Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Martin Scorsese’

Lundi 5 octobre 2015 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Un commentaire

The Irishman, un Benjamin Button scorsesien

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Cela fait près de cinq ans déjà que Martin Scorsese a aguiché les cinéphiles avec un projet intitulé The Irishman, pour lequel il renouerait avec l’électrisant tandem Robert De Niro et Joe Pesci (Raging Bull, GoodFellas, Casino). Et comme si n’était pas suffisant, Al Pacino, que le légendaire cinéaste n’a jamais dirigé, viendrait compléter un trio italo-américain de l’enfer. Avec les années qui ont passé, l’espoir de voir un jour The Irishman s’est naturellement amenuisé. Une belle lubie, sans plus.

Mais pas si vite. Lors de sa tournée promotionnelle pour la comédie The Intern, De Niro a affirmé que le film sera bel et bien la prochaine réalisation de son vieil ami Scorsese, et que le tournage s’entamera «quelque part l’année prochaine». Des propos certes plus encourageants que ceux de Pacino, qui a dit à Vanity Fair en juin : «Je suppose [que nous allons toujours le faire], parce que le scénario est si bon. Mais ça fait longtemps qu’il a été mis en veilleuse, pour ainsi dire».

The Irishman est basé d’après le livre I Heard You Paint Houses, écrit par l’ancien procureur général du Delaware Charles Brandt. De Niro incarnera Frank «The Irishman» Sheeran, un tueur à gages notoire à la solde de la mafia. Cet ancien fonctionnaire syndical, décédé en 2003, est soupçonné d’avoir assassiné le leader des Teamsters Jimmy Hoffa en 1975.

Le titre du livre de Brandt, qui a été adapté par Steven Zaillian (Gangs of New York, Schindler’s List), fait référence aux premières paroles que Hoffa aurait dites à Sheeran : «Peindre une maison» signifie dans le jargon mafieux tuer quelqu’un; la peinture représentant le sang qui se répand sur les murs.

Joe Pesci et Robert de Niro sur le plateau de «Raging Bull» (1980).

Joe Pesci et Robert de Niro sur le plateau de «Raging Bull» (1980).

Qu’on le veuille ou non, The Irishman revêt un caractère crépusculaire. De Niro, Pesci, Pacino et Scorsese seront bientôt octogénaires. Ils ne pourront pas jouer les durs éternellement. Avec ce projet, pour employer un cliché cher aux films de gangsters, ils ont l’opportunité de faire une dernière casse majeure, avant de savourer une retraite bien méritée sur la proverbiale île ensoleillée.

Pour leur neuvième collaboration, Scorsese et De Niro ont dit souhaiter transcender le genre auquel ils nous ont habitués, pour viser un cinéma réflexif et fantaisiste rappelant le duo Fellini-Mastroianni. De Niro a élaboré sur le concept dans une entrevue accordée à MTV en mai 2010 :

Nous avons cette idée ambitieuse d’en faire un film en deux parties, ou deux films distincts [...] qui rappellent ou La Dolce Vita. Une sorte de film hollywoodien semi-biographique – un réalisateur et un acteur – basé sur les expériences entre moi et Marty.

Un parallèle plus juste serait Intervista (1987), dernière collaboration entre les deux monstres sacrés du cinéma italien, qui est à la fois un regard nostalgique sur une époque cinématographique révolue et, en rétrospective, un adieu à quatre mains à leurs admirateurs.

Le thème du vieillissement sera certainement présent dans The Irishman. Le passage du temps sera notamment articulé via des moyens technologiques fort élaborés. En entrevue audio à Empire Magazine ce week-end, De Niro a surpris son interlocuteur en révélant qu’il y aura «des sections, des périodes antérieures dans le film, où nous expérimentons comment je peux [paraître plus jeune] comme Benjamin Button. Pas seulement moi, mais les autres acteurs aussi».

C’est donc The Curious case of Benjamin Button à l’envers, si l’on comprend bien. Une solution qui à première vue peut sembler farfelue mais qui, comme le soutient The Playlist, est sans doute préférable à l’autre option : des acteurs plus jeunes, probablement intimidés à l’idée de partager des rôles avec leurs héros, qui risqueraient «de faire des imitations au lieu de faire des caractérisations».

En attendant plus d’informations sur The Irishman, on a bien hâte de voir Silence de Scorsese, qui devrait prendre l’affiche l’année prochaine. Il s’agit d’un drame historico-religieux se déroulant dans le Japon du 17e siècle, et mettant en vedette Liam Neeson, Andrew Garfield, Ken Watanabe et Adam Driver.

