Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Lars Von Trier’

Jeudi 4 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (40)

Sobre, Lars von Trier craint d’avoir perdu sa créativité

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Dix-huit mois. C’est le temps qu’il a fallu à Lars von Trier pour accoucher du scénario de Nymphomaniac. Pourtant, Dogville, un film seulement légèrement moins ambitieux, ne lui a pris que 12 jours à écrire. Qu’est-ce qui explique cette disparité? Son dernier long métrage est le seul qu’il a conçu alors qu’il était sobre.

Dans une entrevue accordée vendredi dernier au quotidien danois Politiken – sa première depuis ses propos controversés sur Hitler lors d’une conférence de presse à Cannes en 2011 – LVT affirme qu’il est en cure de désintoxication depuis trois mois. Il craint cependant que son voeu de santé ne le mène à faire «des films de merde».

«Aucune expression créatrice de valeur artistique n’a jamais été réalisée par d’anciens alcooliques ou d’anciens toxicomanes. [...] Qui se soucie des Rolling Stones sans boisson ou de Jimi Hendrix sans héroïne?», a-t-il dit à Politiken, ramenant cette notion romantique liant stupéfiants et inspiration, qui remonte au moins à l’époque de Van Gogh et de son absinthe, en passant par Bukowski et son vin cheap, sans oublier, bien sûr, le journaliste gonzo Hunter S. Thompson et… toute la pharmacie.

Avant Nymphomaniac, LVT avait l’habitude d’imaginer et d’écrire ses films en ingurgitant quotidiennement une bouteille de vodka et en prenant «une drogue» qui l’amenait dans un «monde parallèle», dans lequel ses idées se développaient. Processus créatif qui permet d’expliquer, entre autres, l’infâme renard parlant dans Antichrist, ou la séquence d’ouverture fantasmagorique de Melancholia

Même si on ne peut que saluer le désir ferme de sobriété de Lars von Tier, on souhaite néanmoins que ses craintes concernant sa force créatrice ne se concrétisent pas. Il planche présentement sur deux projets.

Le premier est un scénario qu’il a entamé en avril dernier, intitulé Detroit. L’intrigue se déroule dans la métropole américaine ravagée par la crise économique et porte sur «un homme qui combat ses démons intérieurs». Le film sera mis en scène par son compatriote Kristian Levring, qui a présenté cette année à Cannes son western The Salvation. Detroit, titre provisoire, est le premier scénario signé par Lars von Trier qu’il ne réalisera pas depuis Dear Wendy (2004) de Thomas Vinterberg.

Le second est un retour au monde de la télévision, vingt ans après sa mini-série acclamée The Kingdom, qui relatait des intrigues paranormales dans un hôpital de Copenhague. La productrice de LVT Louise Vesth a annoncé en septembre dernier qu’il commencerait le tournage de The House That Jack Built en 2016. Le titre est une référence à une comptine pour enfants britannique. Aucun détail sur l’intrigue n’a été dévoilé, quoiqu’un autre producteur de LVT, Peter Aalbaek Jensen, a assuré qu’il s’agira d’une série «sans précédent».

***

Question de devancer le court du week-end, je vous présente une oeuvre de jeunesse de Lars von Trier, qu’il a réalisée à l’âge de 14 ans. Trois ans après son premier film «en carrière», l’inquiétant film d’animation Turen til Squashland, que j’avais mis en ligne en juillet. Cette fois, on se rapproche davantage du champ thématique qu’il allait développer dans les décennies à venir, à savoir la cruauté implacable du destin. Mais peut-être que je me fie trop ici au titre de son court, qui semble résumer une bonne partie de sa filmographie : Pourquoi fuir, si vous savez que vous ne pouvez pas vous en échapper? Parce que vous êtes un lâche!

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Samedi 19 juillet 2014 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Un commentaire

Le court du week-end : Turen til Squashland

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En 1967, Lars von Trier ne se nommait encore que Lars Trier. Il avait 11 ans, et commençait sérieusement à s’intéresser au cinéma. Turen til Squashland (Le Voyage au pays de la courgette), une animation image par image de quelque deux minutes, se présente comme son premier film officiel.

