Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Martin Scorsese’

Samedi 23 avril 2016 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Un commentaire

La photo du week-end

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- Cybill Shepherd, Martin Scorsese, Robert De Niro, Jodie Foster et Harvey Keitel, 40 ans après la sortie de Taxi Driver.

Le vénérable groupe, accompagné du scénariste Paul Schrader (mais sans Albert Brooks, le mémorable prétendant inoffensif de Betsy) a participé jeudi à une discussion animée par le critique Kent Jones portant sur la production du classique.

L’évènement a été organisé dans le cadre d’une projection spéciale de Taxi Driver pour son 40e anniversaire au Festival du film de Tribeca, fondé par De Niro en 2002.

Une «histoire orale» du drame psychologique palmé a été mise en ligne au début du mois sur le site du Hollywood Reporter.

Un bel hommage aux rues de New York vues à travers la lentille hallucinatoire de Scorsese, gracieuseté de Film-Drunk Love :

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Lundi 5 octobre 2015 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Un commentaire

The Irishman, un Benjamin Button scorsesien

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Cela fait près de cinq ans déjà que Martin Scorsese a aguiché les cinéphiles avec un projet intitulé The Irishman, pour lequel il renouerait avec l’électrisant tandem Robert De Niro et Joe Pesci (Raging Bull, GoodFellas, Casino). Et comme si n’était pas suffisant, Al Pacino, que le légendaire cinéaste n’a jamais dirigé, viendrait compléter un trio italo-américain de l’enfer. Avec les années qui ont passé, l’espoir de voir un jour The Irishman s’est naturellement amenuisé. Une belle lubie, sans plus.

Mais pas si vite. Lors de sa tournée promotionnelle pour la comédie The Intern, De Niro a affirmé que le film sera bel et bien la prochaine réalisation de son vieil ami Scorsese, et que le tournage s’entamera «quelque part l’année prochaine». Des propos certes plus encourageants que ceux de Pacino, qui a dit à Vanity Fair en juin : «Je suppose [que nous allons toujours le faire], parce que le scénario est si bon. Mais ça fait longtemps qu’il a été mis en veilleuse, pour ainsi dire».

The Irishman est basé d’après le livre I Heard You Paint Houses, écrit par l’ancien procureur général du Delaware Charles Brandt. De Niro incarnera Frank «The Irishman» Sheeran, un tueur à gages notoire à la solde de la mafia. Cet ancien fonctionnaire syndical, décédé en 2003, est soupçonné d’avoir assassiné le leader des Teamsters Jimmy Hoffa en 1975.

Le titre du livre de Brandt, qui a été adapté par Steven Zaillian (Gangs of New York, Schindler’s List), fait référence aux premières paroles que Hoffa aurait dites à Sheeran : «Peindre une maison» signifie dans le jargon mafieux tuer quelqu’un; la peinture représentant le sang qui se répand sur les murs.

Joe Pesci et Robert de Niro sur le plateau de «Raging Bull» (1980).

Joe Pesci et Robert de Niro sur le plateau de «Raging Bull» (1980).

Qu’on le veuille ou non, The Irishman revêt un caractère crépusculaire. De Niro, Pesci, Pacino et Scorsese seront bientôt octogénaires. Ils ne pourront pas jouer les durs éternellement. Avec ce projet, pour employer un cliché cher aux films de gangsters, ils ont l’opportunité de faire une dernière casse majeure, avant de savourer une retraite bien méritée sur la proverbiale île ensoleillée.

Pour leur neuvième collaboration, Scorsese et De Niro ont dit souhaiter transcender le genre auquel ils nous ont habitués, pour viser un cinéma réflexif et fantaisiste rappelant le duo Fellini-Mastroianni. De Niro a élaboré sur le concept dans une entrevue accordée à MTV en mai 2010 :

Nous avons cette idée ambitieuse d’en faire un film en deux parties, ou deux films distincts [...] qui rappellent ou La Dolce Vita. Une sorte de film hollywoodien semi-biographique – un réalisateur et un acteur – basé sur les expériences entre moi et Marty.

Un parallèle plus juste serait Intervista (1987), dernière collaboration entre les deux monstres sacrés du cinéma italien, qui est à la fois un regard nostalgique sur une époque cinématographique révolue et, en rétrospective, un adieu à quatre mains à leurs admirateurs.

Le thème du vieillissement sera certainement présent dans The Irishman. Le passage du temps sera notamment articulé via des moyens technologiques fort élaborés. En entrevue audio à Empire Magazine ce week-end, De Niro a surpris son interlocuteur en révélant qu’il y aura «des sections, des périodes antérieures dans le film, où nous expérimentons comment je peux [paraître plus jeune] comme Benjamin Button. Pas seulement moi, mais les autres acteurs aussi».

C’est donc The Curious case of Benjamin Button à l’envers, si l’on comprend bien. Une solution qui à première vue peut sembler farfelue mais qui, comme le soutient The Playlist, est sans doute préférable à l’autre option : des acteurs plus jeunes, probablement intimidés à l’idée de partager des rôles avec leurs héros, qui risqueraient «de faire des imitations au lieu de faire des caractérisations».

En attendant plus d’informations sur The Irishman, on a bien hâte de voir Silence de Scorsese, qui devrait prendre l’affiche l’année prochaine. Il s’agit d’un drame historico-religieux se déroulant dans le Japon du 17e siècle, et mettant en vedette Liam Neeson, Andrew Garfield, Ken Watanabe et Adam Driver.

