Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Quentin Tarantino’

Jeudi 10 novembre 2016 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Commentaires (74)

Tarantino; deux films, puis la retraite

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Une chose est certaine, on ne pourra jamais accuser Quentin Tarantino de se complaire dans la fausse modestie. «J’espère que la façon dont je pourrais définir le succès quand j’aurais terminé ma carrière, c’est que je serai considéré comme l’un des plus grands réalisateurs qui aient jamais vécu. Et plus encore, un grand artiste, pas seulement un cinéaste» a-t-il déclaré la semaine dernière lors d’une conférence sur la créativité à San Diego.

Le cinéaste de 53 ans a profité de l’évènement pour confirmer sa retraite cinématographique après son dixième long métrage. C’est-à-dire que le public n’aura droit qu’à deux autres films du génie auto-proclamé. «Drop the mic. Boom. Tell everybody, “Match that shit”» ; traduction libre : «Je mets au défi quiconque d’égaler mon rendement une fois que j’aurais quitté la scène couvert de gloire».

À San Diego, QT a régalé ses fans en révélant un des «secrets» de son processus créatif. Chaque nouveau scénario implique une visite dans une pièce de sa demeure évoquant un magasin de disques vintage. «Le langage du cinéma tourne beaucoup autour d’un son ou d’une chanson. Avant de commencer, je pense sérieusement à la musique. J’écoute un morceau et j’imagine tout le monde au Palais des Festivals à Cannes complètement enchanté».

Curieusement, son prochain projet ne sera pas nécessairement un film. Il parle d’une oeuvre de «non-fiction» liée à l’année 1970, qu’il considère comme «la plus importante de l’histoire du cinéma». Inspiré par le magnifique livre de Mark Harris, Pictures at a Revolution, il étudie assidument le sujet depuis quatre ans déjà. «Ça pourrait être un livre, un documentaire, un podcast en cinq parties», dit-il.

Le mois dernier, Tarantino a sélectionné 14 films sortis en 1970 dans le cadre du Festival Lumière 2016, à Lyon. Ont notamment été projetés Love Story d’Arthur Hiller, L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, Le Boucher de Claude Chabrol, The Private Life Of Sherlock Holmes de Billy Wilder, Five Easy Pieces de Bob Rafelson, Drive, He Said de Jack Nicholson; Beyond The Valley Of The Dolls de Russ Meyer et M*A*S*H de Robert Altman (photo ci-dessus).

À propos de ce dernier, qui a été projeté après une classe de maître du réalisateur de Pulp Fiction, Tarantino révèle ne pas avoir eu une bonne relation avec Altman. «Il ne m’aimait pas et je ne l’aimais pas», a-t-il admis à propos du cinéaste franc-tireur, décédé en 2006. Il aime M*A*S*H cependant, une comédie sur la guerre de Corée qui est réellement un commentaire subversif sur l’horreur de la guerre du Viêt Nam. «Le seul choix des personnages pour faire face à la déshumanisation qu’est la guerre est de se geler et de se saouler. Le film n’aurait pas pu être fait une autre année que celle-là», dit QT.

Tarantino rappelle que lorsque M*A*S*H remporta la Palme d’or, c’était la première et seule fois que le festival a reconnu que le jury cannois fut divisé. Une bonne portion des votants voulait décerner la récompense suprême au drame romantique The Strawberry Statement de Stuart Hagmann. Les règles ont été changées depuis, a noté Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, qui a participé à la classe de maître.

Tarantino avait 7 ans en 1970, et dit avoir été «pleinement conscient» du changement drastique du paysage cinématographique.

Plus que j’allais à la bibliothèque pour consulter des articles de journaux de l’époque, plus que je me rendais compte que le Nouvel Hollywood avait gagné la révolution. Par contre, sa survie n’était pas claire. Le cinéma avait tellement changé qu’Hollywood avait aliéné le public familial… Les spectateurs hippies n’étaient pas vraiment des cinéphiles. La société avait demandé la nouvelle vague hollywoodienne, mais ça ne veut pas dire qu’elle la supportait en tant que modèle d’affaires, et ça m’a fait réaliser que le cinéma de 1970-1976 était bien plus fragile que je le pensais. Cette expérience aurait pu mourir en 1970.

