Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Quentin Tarantino’

Jeudi 31 juillet 2014 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (58)

Tarantino fera son western après tout

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Alors qu’on commençait à se remettre du deuil du très prometteur The Hateful Eight, abandonné dans la controverse en début d’année, voilà que Quentin Tarantino nous annonce qu’il a changé son revolver d’épaule: il fera bel et bien son western. Le tournage s’entamera début 2015, pour une sortie à la fin de cette année-là. Les choses bougent vite. Si vite, en fait, qu’une première affiche officielle du film a déjà fait son apparition, hier.

QT avait auparavant ravivé les espoirs, au mois d’avril, lorsqu’il a mis en scène et narré une lecture publique de son scénario, un huis clos tendu qui rappelle par sa forme son premier long métrage, Reservoir Dogs, et par son propos un mystère flirtant avec l’esprit des polars d’Agatha Christie.

Il avait réuni sur les planches du théâtre du Ace Hotel, à Los Angeles, quelques-uns de ses vétérans dont Michael Madsen, Samuel L. Jackson, Tim Roth et Kurt Russell, ainsi que des nouveaux venus dans sa troupe: Amber Tamblyn (qui a apparemment offert une solide performance dans le rôle d’une femme aussi raciste que vulgaire) et le vénérable character actor Bruce Dern, que QT avait en tête lorsqu’il était en train d’écrire The Hateful Eight.

Après cette représentation unique, des médias ont tranquillement annoncé que le long métrage aurait bel et bien lieu, avec tournage en hiver, mais le principal intéressé n’avait encore rien confirmé.

Et puis est venu le Comic-Con. Lundi dernier, Tarantino a participé à une session de questions-réponses lors de laquelle il a été confronté à l’inévitable, avant de lancer un succinct mais catégorique : «Oui, nous allons faire The Hateful Eight. Tout ça pour vous. Nous ne savions pas encore ce qu’il en était, mais je viens juste de décider à l’instant». Une déclaration un brin théâtrale, mais on s’entend que c’était dans l’esprit de l’évènement, un membre du public ayant fait semblant de s’évanouir en entendant la bonne nouvelle…

django-promoLe fameux cinéaste a profité du Comic-Con pour discuter d’autres projets, dont le crossover entre Django et Zorro, qui a été annoncé le mois dernier. QT s’est associé avec Dynamite Entertainment (une filiale de DC Comics) pour co-écrire une suite à son film sous forme de bande-dessinée. On y verra son esclave libéré/chasseur de primes joindre ses forces avec le fameux justicier masqué mexicain à l’aube de la guerre de Sécession. À noter que Django a déjà fait l’objet d’une adaptation en BD en six tomes peu après la sortie du film en question. Et c’est sans compter l’adaptation de Django Unchained en une mini-série télévisée de quatre heures qu’il a évoquée lors du dernier Festival de Cannes. Il semble bien qu’on assiste à la naissance d’une franchise tentaculaire.

Pour ce qui est de ses aventures cinématographiques post Hateful Eight, QT s’est dit intéressé à peut-être explorer un genre qu’il n’a jamais abordé par le passé : la science-fiction. «Si vous me l’aviez demandé il ya quelques années, j’aurais dit: “Non, pas vraiment, je ne sais pas.” Mais j’ai une petite idée en ce moment. C’est une petite fleur, vous savez, comme un germe de haricot, mais ceux qui ont tendance à croître dans les tiges. Ce ne sera pas un film SF de vaisseau spatial, il sera rattaché à la terre». Il a d’ailleurs dit que, s’il avait à rebooter une série, il aimerait bien faire sa propre version de Invasion of the Body Snatchers, mais du point de vue des extra-terrestres.

Kill-Bill-PosterEnfin, QT a promis au public de Comic-Con que Kill Bill: The Whole Bloody Affair prendra bel et bien l’affiche, et ce, d’ici un an. Le sanglant diptyque était conçu à la base comme un seul film, mais a finalement été séparé en deux en raison de sa durée trop imposante. Mais les fans ont toujours réclamé la version originale unie de 215 minutes qui a été présentée à Cannes en 2003. Elle comporte quelques modifications et scènes rallongées, notamment l’impressionnante séquence animée, qui passe de 8 à 35 minutes. Le film épique a d’ailleurs déjà été projeté, en mars-avril 2011, dans les salles du cinéma de répertoire appartenant à Tarantino, le New Beverly Cinema de Los Angeles. Un collaborateur de SlashFilm a eu l’occasion d’y assister; son compte-rendu ici.

