Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Martin Scorsese’

Mercredi 16 juillet 2014 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (11)

Le silence de Martin Scorsese

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Ayant obtenu le feu vert en mai 2013, l’adaptation par Martin Scorsese du roman Silence de Shusaku Endo prendra l’affiche en novembre 2015, a révélé Deadline lundi. Le tournage s’entamera à Taiwan à l’automne. Le film mettra en vedette Liam Neeson, Andrew Garfield, Ken Watanabe et Adam Driver, qui incarnera au préalable le principal méchant du nouveau Star Wars.

Projet que Scorsese nourrit depuis 1989, Silence est un drame historique campé au 17e siècle dans lequel «deux prêtres jésuites partent au Japon et assistent aux persécutions du gouvernement contre les chrétiens». Une combinaison épique de religion et de violence; des ingrédients qui se marient à merveille avec la sensibilité du réalisateur de The Last Temptation of Christ.

Sur le front documentaire, notons que Scorsese a récemment obtenu de l’aide financière pour peaufiner la post-production de The New York Review of Books: A 50 Year Argument, qui se penche sur le fameux magazine intellectuel fondé à New York en 1963, lors d’une importante grève des journaux. Le film aura sa première dans la Grosse Pomme le 27 septembre, avant de passer sur les ondes de HBO.

L’art du silence

Le mois dernier, l’as des essais-vidéo Tony Zhou nous a choyés avec un autre de ses exercices analytiques des plus perspicaces (après notamment les plans-séquence chez Spielberg). Le blogueur de Every Frame a Painting s’est penché sur une caractéristique sous-estimée du grand maître américain: son utilisation «délibérée et puissante» du silence.

La vidéo, relayée par Cinephilia and Beyond, est accompagnée d’une citation de Scorsese tirée d’une longue entrevue de 2013, dans laquelle il discute de sa prise de conscience de l’importance du design sonore.

Le silence est si important. Cela fait une grande différence. Dans Raging Bull, nous n’avons jamais vraiment trop pensé aux effets sonores jusqu’à ce que Frank Warner et moi avions commencé à travailler là-dessus avec [la monteuse] Thelma Schoonmaker. [...] Imaginez être dans un ring, et vous êtes roué de coups, et vous le faites une fois par jour, deux fois par jour, parfois avec un partenaire d’entraînement. Je ne pouvais pas y croire quand j’ai vu ce que ces hommes font. Puis, à un moment donné, Frank nous a regardé et a dit: il n’y a pas de son. Je lui ai dit, tu as raison. Sors tout ça. Sors-le. On entre dans un état méditatif et puis, vlan, le son revient.

Photo : Le PDG de IM Global, Stuart Ford, et Martin Scorsese lors d’un questions-réponses à Cannes en 2013.

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Après des escales à New York, Boston, Los Angeles et Chicago, la joyeuse caravane cinéphile de Martin Scorsese s’installe à Montréal. Depuis hier, et jusqu’à la fin du mois, la Cinémathèque présente «Chefs-d’œuvre du cinéma polonais», une série initiée et dirigée par le légendaire cinéaste de Taxi Driver et de Goodfellas. Il s’agit d’une seconde programmation exceptionnelle ce printemps tenue par la vénérable institution québécoise, après «Orson Welles : L’ogre du cinéma».

Suite à la remise d’un doctorat honoris causa à Martin Scorsese par The Polish National Film, Television and Theatre School, est née l’idée de concevoir un programme entièrement composé de merveilles du cinéma polonais contemporain, principalement celui de l’ère soviétique.

Le cycle couvre les années 1957 à 1987. Il est composé autant de classiques inoubliables que de raretés jamais projetées sur nos écrans. En tout, il s’agit de 21 titres pour ce cycle prestigieux que nous présentons dans son intégralité en première canadienne.

Ce sont toutes des restaurations numériques (DCP) récentes financées en partie par The Film Foundation de Martin Scorsese, avec des chefs-d’œuvre signés Andrzej Wajda, Aleksander Ford, Jerzy Kawalerowicz, Andrzej Munk, Wojciech Jerzy Has, Krzysztof Zanussi, Tadeusz Konwicki, Krzysztof Kieślowski et autres. Autant d’auteurs magistraux qui ont fait de la Pologne, l’un de ces pays qui ont su réaliser la grande promesse du cinéma comme un art à part entière.

