Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Science-Fiction’

Vendredi 20 février 2015 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (10)

Neill Blomkamp dit finalement oui à Alien 5

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«Um… je crois donc qu’il s’agit officiellement de mon prochain film. #alien», a écrit Neill Blomkamp mercredi soir sur son compte Instagram. Difficile de faire plus désinvolte comme annonce de l’obtention d’un feu vert pour une production majeure issue d’une franchise légendaire. On se serait attendu de la part d’un jeune réalisateur âgé de 35 ans, fanatique du genre de la science-fiction de surcroît, de démontrer bien plus d’enthousiasme par rapport à cette opportunité géante. Mais, avant de croire qu’il se lance dans le projet plus ou moins à contrecoeur, une petite mise en contexte.

Le jour de l’An, Blomkamp a mis en ligne une série d’esquisses inspirées de l’univers d’Alien (dont celle qui coiffe ce billet). Il a tweeté le lendemain qu’il «travaillait dessus», mais qu’il ne pensait pas que ça allait aboutir. Il a ensuite dit qu’il avait pris «une ballade mentale dans l’univers créé par Ridley Scott», avant d’affirmer que le studio n’était même pas au courant de son intérêt pour un tel projet.

20th Century Fox n’a cependant pas tardé à découvrir les plans du réalisateur de District 9 et d’Elysium, et s’est apparemment montré très ouvert à l’idée. Le studio lui aurait offert le film sur un plateau d’argent. Mais, contre toute attente, Blomkamp s’est montré hésitant à accepter la proposition. Avait-il peur de ne pas avoir un contrôle créatif suffisant? En fait, il semblerait qu’on lui avait garanti une liberté presque totale. Alors qu’est-ce qui le dérangeait? «C’est moi le problème», a-t-il dit la semaine dernière en entrevue à Uproxx. «Fox, ils me laisseraient le faire, genre, demain».

Ce qui tracassait Blomkamp était lié à son anxiété par rapport à l’industrie en général. Il ne s’est toujours pas remis du stress de la pré-prod de Halo, l’adaptation du jeu vidéo ultra populaire, qui devait être son premier long métrage (Peter Jackson, qui en était le producteur à l’époque, lui avait par la suite offert comme «prix de consolation» de produire District 9, basé d’après le court métrage de Blomkamp Alive in Joburg). Le cinéaste sud-africain a articulé ce sentiment à Uproxx en ces termes :

Parfois Hollywood m’afflige. J’aime les films, mais Hollywood lui-même est un animal difficile à gérer. Donc, je me suis dit, si je ne fais plus de films, je devrais au moins mettre en ligne certaines de ces esquisses, et c’est exactement ce qui est arrivé. [...] J’aime l’idée du film, et j’ai produit bien plus d’esquisses que je n’en ai publié.

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C’est au gré de conversations avec Sigourney Weaver, qui apparaît dans son nouveau film Chappie (à l’affiche dans deux semaines), que Blomkamp s’est mis à rêver à Alien 5. Ses dessins, qui enflamment la cinéblogosphère depuis deux mois, ont été réalisés lors de nombreux temps morts dans une salle de montage à Vancouver.

Au début, il pensait à une intrigue qui n’incluait pas Ripley (ce qui serait une première dans l’histoire de la franchise officielle), mais il aurait changé d’avis en cours de route, comme on peut le voir dans l’esquisse ci-dessus. Il n’est cependant pas certain que Weaver reprendra son rôle emblématique. (voir d’autres esquisses à la fin de cet article).

En fait, on ne sait pas grand chose en ce qui concerne Alien 5, à part que l’action se déroulera quelques années après la suite de Prometheus. Ridley Scott, réalisateur du premier Alien et du premier Prometheus, produira les deux films, rapportait Variety mercredi.

Maintenant, la grande question est : qu’est-ce qui a motivé Blomkamp à finalement dire oui à Fox? À moins que toute cette valse hésitation constituait un savant bluff, une sorte de jeu de psychologie inversée, qui donne à son vainqueur un pouvoir de négociation accru en cas d’impasse? Si c’est le cas, on ne peut que lever notre chapeau à ce jeune homme qui s’apprête à faire un des plus gros films réellement indépendants de mémoire récente.

