Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘PTA’

Mardi 30 septembre 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (9)

Inherent Vice de PTA : le plaisir avant la plausibilité

InherentVice_Teaser_INT-1

Un peu plus d’un an après la fin du tournage d’Inherent Vice, nous avons enfin droit à une première bande-annonce, sortie hier soir. La patience des fans de Paul Thomas Anderson a largement été récompensée si l’on se fie à la joyeuse clameur qui a retenti sur les réseaux sociaux. Les gens étaient souvent littéralement à court de mots, optant plutôt pour divers types d’onomatopées dénotant à la fois surprise et séduction.

Le réflexe du cinéphile après avoir digéré cet aperçu de quelque deux minutes est de s’exclamer: PTA est de retour aux sources! (comme je l’avais fait dans de précédents posts). Mais je crois que c’est un peu plus compliqué. Oui, on retrouve une distribution d’ensemble et une vive énergie comme ce fut le cas pour Boogie Nights et Magnolia, mais ce n’est pas ces films qui me viennent en tête lorsque je pense à Inherent Vice. Je vise davantage du côté de Punch-Drunk Love, et de son humour absurde, bizarre, et en fin de compte mélancolique.

Dans sa brève critique publiée lundi dans le New York Times, Stephen Holden dit que «le film crée une vision surréaliste d’une Californie du Sud révolue baignant dans le smog et les relents de marijuana, quand chaque rue semblait avoir son propre salon de massage. L’atmosphère est tellement imprégnée de psychédélisme vintage qu’il est impossible de distinguer la réalité de la fantaisie; tout cela pourrait être un rêve». On retrouverait donc l’aspect onirique des deux derniers PTA, au profit des procédés narratifs relativement classiques de ses débuts.

Le cinéaste de 44 ans a parlé pour la première fois de son septième long métrage dans une fascinante entrevue accordée vendredi dernier au New York Times. À propos du ton de son film, il dit avoir voulu répliquer le style de gags des frères Zucker, maîtres du slapstick des années 1980 et 90, en particulier dans Police Squad! et Top Secret!. Comme dans ces comédies sans queue ni tête, PTA admet ne pas trop s’en être fait avec la plausibilité de l’intrigue; l’intention première était d’avoir du plaisir à faire du cinéma.

North by Northwest? Dites-moi encore comment il se rend en plein milieu du champ avec l’avion qui le poursuit? Je ne peux pas. Comment fait-il pour se rendre à Mount Rushmore? Je ne sais pas, mais c’est génial.

Chandler ou Hammett, ou un de ces gars, a dit que «le but d’une intrigue dans un film policier est d’amener votre héros vers l’autre fille et qu’il flirte avec». Dans mon film c’est, quand est-ce que la prochaine fille ou le truc drôle vont se passer?

katherine-waterston-joaquin-phoenix-inherent-vice

Mis à part l’oeuvre des Zucker, PTA a examiné des films noirs réputés mais aux récits tordus ou à la structure désinvolte comme The Long Goodbye, Kiss Me Deadly et The Big Sleep (le classique délicieusement confus de Howard Hawks avec Humphrey Bogart, aux dires de Holden, tient pour de la littérature pour enfants comparé à Inherent Vice). Mais la base principale de son film était le roman éponyme de Thomas Pynchon. Ce constat peut sembler évident, mais pas dans le cas de PTA. Sa seule autre adaptation littéraire, There Will Be Blood (2007), était si libre qu’on se demande s’il avait lu le Oil! d’Upton Sinclair au-delà de sa quatrième de couverture.

Selon les acteurs interviewés par le NYTimes (Joaquin Phoenix, Josh Brolin), Pynchon a collaboré étroitement avec le cinéaste, durant l’écriture du scénario et même pendant le tournage. Le fameux auteur reclus, qui n’a pas fait d’apparition publique depuis près d’un demi-siècle, aurait même un caméo dans le film – une première depuis son apparition dans un épisode des Simpsons, en 2004. «La seule chose qui est mieux que de lire du Pynchon, c’est de relire du Pynchon», affirme PTA, qui précise avoir d’abord retranscrit les 384 pages du roman sous forme scénaristique, avant de commencer à couper dans le gras. Il admet cependant avoir complètement remanié la fin.