Les films seront présentés en versions originales sous-titrées en anglais.

Parmi tout ces noms difficilement prononçables, seuls deux seront reconnus par l’amateur honnête du septième art : Wajda et Kieślowski, dont les films ont eu un certain retentissement en Occident. Le premier a connu la consécration internationale en remportant la Palme d’or en 1981 pour L’Homme de fer, tandis que le second est devenu le héros des cinéphiles sophistiqués grâce à ses productions françaises, La Double vie de Véronique et la trilogie aux consonances métaphysiques Trois couleurs.

Scorsese a commencé à penser à cette rétrospective en 2011 alors qu’il se trouvait à Łódź, ville du centre de la Pologne qui a donné son nom à l’une des plus fameuses écoles de cinéma au monde (à propos, lire ce reportage du New York Times). Le réalisateur de 71 ans est surtout heureux de pouvoir présenter à un vaste public une de ses oeuvres préférées à vie, le drame de guerre Cendres et Diamant (1958) de Wajda.

«Il s’agit toujours de l’un des plus grands films jamais faits, à dit Scorsese en entrevue au Los Angeles Times. Les films de Wajda ont ouvert la voie pour ce qui allait devenir une nouvelle vague en Pologne. C’était un peu avant les Nouvelles Vagues française et italienne».

Il poursuit, cette fois chez Salon : «Je ne savais pas à quoi m’attendre, et ça m’a laissé sans voix. C’était passionné, désespéré, romantique, cynique et cinématographiquement magnifique. C’était toute une introduction!»

Parmi les joyaux méconnus dans son cycle, Scorsese suggère : «Toute personne qui n’a pas vu Le Manuscrit trouvé à Saragosse de Wojciech Has devrait certainement y aller. C’est une expérience hallucinatoire sauvage. C’est devenu un véritable film-culte dans les années 60 et 70 – Jerry Garcia en était un grand fan. Vous devriez également voir Le Pharaon de Jerzy Kawalerowicz, un épique historique situé dans l’Égypte ancienne – trois ans de production et un film vraiment envoûtant.»

Pour finir, je retiens une déclaration de Bernardo Rondeau, directeur de la programmation du Academy of Motion Picture Arts and Sciences, citée dans le papier du LA Times, qui décrit bien les conditions des artistes et de leurs oeuvres à l’époque du bloc de l’Est, voire dans tout régime oppressif :

Ce qu’il y a de fascinant à propos des films polonais, c’est que beaucoup d’entre eux ont été faits dans le contexte d’un gouvernement autoritaire à la censure lourde, et beaucoup de ces films ont fini par être fortement censurés.

Mais vous avez ces grands films qui canalisent leurs messages et leurs opinions à travers des allégories, certaines à peine voilées, certaines beaucoup plus abstraites.

Très souvent, ils abordent cette idée de la mémoire de l’identité et toujours avec un sens visuel impeccable et un intellect perçant.

Voici Scorsese qui présente son cycle et qui commente certains des films qu’il a choisi :

- Pour une analyse pointue de la rétrospective, je vous conseille fortement de lire ce papier de Film Comment.

- «Martin Scorsese présente : chefs-d’œuvre du cinéma polonais» à la Cinémathèque du 14 au 31 mai.

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> Waldemar Swierzy : retour sur un affichiste unique
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Mardi 25 février 2014 | Mise en ligne à 17h35 | Commenter Commentaires (32)

Boogie Nights c. Taxi Driver : un hommage de luxe

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Le titre de mon post se veut à double sens; un hommage très senti à Taxi Driver contenu dans Boogie Nights, ainsi qu’une brève mais fort élégante démonstration dudit hommage, conçue par une vedette montante de la communauté cinéphile en ligne.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici une déclaration d’amour de la part de Paul Thomas Anderson à Martin Scorsese, énoncée lors d’un forum sur The Wolf of Wall Street animé par les deux hommes il y a quelques semaines, et que j’ai mis en ligne à la fin de ce post:

Je pense que vous avez dépassé le besoin d’avoir à défendre vos propres films. Tout ce que vous faites pour nous, pour moi, pour ma génération qui a grandi avec vous, vous étiez toujours le plus grand [The Man]. Il y avait vous, et puis il y avait d’autres personnes. Nous avons toujours pensé, j’ai toujours pensé: comment diable s’y prend-il? Comment fait-il pour bouger la caméra de cette façon? Comme vous pouvez le voir, il y a des gens, à gauche, à droite, qui essaient de vous imiter, de vous copier. Aucun de nous n’a réussi à vraiment y arriver.

