Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘PTA’

Vendredi 3 juin 2016 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (3)

Paul Thomas Anderson renoue avec Daniel Day-Lewis

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La nouvelle la plus excitante dans le milieu du cinéma américain est tombée hier en début de soirée, comme ça, sans avertissement. Les deux maîtres d’oeuvre de There Will Be Blood (2007), l’un des films les plus estimés de la dernière décennie, referaient équipe pour un long métrage explorant l’univers de la mode à New York dans les années 1950.

Variety a révélé le scoop, tout en précisant qu’aucune entente n’a encore été paraphée. On sait cependant que Day-Lewis est attaché au projet «depuis quelque temps». L’acteur britannique triplement oscarisé a été vu pour la dernière fois au grand écran dans Lincoln (2012) de Steven Spielberg. Il n’a joué que dans 10 films au cours du dernier quart de siècle.

PTA, de son côté, est en train d’écrire le scénario, et rencontre des actrices «d’origine est-européenne pour des rôles de soutien». Depuis son dernier long métrage, Inherent Vice (2014), le cinéaste de 45 ans a passé beaucoup de temps avec des musiciens, notamment son fidèle compositeur Jonny Greenwood. Il a filmé l’aventure indienne de ce dernier dans Junun, moyen métrage documentaire sorti l’an dernier sur le site VOD Mubi. Le synopsis :

Début 2015, Paul Thomas Anderson rejoint son collaborateur et ami Jonny Greenwood dans son voyage au Rajasthan, au nord-ouest de l’Inde, où ils sont accueillis par le Maharaja de Jodhpur qui les autorise à résider au Fort de Mehrangarh pour trois semaines. C’est là que Greenwood enregistre un album avec le compositeur Israélien Shye Ben Tzur, ainsi qu’un groupe de douze musiciens indiens réputés.

Il a dirigé la chanteuse folk Joanna Newsom – également narratrice dans Inherent Vice – pour une seconde fois dans le vidéoclip Divers, l’hiver dernier.

Plus récemment, il a réalisé le vidéoclip Daydreaming de Radiohead, groupe de son pote Greenwood.

On espère sincèrement que son nouveau projet ne connaîtra pas le destin de Pinocchio… On peut même se laisser imaginer qu’un jour ce film des plus intrigants fera l’objet d’un programme double avec le Neon Demon de Nicolas Winding Refn

Tout PTA en 150 minutes

Après des comptes rendus exhaustifs des filmographies et carrières de Stanley Kubrick et de David Fincher, The Directors Series nous a dernièrement offert un portrait de Paul Thomas Anderson en 150 minutes réparties en cinq chapitres.

À lire aussi :

> There Will Be Blood : Les rêveries du foreur solitaire
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Jeudi 2 juillet 2015 | Mise en ligne à 13h45 | Commenter Commentaires (13)

Paul Thomas Anderson adapte… Pinocchio

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Les observateurs de l’industrie ont été pris de court, mercredi matin, par l’annonce du nouveau projet de Paul Thomas Anderson. Le cinéaste de 45 ans reconnu pour son regard sombre et oblique sur la nature humaine s’apprête à adapter un classique de la littérature pour enfants, popularisé en 1940 par le long métrage d’animation de Walt Disney.

Avant de regretter ce choix pour le moins curieux de la part de PTA, les cinéphiles doivent se rappeler que «film pour enfants» ne rime pas nécessairement avec «enfantin». Il y a de bonnes raisons de croire que son interprétation de Pinocchio s’éloignera de celle de l’oncle Disney, et se rapprochera davantage du ton sombre du conte écrit par Carlo Collodi à la fin du 19e siècle.

Comme le précise The Dissolve, le Pinocchio originel «était une petite bête égoïste, agressive et violente, qui défiait l’autorité en permanence. Il trahit délibérément son père et la bonne fée coup sur coup». De la substance en masse pour l’auteur obsédé par le thème de la filiation paternelle…

Si l’on se fie aux adaptations précédentes d’Anderson, le film aura aussi certainement une dimension personnelle : There Will Be Blood n’a conservé que des miettes du roman original, Oil! d’Upton Sinclair, tandis que The Master est une biographie très libre, pour ne pas dire carrément fictive, du fondateur de la Scientologie, L. Ron Hubbard. Il est vrai que son dernier film, Inherent Vice, est particulièrement fidèle à l’esprit et à la plume de Thomas Pynchon, mais il s’agissait là d’un hommage à un auteur bien vivant que PTA porte en haute estime.

