Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Lars Von Trier’

Mercredi 25 janvier 2012 | Mise en ligne à 12h45 | Commenter Commentaires (11)

Lars Von Trier a de la concurrence…

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Lars Von Trier serait en voie de perdre son monopole de «cinéaste de renom qui s’apprête à plonger dans le X». Du moins, si l’on se fie à Bret Easton Ellis. Sur son compte Twitter, l’auteur d’American Psycho a laissé entendre qu’il se prépare à collaborer avec Paul Scharder sur un «film noir à micro-budget» comportant de la nudité.

Ellis aimerait voir l’acteur porno James Deen incarner le protagoniste, nommé «Christian ou Ryan». Ce dernier aura comme occupation, entre autres (on présume), de «baiser des filles et des gars de manière réaliste». L’autre côté de la médaille, si on veut, du Nymphomaniac de LVT, qui explorera «la vie érotique d’une femme depuis l’âge de zéro jusqu’à 50 ans». (C’est Charlotte Gainsbourg qui devrait assurer le rôle de l’héroïne).

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Vainqueur en 2009 du «Male Performer of the Year» aux AVN (l’équivalant des Oscars dans l’industrie du XXX) à seulement 22 ans, Deen est le principal visage de la nouvelle tendance de la porno hétéro «pour elle». Il est particulièrement populaire auprès des adolescentes, qui lui consacrent quantité de forums et blogues des plus affectueux… (Un amusant portrait du bonhomme à lire ici).

Le projet n’est pas encore confirmé mais, en attendant, Ellis et Schrader se concentrent sur Bait, un «film d’horreur psychologique infesté de requins», qu’ils ont co-écrit et qui est à l’étape de la pré-production. Le récit se penche sur un jeune homme travaillant dans une station balnéaire huppée qui méprise les clients riches qui l’entourent. Un jour, il se faufile sur un yacht rempli d’étudiants poseurs, tue le capitaine, et met le cap sur une région peuplée de mangeurs d’hommes…

On est bien curieux de voir comment le scénariste de Taxi Driver et de Raging Bull, également connu pour avoir réalisé des thrillers existentiels sombres sur la condition masculine (Hardcore, Auto Focus, Affliction), saura se débrouiller avec un sujet relevant du cinéma d’exploitation, voire de la série B.

Avant de plonger dans Bait, Schrader devra compléter The Jesuit, l’histoire d’un homme faussement emprisonné qui part à la rescousse de son fils kidnappé au Mexique. (Et on continue d’espérer qu’il finira par mettre en chantier Québécois, long-métrage sur le crime organisé à Montréal dans les années 1970, dont on peut lire un extrait du scénario ici).

En ce qui concerne Ellis, il a signé dernièrement un scénario adapté intitulé Downers Grove, film d’horreur mettant en scène une école secondaire châtiée qui réclame la vie d’une étudiante à chaque année. Il se montre par ailleurs un fier partisan de l’éventuel et très suspect remake de American Psycho….

(Montage Twitter via CinemaBlend)

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Lundi 21 novembre 2011 | Mise en ligne à 20h00 | Commenter Commentaires (8)

Melancholia : la délivrance à travers le sublime

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«Ce n’est pas dans la mesure où elle suscite la peur que la nature est appréciée comme sublime dans notre jugement esthétique, mais parce qu’elle provoque en nous la force qui nous est propre de regarder comme petites les choses dont nous nous inquiétons (les biens, la santé et la vie).» – Emmanuel Kant

Ce n’est que lorsque l’on perd tout espoir que la vie (ou plutôt est-ce la mort?) prend tout son sens. C’est du moins le «message» que j’ai perçu après avoir vu Melancholia, curieux, irrésistible et parfois très drôle «film catastrophe psychologique» de Lars Von Trier.

Le récit est divisé en deux parties, portant chacune le nom de deux soeurs diamétralement opposées. La première illustre le mariage de Justine (Kirsten Dunst), jolie fille qui, dans un premier lieu, semble parfaitement enthousiaste à l’idée de passer le reste de ses jours avec Michael (Alexander Skarsgård), un bellâtre de couverture de magazine pas trop futé, mais cependant rempli de bonnes intentions. Pour l’occasion, une fête est organisée par sa soeur rangée Claire (Charlotte Gainsbourg) dans le manoir de son mari douchebag John (Kiefer Sutherland).

Au fur et à mesure que la soirée avance, on constate que Justine est loin de vivre «le plus beau jour de sa vie». Bien au contraire, sa dépression l’ayant rattrapée, elle décide, consciemment ou non, de saboter le mariage. Une série d’actions inappropriées, mais pas nécessairement injustifiées (prendre un bain pendant le découpage du gâteau, envoyer promener son patron, quitter brusquement la chambre nuptiale) va provoquer l’ire de Claire ainsi que le départ de Michael.

