
En route vers le Saguenay, littéralement; je vous écris depuis l’autobus me menant vers Québec, ma première escale avant de prendre le chemin de Chicoutimi. J’espère arriver à temps pour profiter un peu du 5 à 7 d’ouverture, qui aura lieu à la Salle François-Brassard, au cégep de Jonquière. Y sera diffusé à partir de 19h30 le Programme 1, qui comprend notamment Chef de meute, comédie de moeurs pince-sans-rire de Chloé Robichaud, qui s’est retrouvée en lice pour la Palme d’or au dernier Festival de Cannes (mon entrevue avec la jeune cinéaste ici), ainsi que Buzkashi Boys, un portrait de la jeunesse en Afghanistan cité aux Oscars cette année.
La 17e édition de Regard sur le court métrage présente cette année 166 oeuvres provenant de près de 30 pays. Le volet compétitif compte 29 films en compétition internationale et 35 en compétition nationale. Les prix, d’une valeur totale de 30 000$, seront décernés par un jury professionnel composé de l’acteur et animateur Gaston Lepage, du dramaturge et scénariste Michel Marc Bouchard, du cinéaste Francis Leclerc (Mémoires affectives, Un été sans point ni coup sûr), de la directrice des programmes courts métrages à TV5MONDE et membre de l’Académie des César Angèle Paulino, et de l’acteur Norman Daneau (Unité 9, 30 vies). C’est Luc Picard qui agit à titre de porte-parole, succédant ainsi à Sophie Cadieux.
Le directeur général de Regard, Ian Gailer, est de retour pour une septième édition de suite. Je vous invite à lire une entrevue que le sympathique bonhomme a accordée au blogue Bang Bang, dans laquelle il se penche entre autres sur l’«internationalisation» de son festival, qui figure parmi les plus importants en Amérique du Nord.
Le grand manitou du court métrage au Québec Danny Lennon, programmateur de Regard l’année dernière (il est succédé par Melissa Bouchard), m’a proposé plus tôt cette année de faire partie du jury des médias pour les prix Prends ça court!, qui ont été remis le mois dernier dans le cadre des RVCQ (on parle quand même d’une valeur en argent et services de 100 000$!). L’expérience m’a permis de regarder une cinquantaine de films, dont quelques uns seront présentés ce week-end. Un petit mot sur mes coups de coeur.
> Faillir : Lauréat du grand prix à PCC!, ce court raconte les derniers moments d’une jeune fille dans sa demeure familiale de Val d’Or, avant de quitter pour la métropole. La tension sexuelle qu’elle entretient avec son frère depuis un certain temps, on imagine, connaîtra un crescendo de plus en plus angoissant à mesure qu’approche l’heure du départ. Un suspense très bien mené, porté par des acteurs au jeu naturel bienvenu.
> Bydlo, de Patrick Bouchard, a remporté le prix du Meilleur court métrage d’animation au prestigieux festival de Clermont-Ferrand. Un bœuf puissant qui surgit de la terre est assailli par des petits humains voraces; imagerie dantesque qui fait penser à un tableau de Bosch en mouvement, musique tragique de Moussorgski, matériau d’animation terreux et organique (la plastiline), dont la transpiration de l’effort (tant celui dans la fiction que celui de la mise en scène) semble se frayer un chemin à l’extérieur de l’écran – un magnifique cauchemar.
> Les adieux de la Grise : Une fille de neuf ans habite sur une ferme qui élève des alpagas, son animal préféré. La tragédie frappe un soir dans l’enclos, une épreuve qui transforme l’enfant. Un regard lumineux, paisible et pudique sur la vie à la campagne, qui évite habilement le sentimentalisme au profit d’une approche lyrique basée sur l’observation.
> Gods, Weeds and Revolutions : De loin mon film préféré à PCC! Je vais en reparler davantage en profondeur lors d’un futur court du week-end. «Une jeune femme retourne en Tunisie et doit affronter les conséquences de la maladie de son grand-père et le lourd passé d’un pays sous dictature.» Une exploration impressionniste, quasi onirique, portée par une réflexion à la fois intime et universelle sur un monde figé dans le temps, à la recherche désespérée de renouveau.
> La boutique de forge : Un des rares courts tournés en pellicule, réalisé par un extra-terrestre du nom d’Olivier Godin. Les mots sont inutiles pour en faire une description le moindrement fidèle. Il faut le voir pour le croire. Justement, on a cette chance, puisque le film est disponible ici.
À noter que Regard c’est plus que des projections de films, beaucoup plus. Je pense aux diverses activités, ateliers et rencontres entre cinéastes, producteurs, distributeurs, etc. dans le cadre du Marché du court. Grosse prise cette année de la part du festival: Denis Côté, fraîchement débarqué de Berlin, offrira samedi après-midi une classe de maître lors d’une conférence «Rencontre du troisième type».
Comme il serait vulgaire de vous quitter ce week-end sans court métrage, alors que je vais baigner dedans, je propose un film très à propos : Jardin Dead End, une comédie absurde réalisée en 48 heures par Stéphane Lapointe (La vie secrète des gens heureux) lors de la 13e édition de Regard. Il sagit d’un des meilleurs films improvisés de l’histoire du festival, mariant a merveille les traditionnelles contraintes choisies par le public, qui étaient :
1. Un chien.
2. Un masque de lutteur mexicain.
3. Une banane.
4. Un solo d’opéra.
5. Quelqu’un devait dire la réplique: “Ferme-la et donne la fessée au p’tit singe”.
6. Quelqu’un devait manger du spaghetti avec les mains.
7. Nous devions aller tourner au Couvent des Soeurs du Bon-Conseil de Chicoutimi.
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