À lire aussi :

> Le silence de Martin Scorsese
> Goodfellas, 25 ans après
> Scorsese ne donne aucun signe de ralentissement
> Entracte au Casino

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Mercredi 29 avril 2015 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (11)

Goodfellas, 25 ans après

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Lorsque vient le temps d’évaluer l’oeuvre de Martin Scorsese, trois films remontent invariablement à la surface : Taxi Driver (1976), Raging Bull (1980) et Goodfellas (1990). Personnellement, si je n’avais qu’un seul film du légendaire cinéaste à apporter sur la proverbiale île déserte, ce serait Casino (1995), mais on s’éloigne du sujet…

Le quart de siècle du chef-d’oeuvre de Scorsese a été célébré le week-end dernier lors du festival de Tribeca, évènement fondé par Robert De Niro, un des personnages principaux de la fresque de gangsters. L’acteur était présent sur scène, tout comme Ray Liotta (Henry), Paul Sorvino (Paulie), Lorraine Bracco (Karen), et le scénariste Nicholas Pileggi. Scorsese était à Taipei, en train de tourner Silence, tandis que Joe Pesci n’a pu y être, mais à envoyé un message lu par De Niro : «Fuck fuck fuckity fuck fuck fuck. Fuck».

Difficile de croire que Goodfellas est officiellement relégué au rang de «vieux film». En effet, en le regardant aujourd’hui, on ressent une vive énergie et une urgence qu’on ne retrouve pas dans de nombreux films du genre sortis récemment. D’ailleurs, ces derniers ne sont toujours pas parvenus à se détacher de l’héritage incommensurable du classique en question; personne, semble-t-il, n’a encore osé fermer la porte à Goodfellas, comme Scorsese lui-même l’avait fait à The Godfather, au propre comme au figuré (voir mon post de novembre 2009).

Oublions les portes un instant, et passons aux capots de coffre. Le génie de Goodfellas est son aisance à constamment jouer sur deux niveaux de lecture distincts, qui illustrent la relation d’amour-haine que Scorsese entretient avec l’univers qu’il dépeint. Comme la fin de son film le démontre, être un gangster n’est pas cool; pourtant, faire un film de gangsters, ça, c’est très cool! Cette fascinante dualité, on la découvre dès le prologue.

Dans une voiture, la nuit, trois hommes à l’air louche entendent du bruit provenant du coffre. Il s’arrêtent, sortent du véhicule, et ouvrent le capot. On y voit un homme baignant dans son sang qui marmonne quelque chose avant de se faire poignarder par un des passagers, et puis tirer à bout portant par un autre. Une scène d’une violence inouïe. Enfin, le troisième malfrat claque le capot, regarde au loin, et dit en voix-off : «As far back as I can remember I always wanted to be a gangster» (Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être un gangster).

Son geste et ses paroles sont instantanément suivis par une chanson jazzy et pétillante, Rags to Riches, interprétée par Tony Bennett. Une rupture de ton choquante, qui pourtant s’accorde à merveille avec la fermeture du capot. En d’autres mots, avec le refus de voir l’horreur réelle provoquée par le style de vie convoité. On tombe ici face à un autre type de violence : celle du déni volontaire de la réalité. Déni qui finira bien entendu par le rattraper.

La musique occupe un rôle fondamental dans Goodfellas. Elle dépasse le simple contrepoint émotionnel ou l’établissement d’un temps et d’un lieu; elle est un élément structurant de la mise en scène. Durant le questions-réponses organisé par le festival de Tribeca – qui a été animé par l’hôte du Daily Show Jon Stewart – on apprend que le fameux montage musical de la découverte des cadavres a été accompli en jouant Layla sur le plateau de tournage. L’objectif était de faire correspondre les mouvements de caméra et le positionnement des acteurs à la mélodie de la magnifique finale de la chanson de Derek and the Dominos.

Dans une fascinante entrevue qu’a accordé à Esquire l’éditeur musical de Goodfellas Chris Brooks, on apprend que Scorsese avait choisi toutes les chansons – pas loin d’une cinquantaine – «deux ans avant même qu’un seul plan n’eut été filmé». Et, dans son entretien-fleuve avec Ian Christie, le cinéaste affirme que sa quête d’authenticité l’a poussé à n’utiliser que des morceaux musicaux qui s’accorderaient avec l’époque : «Par exemple, je voulais utiliser une chanson des Rolling Stones à la fin – She Was Hot – pour cette dernière journée de 1979, mais elle est sortie un an plus tard, j’ai donc dû utiliser autre chose».

