Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Oscars’

Jeudi 11 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (4)

Oscars et documentaires : entre coeur et raison

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On peut se moquer autant qu’on veut de l’importance accordée à la vénérable institution des Oscars. Et, souvent, avec raison. Mais s’il y a un aspect positif, concret, qui découle de toute cette autocongratulation entre stars millionnaires, c’est la lumière salvatrice dont vont pouvoir s’abreuver les représentants les plus obscurs de l’industrie. À savoir les courts, les films étrangers et, surtout, les documentaires.

Selon un article du New York Times, la compétition dans la catégorie documentaire est plus «turbulente» que jamais.

La réalité économique a mis une pression extrême sur les réalisateurs, producteurs et distributeurs pour décrocher une nomination. La reconnaissance des Oscars devrait au moins apporter suffisamment d’attention afin d’agripper des téléspectateurs à travers les services de vidéo à la demande ou de souscription.

Et il ne s’agit pas ici de prix de consolation. L’internet et la télévision numérique sont devenus des plateformes de diffusion bien plus fastes que les salles de cinéma ne l’ont jamais été pour les docus. En même temps, avec l’augmentation sans cesse grandissante de l’offre, le défi suprême est de se faire connaître.

Au début du mois, l’Académie a dévoilé sa short list de 15 titres – sur un total de 134 films éligibles – qui se disputeront les cinq places disponibles qui constitueront les nominations dans la catégorie du Meilleur long métrage documentaire. Les vainqueurs seront annoncés le 15 janvier.

Selon le NYTimes, ces docus peuvent être divisés en deux groupes : les films qui parlent d’art, perçus comme «chaleureux et pelucheux», et les films abordant des problèmes sociaux, juridiques ou politiques jugés plus «sérieux». À la surprise plus ou moins générale, ce sont des films issus du premier groupe qui ont remporté le prix ultime au cours des deux dernières années : Searching for Sugar Man et 20 Feet From Stardom, tous deux traitant du sujet de la musique.

Et qu’en est-il des pronostics pour 2015? L’art pourrait bien connaître une troisième victoire d’affilée. En effet, Life Itself de Steve James, basé d’après l’autobiographie du critique Roger Ebert, est considéré comme le docu à battre. Non seulement parce qu’Ebert, décédé à l’âge de 70 ans pendant le tournage du film, est une figure fortement appréciée dans le milieu, mais aussi parce que l’Académie pourrait se racheter d’avoir snobé Hoop Dreams, le docu du même cinéaste, dont «l’incapacité à obtenir une nomination pour le Meilleur documentaire en 1995 a mené à une réforme du vote», rappelle le NYT.

Le principal concurrent de Life Itself est issu du groupe «sérieux», et s’intitule Citizenfour, le docu de Laura Poitras qui offre un accès privilégié à Edward Snowden, le lanceur d’alerte le plus médiatisé du XXIe siècle et le fugitif le plus recherché de la planète.

Parmi les autres docus shortlistés qui parlent de sujets «sérieux» :

> The Case Against 8

> The Kill Team

> Citizen Koch

> Last Days in Vietnam

> The Overnighters

> Tales of the Grim Sleeper

> Virunga

> The Internet’s Own Boy

***

Et voici le reste de la short list, davantage «chaleureuse et pelucheuse» :

> Keep on Keepin’ On

> Art and Craft

> Finding Vivian Maier

> Jodorowsky’s Dune

> The Salt of the Earth

À lire aussi :

> Le renouveau du documentaire, ou la soif ardente de réel
> Un Oscar potentiel des plus conséquents, et controversés
> Oscars: une affaire de vieux hommes blancs

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Mardi 4 mars 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (31)

DiCaprio trop cool pour l’Académie?

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Il a peut-être livré la performance la plus solide de sa carrière dans la peau d’un hédoniste débauché dans The Wolf of Wall Street, il n’en demeure pas moins que les rêves d’Oscar de Leonardo DiCaprio n’avaient à peu près aucune chance de se concrétiser dimanche soir, alors que la star a «réagi dignement» dans la défaite, comme on dit, en regardant le grand favori Matthew McConaughey monter sur scène cueillir le pétillant cadeau que lui tendait la non moins pétillante Jennifer Lawrence.

Ce quatrième revers en autant de nominations a ému le web, qui a ces derniers jours manifesté son chagrin à grands coups de memes et de gifs plutôt sarcastiques, et souvent amusants. Mais à la déception du fanclub se joint LA question : pourquoi l’Académie boude-t-elle l’une de ses plus grandes stars qui, de surcroît, a refusé de prendre le chemin «commercial» qui s’offrait volontiers à lui pour prêter son talent et sa gloire à des projets plus complexes et adultes (en d’autres mots, plus respectables et oscarisables)?

