Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘PTA’

Jeudi 2 juillet 2015 | Mise en ligne à 13h45 | Commenter Commentaires (13)

Paul Thomas Anderson adapte… Pinocchio

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Les observateurs de l’industrie ont été pris de court, mercredi matin, par l’annonce du nouveau projet de Paul Thomas Anderson. Le cinéaste de 45 ans reconnu pour son regard sombre et oblique sur la nature humaine s’apprête à adapter un classique de la littérature pour enfants, popularisé en 1940 par le long métrage d’animation de Walt Disney.

Avant de regretter ce choix pour le moins curieux de la part de PTA, les cinéphiles doivent se rappeler que «film pour enfants» ne rime pas nécessairement avec «enfantin». Il y a de bonnes raisons de croire que son interprétation de Pinocchio s’éloignera de celle de l’oncle Disney, et se rapprochera davantage du ton sombre du conte écrit par Carlo Collodi à la fin du 19e siècle.

Comme le précise The Dissolve, le Pinocchio originel «était une petite bête égoïste, agressive et violente, qui défiait l’autorité en permanence. Il trahit délibérément son père et la bonne fée coup sur coup». De la substance en masse pour l’auteur obsédé par le thème de la filiation paternelle…

Si l’on se fie aux adaptations précédentes d’Anderson, le film aura aussi certainement une dimension personnelle : There Will Be Blood n’a conservé que des miettes du roman original, Oil! d’Upton Sinclair, tandis que The Master est une biographie très libre, pour ne pas dire carrément fictive, du fondateur de la Scientologie, L. Ron Hubbard. Il est vrai que son dernier film, Inherent Vice, est particulièrement fidèle à l’esprit et à la plume de Thomas Pynchon, mais il s’agissait là d’un hommage à un auteur bien vivant que PTA porte en haute estime.

«Comme LaMotta et Chico»

L’idée d’une version en prise de vues réelles de Pinocchio provient de Robert Downey Jr. L’acteur le mieux payé de la planète rêve depuis des années au rôle de Geppetto, ce pauvre menuisier italien qui voit une de ses marionnettes en bois se transformer en un garçon en chair et en os. Son vœu a failli être exaucé en 2012, avec Tim Burton aux commandes (ce dernier a récemment accepté d’adapter un autre conte associé à Disney, Dumbo) Par la suite, c’est Ben Stiller qui a été pressenti dans le siège du réalisateur. Mais rien n’y fit.

Downey a révélé il y a deux ans qu’il voyait le personnage de Geppetto comme un mélange entre Jake LaMotta, le boxeur irascible personnifié par Robert De Niro dans Raging Bull, et Chico Marx, l’un des membres du fameux quatuor de frangins spécialisé dans le cinéma burlesque dans les années 30 et 40.

De manière plus générale, il considère Pinocchio comme «une histoire vitale, qui porte en réalité sur un cinglé de la classe ouvrière qui investit un objet inanimé avec toutes les qualités qu’il n’a pas. Pour moi, un garçon de bois est un vrai petit garçon qui ne se sent pas reconnu à sa juste valeur».

Il n’est pas encore certain que PTA mettra en scène le film. Pour l’instant, il a été engagé par Warner Bros. pour récrire le scénario de Michael Mitnick (qui a signé la SF d’ados dystopique The Giver). Cela dit, l’opportunité de collaborer avec son bon ami Robert Downey Jr., qui était selon des rumeurs persistantes son premier choix pour incarner le protagoniste dans son polar psychédélique Inherent Vice, saura certainement faire pencher la balance.

Parions enfin que l’acteur-vedette insistera personnellement auprès du cinéaste pour qu’il s’installe derrière la caméra. En entrevue à Grantland en avril dernier, il est passé à deux doigts d’y aller d’une déclaration d’amour en bonne et due forme : «Je suis vraiment chanceux, d’abord et avant tout, d’être ami avec PTA. Et il est tellement plus qu’un réalisateur. Il est quelqu’un que vous vous dites : “Si je pouvais passer une bonne partie de tous mes jours avec ce gars, alors je serais une meilleure personne.”»

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Mardi 30 septembre 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (9)

Inherent Vice de PTA : le plaisir avant la plausibilité

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Un peu plus d’un an après la fin du tournage d’Inherent Vice, nous avons enfin droit à une première bande-annonce, sortie hier soir. La patience des fans de Paul Thomas Anderson a largement été récompensée si l’on se fie à la joyeuse clameur qui a retenti sur les réseaux sociaux. Les gens étaient souvent littéralement à court de mots, optant plutôt pour divers types d’onomatopées dénotant à la fois surprise et séduction.

