Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Science-Fiction’

Lundi 19 décembre 2016 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (140)

Blade Runner 2049, et la question du final cut (AJOUT)

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AJOUT (21 déc.)

En entrevue à Screen Daily, mercredi, Denis Villeneuve confirme que Blade Runner 2049 vise une cote R. Cette décision relativement risquée a été influencée par le succès surprise de Deadpool, le film classé R le plus lucratif de l’histoire à l’international, avec 783 millions $ US de recettes.

«Mes producteurs s’amusent à me rappeler qu’il s’agira d’un des longs métrages indépendants classés R les plus coûteux de l’histoire», avance le réalisateur. Le budget du film est estimé à 200 millions $.

D’ailleurs, tout comme l’a fait J.J. Abrams avec The Force Awakens, Villeneuve a tenté de réduire autant que possible l’emploi d’images de synthèse.

«Je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de fois qu’on a utilisé un green screen sur le plateau de tournage. La plupart du film a été fait à travers la caméra, [le directeur photo] Roger Deakins et moi avons travaillé très dur pour accomplir cela».

«Mes acteurs ne marchaient pas sur des green screens à longueur de journée. Le CGI est un outil puissant pour les paysages et pour les extensions, mais ce qui entoure les acteurs a besoin d’être aussi réel que possible. Quand je regarde un film qui est surtout CGI, je suis désengagé», affirme Villeneuve.

Enfin, le cinéaste admet qu’il rêve déjà à se lancer dans d’autres projets de science-fiction. «Je suis condamné, j’adore la SF. J’ai deux autres idées que j’aimerais faire. [Et] Blade Runner pourrait continuer… nous verrons comment cela se passera.»

MISE À JOUR : Variety rapporte que Denis Villeneuve est pressenti pour réaliser le reboot de Dune.

> La photo officielle ci-dessus est tirée de cet article d’Entertainment Weekly (il y en a six autres).

***

(19 déc.)

Un bref aperçu orangé de Blade Runner 2049 a été diffusé ce matin, quelque 10 mois avant la sortie du film en salles. Peu d’informations concrètes y sont exposées; une approche qui s’accorde avec la volonté de Denis Villeneuve, formulée à l’automne 2015, de «prendre soin» du «mystère» entourant le chef-d’oeuvre de Ridley Scott.

Le fameux mystère concerne, on le sait, la nature réelle de Rick Deckard, le héros du Blade Runner de 1982. Est-il un replicant ou pas? Un journaliste d’Allociné qui a interviewé Villeneuve à Paris, fin novembre, a sorti l’argument logique : si on revoit Harrison Ford dans la suite, qui se déroule 30 ans après le film original, et que la durée de vie d’un replicant est de quatre ans, la réponse relève donc de l’évidence. La réaction du cinéaste québécois :

Pas nécessairement. Ça a été important dans la genèse du projet que le mystère qui a été élaboré, que les questions qui ont été posées dans le premier film, qu’on n’a pas nécessairement de réponses. C’est assez jouissif, cette tension qui existe à la fin du premier film, et je n’avais pas envie de briser ce questionnement.

Le synopsis officiel pour Blade Runner 2049 a d’ailleurs aussi été publié aujourd’hui : «Trente ans après les évènements du premier film, un nouveau blade runner, l’officier du LAPD K (Ryan Gosling) déterre un ancien secret qui a le potentiel de plonger dans le chaos ce qu’il reste de la société. La découverte de K le mène à une quête pour retrouver Rick Deckard (Harrison Ford), un ancien blade runner du LAPD qui est porté disparu depuis 30 ans.»

Une autre question fondamentale concerne le contrôle artistique accordé à Villeneuve. Avec le succès impressionnant au box-office de son premier film de science-fiction – 135 millions $ US sur un budget de 47 millions $ US – on présume que le réalisateur originaire de Gentilly a réussi à démontrer à l’industrie qu’il est capable de performer dans les plus hautes sphères du cinéma commercial. Ce n’est pas tout à fait le cas, du moins pas aux dernières nouvelles.