Côté business, on a appris mardi, via le Wall Street Journal, que Tarantino a appliqué de la pression à son fidèle distributeur Harvey Weinstein afin qu’il s’engage à signer un «pacte» avec Kodak pour acheter «une certaine quantité de pellicule sans même savoir combien de leurs films seront tournés sur ce support au cours des prochaines années». Cette initiative a été reprise par d’autres cinéastes de renom, dont Christopher Nolan et J.J. Abrams, qui tenteront d’inciter leurs studios respectifs à garantir une alternative à la technologie numérique. Quoiqu’il advienne de cette mission de sauvetage, il est désormais acquis que The Hateful Eight sera filmé non seulement sur pellicule, mais «dans toute la splendeur impressionnante, spectaculaire» du CinemaScope 70 mm.

> Avis aux intéressés, vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter

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Lundi 26 mai 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (7)

Le Prix du jury de l’autre «cinéaste de l’avenir»

FRANCE CANNES FILM FESTIVAL 2014

En plus d’être béni d’une plume sans égal, Wesley Morris semble être doté du don de la prescience. À la fin d’une entrée de son journal cannois qui porte notamment sur Mommy et Adieu au langage, il a noté : «Le même jour, Cannes a réussi à projeter le film du plus jeune réalisateur de la compétition (Dolan) et celui du plus vieux (Godard). C’est drôle. Les deux donnent l’impression d’être le futur». Comme le rapporte Marc-André dans son compte-rendu du festival, Jane Campion et sa bande avaient «bien conscience» de ce qu’ils faisaient en coupant le Prix du jury en deux cette année.

Une récompense-concept qui soutient que la somme des oppositions entre ces deux artistes – le «hipster» et le «vieillard», pour reprendre les termes de Morris, le réalisateur qui se régale volontiers de l’amour des projecteurs, et l’autre qui les dédaigne et les fuit obstinément, un film émotionnel contre un film cérébral, etc. – ne dépasse pas ce qui les unit, à savoir un cinéma empli d’insolence constructive qui ne regarde jamais en arrière.

À cette singulière célébration de l’avenir du cinéma se rattache cependant une perception nostalgique de la part du public. Parmi les cinéphiles québécois qui s’extasient, avec raison, de voir un jeune cinéaste d’ici partager le podium avec un monstre sacré du 7e art, nombre d’entre eux retiennent de cette juxtaposition symbolique le symbole, justement, que représente l’aîné de la compétition. On ne parle pas d’un exploit liant Dolan à Godard, mais bien le Dolan de 2014 au Godard de 1964. Le Godard des cursus universitaires et des rétrospectives dans les salles de répertoire. C’est plus confortable, donne davantage raison de sourire.

Adieu au langage; un essai cinématographique en 3D avec un protagoniste canin? C’est une blague? Il semble bien que oui. Comme le constate Morris : «On ne sait jamais quand Godard nous fait marcher. Mais on peut généralement parier que c’est le cas». Et il semble aussi que la blague soit diablement efficace, du moins si l’on se fie à l’accueil critique des grands médias, tant américains que français, qui a été pas mal enthousiaste. Mais avant de passer aux extraits, un résumé du film en question, fourni par Godard lui-même :

«Le propos est simple. Une femme mariée et un homme libre se rencontrent. Ils s’aiment, se disputent, les coups pleuvent. Un chien erre entre ville et campagne. Les saisons passent. L’homme et la femme se retrouvent. Le chien se trouve entre eux. L’autre est dans l’un. L’un est dans l’autre. Et ce sont les trois personnes. L’ancien mari fait tout exploser. Un deuxième film commence. Le même que le premier. Et pourtant pas. De l’espèce humaine on passe à la métaphore. Ça finira par des aboiements. Et des cris de bébé.»