Cette interrogation a suscité de nombreuses théories, la plus satisfaisante d’entre elles, à mon avis, avancée par James S. Murphy dans un essai paru lundi sur le site de Vanity Fair. En bref, Leo est trop cool. Comme le sont ou l’ont été d’autres vedettes dans le même moule jamais reconnue par l’Académie, telles Cary Grant, Richard Burton, Robert Mitchum, James Dean, Steve McQueen, Samuel L. Jackson, Gary Oldman et Tom Cruise.

Avant d’étayer sa thèse, Murphy propose une définition de la notion de cool au cinéma en citant un extrait du commentaire DVD de Killing Them Softly fourni par le réalisateur Andrew Dominik, qui parle de l’attrait spécial qu’exerce Brad Pitt sur le public :

«Lorsque vous regardez Brad, vous sentez toujours qu’il y a quelque chose qui se passe là-dessous, mais vous n’êtes pas tout à fait sûr de ce que c’est. Je pense que c’est la raison pour laquelle il est une star de cinéma. Il a cette qualité de mystère. Il ne vous invite pas à partager sa position en quelque sorte».

Et de poursuivre :

Il ne vous invite pas à partager sa position. L’acteur cool invite l’admiration, l’envie, le désir, bien plus que l’empathie, parce qu’il est illisible. Ses personnages vous laissent vous demander ce que ce serait d’être comme eux, sans jamais pour autant vous laisser vous imaginer que vous le pourriez.

À l’autre extrémité du continuum se trouve Tom Hanks, un acteur qui vous invite presque toujours à partager sa position. Le pouvoir des performances de Hanks réside dans leur capacité à communiquer exactement ce que ce serait d’être le personnage qu’il joue, ce qui explique pourquoi il a eu tant de succès aux Oscars.

[...] Le continuum explique aussi pourquoi l’Académie favorise les acteurs jouant des personnages qui sont handicapés, malades mentaux, homosexuels, ou laids. Ce qui est vraiment récompensé ce sont des rôles dans lesquels les acteurs se sont étirés eux-mêmes afin de partager une position qui est sous-représentée à l’écran.

Donc, si DiCaprio tient tant que ça à l’Oscar, il doit trouver un moyen de se Tom Hankiser, et je crois d’ailleurs qu’il ferait aussi bien de se dé-Al Paciniser; cette approche par moments (trop) délirante du jeu ne lui a manifestement pas porté chance.


***

Pour finir, j’aimerais mentionner brièvement une autre histoire – loin d’être cool celle-là – qui a beaucoup fait jaser dimanche après le gala : le froid très palpable entre le réalisateur de 12 Years A Slave, Steve McQueen, et son scénariste John Ridley.

Quand ce dernier est allé chercher le prix du Meilleur scénario adapté, il a ignoré le cinéaste, préférant donner l’accolade à David O. Russell (geste assez curieux, considérant que les deux hommes s’étaient vigoureusement disputés par le passé concernant l’écriture de Three Kings).

McQueen, pendant ce temps, affichait un air impassible, tout en mimant des applaudissements.

The Wrap a révélé lundi que la tension entre les deux artistes a été causée par une querelle concernant la paternité du scénario. McQueen voulait une mention de co-scénariste, ce que lui a refusé Ridley, qui a d’ailleurs obtenu le soutien du studio Fox Searchlight.

Le conflit a été gardé secret pendant toute la campagne des Oscars afin de ne pas nuire aux chances du film. Une décision qui s’est avérée judicieuse, en fin de compte, même si la consécration gardera pour toujours un déplaisant arrière-goût amer.

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Jeudi 27 février 2014 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (31)

Des Oscars au goût amer

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«Nous nous devons de croire que ce truc a de l’importance, qu’il y a une valeur monétaire réelle à la chasse aux prix. Mais il y a un sentiment rampant que les consommateurs s’en soucient de moins en moins». Ainsi s’exprimait un directeur de studio (qui a requis l’anonymat) dans une entrevue au New York Times la semaine dernière, à propos d’une institution qui semble perdre de son influence année après année.

L’objectif premier d’une nomination à l’Oscar, du moins en ce qui concerne les films dits «d’art», est d’attirer un maximum de spectateurs en salle. Mais quatre des neuf films se disputant le prix suprême cette année – Dallas Buyers Club, Her, Nebraska et Philomena – n’ont pas su vraiment bénéficier de la reconnaissance que leur a octroyé l’Académie en terme de retombées au box-office, selon l’article du NYT.