Voici donc la vidéo-hommage de l’hommage, si on veut. Elle a été montée par Ali Shirazi (que j’ai déjà cité à quelques reprises ici, notamment ce billet sur la relation entre les maths et le cinéma). On remarque que la scène de la beignerie dans Boogie Nights dépasse le simple calque de celle du dépanneur dans Taxi Driver; PTA reprend son essence-même, établit par osmose un véritable dialogue cinématographique entre l’ancien et le nouveau. Il reconnaît la dette qu’il doit à son prédécesseur, sans pour autant compromettre son authenticité.

La relation entre Boogie Nights et le cinéma de Scorsese ne se limite pas qu’à Taxi Driver. La référence la plus explicite survient à la toute fin du film de PTA, quand Dirk Diggler répète sobrement les répliques d’une scène à venir, avant de lancer «I’m a star, I’m a star, I’m a star. I’m a star. I’m a star, I’m a big bright shining star». Idem pour Jake La Motta, dans la dernière scène de Raging Bull, qui s’écrie «I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss…», après avoir répété le texte d’un numéro de music hall qu’il s’apprête à performer. Ce texte, soit dit en passant, est tiré d’une scène de On the Waterfront d’Elia Kazan, un des films préférés de Scorsese. La boucle est donc bouclée.

Mais de tous les films du grand maître, c’est GoodFellas qui a déteint le plus sur l’identité de Boogie Nights, que ce soit du point de vue de l’utilisation de la musique, de la caméra, du montage, de la structure narrative, du développement des personnages, de la dynamique entre les protagonistes, etc. Une analyse pertinente à ce sujet du côté de Rewind Reviews, qui agrémente ses arguments de plusieurs extraits à fins de comparaison, dont :

On insiste beaucoup sur les similitudes entre les héros respectifs des deux films, Henry Hill et Dirk Diggler, qui connaissent sensiblement le même parcours à l’intérieur de milieux interlopes glamourisés (accueil chaleureux par une «famille» adoptive, les années de gloire, conflit avec le mentor, chute brutale, rédemption). De mon côté, je vois également un parallèle avec The Godfather, en particulier un rapprochement entre Vito Corleone (Marlon Brando) et Jack Horner (Burt Reynolds), deux leaders fiers et puissants qui résistent à la modernité; le premier refuse d’entrer dans le marché de la drogue, qu’il juge peu honorable, tandis que le second ne veut rien savoir de tourner des films de cul en vidéo – il insiste pour continuer à faire de l’«art», qui ne peut selon lui être accompli que grâce à la pellicule.

***

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Au gré de sa filmographie, Paul Thomas Anderson a considérablement modifié son esthétique, tempérant ses obsessions scorsesiennes/altmanesques chemin faisant, jusqu’à une cassure définitive avec There Will Be Blood. Ce n’est pas dire qu’il a abandonné son approche cinéphile de la mise en scène, mais qu’il a choisi de se laisser guider par d’autres maîtres, comme John Huston et surtout Stanley Kubrick (j’en parle plus en détail dans ma critique de TWBB).

L’hommage à Huston est encore plus manifeste dans le dernier PTA, The Master, alors qu’il réplique des cadrages, et cite textuellement des passages du documentaire de guerre Let There Be Light (1946). On peut en voir des exemples vers la fin de cette compilation qui a été mise en ligne par Cigarettes & Red Vines, le site de référence du cinéma d’Anderson.

Le docu de Huston est disponible sur le Blu-ray de The Master, ainsi que sur YouTube.

PS.: La date de sortie du nouveau PTA vient d’être annoncée. Inherent Vice prendra l’affiche le 12 décembre. Joyeux Noël à l’avance.

À lire aussi :

> Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte
> À propos de la fin de GoodFellas

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