Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Politique’

Jeudi 9 février 2012 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (22)

La domination du «cinéma conservateur»?

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Vendredi, le site web Movieguide publiera une étude de 76 pages visant à démontrer que le public américain préfère le cinéma conservateur. En d’autres mots, des films possédant un «important ou très important contenu chrétien, biblique, moral ou rédempteur». Selon Movieguide, sept titres figurant dans le Top 10 du box-office en 2011 se conforment à ces principes.

Un article du Hollywood Reporter fournit des détails :

Le document de Movieguide classe les films en utilisant plus de deux douzaines de critères, à savoir si le film fait la promotion du capitalisme ou du socialisme, ou s’il promeut ou dénigre les valeurs bibliques. La violence, le sexe, l’histoire révisionniste, l’environnementalisme, le féminisme, l’homosexualité et d’autres sujets politiques chauds sont tous pris en considération.

Les critiques de films publiées par Movieguide comportent chacune deux catégories d’évaluation; la Qualité, qui se mesure par le nombre d’étoiles (de 1 à 4), et l’Acceptabilité, dont les notes varient de +4 (exemplaire) à -4 (odieux). Par exemple, Beauty and the Beast 3D a été coté +3. Voici un extrait de la critique :

Une vision du monde chrétienne implicite avec de forts éléments moraux, considérant que Belle accepte la punition du père et que la Bête sacrifie sa vie pour son amoureuse; certains éléments occultes possiblement perçus, avec des facteurs d’ensorcellement et le château étant sous l’emprise du mauvais sort d’une sorcière, etc., [...] Quelques obscénités très légères, dont une qui est en Français (sacre bleu); personnage poursuit une bonne, mais pas de sexe ni de nudité.

Depuis sa création en 1985, Movieguide fait du lobbying auprès d’Hollywood afin d’encourager l’industrie à produire davantage de films «acceptables». Aux dires du fondateur du site, le docteur Ted Baehr, sa proposition n’est pas que d’ordre moral, mais également économique. Selon Movieguide, 91 films qui ont eu de bonnes notes dans les catégories «morales/conservatrices» ont engrangé en moyenne 59 millions $ de recettes. En contrepartie, les 105 films jugés fortement «progressistes/gauchistes» affichent une moyenne de 11 millions $…

«La plupart des cinéphiles veulent voir le Bien conquérir le Mal, la vérité triompher du mensonge, la justice prévaloir contre l’injustice, et la vraie beauté surmonter la laideur», assure le Dr. Baehr.

Le document de Movieguide, qui célèbre notamment des films comme Extremely Loud & Incredibly Close, Battle: Los Angeles, Moneyball, We Bought a Zoo et Hugo, sera remis en mains propres (et au coût de 1000 $ pièce) au public et aux participants du Faith & Values Awards Gala, qui se tiendra vendredi à Los Angeles. La soirée sera animée par Dean Cain, le Superman de l’ancienne télé-série diffusée par ABC.

Voici les candidats pour le prix du meilleur film pour un public mature :

The Artist
Captain America: The First Avenger
Extremely Loud & Incredibly Close
Mission: Impossible — Ghost Protocol
Pirates of the Caribbean: On Stranger Tides
Sarah’s Key
Seven Days in Utopia
Thor
The Tree of Life
The Way

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Et ceux du meilleur film pour la famille :

The Adventures of Tintin
Cars 2
Courageous
Hugo
Justin Bieber: Never Say Never
Mars Needs Moms
Mr. Popper’s Penguins
The Muppets
Puss in Boots
Soul Surfer

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Le titre le plus obscur qu’on retrouve dans ces listes se doit d’être Courageous. Il s’agit en quelque sorte d’une suite thématique à Fireproof, le plus grand succès indépendant de 2008. Réalisé par un pasteur baptiste, financé et distribué par la communauté chrétienne locale, Fireproof raconte l’histoire d’un pompier dont le mariage est en déroute. Il est finalement confronté par son père qui l’incite à suivre le programme contenu dans le livre The Love Dare, qui propose au mari de se dévouer à la Bible pendant 40 jours afin de sauver son mariage.

Et pour ce qui est de Courageous, voici le convainquant résumé de Moviguide (qui lui a attribué 4 étoiles en plus de lui allouer la cote maximale d’Acceptabilité, +4) : «Courageous est une histoire excitante, puissante et drôle à propos de quatre officiers de police et un menuisier hispanique qui réalisent qu’ils doivent devenir de meilleurs pères. Courageous contient des moments extrêmement poignants et déchirants, mélangés avec quelques scènes parmi les plus drôles jamais réalisées.»

À lire aussi :

> Aux USA, les goûts sont bleus et rouges
> Les républicains à l’assaut d’Hollywood
> Le tabou de l’interprétation politique

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Lundi 19 décembre 2011 | Mise en ligne à 14h40 | Commenter Commentaires (15)

Biopic c. Histoire, l’éternel débat

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Dans l’absolu, la fiction et l’Histoire ne font jamais bon ménage. Et pour cause, il s’agit de deux entités différentes; l’une s’attachant au domaine de l’art et/ou du divertissement (intellectuel, sensoriel, etc.), l’autre à celui de la science, exigeant un discours rigoureux fondé sur la démonstration factuelle.

Comme on sait, ces deux notions ont tendance à constamment s’entrecroiser dans l’aventure humaine (rappelons la mémorable réplique de The Man Who Shot Liberty Valance (1962): «When the legend becomes fact, print the legend»). Mais, comme l’huile et l’eau, la fiction et l’Histoire composent cocktail qui par définition ne pourra jamais devenir homogène.

