Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Lars Von Trier’

Lundi 15 février 2016 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (10)

La maison que Lars Von Trier a construite

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En décembre 2014, Lars Von Trier a révélé dans une rare entrevue qu’il suivait une cure de désintoxication depuis trois mois. Le cinéaste danois avait l’habitude d’imaginer et d’écrire ses films en ingurgitant quotidiennement une bouteille de vodka et en prenant «une drogue» qui l’amenait dans un «monde parallèle». Son passage aux AA n’a finalement duré que six mois, a-t-il ensuite affirmé, en avril dernier. Il s’est remis à boire «modérément» afin de pouvoir «travailler à nouveau».

La production de son 13e long métrage a été annoncée vendredi via sa page Facebook. Le film s’intitule The House That Jack Built. Le titre est une référence à une comptine pour enfants britannique. Le projet devait à la base prendre la forme d’une série télévisée de huit épisodes portant sur un tueur en série, et racontée de son point de vue. Le fidèle producteur de LVT Peter Aalbaek Jensen faisait l’éloge d’une série «sans précédent».

Parlant de ses problèmes de boisson et de drogue en entrevue avec The Guardian, Lars Von Trier suggérait que c’est sa trop grande sensibilité qui l’incitait à la consommation abusive.

Voici ma théorie: les scientifiques disent que 80% de notre travail mental consiste à bloquer nos sens. Nous avons donc des filtres pour bloquer de l’information inutile. Mais si vous êtes sensible, alors cela signifie que ces filtres sont un peu cassés. Du moins c’est ce que j’ai vu chez les AA. La sensibilité vous donne de l’anxiété. Même même si j’ai travaillé sur mon anxiété en thérapie toute ma vie, l’anxiété est quelque chose que vous pouvez parfois gérer, tandis que d’autres fois c’est impossible.

Je médite beaucoup aussi. Mais quand vous tournez, vous n’avez pas le temps de vous occuper de vous-même, et vous avez tendance à boire juste pour être en mesure de commencer votre journée. Je me souviens de faire ce film (Dancer in the Dark) avec Björk, et je pleurais – j’étais prêt à abandonner. C’était une lutte acharnée, et elle était si folle qu’elle voulait toujours s’enfuir. Et je devais aller la chercher et la persuader de revenir. Mais elle a été l’une des meilleures actrices avec qui j’ai travaillé. Nous avons eu un rapport tellement intense, mais quand on ne travaillait pas, on n’arrêtait pas de se chicaner. C’était ridicule.

Il a admis lors d’un colloque à l’Université de Copenhague, en avril dernier, qu’il se sentait «très merdique pour le moment, je pleure et je pleure, oui, je suis un homme sensible». Il disait aussi penser que «l’Homme est bon, mais très confus», avant d’y aller avec un peu d’auto-dérision : «Je suis la personne qui a fait le plus de trilogies composées de seulement deux films – The Kingdom I + II, et Dogville + Manderlay».

Voici l’annonce Facebook de LVT. Il finit par «This ain’t rock and roll, this is genocide»; il s’agit des paroles de la chanson Future Legend de David Bowie. On se rappelle qu’une autre chanson du regretté musicien, Young Americans, avait clos Dogville.

À lire aussi :

> Sobre, Lars von Trier craint d’avoir perdu sa créativité
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Dimanche 21 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (8)

Entracte

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À quelques jours avant Noël, Internet nous a offert tout un cadeau: la version intégrale du documentaire A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies. Sorti en 1995, pour coïncider avec le centenaire de l’avènement du 7e art, le film de 225 minutes couvre une bonne partie de l’histoire du cinéma U.S., de l’époque du muet jusqu’en 1969, année de sortie du premier long métrage du fameux cinéaste-professeur.

Deux sujets reviennent régulièrement dans la leçon de Scorsese: déterminer le véritable apport artistique offert par les réalisateurs ayant travaillé dans le studio system avant la révolution culturelle du Nouveau Hollywood, et l’importance de bien comprendre et d’apprécier le passé afin d’inscrire son oeuvre (ou d’écrire sa critique) dans une perspective historique – peu importe qu’on veuille perpétuer ou révolutionner la tradition.

Le cinéaste a parlé de son docu dans le livre d’entretiens Scorsese on Scorsese. Quelques extraits :

Je voulais interpeller de jeunes réalisateurs et des étudiants en cinéma qui ne connaissaient peut-être pas certains films ou tendances du cinéma américain qui m’intéressent beaucoup. Je voulais ressusciter certains noms, comme Budd Boetticher ou André De Toth. Également, des films muets comme Seventh Heaven de Frank Borzage, ainsi que mes propres découvertes. [...]

