Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Lars Von Trier’

Dimanche 21 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (8)

Entracte

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À quelques jours avant Noël, Internet nous a offert tout un cadeau: la version intégrale du documentaire A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies. Sorti en 1995, pour coïncider avec le centenaire de l’avènement du 7e art, le film de 225 minutes couvre une bonne partie de l’histoire du cinéma U.S., de l’époque du muet jusqu’en 1969, année de sortie du premier long métrage du fameux cinéaste-professeur.

Deux sujets reviennent régulièrement dans la leçon de Scorsese: déterminer le véritable apport artistique offert par les réalisateurs ayant travaillé dans le studio system avant la révolution culturelle du Nouveau Hollywood, et l’importance de bien comprendre et d’apprécier le passé afin d’inscrire son oeuvre (ou d’écrire sa critique) dans une perspective historique – peu importe qu’on veuille perpétuer ou révolutionner la tradition.

Le cinéaste a parlé de son docu dans le livre d’entretiens Scorsese on Scorsese. Quelques extraits :

Je voulais interpeller de jeunes réalisateurs et des étudiants en cinéma qui ne connaissaient peut-être pas certains films ou tendances du cinéma américain qui m’intéressent beaucoup. Je voulais ressusciter certains noms, comme Budd Boetticher ou André De Toth. Également, des films muets comme Seventh Heaven de Frank Borzage, ainsi que mes propres découvertes. [...]

J’ai commencé le Voyage avec le premier film que j’ai vu dont je me rappelle du titre, Duel in the Sun. Cela m’a mené à King Vidor et sa relation avec son producteur, David O. Selznick. Là, on a affaire à toute la question de l’expression personnelle à l’intérieur du studio system. Vidor a fait un film très personnel, The Crowd, qu’il a suivi par The Champ; il a ainsi conclu un marché. Mais d’autres ont pris une autre approche. À l’intérieur du système ils disaient ce qu’ils voulaient dire, mais en le déguisant sous la forme, et en utilisant les genres de l’époque. [...]

Pour moi, il doit y avoir un moyen qui me permet d’expérimenter tout en continuant à travailler. Ce n’est pas chaque film que l’on fait qui va nécessairement venir complètement de notre coeur. J’essaie de faire des films dans le mainstream, dans le système – tout en restant fidèle à ma vision des choses. Ma définition de «réalisateur» est une personne qui pourrait s’épanouir dans le vieux studio system, qui pourrait faire un travail professionnel sur n’importe quel scénario qui lui a été fourni. Je préfère être un cinéaste, parce qu’être un réalisateur est un travail très difficile; réussir à trouver l’énergie pour comprendre et ressentir du matériel qui ne provient pas de soi. [...]. Mais de temps en temps j’aimerais faire des films comme Cape Fear, continuer à travailler sur des aspects techniques de mon métier, et d’essayer de combiner le style d’antan avec mes propres intérêts et obsessions.

De retour le 5-6 janvier.

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Jeudi 4 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (40)

Sobre, Lars von Trier craint d’avoir perdu sa créativité

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Dix-huit mois. C’est le temps qu’il a fallu à Lars von Trier pour accoucher du scénario de Nymphomaniac. Pourtant, Dogville, un film seulement légèrement moins ambitieux, ne lui a pris que 12 jours à écrire. Qu’est-ce qui explique cette disparité? Son dernier long métrage est le seul qu’il a conçu alors qu’il était sobre.

Dans une entrevue accordée vendredi dernier au quotidien danois Politiken – sa première depuis ses propos controversés sur Hitler lors d’une conférence de presse à Cannes en 2011 – LVT affirme qu’il est en cure de désintoxication depuis trois mois. Il craint cependant que son voeu de santé ne le mène à faire «des films de merde».

«Aucune expression créatrice de valeur artistique n’a jamais été réalisée par d’anciens alcooliques ou d’anciens toxicomanes. [...] Qui se soucie des Rolling Stones sans boisson ou de Jimi Hendrix sans héroïne?», a-t-il dit à Politiken, ramenant cette notion romantique liant stupéfiants et inspiration, qui remonte au moins à l’époque de Van Gogh et de son absinthe, en passant par Bukowski et son vin cheap, sans oublier, bien sûr, le journaliste gonzo Hunter S. Thompson et… toute la pharmacie.