***

À l’occasion du 35e anniversaire d’Alien, Art of the Scene s’est penché sur un des moments les plus marquants de l’histoire de la science-fiction au grand écran, l’apparition choquante du chestburster. Une «anatomie» de cette fameuse scène, incluant des entrevues avec certains de ses principaux participants, a d’ailleurs été remise en ligne par Empire.

À lire aussi :

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Pour James Cameron, l’entrée au panthéon des cinéastes cultes a commencé par un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Et je ne parle pas de son premier long métrage, Piranha II: The Spawning (1981), un ratage de série B qu’il a à moitié réalisé et sur lequel il n’avait aucun contrôle créatif. Non, il est bel et bien question de celui que l’on fait dans notre sommeil.

«Les cauchemars sont un atout en affaires; c’est la façon dont je vois les choses. J’étais malade, fauché, avec une forte fièvre, et j’ai fait un rêve sur cette figure de la mort en métal sortant d’un incendie. Et l’implication était qu’il avait été dépouillé de sa peau par le feu et a été exposé pour ce qu’il était vraiment», racontait cet été à Entertainment Weekly le réalisateur aujourd’hui âgé de 60 ans.

L’idée a fait son chemin parmi les studios qui s’intéressaient à l’époque au cinéma de genre, et qui étaient prêts à prendre un (modeste) risque financier sur un réalisateur relativement inexpérimenté. Avant les piranhas, Cameron était maquettiste et superviseur d’effets spéciaux pour la boîte de Roger Corman, producteur légendaire de séries B, qui a donné leur première chance à des futures vedettes comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Peter Bogdanovich ou Jack Nicholson.

C’est finalement deux studios aujourd’hui défunts qui ont accepté d’embarquer dans l’aventure : Hemdale Pictures à la production (budget initial de 4 millions $, qui est passé à 6,4 millions $), et Orion Pictures à la distribution. Mais le patron de ce dernier exigeait une star établie dans la peau du Terminator avant d’accorder son feu vert. Et il avait une suggestion : O.J. Simpson! «Je pense que j’étais à genoux en train de vomir», se rappelle Cameron en entrevue Deadline.

oj-simpson-as-terminatorDans les années 1970 et 1980, Simpson était non seulement l’un des joueurs de football les plus acclamés de sa génération, il était aussi une personnalité publique fort appréciée, ce qui lui a permis de faire la transition au grand écran, dans des blockbusters tels The Towering Inferno et Capricorn One, et aussi à la télévision, notamment dans les fameuses pubs de Hertz. «Nous aurions peut-être reconsidéré la chose après qu’il eut tué sa femme», a dit Cameron à la blague à EW. «C’était quand tout le monde l’aimait et, ironiquement, c’est ce qui faisait partie du problème: il était ce gars sympathique, maladroit, un peu innocent. De plus, franchement, je n’étais pas intéressé à l’idée d’un homme afro-américain qui pourchasse une jeune fille blanche avec un couteau. Ça n’allait pas.»

Le patron d’Orion avait une autre suggestion, cette fois pour le rôle de Kyle Reese, l’humain protecteur qui a finalement été incarné par Michael Biehn. Il s’agissait d’Arnold Schwarzenegger, un Monsieur Univers originaire d’Autriche qui venait de se bâtir une certaine notoriété grâce à sa prestation musclée dans la série des Conan. Cameron n’était pas convaincu, et est allé rencontrer l’acteur dans un resto afin de confirmer des «différends créatifs» qu’il avait déjà pris pour acquis. Mais une fois à table, il a vite changé d’avis : «Je l’étudiais au restaurant, regardant la lumière de la fenêtre sur son visage et pensant, Bon dieu, quelle gueule! Oublions Reese. Arnold ferait tout un Terminator!».

Schwarzenegger a accepté, mais s’inquiétait du fait que son personnage n’avait que «17 répliques» et qu’il était un méchant, alors que l’acteur improbable qu’il était cherchait à s’établir une réputation de leading man. Mais son réalisateur a insisté : «Cameron a dit qu’il allait me filmer de façon à ce que tous les trucs mauvais que je fais seront totalement pardonnés par le public parce que je suis une machine cool. Tellement cool que certaines personnes vont m’applaudir».

