Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Oscars’

Jeudi 15 janvier 2015 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (19)

Bien sûr que Gone Girl a été snobé!

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C’est une habitude coriace : dans les minutes et les heures qui suivent le dévoilement des nominations aux Oscars, la discussion (réelle et virtuelle) ne porte pas tant sur les heureux candidats, mais plutôt sur ceux qui n’ont pas été retenus pour participer au plus grand bal du cinéma au monde. Les réactions sont souvent émotives. «Quel outrage!». «Quel manque de goût!». «Comment ça lui/elle et pas lui/elle?!».

J’ai l’impression que tous ces gens plus ou moins choqués s’attendent de la part de l’Académie de fournir une quelconque évaluation objective de l’année cinématographique qui vient de passer, et d’ajuster sa liste de nominés en conséquence. On semble oublier que les choix reflètent l’appréciation d’un corps votant très particulier, à savoir quelque 6000 membres issus de l’industrie, pour la plupart riches, blancs, âgés et mâles.

Parmi tous les lauréats de l’Oscar suprême on peut relever certaines caractéristiques communes : une tragédie humaine (guerre, maladie) avec une note d’espoir ; biographie d’une personnalité inspirante ; épique historique ; le pouvoir salvateur du cinéma. En gros, des films qui ont un message, qui ont une signification, qui ont quelque chose à dire sur notre humanité.

Ainsi, lorsque je lis tous ces billets publiés depuis ce matin qui s’étonnent de la quasi-absence d’un film aussi populaire au box-office et aussi bien reçu par la critique que Gone Girl – une seule nomination, Meilleure actrice – je souris un peu. Bien sûr que le film de David Fincher n’allait pas recevoir de l’amour de la part de l’Académie! Son film n’a pas de message. Si ce n’est, pour utiliser la fameuse formule de Marshall McLuhan, que le média est le message; la forme est ici infiniment plus robuste que le fond. C’est comme si ce cinéaste surdoué s’était lancé un défi: comment raconter de la manière la plus fluide possible une histoire qui ne fait aucun sens. Un pari remporté haut la main.

Du moins, à mon humble avis. Et pour ceux qui pensent le contraire, vous allez vous délecter de ce nouveau montage bien baveux conçu par la gang de Screen Junkies:

L’Académie n’a jamais vraiment apprécié le cinéma de genre pur (horreur, science-fiction, thriller, polar, etc.), lui préférant des films dits «de prestige». Quelques exceptions notables : The Silence of the Lambs, No Country for Old Men, The French Connection, The Departed, qui était en fait un moyen de se racheter après avoir snobé Scorsese si souvent par le passé. Mais si vous ne me croyez pas, j’ai deux mots pour vous : Alfred Hitchcock. Le réalisateur le plus célèbre de l’histoire du cinéma, dont le nom est carrément synonyme avec 7e art, n’a jamais remporté un Oscar (quoiqu’il a obtenu cinq nominations sur 53 longs métrages).

strangers-on-a-train-movie-poster-1951-1020143832Pour revenir à Fincher, on peut déjà prévoir que son nouveau projet ne risque pas de récolter trop de statuettes dorées. Après avoir rendu un hommage senti au cinéma de Hitchcock dans Gone Girl, il se prépare à adapter un classique du maître du suspense, Strangers on a Train. Dans ce thriller sorti en 1951, un joueur de tennis malheureux dans son mariage rencontre dans un train un inconnu qui a des visées sur l’héritage de son père. Ce dernier lui propose le crime parfait : se débarasser de leurs obstacles en s’échangeant les meurtres.

La nature des personnages et le moyen de transport seront modifiés dans le remake, intitulé simplement Strangers. Ainsi, le sportif deviendra une star de cinéma en pleine saison des Oscars, et prendra les traits de Ben Affleck. Lorsque son jet privé tombe en panne, il accepte de faire le voyage vers Los Angeles dans l’avion d’un étranger fortuné. L’adaptation du film de Hitchcock, qui est basé d’après le roman du même nom de Patricia Highsmith, sera assuré par l’auteure et la scénariste de Gone Girl, Gillian Flynn.