En entrevue à Variety en septembre – un mois avant la sortie d’Arrival – Villeneuve a révélé qu’il n’aurait pas le droit au final cut, tout en se montrant rassurant :

J’ai accepté de le faire parce que les producteurs derrière Blade Runner sont des amis. J’ai fait Prisoners avec eux, et je savais que l’environnement qu’ils créeraient autour de moi serait très sécuritaire. Je n’ai pas vraiment le final cut [pour Blade Runner 2049]. La chose que j’ai réalisée au sujet du final cut, c’est que c’est le pouvoir de la meilleure version. Je n’ai pas eu le final cut pour Prisoners, mais ce que vous avez vu est la meilleure version. Sicario est un director’s cut, Arrival est un director’s cut. Je ne peux pas en parler, je verrai. Ma relation avec les gens avec lesquels je travaille est très solide. Au bout du compte, ce qui finira par l’emporter est le meilleur film.

Une déclaration plus ou moins alambiquée, semble-t-il. Villeneuve est-il un être foncièrement optimiste qui croit que tout processus créatif collaboratif mène inévitablement à un aboutissement idéal? Fait-il simplement usage de diplomatie de convenance?

Dans tous les cas, il est certainement conscient que la saga des différentes versions de Blade Runner – tout comme le synthétiseur transcendant de Vangelis ou les larmes sous la pluie de Roy Batty – constitue l’un des principaux emblèmes de l’oeuvre dont il a hérité. Le film de Ridley Scott a en effet subi six mutations depuis sa sortie en salles. On espère pour Villeneuve qu’il ne vivra pas un tel casse-tête artistique.

J’ai parlé en août dernier de Blade Runner 2049, en deuxième partie d’un post présentant la b-a d’Arrival; il y est question de la relation du cinéaste avec l’oeuvre originale, et de sa description du look de la suite. Je retranscris ici le dernier paragraphe (avec légères modifs) :

En plus des deux vedettes susmentionnées, on constate un casting fort prometteur teinté d’éclectisme. On y retrouve les Américains Robin Wright et Jared Leto ; la Canadienne et diplômée de l’université McGill Mackenzie Davis (qui fut dirigée par Ridley Scott dans The Martian) ; la beauté fatale cubaine Ana de Armas (le film d’horreur d’Eli Roth Knock Knock) ; le Somali-Américain Barkhad Abdi (nommé à l’Oscar pour Captain Phillips) ; l’ancien champion de la WWE Dave Bautista (Drax dans Guardians of the Galaxy) et la Suissesse Carla Juri, qui a été applaudie sur le circuit festivalier en 2014 grâce à sa performance téméraire dans la comédie allemande trash Wetlands.

Je vous laisse avec cette analyse vidéo d’ordre philosophique de Blade Runner, par le toujours pertinent Nerdwriter, qui se penche sur la représentation de la modernité dans le film via les questions d’identité individuelle.

À lire aussi :

> Blade Runner, un film «co-réalisé» par Stanley Kubrick
> Sicario et le fétiche du mouvement

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Mercredi 16 novembre 2016 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Commentaires (20)

Valerian et Ghost in the Shell : le duel de la BD SF

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Deux adaptations ambitieuses de bandes dessinées de science-fiction non affiliées à Marvel/DC Comics prendront l’affiche l’année prochaine, à moins de quatre mois d’intervalle. D’abord Ghost in the Shell de Rupert Sanders, le 31 mars, et ensuite Valerian and the City of a Thousand Planets de Luc Besson, le 27 juillet. Les premières bandes-annonces pour les deux films, elles, ont été diffusées au courant de la dernière semaine.

Basé d’après le mythique manga du même nom, Ghost in the Shell a été secoué par des accusations de blanchissage au printemps. On reprochait à la production le casting d’une actrice d’origine dano-polonaise pour incarner la protagoniste, un cyborg japonais nommé Motoko Kusanagi (rebaptisé The Major pour le film). Inversement, l’adaptation de la BD française Valérian et Laureline n’a pas subi de critiques semblables, malgré le fait que les personnages-titres sont incarnés par un Américain et une Britannique, respectivement…

Le producteur de Ghost in the Shell, Ari Arad, a défendu le choix de Scarlett Johansson en entrevue au magazine néo-zélandais Stuff. Il a pris l’approche diplomatique, insistant sur la notion d’un «format» différent, dont le casting ne représente «qu’un élément». Il n’a pas osé se montrer aussi catégorique que le directeur de Kōdansha, la maison d’édition qui a publié le manga original, qui a admis être «surpris» par toute cette commotion, et vanté l’«aspect cyberpunk bien senti» de Johansson.