Si Inherent Vice se présente en surface comme une comédie de stoner, PTA espère que le public saura voir à travers les multiples blagues un propos plus profond. En parlant de son protagoniste, Doc Sportello, un détective privé adepte de pot qui est empêtré dans une affaire mystérieuse incluant son ex-copine à l’esprit libre, un promoteur immobilier milliardaire et infidèle, un saxophoniste surfer, un détective corrompu avide de crêpes, et le Golden Fang, qui pourrait être un «bateau, un cartel d’héroïne indo-chinois, un centre de désintox ou une association de dentistes» :

Comme tout le monde qui faisait partie de cette époque, avec toutes ces idées qui circulaient, Doc sent qu’il s’est fait avoir. Il y a une tristesse en-dessous de tout cela. Et cela a certainement été un thème récurrent dans l’œuvre de Pynchon.

Je suis entièrement d’accord avec la vision du monde de ce livre et il aurait été très difficile d’y contribuer cinq ans de ma vie si je ne pensais pas ainsi. Dans la salle de montage, tout le temps, je voulais juste être un substitut à sa compassion et à sa préoccupation du sort américain. L’Amérique a-t-elle vraiment été à la hauteur de son potentiel? Gardons l’espoir.

Inherent Vice aura sa première mondiale au New York Film Festival le 4 octobre, avant de prendre l’affiche dans des villes sélects aux États-Unis le 12 décembre. Le film sortira chez nous le 9 janvier 2015.

À lire aussi :

> Inherent Vice de PTA, comme au Cirque du Soleil
> Boogie Nights c. Taxi Driver : un hommage de luxe
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte
> À propos de la fin de There Will Be Blood

- Ma page Twitter

Lire les commentaires (9)  |  Commenter cet article






Vendredi 22 août 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (4)

Inherent Vice de PTA, comme au Cirque du Soleil

75-1

On en sait un peu plus aujourd’hui sur Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, assurément l’un des films les plus attendus des prochains mois. Cette adaptation du «roman psychédélique» de Thomas Pynchon aura sa première au New York Film Festival (26 septembre – 12 octobre), avant de prendre l’affiche en Amérique du Nord le 9 janvier. Le directeur du NYFF, et collaborateur au bimensuel Film Comment, Kent Jones, a discuté de sa précieuse acquisition en entrevue jeudi, tout en se gardant d’en révéler trop.

Film sauvage. Vous savez, c’est la première adaptation cinématographique de [Thomas] Pynchon, et il saisit vraiment son ton. Il saisit vraiment sa nature antique: les noms fous des personnages, le comportement cinglé, et puis aussi la nuance émotionnelle. Il y a d’un côté la saveur de Pynchon, et de l’autre celle de The Big Lebowski, mais avec la nuance émotionnelle, le désespoir, la paranoïa, et le désir ardent dans le film…

[Paul Thomas Anderson] est un cinéaste absolument stupéfiant, et c’est incroyable de le voir répondre à la création de quelqu’un d’autre, puis d’en construire sa propre création. C’est ce qu’il a fait avec There Will Be Blood, mais pas tout à fait. C’était son propre film, inspiré du roman Oil!.

Inherent Vice marque la seconde collaboration de suite entre PTA et Joaquin Phoenix, qui joue ici le protagoniste, Larry «Doc» Sportello, un détective privé adepte de pot qui enquête sur la disparition de son ex-copine dans le Los Angeles de 1970. Phoenix est épaulé par un casting particulièrement solide, composé entre autres de Benicio Del Toro, Owen Wilson, Michael K. Williams, Eric Roberts, Martin Short, Jena Malone, Reese Witherspoon et Josh Brolin.