S’il y a une scène de Goodfellas qui se démarque – et il y en a un paquet! – ça doit être l’angoissante confrontation entre Tommy et Henry dans le club, communément surnommée «I’m funny how?». Cette séquence a été improvisée pour le film, après que Pesci eut raconté à Scorsese avoir été victime d’une plaisanterie similaire dans le passé, lorsqu’il a complimenté un mafieux du quartier Queen’s sur son sens de l’humour.

Pour revenir à ce que je disais plus tôt au sujet de cette crainte, ou refus, de refermer «la porte Goodfellas», on peut en voir ci-dessous un exemple concret, sous la forme d’une bande-annonce «funny how», pour le film de gangsters Black Mass, avec un Johnny Depp des plus intimidants dans la peau de Whitey Bulger, qui jusqu’à il y a quatre ans était le criminel le plus recherché aux États-Unis.

- À noter que le Blu-ray du 25e anniversaire de Goodfellas sera disponible à partir du 5 mai

À lire aussi :

> À propos de la fin de Goodfellas
> Scorsese ne donne aucun signe de ralentissement
> Le silence de Martin Scorsese
> Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver

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Jeudi 11 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (24)

Scorsese ne donne aucun signe de ralentissement

OSCAR NOMINATIONS

Il n’a peut-être pas un programme aussi chargé que celui de son fameux homologue septuagénaire Ridley Scott (et franchement, peu de cinéastes aujourd’hui, jeunes ou vieux, peuvent l’accoter dans ce département), mais il n’est pas loin. Martin Scorsese, qui fêtera ses 72 ans en novembre, se montre très productif par les temps qui courent: nouveau film en festival, long et court métrages en pré-prod, projets de rêve qui se concrétisent, deux pilotes pour HBO, ainsi qu’une nouvelle «conversation» s’adressant aux cinéphiles d’à travers le monde. Voyons voir.

> The Ramones

La musique populaire a toujours joué un rôle prépondérant dans l’oeuvre de Scorsese. Et, malgré de nombreux documentaires musicaux (The Last Waltz, No Direction Home, Shine a Light, Living in the Material World), il n’a centré aucun de ses films sur une figure musicale historique. Il y a bien le projet sur Frank Sinatra, mais il ne semble pas qu’il se dépêtrera des limbes du développement de sitôt.

Peut-être que Scorsese saura se montrer plus expéditif avec son biopic annoncé sur The Ramones, qu’a révélé le magazine Billboard fin août? Le film ferait partie d’un vaste hommage à venir en 2016 – incluant de nouveaux vêtements, livres, disques, ainsi qu’un docu et une pièce de théâtre – visant à célébrer les 40 ans du premier LP du légendaire groupe punk.

En attendant, côté musique, on a bien hâte de voir la télé-série sur le monde du rock & roll des années 1970 que Scorsese a conçue avec Mick Jagger et son scénariste de The Wolf of Wall Street Terence Winter, et dont il devrait réaliser le pilote pour HBO. Le fils du chanteur des Rolling Stones, James, fait partie de la distribution. Il sera accompagné notamment de Bobby Cannavale, Olivia Wilde, Juno Temple et Ray Romano.

Difficile d’imaginer un collaborateur créatif plus prédestiné que Jagger pour Scorsese, tant la musique des Rolling Stones est indissociable de son cinéma. À titre d’exemple, voici une compilation de toutes les scènes de ses films ayant utilisé la seule chanson Gimme Shelter :

> Shutter Island (et Gangs of New York) au petit écran

J’ai fait mention cet été du prestige sans cesse grandissant du 8e art, en parlant entre autres de cette nouvelle mode qui consiste à recycler au petit écran des oeuvres cinématographiques établies. Et Scorsese n’est pas imperméable à cette tendance. En mars 2013, il annonçait qu’il se liait à Miramax pour transposer son épique Gangs of New York à la télévision. La série devait explorer la «naissance du crime organisé en Amérique», mais on n’a cependant pas entendu parler de ce projet depuis plus d’un an.

Qu’à cela ne tienne, Scorsese est revenu à la charge le mois dernier avec une autre idée d’adaptation télévisuelle : Shutter Island, son thriller psychologique de 2010 dont j’ai fait la critique ici. Paramount et HBO s’apprêtent à y donner le feu vert, et Dennis Lehane, auteur du roman éponyme, est en train d’écrire le pilote, que Scorsese mettra en scène.

