Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Martin Scorsese’

Mercredi 23 novembre 2016 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (17)

Silence, le «meilleur film» de Martin Scorsese?

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C’est du moins l’avis du vétéran producteur Irwin Winkler, collaborateur de longue date de Scorsese, qui a notamment produit deux autres de ses films que divers cinéphiles pourraient aussi qualifier de «meilleurs» : Raging Bull et GoodFellas.

Projet que Scorsese nourrit depuis 1989, Silence est un drame historique campé au 17e siècle dans lequel deux Jésuites portugais partent au Japon et assistent aux persécutions du gouvernement contre les chrétiens. Ces deux protagonistes sont incarnés par les deux emo les plus en vue à Hollywood, Andrew Garfield et Adam Driver. Leur mission est scindée en deux : apporter du réconfort à leurs coréligionnaires et retrouver leur mentor (Liam Neeson), qui aurait renoncé à sa foi sous la torture.

Dans un généreux papier du New York Times Magazine publié lundi, qui fonctionne à la fois comme un portait de la carrière de Scorsese à travers sa sensibilité chrétienne, une analyse littéraire du roman éponyme de Shūsaku Endō publié en 1966, et une entrevue promo, Garfield assure qu’il n’a pas pris son rôle à la légère. Il a développé son personnage en s’inspirant des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. En gros, il devait «utiliser son imagination afin de se placer en compagnie de Jésus». Il s’est par la suite isolé dans un monastère jésuite au Pays de Galles, où il a observé une retraite silencieuse pendant sept jours.

Driver, de son côté, a également suivi les préceptes de la Méthode pour son rôle. L’acteur connu pour avoir incarné Kylo Ren dans Star Wars : The Force Awakens a perdu 51 livres, ou près du tiers de son poids, lors d’une cure supervisée de quatre mois. «C’est une question de contrôle, et en tant qu’acteur on veut avoir du contrôle. Mais c’est aussi une question de souffrance : ça vous procure de l’information que vous pouvez utiliser dans le rôle», dit-il. Driver a par ailleurs rejoint Garfield dans son monastère.

Neeson, enfin, renoue avec un sujet qu’il a exploré trois décennies plus tôt, dans le palmé The Mission de Roland Joffé, aux côtés de l’alter ego de Scorsese, Robert DeNiro. Le film concerne une mission de Jésuites dans l’Amérique du Sud du 18e siècle.

Silence est le deuxième long métrage du légendaire cinéaste de 74 ans qui aborde de front la culture chrétienne. Le premier, The Last Temptation of Christ, est sorti la même année que Scorsese a découvert le roman de Endo. On se rappelle que le film avait choqué de nombreux catholiques conservateurs, qui ont violemment rejeté la représentation d’un Jésus charnel; treize personnes ont été brûlées à la suite de l’incendie criminel d’une salle parisienne, entre autres actes de protestation.

Il est intéressant de noter la symétrie entre les productions de ces deux films. The Last Temptation of Christ a pris l’affiche cinq ans après avoir obtenu son premier feu vert. Des lobbys chrétiens fondamentalistes ont mis des bâtons dans les roues au projet, et ont réussi à faire reculer Paramount. Scorsese a finalement mis en scène deux autres films entre-temps, After Hours et The Color of Money. Ce dernier est devenu son plus grand succès au box-office en carrière jusque-là, et a permis de rassurer les investisseurs.

Un quart de siècle plus tard, Scorsese a rencontré d’autres genres de difficultés avant de s’attaquer à Silence, dont le tournage devait s’entamer en 2011 avec Daniel Day-Lewis, Gael Garcia Bernal et Benicio Del Toro dans les rôles principaux. Mais la production a été embourbée dans des «douzaines de problèmes d’ordre légal» que le producteur Winkler a dû régler. L’argent n’était pas au rendez-vous non plus. Scorsese a dû aller à Cannes pour quémander du financement, tandis que les acteurs ont accepté un «salaire de misère», aux dires de Neeson. «Je me suis dit, Hollywood doit vraiment être dans une mauvaise passe quand Martin Scorsese, avec tous ses succès, tous ses honneurs, ne peut obtenir le feu vert pour un film», a regretté Winkler.

Il a fallu à nouveau rassurer les investisseurs, ce que Scorsese a réussi haut la main avec The Wolf of Wall Street et son impressionnant 400 millions $ au box-office. Au moins, il semblerait que les institutions chrétiennes ne s’opposeront pas à ce film, comme ce fut le cas pour The Last Temptation of Christ. Une projection est prévue au Vatican avant la sortie officielle, le 23 décembre. Le pape François, un Jésuite, devrait participer à l’évènement. Quand le NYT lui a demandé ce qu’il dirait au Saint Père à propos de son oeuvre, Scorsese a répondu : «Je dirais que j’ai essayé, dans mon travail, de trouver comment vivre sa vie – j’ai essayé d’explorer ce que notre existence représente réellement, et quelle en est sa signification».

La première bande-annonce de Silence a été diffusée hier soir :

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Samedi 23 avril 2016 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Un commentaire

La photo du week-end

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- Cybill Shepherd, Martin Scorsese, Robert De Niro, Jodie Foster et Harvey Keitel, 40 ans après la sortie de Taxi Driver.