> Manohla Dargis du New York Times

Enfin, la compétition a obtenu quelque chose dont elle avait désespérément besoin toute la semaine: une expérience cinématographique passionnante qui a presque fait léviter une salle Lumière pleine à craquer, faisant de cette séance un véritable happening. On pouvait sentir la charge électrique – l’effervescence collective – qui peut survenir quand des individus se transforment en un groupe. «Godard Forever!» a hurlé une voix provoquant rires et applaudissements, tandis que les spectateurs réunis attendaient que leur cerveau s’allume de concert avec l’écran.

Adieu au langage est, comme beaucoup de films de ce réalisateur, profondément, passionnément, difficile. Ce film à plusieurs couches offre des plaisirs généreux et faciles avec des secousses de beauté visuelle, des éclats d’humour, des crescendos de chanson et de nombreux plans d’un chien, Roxy, mais il fournira d’autres satisfactions avec des visionnements répétés.

> Oliver Lyttelton de IndieWire

En faisant jouer deux scènes en simultané, Godard tire pleinement parti du format stéréoscopique. Au départ, on voit juste un flou qui donne un mal de tête, mais on se rend vite compte que si on ferme un oeil, on voit une image claire, et on en obtient une autre en fermant l’autre. Cette conception, qui fait éclater le quatrième mur, pourrait être son plus grand coup de cinéma depuis des décennies, et vaut à elle seule le déplacement.

> Scott Foundas de Variety

Le mépris rencontre Lassie, en quelque sorte, dans Adieu au langage de Jean-Luc Godard, un commentaire typiquement vigoureux, ludique, mordant sur ​​tout depuis l’état des films jusqu’à l’état du monde, de la part du plus vieil enfant terrible du cinéma français. Malgré son titre, le 39e travail-métrage de Godard prouve que son auteur en a encore beaucoup à dire et qu’il a beaucoup de nouvelles façons de le dire: de son utilisation libre de multiples formats vidéo à ses expériences radicales en 3D. Pendant 69 minutes denses qui donnent l’impression d’une injection d’adrénaline au cerveau, Adieu au langage réaffirme continuellement qu’aucun cinéaste n’en a fait plus pour tester et réaffirmer les possibilités de l’image en mouvement durant le dernier demi-siècle de la forme d’art.

> Gérard Lefort et Olivier Séguret de Libération

Le résultat est magnifique et parfois sublime. Il a beau s’appeler Godard, on a le sentiment que le montreur d’ombres n’a pas pu se retenir de faire joujou avec la 3D comme le premier enfant hollywoodien venu: à certains moments, il fait le frère et la sœur Wachowski à lui tout seul, comme dans ce plan sidéral, météoritique, qui nous jette au visage l’envol d’un canard bleu. [...] Le monde, pardi, est une matière 3D que Godard observe en artiste-scientifique, façon Michel-Ange et Vinci. Adieu au langage est une opération réussie de chirurgie optique. On voit trouble, on est troublé; on voit double, on est doublé; on voit flou, on voit fou.

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> Wesley Morris de Grantland

Vingt pour cent du film doit impliquer de l’eau dans divers états – des fontaines, des douches, des rapides, de la neige, la mer. Cela semble approprié pour un film sur le refus de la fixité et l’étreinte du flux.

À un certain point, une image à l’écran se glisse par-dessus une autre tel un glissement d’écran d’un téléphone intelligent, et la salle a éclaté en applaudissements. C’était l’une des rares fois cette année où le public a interrompu un film pour applaudir son esprit formel. Regarder Adieu au langage au lendemain de Lost River de Ryan Gosling, c’est d’apprécier la mince ligne entre l’innovation et l’incompétence arrogante.

> Serge Kaganski des Inrocks

On ne se hasardera pas à définir le sens absolu d’Adieu au langage, mais on peut émettre une hypothèse personnelle: au-delà de la constance élégiaque d’un bilan poétique du XXe siècle, de ses désastres (le nazisme) et de ses beautés (la littérature, le cinéma…), Godard semble dire adieu au monde, ruminer sur sa propre mort à venir. «Vous êtes empli du goût de vivre. Je suis là pour vous dire non. Et pour mourir», est une des citations marquantes du film. Antigone ou Godard?