Avant Nymphomaniac, LVT avait l’habitude d’imaginer et d’écrire ses films en ingurgitant quotidiennement une bouteille de vodka et en prenant «une drogue» qui l’amenait dans un «monde parallèle», dans lequel ses idées se développaient. Processus créatif qui permet d’expliquer, entre autres, l’infâme renard parlant dans Antichrist, ou la séquence d’ouverture fantasmagorique de Melancholia

Même si on ne peut que saluer le désir ferme de sobriété de Lars von Tier, on souhaite néanmoins que ses craintes concernant sa force créatrice ne se concrétisent pas. Il planche présentement sur deux projets.

Le premier est un scénario qu’il a entamé en avril dernier, intitulé Detroit. L’intrigue se déroule dans la métropole américaine ravagée par la crise économique et porte sur «un homme qui combat ses démons intérieurs». Le film sera mis en scène par son compatriote Kristian Levring, qui a présenté cette année à Cannes son western The Salvation. Detroit, titre provisoire, est le premier scénario signé par Lars von Trier qu’il ne réalisera pas depuis Dear Wendy (2004) de Thomas Vinterberg.

Le second est un retour au monde de la télévision, vingt ans après sa mini-série acclamée The Kingdom, qui relatait des intrigues paranormales dans un hôpital de Copenhague. La productrice de LVT Louise Vesth a annoncé en septembre dernier qu’il commencerait le tournage de The House That Jack Built en 2016. Le titre est une référence à une comptine pour enfants britannique. Aucun détail sur l’intrigue n’a été dévoilé, quoiqu’un autre producteur de LVT, Peter Aalbaek Jensen, a assuré qu’il s’agira d’une série «sans précédent».

***

Question de devancer le court du week-end, je vous présente une oeuvre de jeunesse de Lars von Trier, qu’il a réalisée à l’âge de 14 ans. Trois ans après son premier film «en carrière», l’inquiétant film d’animation Turen til Squashland, que j’avais mis en ligne en juillet. Cette fois, on se rapproche davantage du champ thématique qu’il allait développer dans les décennies à venir, à savoir la cruauté implacable du destin. Mais peut-être que je me fie trop ici au titre de son court, qui semble résumer une bonne partie de sa filmographie : Pourquoi fuir, si vous savez que vous ne pouvez pas vous en échapper? Parce que vous êtes un lâche!

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Samedi 19 juillet 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : Turen til Squashland

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En 1967, Lars von Trier ne se nommait encore que Lars Trier. Il avait 11 ans, et commençait sérieusement à s’intéresser au cinéma. Turen til Squashland (Le Voyage au pays de la courgette), une animation image par image de quelque deux minutes, se présente comme son premier film officiel.

Le futur mauvais garçon du cinéma européen, muni seulement d’une caméra super-8 et de son imagination pas encore tout à fait déconcertante, a créé un univers parallèle vaguement inspiré de contes nordiques. Trois lapins colorés y voient leur joyeuse danse en ligne interrompue par une bande de trolls qui viennent kidnapper un des leurs. Une injustice que ne supportera pas une super-saucisse qui se portera à la rescousse du pauvre animal…

Malgré son propos naïf et sa ballade enfantine (La, la, la, la….) omniprésente, Turen til Squashland affiche quelques facettes plus sombres qui annoncent un cinéaste très conscient de son impact sur le public. Observez comment il met en scène l’arrivée des méchants, dans le dos des lapins. Le spectateur seul est conscient du danger, et puis, à 1:08, un brusque zoom sur le troll accompagné d’un roulement de tambour suscite vraiment la frayeur, et témoigne d’un réel sens du découpage technique – dans ce cas-ci intra-caméra – chez le réalisateur préadolescent.

Parmi ses projets à venir, LVT est en train d’écrire pour son compatriote Kristian Levring (The Salvation) un scénario de film d’horreur intitulé Detroit. L’intrigue se déroule dans la métropole américaine ravagée par la crise économique et porte sur «un homme qui combat ses démons intérieurs».

Sinon, pour ce qui est de sa prochaine réalisation, «il parle de faire une version Trier d’un film d’action», a affirmé son producteur Peter Aalbaek Jensen à Screen Daily en mai dernier. À suivre.

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