
Les effets spéciaux vous impressionnent-ils toujours? Ou, plutôt, vous n’y prêtez plus trop attention, tant ils sont devenus omniprésents? Imaginez un peu : toutes ces ressources financières et créatives, ces centaines d’heures caféinées à bûcher sur un logiciel dernier cri pour transposer à l’écran des images et des actions hors de ce monde; tout ça pour provoquer, au mieux, un «Pas si pire» de la part d’un spectateur qui, une fois rentré chez lui, s’extasie infiniment plus devant une vidéo de chat qui joue au piano…
L’effet engendré par la technologie cinématographique a atteint un degré de saturation. C’est le constat de Dennis Muren, directeur de la Création chez Industrial Light & Magic, et une légende dans le domaine des effets visuels au CV intimidant : Star Wars, Close Encounters of the Third Kind, E.T., Jurassic Parc et Hulk, entre autres. «Dans un sens, je crois que les effets spéciaux ne sont plus spéciaux», a-t-il déclaré en entrevue à Hollywood.com.
Pour Murren, l’industrie doit trouver un moyen de renouveler son approche afin de ramener la magie en salle. Il compare la situation actuelle à la période à la fin des années 1980, quand on cherchait à se débarrasser de la vieille «boîte à outils» et à épouser une nouvelle technologie. Quand on essayait de retrouver l’impact qu’ont eus Star Wars ou 2001 : A Space Odyssey à leurs époques respectives.
Une étape innovatrice cruciale a été la scène de morphing dans Willow, technique conçue par Murren qu’il a perfectionnée dans Terminator II qui, deux décennies plus tard, n’a pas pris un pli.
Aussi impressionnant fut-il, le morphing cinématographique original a vite «fait son temps», selon Murren. «Après trois ou quatre ans, il a perdu de son lustre. On le voyait de mois en moins, ce qui est très bien pour moi!». Les effets spéciaux doivent être en mode de constante réinvention, sinon on risque de blaser le public.
Les images de synthèse dominent l’industrie des effets spéciaux depuis environ 25 ans. Pour Murren, plusieurs cinéastes ont fait l’erreur de grossir cette «boîte à outils» au lieu de la repenser. Ce qui amène à parfois faire des choix aussi coûteux que superflus. «N’ayez pas une armée de 20 000 centaures, ou autre, si l’histoire est meilleure avec sept centaures. Ils ont perdu la perspective, en faisant les choses de plus en plus grosses, moins personnelles».
Pour Murren, l’espoir réside dans une savante combinaison d’anciennes techniques, à savoir les effets spéciaux physiques, qui seraient intégrées à l’imagerie par ordinateur. Un bon exemple récent est Looper, film de science-fiction avec Bruce Willis et Joseph Gordon-Levitt, mettant en scène des véhicules et décors futuristes construits à l’aide de matériaux tangibles. L’illusion a beaucoup bénéficié de ce poids, permettant du coup de solidifier l’implication du spectateur.

Pour en savoir plus sur ILM, mythique société d’effets spéciaux fondée par George Lucas en 1975, voici la première partie du documentaire fait pour la télé Industrial Light & Magic: Creating the Impossible (2010). Dennis Muren, qu’on voit ci-dessus mesurer la lumière du Death Star avec un posemètre, apparait à 04:15.
> Pour voir les 5 autres parties, consulter cette playlist.
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