> Todd McCarthy du Hollywood Reporter

Comme d’habitude, il n’y a que des fragments de pensées, rien n’est développé, et il n’en tient qu’aux godardiens purs et durs pour essayer de donner un sens à ces fragments disparates cousus ensemble. Ce qui reste clair, cependant, est l’enthousiasme sans relâche de Godard pour montrer de jeunes actrices souples et nues, avec une insistance sur leur derrière.

Un faquin sur la plage

Il y a 20 ans, l’avenir du cinéma appartenait à Quentin Tarantino, lui qui venait de faire son entrée en scène avec fracas (et un doigt d’honneur!) en remportant une Palme d’or controversée à l’âge de 32 ans.

Il était de passage cette année sur la Croisette pour célébrer en grand l’anniversaire de son deuxième long métrage : une projection de Pulp Fiction en 35 mm sur la plage, suivie d’une généreuse conférence de presse dans laquelle il aborda un paquet de sujets dont l’horreur à ses yeux du format numérique, la controverse autour de la fuite du scénario de The Hateful Eight, son utilisation de la musique déjà existante dans ses films, et son désir de faire une mini-série basée d’après Django Unchained.

Quelques jour plus tôt, Jean-Luc Godard se trouvait dans les studios de France Inter pour une rare entrevue. Questionné à propos de la venue du réalisateur-vedette à Cannes, l’idole de Tarantino y est allé de cette sympathique répartie :

La transcription : «Tarantino ne m’intéresse absolument pas. Comme on disait au 18e siècle, c’est un faquin, un pauvre garçon, mais tant mieux s’il est heureux. Autrefois, c’est le genre de gens qu’on détestait, mais plus maintenant. On laisse aller».

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Mardi 22 avril 2014 | Mise en ligne à 16h25 | Commenter Commentaires (5)

The Hateful Eight : Tarantino reconsidère son abandon

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En janvier dernier, Quentin Tarantino a choqué ses fans en déclarant qu’il abandonnait la production de son western intitulé The Hateful Eight, quelques jours seulement après avoir officiellement annoncé le projet. Le cinéaste n’avait tout simplement pas digéré la fuite non-autorisée du scénario qu’il avait confié à un cercle restreint d’acteurs. Le document a ensuite été publié sans son autorisation sur Gawker, site web que QT poursuit pour 1 million $ (AJOUT : La poursuite a été rejetée mardi soir).

Toute cette désolante clameur a heureusement su être canalisée en une énergie créatrice positive. Samedi dernier, The Hateful Eight s’est matérialisé sur les planches du théâtre du Ace Hotel, dans le centre-ville de Los Angeles. Une lecture publique du script menée par Tarantino lui-même, entouré de quelques uns de ses plus fidèles acolytes. Un évènement unique, une représentation seulement, et des billets tournant autour de 200 $. D’après les nombreux comptes-rendus, il régnait dans la place une atmosphère électrique de concert rock.

«Ceci est une première version» a lancé Tarantino sur scène à une foule en délire. «Et il y en aura une deuxième, et une troisième!», insinuant que The Hateful Eight prendra bel et bien forme sur grand écran (le Hollywood Reporter affirme sans ambages que le tournage s’entamera l’hiver prochain). Quelques instants plus tard, il introduit ses acteurs un par un. La troupe a répété la pièce pendant trois jours.

De gauche à droite, et de haut en bas : Kurt Russell, Dana Gourrier, Zoe Bell, Tim Roth, Quentin Tarantino, Michael Madsen, Bruce Dern, Samuel L. Jackson, James Parks, Walton Goggins, James Remar, Amber Tamblyn et Denis Menochet.

De gauche à droite, et de haut en bas : Kurt Russell, Dana Gourrier, Zoe Bell, Tim Roth, Quentin Tarantino, Michael Madsen, Bruce Dern, Samuel L. Jackson, James Parks, Walton Goggins, James Remar, Amber Tamblyn et Denis Menochet.