À lire aussi :

> Gone Girl : le doux parfum du trash
> Oscars: une affaire de vieux hommes blancs

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Jeudi 11 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (4)

Oscars et documentaires : entre coeur et raison

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On peut se moquer autant qu’on veut de l’importance accordée à la vénérable institution des Oscars. Et, souvent, avec raison. Mais s’il y a un aspect positif, concret, qui découle de toute cette autocongratulation entre stars millionnaires, c’est la lumière salvatrice dont vont pouvoir s’abreuver les représentants les plus obscurs de l’industrie. À savoir les courts, les films étrangers et, surtout, les documentaires.

Selon un article du New York Times, la compétition dans la catégorie documentaire est plus «turbulente» que jamais.

La réalité économique a mis une pression extrême sur les réalisateurs, producteurs et distributeurs pour décrocher une nomination. La reconnaissance des Oscars devrait au moins apporter suffisamment d’attention afin d’agripper des téléspectateurs à travers les services de vidéo à la demande ou de souscription.

Et il ne s’agit pas ici de prix de consolation. L’internet et la télévision numérique sont devenus des plateformes de diffusion bien plus fastes que les salles de cinéma ne l’ont jamais été pour les docus. En même temps, avec l’augmentation sans cesse grandissante de l’offre, le défi suprême est de se faire connaître.

Au début du mois, l’Académie a dévoilé sa short list de 15 titres – sur un total de 134 films éligibles – qui se disputeront les cinq places disponibles qui constitueront les nominations dans la catégorie du Meilleur long métrage documentaire. Les vainqueurs seront annoncés le 15 janvier.

Selon le NYTimes, ces docus peuvent être divisés en deux groupes : les films qui parlent d’art, perçus comme «chaleureux et pelucheux», et les films abordant des problèmes sociaux, juridiques ou politiques jugés plus «sérieux». À la surprise plus ou moins générale, ce sont des films issus du premier groupe qui ont remporté le prix ultime au cours des deux dernières années : Searching for Sugar Man et 20 Feet From Stardom, tous deux traitant du sujet de la musique.

Et qu’en est-il des pronostics pour 2015? L’art pourrait bien connaître une troisième victoire d’affilée. En effet, Life Itself de Steve James, basé d’après l’autobiographie du critique Roger Ebert, est considéré comme le docu à battre. Non seulement parce qu’Ebert, décédé à l’âge de 70 ans pendant le tournage du film, est une figure fortement appréciée dans le milieu, mais aussi parce que l’Académie pourrait se racheter d’avoir snobé Hoop Dreams, le docu du même cinéaste, dont «l’incapacité à obtenir une nomination pour le Meilleur documentaire en 1995 a mené à une réforme du vote», rappelle le NYT.

Le principal concurrent de Life Itself est issu du groupe «sérieux», et s’intitule Citizenfour, le docu de Laura Poitras qui offre un accès privilégié à Edward Snowden, le lanceur d’alerte le plus médiatisé du XXIe siècle et le fugitif le plus recherché de la planète.

Parmi les autres docus shortlistés qui parlent de sujets «sérieux» :

> The Case Against 8

> The Kill Team

> Citizen Koch

> Last Days in Vietnam

> The Overnighters

> Tales of the Grim Sleeper

> Virunga

> The Internet’s Own Boy

***

Et voici le reste de la short list, davantage «chaleureuse et pelucheuse» :

> Keep on Keepin’ On

> Art and Craft

> Finding Vivian Maier

> Jodorowsky’s Dune

> The Salt of the Earth

À lire aussi :

> Le renouveau du documentaire, ou la soif ardente de réel
> Un Oscar potentiel des plus conséquents, et controversés
> Oscars: une affaire de vieux hommes blancs

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Mardi 4 mars 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (31)

DiCaprio trop cool pour l’Académie?

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Il a peut-être livré la performance la plus solide de sa carrière dans la peau d’un hédoniste débauché dans The Wolf of Wall Street, il n’en demeure pas moins que les rêves d’Oscar de Leonardo DiCaprio n’avaient à peu près aucune chance de se concrétiser dimanche soir, alors que la star a «réagi dignement» dans la défaite, comme on dit, en regardant le grand favori Matthew McConaughey monter sur scène cueillir le pétillant cadeau que lui tendait la non moins pétillante Jennifer Lawrence.

