manière fiable. Le risque en est la perte de pouvoir humain, politique, sur son destin.

Plutôt intrigant, mais il faut admettre que dramatiser efficacement la Singularité n’est pas une mince tâche. Et on s’inquiète d’autant plus en constatant que le scénario original, signé Jack Paglen, et qui semble jusqu’à maintenant la seule véritable valeur sûre du film, a subi de nombreuses révisions. En effet, le script a été récrit par Jordan Goldberg et Alex Paraskevas, deux relatifs inconnus peu testés dans le domaine créatif, et a finalement été re-récrit par Pfister lui-même. Quand la production s’engage à réparer ce qui n’est pas cassé, on est en droit de se préoccuper. (À noter que Paglen a été recruté pour scénariser la suite de Prometheus).

Produit notamment par Nolan, Transcendance compte à son casting quelques uns de ses acteurs habituels, comme Morgan Freeman et Cillian Murphy. À la direction photo, Pfister a fait confiance au Britannique Jess Hall (Hot Fuzz, The Spectacular Now) qui, peut-on facilement présumer, n’a pas été seul maître à bord…

C’est le 18 avril qu’on saura si Pfister a réussi la transition pas toujours évidente du siège du D.O.P. à celui de réalisateur. Et on espère pour lui qu’il saura susciter des parallèles avec Nicolas Roeg, Barry Sonnenfeld ou Jack Cardiff, plutôt qu’avec Andrzej Bartkowiak, Gordon Willis ou Janusz Kaminsky…

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