Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘PTA’

Vendredi 22 août 2014 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (2)

Inherent Vice de PTA, comme au Cirque du Soleil

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On en sait un peu plus aujourd’hui sur Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, assurément l’un des films les plus attendus des prochains mois. Cette adaptation du «roman psychédélique» de Thomas Pynchon aura sa première au New York Film Festival (26 septembre – 12 octobre), avant de prendre l’affiche en Amérique du Nord le 9 janvier. Le directeur du NYFF, et collaborateur au bimensuel Film Comment, Kent Jones, a discuté de sa précieuse acquisition en entrevue jeudi, tout en se gardant d’en révéler trop.

Film sauvage. Vous savez, c’est la première adaptation cinématographique de [Thomas] Pynchon, et il saisit vraiment son ton. Il saisit vraiment sa nature antique: les noms fous des personnages, le comportement cinglé, et puis aussi la nuance émotionnelle. Il y a d’un côté la saveur de Pynchon, et de l’autre celle de The Big Lebowski, mais avec la nuance émotionnelle, le désespoir, la paranoïa, et le désir ardent dans le film…

[Paul Thomas Anderson] est un cinéaste absolument stupéfiant, et c’est incroyable de le voir répondre à la création de quelqu’un d’autre, puis d’en construire sa propre création. C’est ce qu’il a fait avec There Will Be Blood, mais pas tout à fait. C’était son propre film, inspiré du roman Oil!.

Inherent Vice marque la seconde collaboration de suite entre PTA et Joaquin Phoenix, qui joue ici le protagoniste, Larry «Doc» Sportello, un détective privé adepte de pot qui enquête sur la disparition de son ex-copine dans le Los Angeles de 1970. Phoenix est épaulé par un casting particulièrement solide, composé entre autres de Benicio Del Toro, Owen Wilson, Michael K. Williams, Eric Roberts, Martin Short, Jena Malone, Reese Witherspoon et Josh Brolin.

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Ce dernier, qui incarne Christian «Bigfoot» Bjornson, un détective qui ne porte pas les hippies dans son coeur, a été interviewé le 16 août dernier par Entertainment Weekly, qui a publié la première image officielle du film (ci-dessus). Brolin a insisté sur la nature peu commune de la production, atténuant du même coup ses commentaires de l’an dernier, où il parlait d’un tournage «absolument chaotique» (mais dans un bon sens).

Avec ce [film], il y avait une absence de prétention – une vraiment étrange absence de prétention. Quand quelque chose ne fonctionne pas, vous pouvez dire: «C’est de la merde. Coupons les trois pages du milieu. Je vais essayer d’improviser et de créer un pont. Des crêpes avec ça?».

Je ne plaisante pas à propos des crêpes. Beaucoup, beaucoup de crêpes. À la fin de la journée, tu trembles beaucoup parce que tu as mangé tellement de crêpes, tu sais que tu vas être diabétique dans les 24 prochaines heures.

Il y a aussi un morceau de fruit qui joue un rôle majeur. Il est congelé. Et c’est mon ami. Même en parler maintenant ça me fait rire… C’est davantage le Cirque du Soleil que du cinéma prétentieux.

Selon des gens qui ont vu le film cités par HitFix fin juillet, Inherent Vice est une adaptation assez fidèle du roman de Pynchon, contrairement à Oil!. On parle aussi d’une comédie teintée d’absurde qui rappelle à certains moments le travail des frères Zucker (Airplane!, Top Secret!, The Naked Gun).

«C’est un mélange de vaste comédie, de suspense, de romance, de mélancolie avec une touche de menace – différent de tout ce à quoi je peux penser», a dit un spectateur.

Le commentaire qui m’a le plus intrigué est celui d’un témoin qui évoque The Long Goodbye (1973), «mais amplifié à 11». L’anti-film noir de Robert Altman (qui fut un mentor de PTA), avec Elliott Gould dans la peau du Philip Marlowe le plus cool du grand écran, s’avère facilement l’un des plus beaux accomplissements du grand cinéaste.

Une bande-annonce d’Inherent Vice devrait se manifester à la fin de l’automne, ou au début de l’hiver. Entre-temps, je compte en apprendre un peu plus sur le film pendant mes vacances, alors que je vais traîner le roman de Pynchon dans mes bagages. On s’en reparle. De retour le 2 septembre.

À lire aussi :

> Boogie Nights c. Taxi Driver : un hommage de luxe
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte

> Avis aux intéressés, vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter

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Mardi 25 février 2014 | Mise en ligne à 17h35 | Commenter Commentaires (32)

Boogie Nights c. Taxi Driver : un hommage de luxe

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Le titre de mon post se veut à double sens; un hommage très senti à Taxi Driver contenu dans Boogie Nights, ainsi qu’une brève mais fort élégante démonstration dudit hommage, conçue par une vedette montante de la communauté cinéphile en ligne.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici une déclaration d’amour de la part de Paul Thomas Anderson à Martin Scorsese, énoncée lors d’un forum sur The Wolf of Wall Street animé par les deux hommes il y a quelques semaines, et que j’ai mis en ligne à la fin de ce post:

Je pense que vous avez dépassé le besoin d’avoir à défendre vos propres films. Tout ce que vous faites pour nous, pour moi, pour ma génération qui a grandi avec vous, vous étiez toujours le plus grand [The Man]. Il y avait vous, et puis il y avait d’autres personnes. Nous avons toujours pensé, j’ai toujours pensé: comment diable s’y prend-il? Comment fait-il pour bouger la caméra de cette façon? Comme vous pouvez le voir, il y a des gens, à gauche, à droite, qui essaient de vous imiter, de vous copier. Aucun de nous n’a réussi à vraiment y arriver.