Ce quatrième revers en autant de nominations a ému le web, qui a ces derniers jours manifesté son chagrin à grands coups de memes et de gifs plutôt sarcastiques, et souvent amusants. Mais à la déception du fanclub se joint LA question : pourquoi l’Académie boude-t-elle l’une de ses plus grandes stars qui, de surcroît, a refusé de prendre le chemin «commercial» qui s’offrait volontiers à lui pour prêter son talent et sa gloire à des projets plus complexes et adultes (en d’autres mots, plus respectables et oscarisables)?

Cette interrogation a suscité de nombreuses théories, la plus satisfaisante d’entre elles, à mon avis, avancée par James S. Murphy dans un essai paru lundi sur le site de Vanity Fair. En bref, Leo est trop cool. Comme le sont ou l’ont été d’autres vedettes dans le même moule jamais reconnue par l’Académie, telles Cary Grant, Richard Burton, Robert Mitchum, James Dean, Steve McQueen, Samuel L. Jackson, Gary Oldman et Tom Cruise.

Avant d’étayer sa thèse, Murphy propose une définition de la notion de cool au cinéma en citant un extrait du commentaire DVD de Killing Them Softly fourni par le réalisateur Andrew Dominik, qui parle de l’attrait spécial qu’exerce Brad Pitt sur le public :

«Lorsque vous regardez Brad, vous sentez toujours qu’il y a quelque chose qui se passe là-dessous, mais vous n’êtes pas tout à fait sûr de ce que c’est. Je pense que c’est la raison pour laquelle il est une star de cinéma. Il a cette qualité de mystère. Il ne vous invite pas à partager sa position en quelque sorte».

Et de poursuivre :

Il ne vous invite pas à partager sa position. L’acteur cool invite l’admiration, l’envie, le désir, bien plus que l’empathie, parce qu’il est illisible. Ses personnages vous laissent vous demander ce que ce serait d’être comme eux, sans jamais pour autant vous laisser vous imaginer que vous le pourriez.

À l’autre extrémité du continuum se trouve Tom Hanks, un acteur qui vous invite presque toujours à partager sa position. Le pouvoir des performances de Hanks réside dans leur capacité à communiquer exactement ce que ce serait d’être le personnage qu’il joue, ce qui explique pourquoi il a eu tant de succès aux Oscars.

[...] Le continuum explique aussi pourquoi l’Académie favorise les acteurs jouant des personnages qui sont handicapés, malades mentaux, homosexuels, ou laids. Ce qui est vraiment récompensé ce sont des rôles dans lesquels les acteurs se sont étirés eux-mêmes afin de partager une position qui est sous-représentée à l’écran.

Donc, si DiCaprio tient tant que ça à l’Oscar, il doit trouver un moyen de se Tom Hankiser, et je crois d’ailleurs qu’il ferait aussi bien de se dé-Al Paciniser; cette approche par moments (trop) délirante du jeu ne lui a manifestement pas porté chance.


***

Pour finir, j’aimerais mentionner brièvement une autre histoire – loin d’être cool celle-là – qui a beaucoup fait jaser dimanche après le gala : le froid très palpable entre le réalisateur de 12 Years A Slave, Steve McQueen, et son scénariste John Ridley.

Quand ce dernier est allé chercher le prix du Meilleur scénario adapté, il a ignoré le cinéaste, préférant donner l’accolade à David O. Russell (geste assez curieux, considérant que les deux hommes s’étaient vigoureusement disputés par le passé concernant l’écriture de Three Kings).

McQueen, pendant ce temps, affichait un air impassible, tout en mimant des applaudissements.

The Wrap a révélé lundi que la tension entre les deux artistes a été causée par une querelle concernant la paternité du scénario. McQueen voulait une mention de co-scénariste, ce que lui a refusé Ridley, qui a d’ailleurs obtenu le soutien du studio Fox Searchlight.

Le conflit a été gardé secret pendant toute la campagne des Oscars afin de ne pas nuire aux chances du film. Une décision qui s’est avérée judicieuse, en fin de compte, même si la consécration gardera pour toujours un déplaisant arrière-goût amer.

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