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En faisant de la lecture de rattrapage, je suis tombé sur cette fascinante photo qui accompagne un article de David Denby (oui, ce même David Denby) paru dans le New Yorker en mai 2009. Avec deux livres récemment parus à l’appui, le critique y défend l’héritage du cinéaste Victor Fleming, qui a été relégué dans l’ombre par la politique des auteurs; le notoire courant intellectuel préférant nettement ses contemporains tels Otto Preminger, John Ford, Howard Hawks ou Ernst Lubitsch, dotés d’une approche plus «artistique».
Mais revenons au sujet qui nous intéresse: cette photo aux allures d’une peinture baroque de Rembrandt ou de Georges de La Tour, qui capte une atmosphère angoissante à travers une mise en scène faussement banale. On se trouve sur le plateau de tournage de Gone With the Wind (1939), alors que Fleming vient d’être engagé en catastrophe pour secourir une production en déroute (il venait de s’acquitter d’une tâche semblable quelques semaines plus tôt avec The Wizard of Oz).
On remarque que tous les hommes présents (à l’exception du cinéaste) braquent leur regard sur une Vivien Leigh stoïque, au profil à la plastique parfaite, qui semble retenir du mieux qu’elle peut une émotion incandescente (à moins que ce ne soit son corset qui l’indispose). Mais que dénote-t-on à travers ces regards intenses?
Les techniciens à l’arrière plan semblent observer, non sans une certaine amertume, un univers qui leur est interdit. Leigh ne leur est pas plus accessible en personne qu’elle ne le serait sur grand écran. Clark Gable, quant à lui, semble un peu plus médusé: quel tour de mon très large chapeau de séducteur devrais-je sortir afin de pouvoir goûter à ses charmes? Il y a là un mélange de tension sexuelle et de sourde hostilité absolument captivant.
Comme on dit, une image vaut mille mots. Lesquels seraient les plus justes?