Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Projet de film’

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Zack Snyder est devenu l’homme de la situation dans le département des super-héros chez Warner Bros. Après Watchmen et Man of Steel, le studio lui a confié en juillet dernier les rênes de Batman vs. Superman, à l’affiche en mai 2016. Une première photo de Ben Affleck portant le costume du chevalier noir a été diffusée aujourd’hui, au lendemain d’un tweet du réalisateur dévoilant en partie la Batmobile.

Mais ces films ne sont qu’un prélude à la véritable mission de Snyder : répéter le succès des Avengers du compétiteur Disney/Marvel grâce à l’adaptation cinématographique de Justice League. Le mégaprojet compte réunir les plus fameuses figures de l’univers DC Comics, à savoir Batman (Affleck), Superman (Henry Cavill), Wonder Woman (Gal Gadot), et d’autres personnages qui ne sont pas encore associés à des acteurs, comme Cyborg, Aquaman, Flash et Green Lantern. Justice League est prévu pour 2018 au plus tôt, a rapporté le Wall Street Journal en avril.

S’ajustant tant bien que mal à la tendance lourde de «l’univers partagé», Warner a annoncé avoir neuf projets en développement en relation avec Justice League. L’identité de ces films solos n’a pas été dévoilée, mais parmi les possibilités on retrouverait : Suicide Squad, Lobo, Shazam, Green Arrow, Fables, le Sandman de Joseph Gordon-Levitt ou peut-être même le Justice League Dark de Guillermo Del Toro, en plus bien sûr des personnages cités dans le paragraphe précédent.

Et on ne parle ici que de la lutte que se livrent deux studios majeurs, alors que c’est Hollywood au complet qui veut avoir sa part du supergâteau. Un article de fond publié par The Playlist en décembre, qui se désole de l’Avengerisation des blockbusters, liste des projets d’autres héros costumés qui ne sont pas issus de Disney ou Warner, dont X-Force, un reboot de Fantastic Four et une autre suite à Wolverine (20th Century Fox) et Venom et Sinister Six (Sony). Il y a trois semaines, on apprenait que Fox allait ressusciter Flash Gordon. Au moment de taper ces lignes, on apprend que Channing Tatum vient d’être confirmé pour incarner Gambit en prévision d’un film solo tiré de l’univers X-Men

Les membres de Justice League

Les membres de Justice League

Mais le souverain suprême des spin-offs demeure sans conteste Disney/Marvel, avec ses neuf films sortis depuis mai 2008 (le plus décevant du groupe, The Incredible Hulk, ayant engrangé un «maigre» 263 millions $ au box-office), et un second chapitre The Avengers à l’horizon (1er mai 2015). Age of Ultron présentera une flopée de nouveaux personnages, dont Quicksilver (Aaron Taylor-Johnson), The Scarlett Witch (Elisabeth Olsen) et Vision (Paul Bettany), qui pourraient chacun piloter des films solos. Le patron de Marvel, Kevin Feige, a déclaré à Bloomberg Businessweek en avril que «les possibilités sont infinies».

Une grande partie du succès de Marvel peut être attribuée à Feige. Il a une compréhension particulière de la bande dessinée, des fans, des super-héros, et du récit. Il concède que Marvel ne récupérera pas les droits cinématographiques de X-Men ou de Spider-Man de sitôt, mais dit Marvel a quelque chose de plus précieux: un univers composé de milliers de personnages qu’il contrôle entièrement.

Cela signifie que Feige peut produire un nombre illimité de films avec des intrigues entrelacées, créer un vaste public pour presque n’importe quel film de Marvel. Les gens pourraient aller voir The Avengers, y rencontrer Black Widow, et revenir pour son film, aussi.

Il y a une carte de films se rendant loin dans la prochaine décennie sur le mur du bureau de Feige. «C’est comme regarder à travers le télescope Hubble. Vous vous dites, “Qu’est-ce qui se passe là-bas? Je peux voir en quelque sorte”, dit-il en riant. Ils en ont imprimé une nouvelle récemment qui va jusqu’en 2028.»