«Comme LaMotta et Chico»

L’idée d’une version en prise de vues réelles de Pinocchio provient de Robert Downey Jr. L’acteur le mieux payé de la planète rêve depuis des années au rôle de Geppetto, ce pauvre menuisier italien qui voit une de ses marionnettes en bois se transformer en un garçon en chair et en os. Son vœu a failli être exaucé en 2012, avec Tim Burton aux commandes (ce dernier a récemment accepté d’adapter un autre conte associé à Disney, Dumbo) Par la suite, c’est Ben Stiller qui a été pressenti dans le siège du réalisateur. Mais rien n’y fit.

Downey a révélé il y a deux ans qu’il voyait le personnage de Geppetto comme un mélange entre Jake LaMotta, le boxeur irascible personnifié par Robert De Niro dans Raging Bull, et Chico Marx, l’un des membres du fameux quatuor de frangins spécialisé dans le cinéma burlesque dans les années 30 et 40.

De manière plus générale, il considère Pinocchio comme «une histoire vitale, qui porte en réalité sur un cinglé de la classe ouvrière qui investit un objet inanimé avec toutes les qualités qu’il n’a pas. Pour moi, un garçon de bois est un vrai petit garçon qui ne se sent pas reconnu à sa juste valeur».

Il n’est pas encore certain que PTA mettra en scène le film. Pour l’instant, il a été engagé par Warner Bros. pour récrire le scénario de Michael Mitnick (qui a signé la SF d’ados dystopique The Giver). Cela dit, l’opportunité de collaborer avec son bon ami Robert Downey Jr., qui était selon des rumeurs persistantes son premier choix pour incarner le protagoniste dans son polar psychédélique Inherent Vice, saura certainement faire pencher la balance.

Parions enfin que l’acteur-vedette insistera personnellement auprès du cinéaste pour qu’il s’installe derrière la caméra. En entrevue à Grantland en avril dernier, il est passé à deux doigts d’y aller d’une déclaration d’amour en bonne et due forme : «Je suis vraiment chanceux, d’abord et avant tout, d’être ami avec PTA. Et il est tellement plus qu’un réalisateur. Il est quelqu’un que vous vous dites : “Si je pouvais passer une bonne partie de tous mes jours avec ce gars, alors je serais une meilleure personne.”»

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Mardi 30 septembre 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (9)

Inherent Vice de PTA : le plaisir avant la plausibilité

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Un peu plus d’un an après la fin du tournage d’Inherent Vice, nous avons enfin droit à une première bande-annonce, sortie hier soir. La patience des fans de Paul Thomas Anderson a largement été récompensée si l’on se fie à la joyeuse clameur qui a retenti sur les réseaux sociaux. Les gens étaient souvent littéralement à court de mots, optant plutôt pour divers types d’onomatopées dénotant à la fois surprise et séduction.

Le réflexe du cinéphile après avoir digéré cet aperçu de quelque deux minutes est de s’exclamer: PTA est de retour aux sources! (comme je l’avais fait dans de précédents posts). Mais je crois que c’est un peu plus compliqué. Oui, on retrouve une distribution d’ensemble et une vive énergie comme ce fut le cas pour Boogie Nights et Magnolia, mais ce n’est pas ces films qui me viennent en tête lorsque je pense à Inherent Vice. Je vise davantage du côté de Punch-Drunk Love, et de son humour absurde, bizarre, et en fin de compte mélancolique.

Dans sa brève critique publiée lundi dans le New York Times, Stephen Holden dit que «le film crée une vision surréaliste d’une Californie du Sud révolue baignant dans le smog et les relents de marijuana, quand chaque rue semblait avoir son propre salon de massage. L’atmosphère est tellement imprégnée de psychédélisme vintage qu’il est impossible de distinguer la réalité de la fantaisie; tout cela pourrait être un rêve». On retrouverait donc l’aspect onirique des deux derniers PTA, au profit des procédés narratifs relativement classiques de ses débuts.