> La classe de maître de Tarantino est transcrite en partie sur Deadline ; on peut la voir en vidéo sur CultureBox.

Son «meilleur» personnage

De passage au Festival du film de Jérusalem en juillet dernier, où il a obtenu un prix pour l’ensemble de sa carrière, Tarantino a parlé de sa création scénaristique préférée. «[Hans] Landa est le meilleur personnage que j’ai jamais écrit, et peut-être le meilleur que je vais jamais avoir écrit. Ça m’a pris du temps avant de réaliser qu’il était un génie linguistique. Il est probablement un des seuls nazis de l’histoire qui pouvait parler parfaitement le Yiddish».

Le processus de casting d’Inglourious Basterds fut pénible, et à la fin fut carrément inquiétant. «Si je ne trouvais pas le Landa parfait, j’allais abandonner le film. Je me suis donné une autre semaine avant de renoncer. Mais quand Christoph Waltz est arrivé, c’était évident qu’il était ce gars-là; il pouvait tout faire. Il était incroyable, il nous a redonné notre film», a déclaré QT.

Ozploitation

L’amour de Tarantino pour le cinéma d’exploitation australien n’est pas aussi connu que sa passion pour le blaxploitation ou les films de kung fu, par exemple. Si l’on se fie à cette entrevue qu’il a accordée au Guardian, ou à cette autre à Screen Australia, force est de conclure qu’il semble connaître le sujet comme pas un.

Rappelons-nous du caméo incongru de Tarantino dans Django Unchained, où il incarne brièvement un employé de la compagnie australienne LeQuint Dickey Mining Co, qui est selon Vulture un clin d’oeil à l’Ozploitation (à moins que ce ne soit une référence à James Mason et à son «infâme accent australien» dans Mandingo).

En janvier dernier, QT a dévoilé au magazine The Music qu’il songeait à faire un film de gangsters à la Bonnie & Clyde qui se déroulerait dans l’Australie des années 1930. Mais rien n’est coulé dans le béton, pas plus que la fameuse suite à Kill Bill, éternelle rumeur qu’il a évoquée à nouveau à Variety en décembre dernier. Enfin, s’il n’en tenait qu’aux fans de Deadpool et à leur pétition, il réaliserait la suite de la comédie de super-héros mettant en vedette Ryan Reynolds.

Rouge sang

La violence est une caractéristique prédominante de l’univers tarantinesque. Avant The Hateful Eight, l’on dénombre pas moins de 560 personnes tuées dans ses films. Il a abordé son penchant pour l’hémoglobine à plusieurs reprices dans sa carrière, s’exprimant parfois de manière acrimonieuse lorsque faisant face à des journalistes hostiles qui n’ont pas saisi la nuance exprimée dans Week-end de Jean-Luc Godard : «C’est pas du sang, c’est du rouge».

The Atlantic a recensé plusieurs citations de QT sur le sujet. En voici une datant de 1994 :

La violence est juste une des nombreuses choses que vous pouvez faire au cinéma. Les gens me demandent : “D’où vient cette violence dans vos films?”. Je réponds : “D’où viennent toutes ces danses dans les films de Stanley Donen?”. Si vous me demandez ce que je ressens par rapport à la violence dans la vie réelle, eh bien, j’ai beaucoup de sentiments à ce sujet. C’est l’un des pires aspects de l’Amérique. Dans les films, la violence est cool. J’aime ça.

Le brillant Julian Palmer, que j’ai cité à plusieurs reprises ici au cours de la dernière année, se demande dans son nouvel essai vidéo comment Tarantino utilise la violence dans ses films. Comment il juxtapose ces actes brutaux avec le développement de ses personnages. Mention spéciale à l’analyse de l’emploi de l’espace et de la musique dans la scène de l’oreille de Reservoir Dogs.