La prophétie de Cameron s’est concrétisée, et pas à peu près! The Terminator, sorti en salles il y a 30 ans dimanche dernier, a démarré l’une des franchises les plus lucratives de l’histoire (le cinquième chapitre de la saga, Terminator: Genisys, prendra l’affiche le 1er juillet 2015). Le film a également cimenté le statut de superstar de Schwarzenegger qui, malgré tous ses succès subséquents, sera à tout jamais associé au cyborg impassible à lunettes fumées et à la veste de cuir. Ce rôle fut si emblématique qu’il lui a même procuré son sobriquet lors de la phase politique de sa carrière : The Governator.

Ce qui a fait de The Terminator un phénomène cinématographique plutôt qu’une note de bas de page dans l’histoire de la SF est dû à plusieurs caractéristiques, au-delà du seul charisme inimitable d’Arnold. Il y a l’inclusion d’une imagerie et d’une thématique riches tirées de la mythologie grecque (la notion du Destin), de la religion chrétienne (le salut de l’humanité qui passe par le fils qui n’est pas encore conçu, John Connor, un autre J.C. ; Reese est un ange protecteur qui tombe du ciel) ou de l’Holocauste (les camps d’extermination relatés par Reese ; le futur qui rappelle le ghetto de Varsovie, quoique les bergers allemands y tiennent un rôle inverse…). Le soin particulier apporté aux effets spéciaux, très élaborés malgré le budget limité, qui s’explique par l’expérience de bricolage acquise par Cameron dans la famille Corman, ainsi que par son association fortuite avec Stan Winston, qui allait devenir une légende dans le domaine. Un des premiers exemples d’un «personnage féminin fort» dans un film d’action. Et même quelques bonbons pour les cinéphiles endurcis, comme l’hommage explicite à Un chien andalou, lorsque le Terminator coupe son oeil avec un scalpel.

Mais, vraiment, c’est le talent brut de metteur en scène de Cameron qui a fait de The Terminator une oeuvre d’une rare qualité pour ce qui était censé être ni plus ni moins un film d’exploitation (sa maîtrise du langage visuel est analysée en détail par CineVenger ici et ici). Sa force vient aussi du fait qu’il s’agit d’un projet éminemment personnel: le Terminator, cette machine que rien ni personne ne peut arrêter jusqu’à ce qu’il ait accompli sa mission, c’est aussi Cameron lui-même, un des réalisateurs les plus intraitables dans l’industrie, que rien ne stimule plus que l’avertissement : «C’est impossible à faire». Quoiqu’il n’a pas eu le choix que d’accepter ce triste constat à au moins une occasion dans sa carrière, lorsqu’il a dû se résigner à abandonner l’idée d’un cyborg liquide dans le premier Terminator. Sept ans plus tard, avec un budget 20 fois plus élevé, il a eu l’opportunité de transposer à l’écran le film qu’il avait toujours rêvé de faire. Terminator 2 : Judgment Day, en effet, n’est pas tant une suite qu’un remake.

Encore aujourd’hui, comme c’est le cas pour les deux premiers Godfather, les fans et les critiques peinent à trouver consensus : Terminator 1 ou 2 ?

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Lundi 29 septembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (3)

Un vétéran de 2001 propose le «futur du cinéma»

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En 1964 se déroulait la foire internationale de New York, qui avait pour thème «la paix à travers la compréhension». Une des attractions consistait en l’exposition de To the Moon and Beyond, un court métrage de 15 minutes projeté en 70 mm sur un écran dôme. On pouvait lire sur l’affiche à l’entrée de la salle :

YOUR MOST MEMORABLE EXPERIENCE
AT THE WORLD’S FAIR! THE NEW CINERAMA-360 PROCESS TAKES YOU…
TO THE MOON AND BEYOND
YOU will be propelled on the most fantastic, incredible voyage through billions of miles of space . . . from its utmost outer reaches . . . back to the Earth itself, and into the center of the minutest atom. All through the magic of Cinerama!

Deux des spectateurs qui ont assisté à cette «expérience mémorable» étaient Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke. Les deux hommes se demandaient s’il était possible de produire un film de science-fiction de qualité supérieure. En sortant de la projection, ils ont eu leur réponse : Oui!

Kubrick et Clarke ont engagé le studio qui a réalisé To the Moon and Beyond, Graphic Films, pour développer des dessins de concept pour 2001 : A Space Odyssey. Mais un graphiste attaché au contrat, un jeune homme de 23 ans nommé Douglas Trumbull, voulait aller plus loin dans cette collaboration.