Le décor est quasi inexistant, si ce n’est pour les micros et les fauteuils qui jonchent la scène. Mais Tarantino suggère aux spectateurs – dont la plupart sont debout – d’user de leur imagination, et de visualiser des paysages captés «dans toute la splendeur impressionnante, spectaculaire, du 70 mm». Pour donner un certain poids à la violence, on mime les armes avec les mains, alors que QT crie des «bam-bam» au micro dans son rôle double de narrateur et de metteur en scène en direct. «Pas de coscénarisation SVP», s’exclame-t-il à l’occasion, lorsqu’il sent que des acteurs se permettent trop d’improvisation.

John Patterson du Guardian a assisté à l’évènement. Voici quelques extraits de son papier :

Ce qu’on voit ce soir rappelle davantage Reservoir Dogs que les films récents de Tarantino, plus tentaculaires : deux lieux claustrophobes regorgeant de suspicion mutuelle et de récrimination, avec beaucoup d’action survenant hors champ ou en flashback.

Tarantino commence par une longue séquence dans une diligence qui tente de battre de vitesse un blizzard en se mettant à l’abri dans une cabane, Minnie’s Haberdashery. À bord se trouvent John Ruth (Russell), un chasseur de primes brutal surnommé The Hangman parce qu’il les apporte vivantes au bourreau, et sa charge, une femme raciste et grossière, Daisy (Tamblyn, excellente), dont les crimes ne sont pas encore divulgués, mais dont la bassesse et le venin sont instantanément évidents (John Ruth apprécie de la frapper au visage – beaucoup). Sur scène apparaît ensuite un ex-officier de l’armée de l’Union et chasseur de primes Marcus West (Jackson), qui a trois cadavres congelés à amener en ville. Ruth a entendu parler de lui et lui offre du respect réticent et un siège dans la diligence, tandis que Daisy lui crie simplement «Salut le nègre!».

Un troisième passager – Goggins – surgit de la neige, prétendant être le nouveau shérif de Red Rock, la destination finale de tout le monde. En arrivant à Minnie’s Haberdashery, nous rencontrons un vieux général confédéré (Dern), et trois personnages louches, un Madsen quasi-silencieux, un Anglais (Roth) qui prétend qu’il est le nouveau bourreau de Red Rock à qui Tamblyn sera livrée, et un Français qui prétend gérer la place durant l’absence de Millie et de son mari.

Assez vite, quelqu’un met du poison dans le café et deux personnes meurent sur le champ, et le décor est planté pour une enquête de style Miss Marple pour dénicher le(s) tueur(s) parmi les personnes présentes, avec des fusils dégainés et la salle divisée en belligérants du nord et du sud, et tout le monde se demandant qui est réellement qui.

Pour ce qui est des acteurs, la brève performance de Bruce Dern était une classe de maître, faite de pauses vertigineuses, de moments calmes stratégiques, et d’une modulation sans effort. Russell détenait une véritable présence, imposante et charismatique, remplissant la pièce comme s’il s’y était présenté avec des dimensions supplémentaires inaccessibles aux simples acteurs de soutien. Tamblyn a fait pétiller son personnage odieux, Jackson était très Jackson (à un moment donné, il éclate de rire et dit: «Je ne peux pas croire que je lis ça…» – , un monologue lourd et horrible impliquant une fellation), et Goggins gagne son statut de deuxième tête d’affiche sans effort. Tarantino, en mode showman à la PT Barnum, a tenu le fort magnifiquement.

The Hateful Eight est divisé en cinq chapitres : «Last Stage to Red Rock», «Son of A Gun», «Minnie’s», «The Four Pasggengers» et «Black Night, White Hell». Lors de la lecture publique, qui a duré près de trois heures, QT a assuré qu’il modifierait complètement le dernier chapitre, un bain de sang dans lequel tout le monde meurt. La séquence la moins convaincante d’un point de vue scénaristique selon les compte-rendus, que vous pouvez d’ailleurs consulter ici, ici, ici, ici et ici.

À lire aussi :

> Tarantino abandonne son western
> The Hateful Eight, un western de Quentin Tarantino

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