À lire aussi :

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Mardi 25 août 2015 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (24)

Dans la tête de Tarantino

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Le New York Magazine a publié cette semaine une des entrevues les plus fascinantes que vous lirez d’ici la fin de l’année. Ce qui la rend si merveilleuse est que le journaliste, Lane Brown, a su comment canaliser l’énergie de son volubile interlocuteur. Presque chacun des sujets abordés aurait pu faire l’objet d’une seule, et longue, conversation. Au final, on se retrouve plutôt avec un appétissant buffet rempli de délicieuses bouchées cinéphiliques. J’en traduis quelques unes ici :

> À propos des sombres prévisions quant à l’avenir du cinéma. En particulier les propos de Spielberg et Lucas.

«Les gens disent ça à chaque six ans. Nous sommes tous d’accord que les années 1970 – ou 1930, ça dépend de votre humeur – sont probablement la meilleure décennie de l’histoire du cinéma, en ce qui concerne le cinéma à Hollywood. Je pense que les années 1990 ne sont pas loin aussi. Mais les gens ont dit ce que Spielberg déplore tout au long des années 1990, et même pendant les années 1970.

«Si vous sortez voir beaucoup de films dans une année donnée, c’est vraiment dur d’établir un Top 10, parce que vous avez vu beaucoup de choses que vous avez aimées. Un top 20 est plus facile. On obtient probablement un chef-d’œuvre par an, et je ne crois pas qu’on devrait s’attendre à plus qu’un chef-d’œuvre par an, sauf dans une très grande année.»

> Ses films préférés en 2015

«Je n’ai presque rien vu cette année. Je travaille sur mon film depuis si longtemps. Mais j’ai aimé Kingsman. J’ai beaucoup aimé It Follows. C’était la meilleure prémisse que j’ai vue dans un film d’horreur depuis très, très, très longtemps. C’est un de ces films qui est si bon que l’on regrette qu’il n’a su être un grand film. Il aurait dû conserver sa mythologie intacte. Il a cassé sa mythologie à gauche, à droite et au centre». (QT en parle plus en détail dans cette entrevue-boni).

> Il admire l’oeuvre de David O. Russell, et croit par exemple qu’on parlera encore de The Fighter dans 30 ans.

«Son talent a toujours été là, mais s’est vraiment cristallisé dans ce film. Je pense qu’il est le meilleur directeur d’acteurs, avec moi-même, qui travaille dans l’industrie en ce moment. Et The Fighter avait un casting impeccable. À titre d’exemple, j’ai vraiment aimé The Town, qui est également sorti en 2010. C’était un bon film policier. Cependant, il ne pouvait pas se mesurer à The Fighter parce que tout le monde dans The Town était trop beau. Ben Affleck est le seul qui s’en sort, parce que son accent de Boston est si bon. Mais l’escroc est absolument magnifique. Le caissier est absolument magnifique. Le gars du FBI est absolument magnifique. La pute du village, Blake Lively, est absolument magnifique. Jeremy Renner est le gars le moins magnifique, mais il est quand même très beau. Ensuite, si vous voyez The Fighter, et voyez ces sœurs, elles sont tellement parfaites. Quand vous avez David O. Russell qui choisit ces sœurs, et vous avez Ben Affleck qui choisit Blake Lively, vous ne pouvez plus comparer ces deux films. L’un montre à quel point l’autre est faux.»

> Est-ce qu’il se sent en concurrence avec d’autres cinéastes, du genre Paul Thomas Anderson?

«Non, c’est très amical. Ça peut sembler égotiste, mais je ne me sens vraiment plus en compétition avec les autres; je suis en compétition avec moi-même. David O. Russell peut avoir le plus gros hit de l’année, et ça ne m’enlève rien. Je ne pouvais être plus heureux que de voir Richard Linklater aux Oscars cette année.