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Mercredi 29 avril 2015 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (11)

Goodfellas, 25 ans après

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Lorsque vient le temps d’évaluer l’oeuvre de Martin Scorsese, trois films remontent invariablement à la surface : Taxi Driver (1976), Raging Bull (1980) et Goodfellas (1990). Personnellement, si je n’avais qu’un seul film du légendaire cinéaste à apporter sur la proverbiale île déserte, ce serait Casino (1995), mais on s’éloigne du sujet…

Le quart de siècle du chef-d’oeuvre de Scorsese a été célébré le week-end dernier lors du festival de Tribeca, évènement fondé par Robert De Niro, un des personnages principaux de la fresque de gangsters. L’acteur était présent sur scène, tout comme Ray Liotta (Henry), Paul Sorvino (Paulie), Lorraine Bracco (Karen), et le scénariste Nicholas Pileggi. Scorsese était à Taipei, en train de tourner Silence, tandis que Joe Pesci n’a pu y être, mais à envoyé un message lu par De Niro : «Fuck fuck fuckity fuck fuck fuck. Fuck».

Difficile de croire que Goodfellas est officiellement relégué au rang de «vieux film». En effet, en le regardant aujourd’hui, on ressent une vive énergie et une urgence qu’on ne retrouve pas dans de nombreux films du genre sortis récemment. D’ailleurs, ces derniers ne sont toujours pas parvenus à se détacher de l’héritage incommensurable du classique en question; personne, semble-t-il, n’a encore osé fermer la porte à Goodfellas, comme Scorsese lui-même l’avait fait à The Godfather, au propre comme au figuré (voir mon post de novembre 2009).

Oublions les portes un instant, et passons aux capots de coffre. Le génie de Goodfellas est son aisance à constamment jouer sur deux niveaux de lecture distincts, qui illustrent la relation d’amour-haine que Scorsese entretient avec l’univers qu’il dépeint. Comme la fin de son film le démontre, être un gangster n’est pas cool; pourtant, faire un film de gangsters, ça, c’est très cool! Cette fascinante dualité, on la découvre dès le prologue.

Dans une voiture, la nuit, trois hommes à l’air louche entendent du bruit provenant du coffre. Il s’arrêtent, sortent du véhicule, et ouvrent le capot. On y voit un homme baignant dans son sang qui marmonne quelque chose avant de se faire poignarder par un des passagers, et puis tirer à bout portant par un autre. Une scène d’une violence inouïe. Enfin, le troisième malfrat claque le capot, regarde au loin, et dit en voix-off : «As far back as I can remember I always wanted to be a gangster» (Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster).

Son geste et ses paroles sont instantanément suivis par une chanson jazzy et pétillante, Rags to Riches, interprétée par Tony Bennett. Une rupture de ton choquante, qui pourtant s’accorde à merveille avec la fermeture du capot. En d’autres mots, avec le refus de voir l’horreur réelle provoquée par le style de vie convoité. On tombe ici face à un autre type de violence : celle du déni volontaire de la réalité. Déni qui finira bien entendu par le rattraper.

La musique occupe un rôle fondamental dans Goodfellas. Elle dépasse le simple contrepoint émotionnel ou l’établissement d’un temps et d’un lieu; elle est un élément structurant de la mise en scène. Durant le questions-réponses organisé par le festival de Tribeca – qui a été animé par l’hôte du Daily Show Jon Stewart – on apprend que le fameux montage musical de la découverte des cadavres a été accompli en jouant Layla sur le plateau de tournage. L’objectif était de faire correspondre les mouvements de caméra et le positionnement des acteurs à la mélodie de la magnifique finale de la chanson de Derek and the Dominos.

Dans une fascinante entrevue qu’a accordé à Esquire l’éditeur musical de Goodfellas Chris Brooks, on apprend que Scorsese avait choisi toutes les chansons – pas loin d’une cinquantaine – «deux ans avant même qu’un seul plan n’eut été filmé». Et, dans son entretien-fleuve avec Ian Christie, le cinéaste affirme que sa quête d’authenticité l’a poussé à n’utiliser que des morceaux musicaux qui s’accorderaient avec l’époque : «Par exemple, je voulais utiliser une chanson des Rolling Stones à la fin – She Was Hot – pour cette dernière journée de 1979, mais elle est sortie un an plus tard, j’ai donc dû utiliser autre chose».

S’il y a une scène de Goodfellas qui se démarque – et il y en a un paquet! – ça doit être l’angoissante confrontation entre Tommy et Henry dans le club, communément surnommée «I’m funny how?». Cette séquence a été improvisée pour le film, après que Pesci eut raconté à Scorsese avoir été victime d’une plaisanterie similaire dans le passé, lorsqu’il a complimenté un mafieux du quartier Queen’s sur son sens de l’humour.

Pour revenir à ce que je disais plus tôt au sujet de cette crainte, ou refus, de refermer «la porte Goodfellas», on peut en voir ci-dessous un exemple concret, sous la forme d’une bande-annonce «funny how», pour le film de gangsters Black Mass, avec un Johnny Depp des plus intimidants dans la peau de Whitey Bulger, qui jusqu’à il y a quatre ans était le criminel le plus recherché aux États-Unis.

- À noter que le Blu-ray du 25e anniversaire de Goodfellas sera disponible à partir du 5 mai

À lire aussi :

> À propos de la fin de Goodfellas
> Scorsese ne donne aucun signe de ralentissement
> Le silence de Martin Scorsese
> Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver

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