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Depuis l’annonce des nominations aux Oscars, grand cas a été fait au sujet des similitudes thématiques qu’affichaient les deux principaux compétiteurs du gala d’hier soir, The Artist et Hugo. Les deux films sont en effet des lettres d’amour au cinéma du passé et entretiennent une dualité convenablement ironique; le premier est une production française célébrant l’industrie hollywoodienne à l’ère du muet, tandis que le second est un hommage hollywoodien à un pionnier français des images en mouvement, Georges Méliès.
Mais au-delà de ces comparaisons d’ordre cosmétique, The Artist et Hugo constituent chacun une proposition de cinéma fort différente. La comédie romantique de Michel Hazanavicius, tout aussi divertissante et originale soit-elle, ne dépasse jamais selon moi l’exercice de style. Hugo, au contraire, est une oeuvre bien plus riche, pertinente et émouvante. À mon avis le meilleur long-métrage de fiction de Martin Scorsese depuis Casino, sorti il y a 17 ans.
Dans son excellente analyse, Adam Cook argumente que ce qui distingue fondamentalement les deux films en question est le fait que The Artist adopte le point de vue du cinéma comme commerce, vantant ses mérites principalement à travers la capacité de l’industrie à se réinventer habilement afin de survivre économiquement, tandis qu’Hugo aborde davantage le cinéma comme une forme d’art dans laquelle passé, présent et avenir s’entremêlent tendrement; un cycle aussi bien huilé et précis que les horloges qu’entretient le protagoniste de la fable, permettant de mieux illustrer et saisir la complexe condition humaine.
Je traduis ci-dessous un long extrait, tout en vous encourageant fortement à lire l’article dans son intégralité.
Hugo et The Artist présentent tous les deux le cinéma comme une force résiliente et soutiennent, implicitement, que la technologie modifie la structure de cette forme d’art; le cinéma va évoluer et survivre. Cependant, alors que les deux films regardent vers le futur avec optimisme, seul Hugo adhère au passé – The Artist le flatte bassement. Scorsese trouve de nouvelles façons d’exprimer un amour pour le passé du cinéma, tandis que Hazanivicius fétichise l’ancien, ce qui, dans l’univers parodique et insouciant de son film semble détaché de tout sentiment d’importance. Certes, l’objectif central de The Artist est d’être un divertissement léger. Son adoption frivole mais parfaitement astucieuse de l’esthétique du cinéma muet n’est pas une qualité négative en soi, mais la nature de son hommage est condescendante.
Bien qu’une grande partie du récit constitue une lamentation sur la mort de l’ère du muet, il célèbre tacitement sa disparition. [...] Dès que l’ère du parlant se réconcilie avec le protagoniste, c’est comme si l’époque du muet perdait son importance, cessait d’exister. En opposition directe avec la philosophie «cyclique» du cinéma, The Artist ne voit les choses que de façon linéaire. En un sens, il voit le cinéma comme une business qui se dépouille allègrement de sa vieille peau pour une qui est plus rentable le moment venu. [...]
Alors que The Artist est capitaliste, Hugo est spirituel. Scorsese voit l’histoire du cinéma étroitement liée à l’histoire du monde et à l’histoire personnelle; elle permet de se connecter au monde et de l’interpréter, même de nous aider à se définir existentiellement. Il s’agit peut-être de la raison pour laquelle je trouve le cinéma de Scorsese le plus émouvant d’entre tous. Sa cinéphilie, qui n’est pas sans rappeler celle de Disney, fait inextricablement partie de son identité et de sa compréhension de l’humanité […). The Artist, en contrepartie, semble coupé du monde duquel il est sensé faire partie, concerné seulement par les circonstances économiques désastreuses qui servent d’inspiration darwinienne pour un cinéma en constante quête de survie. Hazanivicius échoue à voir la responsabilité des images, et notre responsabilité envers elles.
(Photo : caméo de Martin Scorsese dans Hugo)
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