«La dernière fois que j’ai ressenti de la compétition c’est quand je faisais Kill Bill et que je me mesurais à The Matrix Reloaded. C’était l’épée de Damoclès au-dessus de ma tête. J’ai vu Matrix Reloaded au Chinese Theatre le jour qu’il a pris l’affiche, et je suis sorti de la salle en chantant la chanson de Jay-Z : S-dot-Carter / Y’all must try harder / Competition is nada. Je me suis dit, amenez-en! Je m’inquiétais pour ça? Putain de merde…»

> Il n’est pas le plus grand fan de la série-culte True Detective

«J’ai essayé de regarder le premier épisode de la première saison, et je n’ai pas du tout réussi à embarquer. Je pensais que c’était vraiment ennuyeux. Et la deuxième saison semble affreuse. Juste la bande-annonce – tous ces beaux acteurs qui essaient de ne pas être beaux et qui se promènent comme si le poids du monde était sur leurs épaules. C’est tellement sérieux, et ils sont tellement torturés, essayant d’avoir l’air misérable avec leurs moustaches et leurs vêtements sales. Une série de HBO que j’aime est The Newsroom d’Aaron Sorkin. C’est la seule série que j’ai littéralement regardée à trois reprises.»

> Il est un très grand fan d’Almodóvar (propos tirés de l’entrevue-boni)

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«Quand les gens en Amérique parlent des grands auteurs, ils ne parlent pas assez de Pedro Almodóvar. Depuis 30 ans, il a éclipsé presque tous ses pairs américains. Il a connu une période un peu faible à l’époque de Kika et de Tout sur ma mère. Je n’ai pas trop compris Étreintes brisées, mais c’était tout de même correct. Par contre, ces sept dernières années il a été sur une magnifique lancée. Il est un réalisateur fantastique. Ses scénarios sont merveilleux, et il ne cesse de gagner le gros lot.

«Et il est tellement spécifique, mais contrairement à un grand nombre de ces réalisateurs de films artistiques dont vous allez vous fatiguer, comme Wong Kar-wai, vous ne vous lasserez jamais d’Almodóvar. Parce que, autant que les éléments de ses films sont reconnaissables, ils ne semblent jamais se répéter. [La piel que habito], c’était lui qui faisait un film d’horreur, et c’était incroyable. J’ai eu l’impression que – et je suis pas mal sûr d’avoir raison – Pedro a regardé The Human Centipede et a pensé, Tu sais, je pense que je sais comment faire ce genre de truc. Je pourrais en faire quelque chose de très spécial.»

- Photo : Pedro Almodóvar sur le plateau de son dernier film, Silencio

> Il n’en a rien à cirer des critiques sociales de ses films (pour bien comprendre ce qui distingue une «critique sociale» – tendance en vogue ces derniers temps – d’une critique de film traditionnelle, deux bons exemples maison, ici et ici.)

«Il est vraiment facile de les ignorer, parce que je crois en ce que je fais à 100 pour cent. Donc, tous ceux qui s’opposent à mes films en clamant parler au nom du bien public peuvent tout simplement aller se faire foutre. Ils peuvent être une entrave pendant un moment, mais lorsque ça passe, il finissent toujours par être de l’essence sur mon feu.»

> Il est enchanté par son pouvoir d’influence (situation pour le moins ironique considérant qu’il est également l’un des cinéastes-recycleurs les plus notoires).

«C’est génial. Ça veut dire que je fais mon boulot. Je suis un cinéaste légitime de ma génération qui est en tête du peloton. Hitchcock a vu ses techniques reprises par d’autres personnes, et tout ça était génial. Spielberg a vu ses techniques copiées – cela signifie simplement que vous avez eu un impact.

«Avant même d’avoir fait un seul film, mon objectif était de faire des films que, si les jeunes les voyaient, ça leur donnerait envie de faire des films. Il s’agit d’une chose que je peux définitivement dire que j’ai accomplie.

«[Mon imitateur préféré] est un réalisateur qui n’a plus rien fait depuis, C. M. Talkington, qui a réalisé Love and a .45. Et il y a aussi un film de Hong Kong qui est vraiment formidable qui s’appelle Too Many Ways to Be No. 1.