Voici donc la vidéo-hommage de l’hommage, si on veut. Elle a été montée par Ali Shirazi (que j’ai déjà cité à quelques reprises ici, notamment ce billet sur la relation entre les maths et le cinéma). On remarque que la scène de la beignerie dans Boogie Nights dépasse le simple calque de celle du dépanneur dans Taxi Driver; PTA reprend son essence-même, établit par osmose un véritable dialogue cinématographique entre l’ancien et le nouveau. Il reconnaît la dette qu’il doit à son prédécesseur, sans pour autant compromettre son authenticité.

La relation entre Boogie Nights et le cinéma de Scorsese ne se limite pas qu’à Taxi Driver. La référence la plus explicite survient à la toute fin du film de PTA, quand Dirk Diggler répète sobrement les répliques d’une scène à venir, avant de lancer «I’m a star, I’m a star, I’m a star. I’m a star. I’m a star, I’m a big bright shining star». Idem pour Jake La Motta, dans la dernière scène de Raging Bull, qui s’écrie «I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss…», après avoir répété le texte d’un numéro de music hall qu’il s’apprête à performer. Ce texte, soit dit en passant, est tiré d’une scène de On the Waterfront d’Elia Kazan, un des films préférés de Scorsese. La boucle est donc bouclée.

Mais de tous les films du grand maître, c’est GoodFellas qui a déteint le plus sur l’identité de Boogie Nights, que ce soit du point de vue de l’utilisation de la musique, de la caméra, du montage, de la structure narrative, du développement des personnages, de la dynamique entre les protagonistes, etc. Une analyse pertinente à ce sujet du côté de Rewind Reviews, qui agrémente ses arguments de plusieurs extraits à fins de comparaison, dont :

On insiste beaucoup sur les similitudes entre les héros respectifs des deux films, Henry Hill et Dirk Diggler, qui connaissent sensiblement le même parcours à l’intérieur de milieux interlopes glamourisés (accueil chaleureux par une «famille» adoptive, les années de gloire, conflit avec le mentor, chute brutale, rédemption). De mon côté, je vois également un parallèle avec The Godfather, en particulier un rapprochement entre Vito Corleone (Marlon Brando) et Jack Horner (Burt Reynolds), deux leaders fiers et puissants qui résistent à la modernité; le premier refuse d’entrer dans le marché de la drogue, qu’il juge peu honorable, tandis que le second ne veut rien savoir de tourner des films de cul en vidéo – il insiste pour continuer à faire de l’«art», qui ne peut selon lui être accompli que grâce à la pellicule.

***

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Au gré de sa filmographie, Paul Thomas Anderson a considérablement modifié son esthétique, tempérant ses obsessions scorsesiennes/altmanesques chemin faisant, jusqu’à une cassure définitive avec There Will Be Blood. Ce n’est pas dire qu’il a abandonné son approche cinéphile de la mise en scène, mais qu’il a choisi de se laisser guider par d’autres maîtres, comme John Huston et surtout Stanley Kubrick (j’en parle plus en détail dans ma critique de TWBB).

L’hommage à Huston est encore plus manifeste dans le dernier PTA, The Master, alors qu’il réplique des cadrages, et cite textuellement des passages du documentaire de guerre Let There Be Light (1946). On peut en voir des exemples vers la fin de cette compilation qui a été mise en ligne par Cigarettes & Red Vines, le site de référence du cinéma d’Anderson.

Le docu de Huston est disponible sur le Blu-ray de The Master, ainsi que sur YouTube.

PS.: La date de sortie du nouveau PTA vient d’être annoncée. Inherent Vice prendra l’affiche le 12 décembre. Joyeux Noël à l’avance.

À lire aussi :

> Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte
> À propos de la fin de GoodFellas

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Mercredi 29 janvier 2014 | Mise en ligne à 14h05 | Commenter Commentaires (32)

Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif

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Au milieu des années 1990, deux jeunes réalisateurs ont investi l’avant-scène du cinéma américain grâce leurs formidables seconds longs métrages : avec Seven et Boogie Nights, David Fincher et Paul Thomas Anderson, respectivement, ont vivement capté l’attention des cinéphiles, et ont su maintenir notre intérêt avec brio au cours des deux dernières décennies. 2014 marquera la première fois depuis 2007 (Zodiac, There Will Be Blood) que les deux hommes se partageront une année de sortie en salle.