Arad a préféré discuter du look particulier de son film, inspiré notamment par The Man Who Fell to Earth (1976) – où David Bowie joue un gentil extra-terrestre – et par l’esthétique des années 1980. Mais il assure cependant que l’oeuvre ne sera pas purement rétro : «Le danger d’un film futuriste est l’uniformité».

Le père d’Ari Arad, également producteur de Ghost in the Shell, a été approché par Collider pour un long entretien abordant un paquet de sujets. Il explique que l’aspect visuel a été soigneusement étudié. On apprend par exemple que le directeur photo Jess Hall a programmé la palette de couleurs du film d’animation Ghost in the Shell 2: Innocence (2004) à l’intérieur de son tableau d’éclairage LED, afin d’assurer une continuité avec les oeuvres source.

Avi Arad parle aussi du défi qu’a posé l’apparence du cyborg, qui paraît dénudé dans les manga et les films d’animation japonais. À propos de son emblématique costume thermoptique – qui, dans la -b-a, semble franchement répliquer l’accoutrement de Marilyn Manson sur la couverture de l’album Mechanical Animals – le producteur affirme que «l’on ne prétend pas qu’elle est nue. Le costume émule quelques idées des rainures. Quand vous voyez le film, vous n’êtes pas censés penser qu’elle est nue».

Un utilisateur de YouTube, un certain «Flynns», a fait une comparaison visuelle entre le Ghost in the Shell de 1995 et celui de 2017. Les parallèles sont frappants.

Ghost in the Shell, comme tout film à grand déploiement qui se respecte de nos jours, contient un casting multiculturel et éclectique. Le Danois Pilou Asbaek et la Française Juliette Binoche partageront l’écran avec l’icône du cinéma japonais Takeshi Kitano. À noter que Johansson se trouve en terrain relativement connu, elle qui a incarné une extra-terrestre humanoïde dans Under the Skin (2013) et qui a fameusement exploré Tokyo dans Lost in Translation (2003).

Une soirée promo a été organisée dans la capitale japonaise le week-end dernier, avec les membres principaux de la production. 300 personnes ont pu assister à l’évènement, qui présentait des extraits inédits du film, ainsi qu’un mini-concert du thème principal du long métrage d’animation de 1995 par Kenji Kawai en personne (voir ici). D’ailleurs, on apprenait au même moment que c’est l’excellent Clint Mansell (Black Swan, Moon) qui assurera la bande originale du nouveau Ghost in the Shell.

Le plus gros blockbuster européen

La série de BD Valérian et Laureline, parue à partir de 1967, a été vendue à dix millions d’exemplaires et traduite dans 21 langues. Son adaptation, dotée d’un budget de 197 millions d’euros, représente le long métrage le plus dispendieux de l’histoire du Vieux Continent. On peut dire que Luc Besson était prédestiné à traduire cet univers au grand écran, lui qui a collaboré avec le cocréateur de la BD, Jean-Claude Mézières, sur The Fifth Element (1997).

Il aurait aimé tourner le film plus tôt, mais la technologie n’était pas encore au rendez-vous. «C’est James Cameron qui a repoussé toutes les limites avec son Avatar», a-t-il noté dans une intervention sur la page Facebook du film.

Besson a parlé de la complexité du tournage en entrevue à RTL en juin dernier :

«Je vis au 28e siècle depuis le 3 janvier 2016. C’est assez déroutant. Une partie du film se passe dans deux mondes parallèles en même temps. On a le monde A, le monde B. J’ai pris tous les élèves (de la Cité du cinéma) et on a fait ces 25 minutes de tournage, qui ont été montées, bruitées, mises en musique… On a tourné dans le sens de l’importance des effets à livrer à l’entreprise qui va fabriquer les effets spéciaux».

Les effets spéciaux requièrent «encore beaucoup de travail» à ce stade-ci. Valerian en comporte 2734, dont seulement «400 à 500 ont été validés à ce jour», indique-t-on dans ce papier.

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«Je suis assez dur avec moi-même», poursuit Besson. «J’avais deux parrains, qui sont Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, les papas de Valérian, et j’avoue que je vivais plutôt à travers leurs yeux émerveillés la qualité du film. A priori, je ne dois être pas trop mal.»

Pas trop mal en effet, selon M. Mézières lui-même, qui ne cache pas son enthousiasme. «J’avais l’impression de marcher sur mes dessins», a confié le bédéiste de 78 ans en entrevue au Figaro.