«Si vous voulez me donner du crédit, je l’accepte, mais je ne vais pas le prendre. Je ne suis pas aussi présomptueux. Il y a une petite partie de moi-même qui pense que tout est influencé par moi, mais c’est juste ma mégalomanie qui parle.»

> Le meilleur pour la fin. Le huitième long métrage de Tarantino, The Hateful Eight, est selon son auteur un western qui parle de notre époque, plus particulièrement des tensions raciales qui font les manchettes aux États-Unis depuis une bonne année.

«Une chose qui a toujours été vraie est qu’il n’y a pas de genre qui reflète mieux les valeurs et les problèmes d’une décennie donnée que le western. Les westerns des années 50 reflètent l’Amérique d’Eisenhower mieux que tous les autres films de leur époque. Les westerns des années 30 reflètent les idéaux des années 30. Et les westerns des années 40 aussi, parce qu’il y avait toute une souche de westerns presque noirs qui, tout d’un coup, avaient des thèmes sombres.

«Les westerns des années 70 étaient des westerns anti-mythe – des westerns Watergate; tout portait sur les anti-héros, tout avait une mentalité de hippie ou une mentalité nihiliste. Jesse James y était un maniaque homicide. Dans Dirty Little Billy, Billy the Kid est dépeint comme un petit tueur punk mignon. Wyatt Earp est dépeint comme il l’était vraiment dans le film Doc, par Frank Perry. Dans les années 70, il était question de déchirer la croûte et montrer qui ces gens étaient réellement. Par conséquent, le gros western qui est sorti dans les années 80 était Silverado, qui essayait d’être tapageur à nouveau – c’était bel et bien un western Regan.

«Je n’essaie pas de rendre Hateful Eight contemporain d’aucune manière que ce soit. J’essaie juste de raconter mon histoire. Ça devient un peu lourd lorsque vous essayez de faire ainsi, lorsque vous essayez de faire un western hippie ou un western contre-culturel. The Good, the Bad and the Ugly n’aborde pas directement les conflits raciaux de la Guerre de Sécession; c’est juste un truc qui se passe. Mon film parle du pays qui est déchiré par ces conflits, et les conséquences raciales, six, sept, huit, dix ans plus tard.

«Enfin, la question de la suprématie blanche est discutée [dans les médias]. Et c’est de cela que parle mon film. [Les échos de Ferguson et Baltimore] étaient déjà dans le scénario. Je n’ai par contre pas essayé de le rendre contemporain, mais il arrive juste que le timing est opportun. J’aime le fait que les gens abordent le racisme institutionnel qui a existé et a été ignoré dans ce pays. Je sens que nous vivons un autre moment digne des années 60, où les gens eux-mêmes ont eu à exposer à quel point ils étaient laids avant que les choses puissent changer. Je suis plein d’espoir avec ce qui se passe en ce moment.»

Dernière chose, qui nous vient encore une fois de l’entrevue-boni publiée ce matin, on apprend officiellement que The Hateful Eight sera le premier film de QT a disposer d’une bande originale. Signée par nul autre qu’Ennio Morricone. Le mythique compositeur italien a réalisé une première musique pour un western depuis 1975. La réaction de Tarantino? «C’est horrible. Qu’attendez-vous à ce que je dise. Vous l’entendrez en temps et lieu. C’est absolument épouvantable».

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> Pulp Fiction a 20 ans

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Mardi 14 octobre 2014 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (25)

Pulp Fiction a 20 ans

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Quand Harvey Keitel est allé rendre visite à un aspirant réalisateur du nom de Quentin Tarantino, il lui a demandé s’il avait déjà vécu dans un quartier dur, ou si quelqu’un de sa famille avait déjà était lié avec des criminels. Le fameux acteur était curieux de savoir comment ce grand maigrichon, qui avait passé l’essentiel de sa vie adulte à travailler dans un club vidéo, et qui vivait dans un quartier plutôt paisible à L.A., en savait autant sur le monde interlope tel que décrit dans son scénario de Reservoir Dogs. «Non», lui a répondu le jeune homme de 28 ans, je n’en connais rien. Par contre, «je regarde des films».