Le futur mauvais garçon du cinéma européen, muni seulement d’une caméra super-8 et de son imagination pas encore tout à fait déconcertante, a créé un univers parallèle vaguement inspiré de contes nordiques. Trois lapins colorés y voient leur joyeuse danse en ligne interrompue par une bande de trolls qui viennent kidnapper un des leurs. Une injustice que ne supportera pas une super-saucisse qui se portera à la rescousse du pauvre animal…

Malgré son propos naïf et sa ballade enfantine (La, la, la, la….) omniprésente, Turen til Squashland affiche quelques facettes plus sombres qui annoncent un cinéaste très conscient de son impact sur le public. Observez comment il met en scène l’arrivée des méchants, dans le dos des lapins. Le spectateur seul est conscient du danger, et puis, à 1:08, un brusque zoom sur le troll accompagné d’un roulement de tambour suscite vraiment la frayeur, et témoigne d’un réel sens du découpage technique – dans ce cas-ci intra-caméra – chez le réalisateur préadolescent.

Parmi ses projets à venir, LVT est en train d’écrire pour son compatriote Kristian Levring (The Salvation) un scénario de film d’horreur intitulé Detroit. L’intrigue se déroule dans la métropole américaine ravagée par la crise économique et porte sur «un homme qui combat ses démons intérieurs».

Sinon, pour ce qui est de sa prochaine réalisation, «il parle de faire une version Trier d’un film d’action», a affirmé son producteur Peter Aalbaek Jensen à Screen Daily en mai dernier. À suivre.

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Lundi 16 décembre 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (6)

Les critiques, ces êtres de chair et de sang…

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Initiative absolument délicieuse de la part de l’association nationale des critiques danois, qui se sont récemment amusés à parodier les affiches «orgasmiques» de Nymphomaniac, film-évènement de leur compatriote Lars Von Trier qui aura sa première mondiale au Danemark le jour de Noël.

Un concept ingénieux et gentiment provoquant pour faire la promo des Bodil, récompenses de cinéma décernées annuellement par un jury composé de journalistes de Copenhague, dont le prochain gala aura lieu le 1er février. Il y est aussi question de montrer le côté humain d’une profession de plus en plus méprisée par le public.

Voici la déclaration de l’association :

Certains peuvent penser que nous nous asseyons dans nos tours d’ivoire, regardant de haut le paysage cinématographique avec des yeux critiques, en n’ayant aucun plaisir. Mais comme tout le monde, nous pouvons aussi être excités par de grandes expériences de cinéma – et nous n’avons pas peur de partager cet enthousiasme avec vous!

L’affiche en meilleure résolution à voir ici.

À lire aussi :

> Nymphomaniac : en terrain inconnu…

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Parlant des critiques ayant un côté humain, difficile de trouver un meilleur exemple que Roger Ebert, qui a malheureusement perdu sa bataille contre le cancer en avril dernier à l’âge de 70 ans. Un documentaire basé sur ses mémoires, Life Itself, entamé 4 mois avant sa mort, est pratiquement terminé. Il manque cependant 150 000$ afin de combler certains frais de post-production, montant qui est recueilli à l’instant même via le site de financement collectif Indigogo. Pour une contribution de 25$ et plus, vous pourrez voir le film sur votre ordinateur simultanément à sa projection au Festival de Sundance, le 19 janvier.

Le documentaire a été réalisé par Steve James, auteur de Hoop Dreams (1994), que Ebert a couronné comme le meilleur film des années 1990 lors d’une émission spéciale co-animée par Martin Scorsese, qui est incidemment co-producteur de Life Itself.

Jeudi dernier, Steve James a profité d’une tribune sur The Daily Beast afin de présenter son projet, qui sera une biographie exhaustive du légendaire critique, cet homme «de chair et de sang, dont la vie était pleine d’humour, d’orgueil, et aussi de chagrin».

De ses jours à l’Université de l’Illinois ; à Chicago, où il a été le premier critique de cinéma à gagner un prix Pulitzer ; à la télévision, où il est devenu une star emblématique avec Gene Siskel ; et enfin à ce que Roger nous a dit qui était “son troisième acte” : comment il a surmonté un handicap provoqué par le cancer pour devenir une voix importante sur Internet et dans les médias sociaux.

Deux douzaines de personnes ont été interviewées pour le film, incluant ses amis, ses collègues, la femme de Siskel – qui brise le silence devant la caméra – et de nombreux cinéastes qu’Ebert a marqués, dont Errol Morris, Ramin Bahrani, Ava duVernay, Werner Herzog, Scorsese et Steven Zaillian, scénariste entre autres de Schindler’s List et de Gangs of New York, qui agit également à titre de producteur sur Life Itself.

Un mot de Steve James :

À lire aussi :

> Roger Ebert : sa dernière critique

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