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La stratégie des films solos à la pelletée n’est peut-être pas aussi infaillible que semble le croire M. Feige. Ce dernier aimerait répéter le succès des Avengers et de ses dérivés avec la franchise à venir Guardians of the Galaxy, avant-dernier jalon de la Phase II du Marvel Cinematic Universe. Mais, selon cette analyse du Hollywood Reporter, il s’agirait d’un pari particulièrement risqué. Des personnages comme Star-Lord, Gamora, Drax the Destroyer, Groot et Rocket Raccoon (oui, vous avez bien lu, un super-raton laveur, qui plus est, a été inspiré par une chanson des Beatles) n’ont pas eu le même impact dans la culture populaire que les Iron Man, The Hulk ou Captain America dans leurs moutures pré-cinématographiques. Le fameux «brand awareness» n’est pas aussi fort.

En même temps, si Marvel réussissait à remporter son pari, il se rendrait à un autre niveau. En effet, si Guardians of the Galaxy faisait exploser le box-office malgré le fait que sa mythologie est moins connue du grand public, il s’agirait d’un gage de la prééminence du sceau du studio. Le brand Marvel deviendrait autosuffisant. Et c’est à ce moment que les possibilités seront véritablement infinies, pour reprendre la déclaration de Feige. Qui sait, on aurait peut-être l’audace d’y aller avec un concept aussi absurde qu’un homme-fourmi! Ah oui, j’oubliais

À lire aussi :

> Man of Steel : contre le super-héros «réaliste»
> Batman ne porterait pas le carré rouge

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Jeudi 8 mai 2014 | Mise en ligne à 17h30 | Commenter Commentaires (5)

Spring Breakers 2: l’insolence des bikinis profanes

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Le party n’est pas fini! Une nouvelle fournée d’adolescentes dévergondées s’apprêtent à renfiler les bikinis fluos de leurs «prédécessoeurs», et de poursuivre leur quête désespérée d’hédonisme à tout-va. En d’autres mots : Spring break forevah

La suite du film déjà culte de Harmony Korine s’intitule Spring Breakers : The Second Coming. Le milieu du trafic de drogue cèdera sa place à celui de la religion, alors qu’un groupe de fêtards vont passer leur semaine de relâche à «combattre une secte de militants chrétiens extrémistes qui essaie de les convertir».

Les gros noms de l’équipe de Spring Breakers, tant ceux derrière que ceux devant la caméra, ne reviendront pas dans cette nouvelle aventure. «Ce n’est pas une suite directe, quoiqu’il y a des allusions à certains personnages de l’original», a affirmé mardi Vincent Maraval, le fondateur de la fameuse boîte de distribution parisienne Wild Bunch. (AJOUT : le projet n’a pas obtenu la bénédiction de Korine, selon James Franco).

The Second Coming sera mis en scène par le réalisateur suédois Jonas Åkerlund, connu pour ses collaborations avec des sommités de la musique tels Metallica, U2, Madonna ou Lady Gaga. Il a d’ailleurs beaucoup fait jaser pour son vidéoclip à caractère pornographique Pussy, du groupe métal allemand Rammstein. Côté cinéma, Åkerlund doit sa relative renommée au film indépendant Spun (2002), comédie dramatique sur le crystal meth qui a tenté de capitaliser sur le succès foudroyant de Requiem for a Dream, sorti trois ans plus tôt.

Le scénario sera écrit par le romancier écossais Irvine Welsh, une des principales figures de la littérature trash des deux dernières décennies. Quelques uns de ses romans ont été adaptés au grand écran, dont Trainspotting et The Acid House. Le plus récent, Filth, est sorti en septembre dernier aux États-Unis, mais je ne crois pas qu’il a été présenté en salle au Québec.

Wild Bunch a par ailleurs annoncé cette semaine d’autres collaborations fort intrigantes, rapporte Screen Daily.

PAUL VERHOEVEN : Le cinéaste néerlandais de 75 ans, qui a choqué Hollywood il y a plus de 20 ans avec son thriller salace Basic Instinct, portera bientôt à l’écran un roman politiquement incorrect sur fond de violence sexuelle. Publié en 2012, et décoré du prix Interallié, Oh… de Philippe Djian raconte l’histoire d’une femme victime de viol quelques semaines avant Noël, et qui jure vengeance sur son agresseur. «Le scénario est très malin et ce sera du pur Verhoeven, érotique et pervers. La comédienne qui sera choisie aura intérêt à être bien préparée», précise Maraval.