Fincher, le plus productif des deux cinéastes, et aussi le plus ancré dans le mainstream, dévoilera son dixième long métrage le 3 octobre prochain. Basé d’après le best-seller de Gillian Flynn, Gone Girl raconte l’histoire d’un mari (Ben Affleck) accusé d’être responsable de la disparition de son épouse (Rosamund Pike) le jour de leur cinquième anniversaire de mariage (plus de détails ici).

Entamé en septembre dernier, le tournage a été typiquement demandant pour une production de Fincher, qui se la jouait Kubrick avec une moyenne de 50 prises par scène. Sur le point de vue technique, Gone Girl s’annonce comme le plus resplendissant des films à l’ère du numérique, ayant été tourné avec les nouvelles caméras RED, les Epic Dragon, qui offrent neuf fois plus de résolution que les caméras HD standard.

Côté scénario, les nombreux amateurs de ce polar truffé de rebondissements seront surpris d’apprendre que le dernier acte a été complètement remanié. Une révélation publiée plus tôt ce mois-ci par Entertainment Weekly, dont la photo de la page couverture a été prise par Fincher lui-même, qui y est allé d’un clin d’oeil macabre au fameux cliché de Rolling Stone montrant un John Lennon nu enlaçant Yoko Ono. Flynn, qui a signé l’adaptation de son roman, a expliqué :

Il y avait quelque chose de palpitant à l’idée de prendre cette oeuvre que j’avais minutieusement assemblée pendant environ deux ans, avec ses huit millions de pièces de LEGO, et d’y asséner un coup de marteau pour la démonter et la remonter pour les fins d’un film.

Enfin, mardi dernier on apprenait que Trent Reznor et Atticus Ross signeront la musique de Gone Girl, annonce faite via la page Twitter du fondateur de Nine Inch Nails. Une troisième collaboration de suite entre Fincher et le duo de musiciens, qui ont d’ailleurs récolté un Oscar pour leur travail sur The Social Network.

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Paul Thomas Anderson, de son côté, a complété le tournage de Inherent Vice au mois d’août. Cette adaptation du «roman psychédélique» éponyme de Thomas Pynchon raconte les mésaventures de Doc Sportello (Joaquin Phoenix), un détective privé adepte de pot qui enquête sur la disparition de son ex-copine dans le Los Angeles des années 1970. Une trame narrative qui n’est pas sans rappeler The Big Lebowski

Annoncé fin 2010, le projet a obtenu la bénédiction de Pynchon, un des auteurs américains vivants les plus respectés, et aussi l’un des artistes reclus les plus notoires en Amérique, n’ayant pas fait d’apparition publique depuis plus de 40 ans. Il est connu pour ses oeuvres denses et complexes alliant histoire, science et mathématique. Sans surprise, il n’a été adapté qu’une seule fois au grand écran : un obscur film allemand, Prüfstand VII (2002), inspiré de Gravity’s Rainbow (1973).

Voici une vidéo promotionnelle du roman narrée par Pynchon lui-même :

Inherent Vice semble marquer un retour aux sources pour PTA, qui nous avait charmé à ses débuts avec des récits foisonnants et colorés portés par de solides groupes d’acteurs (Boogie Nights, Magnolia), avant de nous mystifier avec des oeuvres plus épurées et même impénétrables, sous forme de one-man-show rocambolesque (There Will Be Blood) ou de duel électrisant (The Master).

Le casting est tout simplement délicieux. Outre Phoenix, qui a lui seul vaut le prix du billet d’entrée, on retrouve Josh Brolin, Benicio Del Toro, Owen Wilson, Michael K. Williams, Eric Roberts, Martin Short, Jena Malone et Reese Witherspoon, qui retrouvera son Johnny Cash.

On est aussi heureux d’apprendre le retour du directeur photo Robert Elswitt, qui avait filmé tous les films de PTA, avant de passer son tour pour The Master, alors qu’il était occupé par les derniers chapitres de Mission: Impossible et de Bourne. L’imaginer aux commandes du dolly de 470 pieds qu’on peut voir ci-dessus a certes de quoi faire rêver.

Enfin, comme c’est le cas pour Fincher, PTA collaborera une troisième fois de suite avec un musicien hors pair : le guitariste de Radiohead Jonny Greenwood est cité comme compositeur de Inherent Vice sur IMDb, quoique sa participation n’a pas encore été annoncée dans les médias. Mais cela ne devrait être plus qu’une question de formalité.

Toujours pas de date de sortie confirmée, mais les rumeurs font état de l’automne/hiver, après un potentiel passage à Cannes.

> Une discussion des plus intéressantes entre Paul Thomas Anderson, son assistant réal Adam Somner et Martin Scorsese au sujet de The Wolf of Wall Street captée par Awards Daily (l’image est figée pendant les 4 premières minutes) :

Où l’on apprend que Spielberg a co-réalisé une scène avec son bon ami Scorsese :

À lire aussi :

> Les girls de Fincher se suivent mais ne se ressemblent pas
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte

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