Inherent-Vice

Ce dernier, qui incarne Christian «Bigfoot» Bjornson, un détective qui ne porte pas les hippies dans son coeur, a été interviewé le 16 août dernier par Entertainment Weekly, qui a publié la première image officielle du film (ci-dessus). Brolin a insisté sur la nature peu commune de la production, atténuant du même coup ses commentaires de l’an dernier, où il parlait d’un tournage «absolument chaotique» (mais dans un bon sens).

Avec ce [film], il y avait une absence de prétention – une vraiment étrange absence de prétention. Quand quelque chose ne fonctionne pas, vous pouvez dire: «C’est de la merde. Coupons les trois pages du milieu. Je vais essayer d’improviser et de créer un pont. Des crêpes avec ça?».

Je ne plaisante pas à propos des crêpes. Beaucoup, beaucoup de crêpes. À la fin de la journée, tu trembles beaucoup parce que tu as mangé tellement de crêpes, tu sais que tu vas être diabétique dans les 24 prochaines heures.

Il y a aussi un morceau de fruit qui joue un rôle majeur. Il est congelé. Et c’est mon ami. Même en parler maintenant ça me fait rire… C’est davantage le Cirque du Soleil que du cinéma prétentieux.

Selon des gens qui ont vu le film cités par HitFix fin juillet, Inherent Vice est une adaptation assez fidèle du roman de Pynchon, contrairement à Oil!. On parle aussi d’une comédie teintée d’absurde qui rappelle à certains moments le travail des frères Zucker (Airplane!, Top Secret!, The Naked Gun).

«C’est un mélange de vaste comédie, de suspense, de romance, de mélancolie avec une touche de menace – différent de tout ce à quoi je peux penser», a dit un spectateur.

Le commentaire qui m’a le plus intrigué est celui d’un témoin qui évoque The Long Goodbye (1973), «mais amplifié à 11». L’anti-film noir de Robert Altman (qui fut un mentor de PTA), avec Elliott Gould dans la peau du Philip Marlowe le plus cool du grand écran, s’avère facilement l’un des plus beaux accomplissements du grand cinéaste.

Une bande-annonce d’Inherent Vice devrait se manifester à la fin de l’automne, ou au début de l’hiver. Entre-temps, je compte en apprendre un peu plus sur le film pendant mes vacances, alors que je vais traîner le roman de Pynchon dans mes bagages. On s’en reparle. De retour le 2 septembre.

À lire aussi :

> Boogie Nights c. Taxi Driver : un hommage de luxe
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte

> Avis aux intéressés, vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter

Lire les commentaires (4)  |  Commenter cet article






Mardi 25 février 2014 | Mise en ligne à 17h35 | Commenter Commentaires (32)

Boogie Nights c. Taxi Driver : un hommage de luxe

tumblr_m8rsh1TE0f1qa25c1o1_1280

Le titre de mon post se veut à double sens; un hommage très senti à Taxi Driver contenu dans Boogie Nights, ainsi qu’une brève mais fort élégante démonstration dudit hommage, conçue par une vedette montante de la communauté cinéphile en ligne.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici une déclaration d’amour de la part de Paul Thomas Anderson à Martin Scorsese, énoncée lors d’un forum sur The Wolf of Wall Street animé par les deux hommes il y a quelques semaines, et que j’ai mis en ligne à la fin de ce post:

Je pense que vous avez dépassé le besoin d’avoir à défendre vos propres films. Tout ce que vous faites pour nous, pour moi, pour ma génération qui a grandi avec vous, vous étiez toujours le plus grand [The Man]. Il y avait vous, et puis il y avait d’autres personnes. Nous avons toujours pensé, j’ai toujours pensé: comment diable s’y prend-il? Comment fait-il pour bouger la caméra de cette façon? Comme vous pouvez le voir, il y a des gens, à gauche, à droite, qui essaient de vous imiter, de vous copier. Aucun de nous n’a réussi à vraiment y arriver.