Le cinéaste de 44 ans a parlé pour la première fois de son septième long métrage dans une fascinante entrevue accordée vendredi dernier au New York Times. À propos du ton de son film, il dit avoir voulu répliquer le style de gags des frères Zucker, maîtres du slapstick des années 1980 et 90, en particulier dans Police Squad! et Top Secret!. Comme dans ces comédies sans queue ni tête, PTA admet ne pas trop s’en être fait avec la plausibilité de l’intrigue; l’intention première était d’avoir du plaisir à faire du cinéma.

North by Northwest? Dites-moi encore comment il se rend en plein milieu du champ avec l’avion qui le poursuit? Je ne peux pas. Comment fait-il pour se rendre à Mount Rushmore? Je ne sais pas, mais c’est génial.

Chandler ou Hammett, ou un de ces gars, a dit que «le but d’une intrigue dans un film policier est d’amener votre héros vers l’autre fille et qu’il flirte avec». Dans mon film c’est, quand est-ce que la prochaine fille ou le truc drôle vont se passer?

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Mis à part l’oeuvre des Zucker, PTA a examiné des films noirs réputés mais aux récits tordus ou à la structure désinvolte comme The Long Goodbye, Kiss Me Deadly et The Big Sleep (le classique délicieusement confus de Howard Hawks avec Humphrey Bogart, aux dires de Holden, tient pour de la littérature pour enfants comparé à Inherent Vice). Mais la base principale de son film était le roman éponyme de Thomas Pynchon. Ce constat peut sembler évident, mais pas dans le cas de PTA. Sa seule autre adaptation littéraire, There Will Be Blood (2007), était si libre qu’on se demande s’il avait lu le Oil! d’Upton Sinclair au-delà de sa quatrième de couverture.

Selon les acteurs interviewés par le NYTimes (Joaquin Phoenix, Josh Brolin), Pynchon a collaboré étroitement avec le cinéaste, durant l’écriture du scénario et même pendant le tournage. Le fameux auteur reclus, qui n’a pas fait d’apparition publique depuis près d’un demi-siècle, aurait même un caméo dans le film – une première depuis son apparition dans un épisode des Simpsons, en 2004. «La seule chose qui est mieux que de lire du Pynchon, c’est de relire du Pynchon», affirme PTA, qui précise avoir d’abord retranscrit les 384 pages du roman sous forme scénaristique, avant de commencer à couper dans le gras. Il admet cependant avoir complètement remanié la fin.

Si Inherent Vice se présente en surface comme une comédie de stoner, PTA espère que le public saura voir à travers les multiples blagues un propos plus profond. En parlant de son protagoniste, Doc Sportello, un détective privé adepte de pot qui est empêtré dans une affaire mystérieuse incluant son ex-copine à l’esprit libre, un promoteur immobilier milliardaire et infidèle, un saxophoniste surfer, un détective corrompu avide de crêpes, et le Golden Fang, qui pourrait être un «bateau, un cartel d’héroïne indo-chinois, un centre de désintox ou une association de dentistes» :

Comme tout le monde qui faisait partie de cette époque, avec toutes ces idées qui circulaient, Doc sent qu’il s’est fait avoir. Il y a une tristesse en-dessous de tout cela. Et cela a certainement été un thème récurrent dans l’œuvre de Pynchon.

Je suis entièrement d’accord avec la vision du monde de ce livre et il aurait été très difficile d’y contribuer cinq ans de ma vie si je ne pensais pas ainsi. Dans la salle de montage, tout le temps, je voulais juste être un substitut à sa compassion et à sa préoccupation du sort américain. L’Amérique a-t-elle vraiment été à la hauteur de son potentiel? Gardons l’espoir.

Inherent Vice aura sa première mondiale au New York Film Festival le 4 octobre, avant de prendre l’affiche dans des villes sélects aux États-Unis le 12 décembre. Le film sortira chez nous le 9 janvier 2015.

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