Dans ce bref échange, relaté dans cette captivante «histoire orale» de Pulp Fiction publiée l’année dernière par Vanity Fair, se trouve le modus operandi de l’oeuvre tarantinesque. Que ses films parlent de gangsters, de Seconde Guerre mondiale, d’esclavage, de kung fu, ou de voitures à l’épreuve de la mort, il auront toujours comme sujet prédominant le cinéma lui-même.

Prenons seulement le titre de son premier long métrage, Reservoir Dogs, qui n’en dit pas tant sur la nature de l’intrigue, que sur la cinéphilie de son auteur. Il s’agit en effet de la transcription phonétique de sa prononciation fort maladroite du drame de guerre de Louis Malle Au revoir les enfants (1987). Et n’oublions pas le nom de sa maison de production, A Band Apart, qui est un hommage au joyau de la Nouvelle Vague Bande à part (1964) de Jean-Luc Godard.

Sorti en salle il y a vingt ans jour pour jour, le deuxième long métrage de Tarantino allait devenir le film indépendant le plus lucratif de l’histoire à l’époque, avec des recettes mondiales de 214 millions $ sur un budget de 8,5 millions $. Son impact culturel fut tel qu’il est pratiquement impossible de parler de l’oeuvre en tant que telle en la séparant du phénomène qu’elle a généré. Pulp Fiction est le À bout de souffle de sa génération: il a redéfini la mission du cinéma. Nous sommes aujourd’hui en l’an 20 ap. P.F. Et, malgré d’innombrables imitations qui se sont manifestées durant cette période comme autant de veaux d’or en quête désespérée d’idolâtrie, la suprématie du messie à la caméra n’a toujours pas été remise en question.

Quand on pense à Pulp Fiction, il surgit dans notre esprit une constellation de scènes, de musiques et de répliques savoureuses. Parmi celles-là, il y a la fameuse tirade du Royal With Cheese. Pour Tom Carson, qui signe en cette date anniversaire une analyse sophistiquée chez Grantland, ce moment «est le premier meurtre du film, en quelque sorte, parce que toutes sortes de règles hollywoodiennes sur la caractérisation et l’exposition venaient juste de prendre une raclée en plein visage».

J’ai vu Pulp Fiction quelques années après sa sortie, en VHS. C’est la scène juste après le Royal With Cheese qui m’a fait réaliser que je regardais un film pas comme les autres, qui bousculait avec panache les normes établies. Deux tueurs à gages se rendent sur les lieux d’une exécution particulièrement matinale. En chemin, ils discutent de massage de pied en long et en large. On peut croire qu’ils tentent de se distraire avant de commettre une tâche sanglante en abordant un sujet plutôt léger. Une fois rendus devant la porte derrière laquelle se trouvent leurs futures victimes, ils hésitent : «7:22 in the a.m. – It’s not quite time yet». Suite à quoi ils se retirent dans un couloir afin de poursuivre leur jasette apparemment insignifiante.

Et c’est là qu’on se rend compte que le «It’s not quite time yet» ne fait aucun sens en relation à l’intrigue (ils font irruption dans l’appartement moins d’une minute plus tard; ça m’étonnerait qu’ils aient pris rendez-vous à 7h23 précises), mais qu’il fait beaucoup de sens dans l’esprit d’un metteur en scène qui cherche à sublimer les attentes des spectateurs. Tarantino veut tellement nous démontrer que le trivial a préséance sur le dramatique, qu’il «arrête» carrément son film, afin d’ennoblir ce que tout exégète de scénarisation qualifierait de «superficiel». Dans l’univers de QT, le condiment goûte toujours mieux que le plat principal.

***

Parlant de trivial, pour les amateurs d’anecdotes :

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