Voici donc la vidéo-hommage de l’hommage, si on veut. Elle a été montée par Ali Shirazi (que j’ai déjà cité à quelques reprises ici, notamment ce billet sur la relation entre les maths et le cinéma). On remarque que la scène de la beignerie dans Boogie Nights dépasse le simple calque de celle du dépanneur dans Taxi Driver; PTA reprend son essence-même, établit par osmose un véritable dialogue cinématographique entre l’ancien et le nouveau. Il reconnaît la dette qu’il doit à son prédécesseur, sans pour autant compromettre son authenticité.

La relation entre Boogie Nights et le cinéma de Scorsese ne se limite pas qu’à Taxi Driver. La référence la plus explicite survient à la toute fin du film de PTA, quand Dirk Diggler répète sobrement les répliques d’une scène à venir, avant de lancer «I’m a star, I’m a star, I’m a star. I’m a star. I’m a star, I’m a big bright shining star». Idem pour Jake La Motta, dans la dernière scène de Raging Bull, qui s’écrie «I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss…», après avoir répété le texte d’un numéro de music hall qu’il s’apprête à performer. Ce texte, soit dit en passant, est tiré d’une scène de On the Waterfront d’Elia Kazan, un des films préférés de Scorsese. La boucle est donc bouclée.

Mais de tous les films du grand maître, c’est GoodFellas qui a déteint le plus sur l’identité de Boogie Nights, que ce soit du point de vue de l’utilisation de la musique, de la caméra, du montage, de la structure narrative, du développement des personnages, de la dynamique entre les protagonistes, etc. Une analyse pertinente à ce sujet du côté de Rewind Reviews, qui agrémente ses arguments de plusieurs extraits à fins de comparaison, dont :

On insiste beaucoup sur les similitudes entre les héros respectifs des deux films, Henry Hill et Dirk Diggler, qui connaissent sensiblement le même parcours à l’intérieur de milieux interlopes glamourisés (accueil chaleureux par une «famille» adoptive, les années de gloire, conflit avec le mentor, chute brutale, rédemption). De mon côté, je vois également un parallèle avec The Godfather, en particulier un rapprochement entre Vito Corleone (Marlon Brando) et Jack Horner (Burt Reynolds), deux leaders fiers et puissants qui résistent à la modernité; le premier refuse d’entrer dans le marché de la drogue, qu’il juge peu honorable, tandis que le second ne veut rien savoir de tourner des films de cul en vidéo – il insiste pour continuer à faire de l’«art», qui ne peut selon lui être accompli que grâce à la pellicule.

***

mast

Au gré de sa filmographie, Paul Thomas Anderson a considérablement modifié son esthétique, tempérant ses obsessions scorsesiennes/altmanesques chemin faisant, jusqu’à une cassure définitive avec There Will Be Blood. Ce n’est pas dire qu’il a abandonné son approche cinéphile de la mise en scène, mais qu’il a choisi de se laisser guider par d’autres maîtres, comme John Huston et surtout Stanley Kubrick (j’en parle plus en détail dans ma critique de TWBB).

L’hommage à Huston est encore plus manifeste dans le dernier PTA, The Master, alors qu’il réplique des cadrages, et cite textuellement des passages du documentaire de guerre Let There Be Light (1946). On peut en voir des exemples vers la fin de cette compilation qui a été mise en ligne par Cigarettes & Red Vines, le site de référence du cinéma d’Anderson.

Le docu de Huston est disponible sur le Blu-ray de The Master, ainsi que sur YouTube.

PS.: La date de sortie du nouveau PTA vient d’être annoncée. Inherent Vice prendra l’affiche le 12 décembre. Joyeux Noël à l’avance.

À lire aussi :

> Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte
> À propos de la fin de GoodFellas

Lire les commentaires (32)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    avril 2009
    L Ma Me J V S D
    « mar   mai »
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930  
  • Archives

  • publicité