Il a téléphoné directement au cinéaste, et a demandé s’il pouvait le rejoindre sur le plateau de tournage à Londres. Une fois sur place, il été assigné à la conception de ce qui allait devenir la révolutionnaire séquence du Star Gate.

Après le succès de 2001, Trumbull est devenu instantanément une vedette dans le milieu émergeant des effets visuels à Hollywood. En 1971 il a travaillé sur The Andromeda Strain, une production SF majeure de Universal basée d’après le roman de Michael Crichton. Un an plus tard, on lui a offert de réaliser son propre long métrage, Silent Running, une aventure interstellaire avec un message écolo qui n’a pas bien fait au box-office, mais qui est considéré aujourd’hui comme un film culte.

Trumbull a participé à certains des films de science-fiction les plus marquants de l’histoire, dont Blade Runner et Close Encounters of the Third Kind. Mais il s’est éloigné de l’industrie après son deuxième long métrage, Brainstorm (1983), une production qui a été secouée par la mort mystérieuse de sa vedette Natalie Wood. Trumbull a eu toutes les misères du monde à compléter son film, et a même craint pour sa vie, tant le studio MGM était décidé à enterrer le projet. Après le cauchemar Brainstorm, Trumbull s’est «réfugié» sur une ferme dans le comté de Berkshire, au Massachusetts. Il y a établi un laboratoire pour faire des recherches sur «le futur du cinéma» et, plus spécifiquement, sur ses capacités d’immersion.

Cinquante ans après To the Moon and Beyond, Trumbull nous est revenu avec une autre attraction visant à faire vivre une «expérience mémorable» au public. Elle s’appelle UFOTOG, et a eu sa première au TIFF le 11 septembre dernier. Ce court expérimental de 10 minutes était cependant accompagné d’une composante alarmiste plus ou moins explicite: ladite «expérience mémorable» se doit d’être, justement, mémorable, sinon on peut dire adieu à l’expérience en salle, qui est en train de se faire supplanter par le cinéma-maison et les plateformes numériques mobiles.

UFOTOG se présente comme une démonstration du procédé MAGI, qui «utilise deux caméras pour filmer 60 images par seconde avec l’obturateur sur chaque lentille s’ouvrant en alternance». Lors de la projection en 3D du produit fini, on passe à 120 images par seconde (bien au-delà du standard de 24 images par seconde, qui persiste depuis un siècle). L’objectif est que «l’écran de cinéma donne l’impression de disparaître et de servir comme une fenêtre sur un monde de l’autre côté qui apparaît aussi réel que le monde dans lequel on se trouve», résume le Hollywood Reporter.

L’augmentation du défilement d’images a fameusement été tentée par Peter Jackson en 2012, lorsqu’il a sorti The Hobbit à 48 images par seconde. Il avait l’intention de «créer un sentiment accru de réalisme», mais l’expérience ne fut pas concluante. Plusieurs spectateurs se sont plaints d’avoir plutôt vécu un sentiment accru de nausée, tout en critiquant le look roman-savon du film. Selon Trumbull, The Hobbit aurait dû avoir été projeté à au moins deux fois plus d’images par seconde. En même temps, il admet que cette cadence ne se prête pas à tous les genres. Il dit «mourir d’envie» de montrer son invention à des cinéastes de la trempe de Jackson, Christopher Nolan et James Cameron, dont les suites d’Avatar pourraient bien être les premières productions majeures à utiliser MAGI.

Trumbull sent que le temps presse. Pour la nouvelle génération de cinéphiles, dit-il, il n’y a pratiquement pas de différence entre les standards technologiques du cinéma et ceux de la télévision. Ils n’ont aucune motivation à délaisser leurs salons pour les salles sombres. Et l’industrie se doit de leur en trouver une. Il a un message pour tous les techno-sceptiques qui craignent le changement : «C’est pas sorcier, les gars. C’est juste un format différent, une taille différente, une luminosité différente et un défilement d’images différent. Abandonnons tout ces rebuts qui datent de 1927. Nous sommes à l’ère numérique. Allons-y!».

> Pour en savoir plus sur le sujet : consultez le dossier du Hollywood Reporter

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