Le vénérable groupe, accompagné du scénariste Paul Schrader (mais sans Albert Brooks, le mémorable prétendant inoffensif de Betsy) a participé jeudi à une discussion animée par le critique Kent Jones portant sur la production du classique.

L’évènement a été organisé dans le cadre d’une projection spéciale de Taxi Driver pour son 40e anniversaire au Festival du film de Tribeca, fondé par De Niro en 2002.

Une «histoire orale» du drame psychologique palmé a été mise en ligne au début du mois sur le site du Hollywood Reporter.

Un bel hommage aux rues de New York vues à travers la lentille hallucinatoire de Scorsese, gracieuseté de Film-Drunk Love :

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Lundi 5 octobre 2015 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Un commentaire

The Irishman, un Benjamin Button scorsesien

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Cela fait près de cinq ans déjà que Martin Scorsese a aguiché les cinéphiles avec un projet intitulé The Irishman, pour lequel il renouerait avec l’électrisant tandem Robert De Niro et Joe Pesci (Raging Bull, GoodFellas, Casino). Et comme si n’était pas suffisant, Al Pacino, que le légendaire cinéaste n’a jamais dirigé, viendrait compléter un trio italo-américain de l’enfer. Avec les années qui ont passé, l’espoir de voir un jour The Irishman s’est naturellement amenuisé. Une belle lubie, sans plus.

Mais pas si vite. Lors de sa tournée promotionnelle pour la comédie The Intern, De Niro a affirmé que le film sera bel et bien la prochaine réalisation de son vieil ami Scorsese, et que le tournage s’entamera «quelque part l’année prochaine». Des propos certes plus encourageants que ceux de Pacino, qui a dit à Vanity Fair en juin : «Je suppose [que nous allons toujours le faire], parce que le scénario est si bon. Mais ça fait longtemps qu’il a été mis en veilleuse, pour ainsi dire».

The Irishman est basé d’après le livre I Heard You Paint Houses, écrit par l’ancien procureur général du Delaware Charles Brandt. De Niro incarnera Frank «The Irishman» Sheeran, un tueur à gages notoire à la solde de la mafia. Cet ancien fonctionnaire syndical, décédé en 2003, est soupçonné d’avoir assassiné le leader des Teamsters Jimmy Hoffa en 1975.

Le titre du livre de Brandt, qui a été adapté par Steven Zaillian (Gangs of New York, Schindler’s List), fait référence aux premières paroles que Hoffa aurait dites à Sheeran : «Peindre une maison» signifie dans le jargon mafieux tuer quelqu’un; la peinture représentant le sang qui se répand sur les murs.

Joe Pesci et Robert de Niro sur le plateau de «Raging Bull» (1980).

Joe Pesci et Robert de Niro sur le plateau de «Raging Bull» (1980).

Qu’on le veuille ou non, The Irishman revêt un caractère crépusculaire. De Niro, Pesci, Pacino et Scorsese seront bientôt octogénaires. Ils ne pourront pas jouer les durs éternellement. Avec ce projet, pour employer un cliché cher aux films de gangsters, ils ont l’opportunité de faire une dernière casse majeure, avant de savourer une retraite bien méritée sur la proverbiale île ensoleillée.

Pour leur neuvième collaboration, Scorsese et De Niro ont dit souhaiter transcender le genre auquel ils nous ont habitués, pour viser un cinéma réflexif et fantaisiste rappelant le duo Fellini-Mastroianni. De Niro a élaboré sur le concept dans une entrevue accordée à MTV en mai 2010 :

Nous avons cette idée ambitieuse d’en faire un film en deux parties, ou deux films distincts [...] qui rappellent ou La Dolce Vita. Une sorte de film hollywoodien semi-biographique – un réalisateur et un acteur – basé sur les expériences entre moi et Marty.

Un parallèle plus juste serait Intervista (1987), dernière collaboration entre les deux monstres sacrés du cinéma italien, qui est à la fois un regard nostalgique sur une époque cinématographique révolue et, en rétrospective, un adieu à quatre mains à leurs admirateurs.

Le thème du vieillissement sera certainement présent dans The Irishman. Le passage du temps sera notamment articulé via des moyens technologiques fort élaborés. En entrevue audio à Empire Magazine ce week-end, De Niro a surpris son interlocuteur en révélant qu’il y aura «des sections, des périodes antérieures dans le film, où nous expérimentons comment je peux [paraître plus jeune] comme Benjamin Button. Pas seulement moi, mais les autres acteurs aussi».

C’est donc The Curious case of Benjamin Button à l’envers, si l’on comprend bien. Une solution qui à première vue peut sembler farfelue mais qui, comme le soutient The Playlist, est sans doute préférable à l’autre option : des acteurs plus jeunes, probablement intimidés à l’idée de partager des rôles avec leurs héros, qui risqueraient «de faire des imitations au lieu de faire des caractérisations».

En attendant plus d’informations sur The Irishman, on a bien hâte de voir Silence de Scorsese, qui devrait prendre l’affiche l’année prochaine. Il s’agit d’un drame historico-religieux se déroulant dans le Japon du 17e siècle, et mettant en vedette Liam Neeson, Andrew Garfield, Ken Watanabe et Adam Driver.

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