J’ai commencé le Voyage avec le premier film que j’ai vu dont je me rappelle du titre, Duel in the Sun. Cela m’a mené à King Vidor et sa relation avec son producteur, David O. Selznick. Là, on a affaire à toute la question de l’expression personnelle à l’intérieur du studio system. Vidor a fait un film très personnel, The Crowd, qu’il a suivi par The Champ; il a ainsi conclu un marché. Mais d’autres ont pris une autre approche. À l’intérieur du système ils disaient ce qu’ils voulaient dire, mais en le déguisant sous la forme, et en utilisant les genres de l’époque. [...]

Pour moi, il doit y avoir un moyen qui me permet d’expérimenter tout en continuant à travailler. Ce n’est pas chaque film que l’on fait qui va nécessairement venir complètement de notre coeur. J’essaie de faire des films dans le mainstream, dans le système – tout en restant fidèle à ma vision des choses. Ma définition de «réalisateur» est une personne qui pourrait s’épanouir dans le vieux studio system, qui pourrait faire un travail professionnel sur n’importe quel scénario qui lui a été fourni. Je préfère être un cinéaste, parce qu’être un réalisateur est un travail très difficile; réussir à trouver l’énergie pour comprendre et ressentir du matériel qui ne provient pas de soi. [...]. Mais de temps en temps j’aimerais faire des films comme Cape Fear, continuer à travailler sur des aspects techniques de mon métier, et d’essayer de combiner le style d’antan avec mes propres intérêts et obsessions.

De retour le 5-6 janvier.

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Jeudi 4 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (40)

Sobre, Lars von Trier craint d’avoir perdu sa créativité

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Dix-huit mois. C’est le temps qu’il a fallu à Lars von Trier pour accoucher du scénario de Nymphomaniac. Pourtant, Dogville, un film seulement légèrement moins ambitieux, ne lui a pris que 12 jours à écrire. Qu’est-ce qui explique cette disparité? Son dernier long métrage est le seul qu’il a conçu alors qu’il était sobre.

Dans une entrevue accordée vendredi dernier au quotidien danois Politiken – sa première depuis ses propos controversés sur Hitler lors d’une conférence de presse à Cannes en 2011 – LVT affirme qu’il est en cure de désintoxication depuis trois mois. Il craint cependant que son voeu de santé ne le mène à faire «des films de merde».

«Aucune expression créatrice de valeur artistique n’a jamais été réalisée par d’anciens alcooliques ou d’anciens toxicomanes. [...] Qui se soucie des Rolling Stones sans boisson ou de Jimi Hendrix sans héroïne?», a-t-il dit à Politiken, ramenant cette notion romantique liant stupéfiants et inspiration, qui remonte au moins à l’époque de Van Gogh et de son absinthe, en passant par Bukowski et son vin cheap, sans oublier, bien sûr, le journaliste gonzo Hunter S. Thompson et… toute la pharmacie.

Avant Nymphomaniac, LVT avait l’habitude d’imaginer et d’écrire ses films en ingurgitant quotidiennement une bouteille de vodka et en prenant «une drogue» qui l’amenait dans un «monde parallèle», dans lequel ses idées se développaient. Processus créatif qui permet d’expliquer, entre autres, l’infâme renard parlant dans Antichrist, ou la séquence d’ouverture fantasmagorique de Melancholia

Même si on ne peut que saluer le désir ferme de sobriété de Lars von Tier, on souhaite néanmoins que ses craintes concernant sa force créatrice ne se concrétisent pas. Il planche présentement sur deux projets.

Le premier est un scénario qu’il a entamé en avril dernier, intitulé Detroit. L’intrigue se déroule dans la métropole américaine ravagée par la crise économique et porte sur «un homme qui combat ses démons intérieurs». Le film sera mis en scène par son compatriote Kristian Levring, qui a présenté cette année à Cannes son western The Salvation. Detroit, titre provisoire, est le premier scénario signé par Lars von Trier qu’il ne réalisera pas depuis Dear Wendy (2004) de Thomas Vinterberg.

Le second est un retour au monde de la télévision, vingt ans après sa mini-série acclamée The Kingdom, qui relatait des intrigues paranormales dans un hôpital de Copenhague. La productrice de LVT Louise Vesth a annoncé en septembre dernier qu’il commencerait le tournage de The House That Jack Built en 2016. Le titre est une référence à une comptine pour enfants britannique. Aucun détail sur l’intrigue n’a été dévoilé, quoiqu’un autre producteur de LVT, Peter Aalbaek Jensen, a assuré qu’il s’agira d’une série «sans précédent».

***

Question de devancer le court du week-end, je vous présente une oeuvre de jeunesse de Lars von Trier, qu’il a réalisée à l’âge de 14 ans. Trois ans après son premier film «en carrière», l’inquiétant film d’animation Turen til Squashland, que j’avais mis en ligne en juillet. Cette fois, on se rapproche davantage du champ thématique qu’il allait développer dans les décennies à venir, à savoir la cruauté implacable du destin. Mais peut-être que je me fie trop ici au titre de son court, qui semble résumer une bonne partie de sa filmographie : Pourquoi fuir, si vous savez que vous ne pouvez pas vous en échapper? Parce que vous êtes un lâche!

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