«Avant toute chose, je tiens à préciser que le film s’est davantage inspiré de L’Ambassadeur des ombres que de L’Empire des mille planètes. Pour ma part, cela fait quelques mois déjà que je m’habitue à l’idée que ma bande dessinée puisse être adaptée au cinéma. J’avais signé un premier contrat d’adaptation il y a dix ans. Mais j’ai cru que cela n’arriverait jamais. Maintenant, la réalité rejoint enfin la fiction. Dans le fond, j’ai toujours rêvé de voir Valérian prendre son envol au cinéma. Je peux dire que je suis très heureux aujourd’hui.»

Le synopsis :

En 2740, Valérian et Laureline sont deux agents spatio-temporels. À bord de leur vaisseau, l’Intruder, ils sillonnent l’espace et le temps afin d’accomplir les différentes missions que leur confie le Pouvoir Central. Cette nouvelle aventure les mène sur la station orbitale Alpha qui abrite 17 millions d’individus venant des quatre coins de l’univers. Près de 8000 espèces y échangent leurs connaissances, leurs technologies et leurs pouvoirs. Le pire endroit pour mener une enquête…

Valerian and the City of a Thousand Planets met en vedette Dane DeHaan, qu’on a découvert dans le film de science-fiction à petit budget – et succès inattendu – Chronicle (2012). Il a aussi incarné le méchant Harry Osborn dans The Amazing Spider-Man 2 (2014), et a tenu la vedette cette année dans Two Lovers and a Bear du Québécois Kim Nguyen. Il a comme partenaire la mannequin bad girl Cara Delevingne, qu’on a pu voir cet été dans Suicide Squad.

Ils sont joints par des vétérans de classiques SF dont Ethan Hawke (Gattaca), Clive Owen (Children of Men) et Rutger Hauer (Blade Runner). L’univers musical est représenté par le légendaire jazzman Herbie Hancock, dont la nature du rôle est encore inconnue, et la star de la pop Rihanna, qui tentera de nous faire oublier Battleship avec un «rôle important», aux dires de Besson lui-même via son compte Instagram.

Les amateurs des Beatles reconnaîtront Because qui joue pendant la bande-annonce. Il s’agit de la première fois que le groupe mythique cède les droits d’exploitation de la bande maîtresse d’une de leurs chansons pour la promo d’un film. Besson a expliqué à CinemaBlend qu’il a simplement contacté Paul McCartney, qui lui a demandé «C’est quoi le film?», avant de dire «oui». Selon le cinéaste, le musicien a apprécié l’aspect «innovateur et rafraîchissant» de son projet. Il évoque aussi un sentiment de confrérie européenne.

À lire aussi :

> Blanchissage : le malaise Ghost in the Shell

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Lundi 14 novembre 2016 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (5)

Air Force One, vu par Neill Blomkamp

Avec deux courts totalisant quelque 20 secondes, le réalisateur sud-africain nous présente son meilleur travail depuis District 9 (2009). Les deux mini-films ont été mis en ligne il y a trois jours sur son compte Instagram, sous les mots-clic #trump, #murica et #oatsstudios, qui désigne sa boîte de production.

Blomkamp a modifié numériquement des images d’archives de l’avion présidentiel afin d’illustrer le choc de mardi dernier, quand dans l’esprit de beaucoup de gens la dystopie a rejoint la réalité. Si la première vidéo rappelle l’univers de Mad Max, la seconde évoque plutôt celui de Hunger Games (ou de Death Race 2000).

Rappelons que Air Force One (1997) est le film politique préféré du président élu…

The Escape

En attendant le feu vert pour Alien 5 – projet que James Cameron, réalisateur d’Aliens (1986), a qualifié d’ «extraordinaire» cet été – Blomkamp a mis en scène un court métrage pour le compte de BMW. La compagnie automobile a ravivé sa campagne The Hire, toujours avec Clive Owen dans le rôle du protagoniste, 15 ans après l’avoir démarrée.

Les films précédents de la série ont notamment été réalisés par Wong Kar-wai, Guy Ritchie, Alejandro G. Iñárritu, John Woo et Tony Scott (auquel j’ai consacré un post ici).

Tous les courts sont disponibles sur cette playlist.

À lire aussi :

> Le bon, la brute et… le Trump
> Alien et Prometheus : un mariage reporté?
> Neill Blomkamp dit finalement oui à Alien 5

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