Comme dans The Tree of Life de Terrence Malick, Melancholia rattache une dimension cosmique aux agissements quotidiens. Ainsi, la fête de plus en plus décadente de la première partie du film est régie par l’approche menaçante d’une planète géante, environ 20 fois plus grosse que la Terre. On pourrait dire que l’influence de cet astre est responsable du comportement (auto) destructeur de Justine, qu’il est une métaphore de son état psychologique. Une interprétation tout à fait valide, mais il y a plus.

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La planète, baptisée Melancholia, prend beaucoup plus d’importance dans la seconde partie, qui se déroule quelques semaines, ou quelques mois, après le mariage. On est toujours dans le manoir, mais cette fois ne s’y trouvent que Claire, John, leur fils de 7 ans et Justine, rendue dans un stade très avancé de sa dépression. L’atmosphère est cette fois-ci beaucoup plus sereine, le rythme du récit ralentit, le cadre est moins serré, la lumière est plus diaphane; c’est le calme avant la tempête.

Pendant que Claire s’occupe de Justine, John et son fils sortent le télescope en prévision du passage de Melancholia, qui devrait «frôler» la Terre. Mais on a mal calculé sa trajectoire… Alors que le spectre d’une collision apocalyptique est de plus en plus imminent, le rapport de force entre les deux soeurs se renverse. Complètement désespérée, Justine est forcément mieux disposée par rapport à l’idée de la mort, de la fin du monde, que Claire. En fait, elle accueille la venue de cette planète considérablement plus imposante, forte, gracieuse, vivifiante et, oserait-on dire meilleure que la nôtre avec béatitude : «La vie sur la Terre est mauvaise, personne ne la regrettera».

Beaucoup verront dans l’approche de Von Trier la célébration d’une philosophie nihiliste. Mais je ne crois pas que c’est le cas. Melancholia est une profonde affirmation de la vie, mais une vie qui est inséparable de la mort, cette certitude ultime que la plupart des gens tentent d’assouplir avec des concepts religieux ou, de façon plus pragmatique, avec un déni constant et volontaire. La poursuite du bonheur tel qu’on nous l’impose n’est qu’une distraction, et une distraction souvent futile et douloureuse lorsque vient le temps de nous représenter notre propre finalité. Ainsi, la réplique la plus conséquente du film provient probablement de Gaby (Charlotte Rampling), la mère caustique des soeurs, lorsqu’elle dit à Justine, en parlant de son mariage: «Profites-en le temps que ça dure».

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Pour Von Trier, l’expérience humaine, à son meilleur, n’est pas belle, mais bien sublime, cette notion romantique qui peut être résumée par «un plaisant sentiment d’horreur». Ou, pour revenir à Kant : «L’imagination atteint son maximum et dans l’effort pour la dépasser, elle s’abîme elle-même, et ce faisant est plongée dans une satisfaction émouvante». En d’autres mots, personne ne sait ce qui nous attend lorsqu’on va atteindre l’au-delà, mais on peut se réconforter à l’idée que nous y passerons tous. Et c’est à travers cette union finale que ressort la fraternité, la délivrance humaine suprême, d’où naît la possibilité d’un bonheur réel, éternel.

Quand Lars Von Trier disait réaliser un «film magnifique sur la fin du monde», cette fois-ci, il ne blaguait pas…

Parlant de sublime, voici le prologue de Melancholia, série de tableaux en mouvements qui annoncent de manière lyrique et tangentielle les évènements à venir dans le film :

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Jeudi 8 septembre 2011 | Mise en ligne à 10h15 | Commenter Commentaires (13)

La citation du jour

lars

«Deux heures c’est du fast food. Dans ma vieillesse, je veux faire des films bon marché mais extrêmement longs. Je rêve de faire un film très très malpropre avec beaucoup d’information que vous ne voulez pas savoir. Je lis des livres en ce moment et je reçois tellement d’information que je ne veux vraiment pas savoir. Et c’est un tel plaisir, parce que quelqu’un s’est posé comme dictateur. Je lis Proust et il me prend par la main et m’amène dans ce monde. Et c’est vraiment ce que je crois qu’un bon réalisateur ou artiste peut faire; vous prendre par la main et vous conduire quelque part où vous ne voudrez pas normalement aller. Et c’est là bien sûr que votre vie et votre univers prend de l’expansion».

- Lars Von Trier, méditant sur le futur du cinéma, et sur le sien en particulier, lors d’une conférence à Berlin le week-end dernier.

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