Cette nécessaire distinction est cependant presque toujours omise lorsque vient le temps de discuter du biopic, genre très prisé par la littérature et le cinéma qui provoque systématiquement un tourbillon de confusion, d’indignation et d’égos meurtris dans son sillage. Le plus récent exemple: The Iron Lady, film biographique sur Margaret Thatcher, ancien Premier ministre du Royaume-Uni (1979-1990).

Sans grande surprise, la gauche crie au scandale en raison du portrait apparemment édulcoré de la politicienne conservatrice et farouche opposante aux syndicats. La droite est tout aussi choquée, mais pour d’autres raisons. Le ministre conservateur Rob Wilson s’indigne du portrait «intrusif et injuste» de Thatcher, rapporte la BBC. Il précise :

Je me demande pourquoi les cinéastes sentaient le besoin d’appuyer si fort sur le côté de la maladie mentale, sa démence, alors que baronne Thatcher a été très importante dans la vie politique de ce pays et dans le monde. Ça m’a laissé songeur quant à l’humanité des cinéastes qui dénigrent très subtilement quelqu’un qui a été un grand premier ministre.

Wilson a demandé de tenir un «débat» autour du film à la Chambre des communes. The Iron Lady n’est pas encore sorti au Royaume-Uni qu’il est déjà devenu une affaire d’État!

Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises ici – notamment en lien avec la «controverse» entourant les inexactitudes à propos de The Social Network – le cinéma n’a pas de comptes à rendre à l’Histoire, qu’il s’agisse de pures oeuvres de fiction ou d’oeuvres basées sur des faits réels. Les films ne devraient pas être considérés comme source de documentation historique ou, pire, être utilisés à fins académiques. Ce n’est pas dire que le cinéma ne peut rien nous apprendre sur l’Histoire. Par contre, ce n’est certainement pas son but premier : les films qui trichent avec l’Histoire n’induisent pas le public en erreur.

La réaction la plus juste entourant The Iron Lady provient d’un mineur de Derbyshire, qui a souffert de l’infâme grève de 1984-1985. Après une projection spéciale, il déclare en entrevue à la BBC : «Je ne sais pas s’il s’agit d’un film de science-fiction ou d’un film d’horreur. Mais ce n’est certainement pas un documentaire.»

Message à M. Wilson : le débat est clos.

***

The Iron Lady prendra l’affiche le 13 janvier au Québec, soit une semaine après sa
sortie au Royaume-Uni.

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Mardi 25 octobre 2011 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (16)

Aux USA, les goûts sont bleus et rouges

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Un sondage publié ce mois-ci dans le Hollywood Reporter confirme l’évidence – pour une énième fois: les Américains forment un peuple fortement divisé. Et le clivage ne se mesure pas qu’à travers l’allégeance politique, mais aussi par les choix aux guichets des salles de cinéma.

Un exemple concret: de passage à CNN en septembre, Morgan Freeman a dit que le Tea Party est «un truc raciste». Son plus récent film à l’affiche, Dolphin Tale, était jusque-là davantage apprécié par la tranche conservatrice/évangélique du public. Après la déclaration, cependant, 37% des buveurs de thé interrogés ont affirmé qu’ils avaient moins envie de voir le drame aquatique. En contrepartie, 42% des liberals se sont sentis motivés de se procurer un billet justement parce qu’ils approuvent l’opinion de M. Freeman.

Selon le sondage, les convictions politiques des acteurs sont un facteur déterminant dans la décision d’aller voir un film donné pour 35% des républicains, et 45% des tea partiers. Chez les démocrates, c’est 20%. Sean Penn est le plus détesté parmi les «spectateurs de droite»; 40% d’entre eux boudent son travail, blâmant en particulier sa «volonté de romancer des dictateurs comme Hugo Chavez ou Fidel Castro». À gauche, c’est Mel Gibson qui souffre le plus: 36% des démocrates lui reprochent son «racisme, son homophobie, son antisémitisme ainsi que ses frasques conjugales». (Plus de détails ici).

Les données les plus intéressantes du sondage concernent les goûts cinématographiques des sondés, qui ont eu à commenter les lauréats de l’Oscar du meilleur film. Ainsi, 200% plus de démocrates que de républicains ont préféré The Departed de Martin Scorsese. Kramer vs. Kramer, American Beauty, Crash et Slumdog Millionaire ont également gagné les faveurs du coin bleu. Inversement, 250% plus de républicains que de démocrates apprécient Chariots of Fire, My Fair Lady, The Sting, The Sound of Music et Braveheart. (Plus de détails ici).

Heureusement, il n’y a pas que de la discorde parmi nos voisins cinéphiles du sud. The King’s Speech, The Godfather Part II et The Deer Hunter ont en effet été capables de transcender la politique. Le champion du consensus, à ma grande surprise, est Forrest Gump, cette inquiétante métaphore de la révolution républicaine, dont les propos réactionnaires sont savamment enfouis sous un vernis de bons sentiments.

Ceci étant dit, je vous prierai de ne pas me rabrouer en raison de mes sentiments envers ce film-sacré-vénéré-de-tous; comme vous le savez, les goûts, ça ne se discute pas…

À lire aussi :

> Secretariat et la propagande invisible
> Les républicains à l’assaut d’Hollywood
> An American Carol n’amuse pas la droite
> Le tabou de l’interprétation politique

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