Le réflexe du cinéphile après avoir digéré cet aperçu de quelque deux minutes est de s’exclamer: PTA est de retour aux sources! (comme je l’avais fait dans de précédents posts). Mais je crois que c’est un peu plus compliqué. Oui, on retrouve une distribution d’ensemble et une vive énergie comme ce fut le cas pour Boogie Nights et Magnolia, mais ce n’est pas ces films qui me viennent en tête lorsque je pense à Inherent Vice. Je vise davantage du côté de Punch-Drunk Love, et de son humour absurde, bizarre, et en fin de compte mélancolique.

Dans sa brève critique publiée lundi dans le New York Times, Stephen Holden dit que «le film crée une vision surréaliste d’une Californie du Sud révolue baignant dans le smog et les relents de marijuana, quand chaque rue semblait avoir son propre salon de massage. L’atmosphère est tellement imprégnée de psychédélisme vintage qu’il est impossible de distinguer la réalité de la fantaisie; tout cela pourrait être un rêve». On retrouverait donc l’aspect onirique des deux derniers PTA, au profit des procédés narratifs relativement classiques de ses débuts.

Le cinéaste de 44 ans a parlé pour la première fois de son septième long métrage dans une fascinante entrevue accordée vendredi dernier au New York Times. À propos du ton de son film, il dit avoir voulu répliquer le style de gags des frères Zucker, maîtres du slapstick des années 1980 et 90, en particulier dans Police Squad! et Top Secret!. Comme dans ces comédies sans queue ni tête, PTA admet ne pas trop s’en être fait avec la plausibilité de l’intrigue; l’intention première était d’avoir du plaisir à faire du cinéma.

North by Northwest? Dites-moi encore comment il se rend en plein milieu du champ avec l’avion qui le poursuit? Je ne peux pas. Comment fait-il pour se rendre à Mount Rushmore? Je ne sais pas, mais c’est génial.

Chandler ou Hammett, ou un de ces gars, a dit que «le but d’une intrigue dans un film policier est d’amener votre héros vers l’autre fille et qu’il flirte avec». Dans mon film c’est, quand est-ce que la prochaine fille ou le truc drôle vont se passer?

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Mis à part l’oeuvre des Zucker, PTA a examiné des films noirs réputés mais aux récits tordus ou à la structure désinvolte comme The Long Goodbye, Kiss Me Deadly et The Big Sleep (le classique délicieusement confus de Howard Hawks avec Humphrey Bogart, aux dires de Holden, tient pour de la littérature pour enfants comparé à Inherent Vice). Mais la base principale de son film était le roman éponyme de Thomas Pynchon. Ce constat peut sembler évident, mais pas dans le cas de PTA. Sa seule autre adaptation littéraire, There Will Be Blood (2007), était si libre qu’on se demande s’il avait lu le Oil! d’Upton Sinclair au-delà de sa quatrième de couverture.

Selon les acteurs interviewés par le NYTimes (Joaquin Phoenix, Josh Brolin), Pynchon a collaboré étroitement avec le cinéaste, durant l’écriture du scénario et même pendant le tournage. Le fameux auteur reclus, qui n’a pas fait d’apparition publique depuis près d’un demi-siècle, aurait même un caméo dans le film – une première depuis son apparition dans un épisode des Simpsons, en 2004. «La seule chose qui est mieux que de lire du Pynchon, c’est de relire du Pynchon», affirme PTA, qui précise avoir d’abord retranscrit les 384 pages du roman sous forme scénaristique, avant de commencer à couper dans le gras. Il admet cependant avoir complètement remanié la fin.

Si Inherent Vice se présente en surface comme une comédie de stoner, PTA espère que le public saura voir à travers les multiples blagues un propos plus profond. En parlant de son protagoniste, Doc Sportello, un détective privé adepte de pot qui est empêtré dans une affaire mystérieuse incluant son ex-copine à l’esprit libre, un promoteur immobilier milliardaire et infidèle, un saxophoniste surfer, un détective corrompu avide de crêpes, et le Golden Fang, qui pourrait être un «bateau, un cartel d’héroïne indo-chinois, un centre de désintox ou une association de dentistes» :

Comme tout le monde qui faisait partie de cette époque, avec toutes ces idées qui circulaient, Doc sent qu’il s’est fait avoir. Il y a une tristesse en-dessous de tout cela. Et cela a certainement été un thème récurrent dans l’œuvre de Pynchon.

Je suis entièrement d’accord avec la vision du monde de ce livre et il aurait été très difficile d’y contribuer cinq ans de ma vie si je ne pensais pas ainsi. Dans la salle de montage, tout le temps, je voulais juste être un substitut à sa compassion et à sa préoccupation du sort américain. L’Amérique a-t-elle vraiment été à la hauteur de son potentiel? Gardons l’espoir.