La télé-série est pour l’instant titrée Ashecliffe, d’après le nom de l’hôpital psychiatrique sinistre et isolé où se déroule le film. Son intrigue se déroulera durant une période précédant l’arrivée du personnage de Leonardo DiCaprio. «L’accent est mis sur le passé de l’hôpital, et les secrets et les méfaits commis par ses fondateurs, qui ont érigé l’hôpital au début du 20ème siècle et qui y ont développé des méthodes de traitement pour les malades mentaux».

> Docu sur The New York Review of Books

Scorsese a demandé l’aide de David Tedeschi, le monteur de plusieurs de ses docus musicaux, pour co-réaliser le documentaire The 50 Year Argument, qui a fait la ronde des festivals américains au cours de l’été, et qui sera diffusé par HBO le 29 septembre. Le cinéaste espère que son film, qui se penche sur l’histoire du fameux magazine intellectuel fondé à New York en 1963 lors d’une importante grève des journaux, saura communiquer «l’aventure de la pensée et la sensualité des idées».

Sa bande-annonce a récemment été mise en ligne :

> The Irishman, une réunion au sommet

Projet de rêve qui a davantage les allures de wet dream scorsesien que d’une production en bonne et due forme, il semblerait que The Irishman soit néanmoins bien plus proche de la réalité que du fantasme. Du moins, si l’on se fie à une récente entrevue qu’Al Pacino a accordée à The Daily Beast, où il soutient qu’il s’apprête à participer à sa première aventure avec le mythique cinéaste, aux côtés du non moins mythique tandem de Joe Pesci et Robert De Niro.

Cela fait quand même quatre ans que l’assemblage de ce dream team a été annoncé, et l’on commençait à perdre espoir. Mais, dernièrement, on a appris que se sont rajoutés au casting les noms de Harvey Keitel, l’acteur-fétiche de Scorsese au début de sa carrière, et de l’omniprésent Bobby Cannavale. Les choses semblent finalement bouger dans la bonne direction, et The Irishman pourrait très bien être la prochaine réalisation de Scorsese, qui suivrait son autre projet de rêve, The Silence, dont le tournage s’entamera sous peu. À moins que Sinatra ne vienne brasser les cartes….

The Irishman est basé d’après le livre I Heard You Paint Houses écrit par l’ancien procureur général du Delaware Charles Brandt. De Niro incarnera Frank «The Irishman» Sheeran, un tueur à gages notoire à la solde de la mafia. Cet ancien fonctionnaire syndical, décédé en 2003, est soupçonné d’avoir assassiné le leader des Teamsters Jimmy Hoffa en 1975. Le titre du livre de Brandt, qui a été adapté par Steven Zaillian (Gangs of New York), fait référence aux premières paroles que Hoffa a dites à Sheeran. «Peindre une maison» signifie dans le jargon mafieux tuer quelqu’un; la peinture représentant le sang qui se répand sur les murs et le plancher.

> De retour au casino

Parlant de casting de rêve, Scorsese dirigera Leonardo DiCaprio, Robert De Niro et Brad Pitt dans un court métrage corporatif de haute voltige destiné à promouvoir les resorts et casinos de Melco-Crown Entertainment, a révélé Deadline. La première du film aura lieu l’année prochaine au Macao Studio City, «la première station de loisirs de l’Asie à intégrer des installations de production de télévision et de films, la vente au détail, le jeu et les hôtels».

> Leçons de cinéma

Malgré son imposante charge de travail, Scorsese à trouvé le temps de discuter cinéma de répertoire dans le cadre d’une nouvelle série de «conversations» présentées conjointement par Vice et Criterion. Ci-dessous, il se penche sur la collaboration entre le maître du néo-réalisme italien Roberto Rossellini et sa muse – et femme à l’époque – Ingrid Bergman.

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Cette vidéo suit de quelques semaines la publication d’une liste de 39 films étrangers essentiels que Scorsese avait adressée il y a deux ans à un jeune cinéaste qui lui avait écrit pour demander conseil. On retrouve d’ailleurs de nombreux de ces titres dans une autre liste fournie par Scorsese, et annotée celle-là : «Les 85 films que vous devez voir pour connaître un tant soit peu le cinéma», qui a été publiée par Fast Company en 2012.

Cette entrée fut si populaire que Flavorwire l’a adaptée sous forme d’essai-vidéo. Un accomplissement admirable :

> Avis aux intéressés, vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter

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