Pour ce qui est de la carrière post-Hollywood du réalisateur de RoboCop et Total Recall, il n’a tourné que deux films depuis l’infâme Hollow Man, sorti en 2000. Il y a d’abord le magnifique drame de guerre Black Book (2006) mettant en vedette une Carice van Houten au charme exquis et, plus récemment, le thriller érotique crowdsourcé Tricked (2012), moyen métrage conceptuel qui a été coscénarisé par des internautes. Un procédé que le cinéaste explique lui-même dans cette bande-annonce :

GASPAR NOÉ : Le provocateur-esthète français qui ne laisse personne indifférent (Irréversible, Enter the Void) retourne derrière la caméra après un hiatus de cinq ans pour filmer Love, «un mélodrame sexuel» impliquant un homme et deux femmes. Rien de cynique ou d’ironique dans le titre prétend Noé. «C’est une histoire d’amour qui célèbre le sexe de manière joyeuse, assure Maraval. Gaspar a le sentiment que la plupart des films qui portent sur le sexe dans le cinéma traditionnel sont sombres et dramatiques. Celui-ci va vraiment être joyeux… Il dit que c’est un film qui va faire bander les gars et faire pleurer les filles».

***

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NICOLAS WINDING REFN : Le cinéaste danois passionné par le cinéma de genre américain produira le remake (ou prequel, c’est pas encore clair) du classique de série B Maniac Cop (1988) : «Matt Cordel, un ancien officier de police envoyé en prison, se fait agresser par des codétenus pleins de rancune. Il est laissé pour mort. Quelques années plus tard, mu par un désir de vengeance, il assassine les citoyens déguisé en policier…»

Le projet a d’abord été annoncé en avril 2012, mais rien n’était encore signé. Refn va collaborer à la production avec le réalisateur du film original (qui a généré deux suites), William Lustig. Pour l’anecdote, ce dernier est le neveu du boxeur Jake «Raging Bull» LaMotta, qui fait d’ailleurs un caméo dans Maniac Cop. À noter que le film met en vedette Bruce Campbell de la série des Evil Dead de Sam Raimi, qui lui aussi apparaît brièvement dans Maniac Cop, en plus d’avoir prêté un coup de main pour le tournage d’une scène de parade de la St-Patrick.

Parmi les autres productions de Wild Bunch citées par Screen Daily, notons Three Memories of Childhood d’Arnaud Desplechin (Rois et reine, Un conte de Noël), «le portrait d’un homme qui revient sur trois périodes de son enfance et de son adolescence qui ont façonné sa vie» ; Blood Father de Jean-François Richet (Mesrine), avec Mel Gibson dans la peau d’un «ancien drogué et prisonnier qui cherche la rédemption en essayant de protéger sa fille qui s’est fait piéger par son copain criminel» ; La vraie blessure, prochain film d’Abdellatif Kechiche qui porte sur un ado franco-tunisien qui désire perdre sa virginité alors qu’il est en vacance en Tunisie, et qui mettra en vedette Gérard Depardieu, a-t-on appris mercredi.

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Mardi 1 avril 2014 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (23)

Qui a tué Pasolini?

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C’est la question qui hante les cinéphiles depuis bientôt 40 ans. Pas tant qui, au fait, mais pourquoi. Et aussi : tous ces films qui auraient pu être… Pier Paolo Pasolini, une des figures les plus audacieuses, controversées et adulées de l’histoire du cinéma, n’avait que 53 ans lorsqu’il fut sauvagement assassiné le 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, près de Rome.

Les circonstances de sa mort restent nébuleuses. Un gigolo de 17 ans, Giuseppe Pelosi, a admis le crime au lendemain des faits, mais s’est rétracté en 2005. Une volte-face qui allait déclencher moult hypothèses et théories de la conspiration : le meurtre a été fomenté par le parti politique Démocratie chrétienne, l’industrie du pétrole, la mafia, la CIA…

Qui a donc tué le réalisateur de Théorème et de Mamma Roma? La réponse, le cinéaste italo-américain Abel Ferrara (Bad Lieutenant, King of New York) assure la connaître, mais elle ne sera dévoilée que lors de la sortie de son film biographique, dont il vient de terminer le tournage en Italie. Cette déclaration a donné du fil à retordre aux médias locaux, qui hésitent à la prendre au premier degré, ou à n’y voir qu’une stratégie de marketing.

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Le rôle-titre de Pasolini est assuré par Willem Dafoe, qui signe là une quatrième collaboration avec Ferrara après New Rose Hotel, Go Go Tales et 4:44 Last Days on Earth. À la vue des deux premières images diffusées par la production, l’acteur de 58 ans au visage sévère taillé à la serpe entretient une ressemblance frappante avec PPP. Il l’a d’ailleurs brièvement commentée dans une récente entrevue au Monde, avant d’y aller d’une pointe à l’endroit de ses compatriotes.