Inherent Vice aura sa première mondiale au New York Film Festival le 4 octobre, avant de prendre l’affiche dans des villes sélects aux États-Unis le 12 décembre. Le film sortira chez nous le 9 janvier 2015.

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Vendredi 22 août 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (4)

Inherent Vice de PTA, comme au Cirque du Soleil

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On en sait un peu plus aujourd’hui sur Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, assurément l’un des films les plus attendus des prochains mois. Cette adaptation du «roman psychédélique» de Thomas Pynchon aura sa première au New York Film Festival (26 septembre – 12 octobre), avant de prendre l’affiche en Amérique du Nord le 9 janvier. Le directeur du NYFF, et collaborateur au bimensuel Film Comment, Kent Jones, a discuté de sa précieuse acquisition en entrevue jeudi, tout en se gardant d’en révéler trop.

Film sauvage. Vous savez, c’est la première adaptation cinématographique de [Thomas] Pynchon, et il saisit vraiment son ton. Il saisit vraiment sa nature antique: les noms fous des personnages, le comportement cinglé, et puis aussi la nuance émotionnelle. Il y a d’un côté la saveur de Pynchon, et de l’autre celle de The Big Lebowski, mais avec la nuance émotionnelle, le désespoir, la paranoïa, et le désir ardent dans le film…

[Paul Thomas Anderson] est un cinéaste absolument stupéfiant, et c’est incroyable de le voir répondre à la création de quelqu’un d’autre, puis d’en construire sa propre création. C’est ce qu’il a fait avec There Will Be Blood, mais pas tout à fait. C’était son propre film, inspiré du roman Oil!.

Inherent Vice marque la seconde collaboration de suite entre PTA et Joaquin Phoenix, qui joue ici le protagoniste, Larry «Doc» Sportello, un détective privé adepte de pot qui enquête sur la disparition de son ex-copine dans le Los Angeles de 1970. Phoenix est épaulé par un casting particulièrement solide, composé entre autres de Benicio Del Toro, Owen Wilson, Michael K. Williams, Eric Roberts, Martin Short, Jena Malone, Reese Witherspoon et Josh Brolin.

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Ce dernier, qui incarne Christian «Bigfoot» Bjornson, un détective qui ne porte pas les hippies dans son coeur, a été interviewé le 16 août dernier par Entertainment Weekly, qui a publié la première image officielle du film (ci-dessus). Brolin a insisté sur la nature peu commune de la production, atténuant du même coup ses commentaires de l’an dernier, où il parlait d’un tournage «absolument chaotique» (mais dans un bon sens).

Avec ce [film], il y avait une absence de prétention – une vraiment étrange absence de prétention. Quand quelque chose ne fonctionne pas, vous pouvez dire: «C’est de la merde. Coupons les trois pages du milieu. Je vais essayer d’improviser et de créer un pont. Des crêpes avec ça?».

Je ne plaisante pas à propos des crêpes. Beaucoup, beaucoup de crêpes. À la fin de la journée, tu trembles beaucoup parce que tu as mangé tellement de crêpes, tu sais que tu vas être diabétique dans les 24 prochaines heures.

Il y a aussi un morceau de fruit qui joue un rôle majeur. Il est congelé. Et c’est mon ami. Même en parler maintenant ça me fait rire… C’est davantage le Cirque du Soleil que du cinéma prétentieux.

Selon des gens qui ont vu le film cités par HitFix fin juillet, Inherent Vice est une adaptation assez fidèle du roman de Pynchon, contrairement à Oil!. On parle aussi d’une comédie teintée d’absurde qui rappelle à certains moments le travail des frères Zucker (Airplane!, Top Secret!, The Naked Gun).

«C’est un mélange de vaste comédie, de suspense, de romance, de mélancolie avec une touche de menace – différent de tout ce à quoi je peux penser», a dit un spectateur.

Le commentaire qui m’a le plus intrigué est celui d’un témoin qui évoque The Long Goodbye (1973), «mais amplifié à 11». L’anti-film noir de Robert Altman (qui fut un mentor de PTA), avec Elliott Gould dans la peau du Philip Marlowe le plus cool du grand écran, s’avère facilement l’un des plus beaux accomplissements du grand cinéaste.

Une bande-annonce d’Inherent Vice devrait se manifester à la fin de l’automne, ou au début de l’hiver. Entre-temps, je compte en apprendre un peu plus sur le film pendant mes vacances, alors que je vais traîner le roman de Pynchon dans mes bagages. On s’en reparle. De retour le 2 septembre.

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