Aux dires d’un expert de l’industrie, Joe Quenqua de DKC Public Relations, l’augmentation du nombre de nominés dans la catégorie du Meilleur film a produit l’inverse de l’effet escompté : au lieu d’intéresser les gens à une plus grande variété de films, tout ce «bruit» a plutôt eu pour effet de «diluer» l’importance des prix. «On peut se demander à quel point le spectateur moyen se confond, avant de faire la sourde oreille», se demande Quenqua.

L’expert voit un autre paradoxe dans le déroulement des Oscars cette année – l’Académie a retardé son gala pour ne pas se buter à la couverture olympique. «Tandis que la saison est plus longue que jamais, la culture s’accélère. Au moment où Focus Features a été en mesure de commercialiser Dallas Buyers Club en tant que candidat au Meilleur film, il avait déjà été dans en salle depuis 10 semaines – une relative éternité.»

***

«En ce moment, plus que dans toute autre année récente, une sorte d’amertume s’est installée sur la cérémonie des Oscars», a noté le toujours perspicace Mark Harris de Grantland, qui regrette que la conversation se soit trop étirée, engendrant une négativité inévitable lorsqu’un si grand groupe de personnes attend une résolution pendant si longtemps (Exemple notable : les chances de Cate Blanchett sont-elles, ou devraient-elles être, compromises par «son association professionnelle avec un homme qui a maintenant re-nié avoir fait quelque chose qu’il a nié 20 ans auparavant»).

«Les plus grands combats au sujet des prétendants aux Oscars de 2014 ne portent pas tant sur leur esthétique, que sur leur politique et leur morale», affirme Harris, avant d’y aller d’une analyse fouillé et nuancée du débat opposant ce que j’appellerais les «objectivistes», ceux qui requièrent d’un film qu’il illustre le monde tel qu’il est, avec un discours éthique responsable, et les «subjectivistes», qui croient essentiellement qu’un cinéaste peut mettre sur l’écran pas mal ce qu’il veut, au diable l’intégrité historique et l’impartialité factuelle; si le film est bon, c’est tout ce qui compte.

Oscarologie

Tandis que bon nombre de professionnels à Hollywood broie du noir ces temps-ci, un autre groupe étroitement lié à l’industrie prospère comme jamais : les pronostiqueurs, qu’on surnomme dans le jargon Oscarologistes. Ces Nate Silver du 7e art, qui ont pour la plupart peaufiné leurs talents dans le proverbial sous-sol de leurs parents, subsistant grâce à des jobines ingrates, figurent aujourd’hui parmi les journalistes les plus soudoyés et reconnus dans le milieu, empochant un salaire se situant des les six chiffres.

Un reportage fort divertissant sur ces statisticiens nouveau genre, qui «opèrent dans un nouveau monde étrange qui existait à peine il ya dix ans», est à lire sur le site de Vulture. Un des passages qui m’a le plus accroché est une réflexion de la part des Oscarologistes-vedette Tom O’Neil (Gold Derby) et Sasha Stone (Awards Daily), qui croient qu’un bon pronostiqueur est forcément cynique. Cette dernière dit avoir commencé son site pour répondre à la question existentielle: Pourquoi Citizen Kane a-t-il perdu contre How Green Was My Valley? Leur réponse: Citizen Kane était le meilleur des deux films.

Un raisonnement qu’on peut appliquer à la plupart des palmarès des Oscars. Je vous laisse y aller de vos indignations personnelles, mais en ce qui me concerne, quand j’ai vu Shakespeare in Love battre The Thin Red Line, j’ai compris que la notion de «Meilleur film» en était une des plus malléables. Et que l’attitude la plus saine à adopter vis-à-vis tout ce cirque est d’en rire, et d’essayer de passer du bon temps avec ce qui est bien davantage un gros show de télévision, qu’un sérieux hommage au cinéma.

Pour ce qui est des prédictions, vous pouvez toujours vous amuser en visitant les sites présentés dans le reportage de Vulture, mais si je peux me permettre une suggestion de lecture, j’aimerais revenir à Mark Harris, qui a passé toute la semaine à publier des textes en prévision du gala de dimanche. Il a divisé la liste des catégories en six parties, la plus récente entrée se trouvant ici. Et ci-dessous, on peut le voir jaser Oscars avec son génial collègue Wesley Morris.

> Pour une perspective historique, The Playlist a classé les 85 lauréats des Oscars du pire au meilleur, dans un post assez épique merci.

P.S.: Je vous invite à me joindre au clavardage sur le gala des Oscars dimanche à partir de 20h sur lapresse.ca

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