Sans doute, mais elle n’est pas tout. Le fait qu’on ait déjà fait un film à Rome ensemble – Go Go Tales – était important pour Abel. Surtout, il savait que j’avais une connexion avec Pasolini. Je le connais mieux que l’acteur américain moyen. Au festival de Sundance, où des amis me demandaient ce que je préparais, je me suis aperçu qu’ils n’avaient aucune idée de qui il était. C’est sidérant.

Le film portera sur les derniers jours de Pasolini, «entre la postsynchronisation de Salò et les 120 journées de Sodome, un long entretien accordé à la presse française, ses retrouvailles romaines avec ses plus proches amis et ses dragues nocturnes dans les bars autour de la stazione Termini, jusqu’à sa rencontre avec un jeune «ragazzo», Giuseppe Pelosi, qui le conduira à la mort», résume un reportage d’Arte.

Ferrara insiste que, malgré le travail de recherche pointu, et les lieux de tournage authentiques, il y aura de la place à l’interprétation dans son biopic, avec Dafoe qui explique au Monde: «Une partie des dialogues vient de choses qu’il a dites, mais on n’a pas cherché à coller à la réalité. On cherche une voie pour exprimer, avec ce qu’on a à notre disposition, qui était cet homme.»

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L’hommage à Pasolini est entre autres rendu à travers le processus de casting, alors que Ferrara a trouvé le jeune homme qui incarne l’assassin présumé Pelosi «dans la rue», à la manière du maître italien, qui avait l’habitude d’engager des acteurs non-professionnels, notamment son Jésus dans L’Évangile selon saint Matthieu (1964).

Ferrara est particulièrement satisfait de sa trouvaille, «un garçon au visage poupin et au regard charbonneux, traversé d’un éclat canaille légèrement sournois, qui dégage une incroyable intensité sexuelle», comme on peut le lire dans cet autre reportage du Monde – accessible à travers cette page virtuelle du quotidien, page 10 :

Je n’en reviens pas du cool absolu dont il fait preuve, totalement impassible face à Dafoe, au milieu de tout ce monde, de toute cette machinerie. Avec ce Viagra que je m’avale, il va arriver à m’exciter!

L’élément le plus intrigant de Pasolini est la présence au générique de Ninetto Davoli, acteur fétiche et grand amour de PPP, qui a joué dans 11 de ses films (pour en savoir plus, lire cet entretien publié dans Libération en 2002). Aujourd’hui âgé de 64 ans, Davoli a prêté ses traits à Totò, star des planches et du grand écran en Italie dans les années 1940 et 1950, qui avait par ailleurs déjà partagé la vedette avec le jeune apollon chez Pasolini, dans Des oiseaux, petits et gros (1966).

Davoli a donné la réplique à sa «version jeune», qu’interprète Riccardo Scamarcio, et que Ferrara a déjà dirigé dans Go Go Tales. La scène en question est extraite du scénario non tourné de PPP, Porno Teo Kolossal. Poursuit Arte :

Les deux principaux intéressés s’amusent de cette confusion du vrai et du faux Ninetto, de l’acteur et du personnage à deux âges de leur vie […] Davoli se réjouit de participer à cette aventure: «C’est émouvant mais je ne peux m’empêcher de me demander comment Pier Paolo aurait tourné cette scène. Ferrara est un fou génial, déchainé et profondément sympathique. Je l’aime beaucoup.»

Co-production franco-italo-belge, Pasolini devrait prendre l’affiche en Amérique du Nord au moins en 2015. En attendant, on a bien hâte de voir l’autre film biographique de Ferrara, sur un autre personnage provocateur, mais dans un tout autre registre celui-là : Dominique Strauss-Kahn. Ça s’appelle Welcome to New York, c’est avec Gérard Depardieu, et ça devrait avoir sa première mondiale au Festival de Cannes, le mois prochain. J’en ai parlé en détail (avec bande-annonce) en mai dernier.

Un portrait de Pasolini datant de 1971, intitulé A Film Maker’s Life, qui présente des entrevues avec ses amis et collègues dont Davoli et l’écrivain Alberto Moravia.

À lire aussi :

> Pasolini ressuscité
> Jésus vu par un athée marxiste

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