Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Humour’

Lundi 18 avril 2016 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (10)

Un républicain entre dans un club vidéo…

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On dirait l’amorce d’une bonne vieille blague avec bouc émissaire dont on ne se rappelle plus tout à fait de la chute. Mais parfois la réalité a le don de fusionner les gags impertinents avec des tranches de vie incongrues. C’est le cas de John Kasich, le gouverneur républicain de l’Ohio, qui n’a clairement pas toujours eu les priorités à la bonne place.

Alors qu’il était simple représentant du Buckeye State, il s’est rendu dans un club vidéo près de chez lui dans l’espoir de passer une agréable et «rare soirée» chez lui en compagnie de sa femme. Le commis lui recommande chaudement Fargo, «un polar sombre et pervers qui a obtenu des critiques généralement enthousiastes».

Je traduis le reste de l’anecdote, telle que relatée dans son livre Stand For Something: The Battle for America’s Soul, publié une dizaine d’années après l’évènement traumatique :

Je me suis rendu près de l’étagère où se trouvent les titres généraux. J’ai pris une copie, et je l’ai ramenée à la maison. Et quand Karen et moi se sommes rendus à la partie où un gars se fait broyer dans une déchiqueteuse à bois, on s’est regardé et on s’est dit : Mais que diable sommes-nous en train de regarder? C’était présenté comme une comédie, mais ce n’était pas drôle. C’était graphique, et brutal, et complètement inutile. Et ça nous a tellement fait grincer des dents, que nous avons dû arrêter la chose en plein milieu… Le lendemain matin, j’ai appelé Blockbuster et exigé qu’ils retirent le film de leurs tablettes.

L’un des trois candidats en lice pour l’investiture républicaine – et le seul du trio qui soit «sain d’esprit», nous assurent les médias américains – a par la suite consacré beaucoup de son temps et de son énergie à tenter de bannir l’oeuvre acclamée des frères Coen. Selon ce papier de Vox, Kasich, réalisant que sa croisade ne s’en allait nulle part, a demandé à Blockbuster d’au moins identifier plus clairement les films contenant de la «violence gratuite». Mais le changement n’a pas été apporté.

Il reprit donc son téléphone, et accusa le gérant du Blockbuster de ne pas avoir respecté leur «entente». Sa femme en eut assez et le pria de «passer à autre chose». Mais l’histoire fit tellement de bruit qu’elle fut relayée dans une chronique de George Will, une éminence grise du mouvement conservateur. Ce dernier, par un éclair de clairvoyance, réussit à l’époque à faire un parallèle entre l’antagonisme de Kasich envers Fargo et ses aspirations présidentielles.

Cette drôle d’anecdote a récemment fait l’objet d’un sketch parodique diffusé lors du Late Show With Stephen Colbert. Steve Buscemi, après avoir lu des passages de Stand For Something, admet se sentir mal à chaque fois que quelqu’un n’apprécie pas son travail. Il a donc choisi de «personnellement financer un film basé d’après ce livre», et d’incarner lui-même le rôle de Kasich :

On oublie cependant que la vengeance est un plat qui se mange froid. Un peu plus d’une décennie après sa croisade infructueuse, Kasich a en effet dû savourer la faillite aussi soudaine que colossale de la plus grande chaîne de location de films en Amérique du Nord. Quoiqu’une copie VHS de Fargo pourrait toujours être disponible, quelque part en Indiana, l’État voisin du gouverneur de l’Ohio…

À lire aussi :

> Fargo : la question Mike Yanagita
> Steve Buscemi : la mort lui va si bien

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On peut choisir d’en rire ou d’en pleurer, mais on ne peut nier que le favori à l’investiture républicaine est devenu le champion incontesté de la culture populaire du moment. Ce n’était qu’une question de temps avant que le cinéma satirique ne s’empare du sujet. Les comiques de Funny or Die, site fondé par Will Ferrell et le réalisateur Adam McKay (The Big Short), ont dévoilé mercredi sans crier gare un film de 50 minutes mettant en vedette Johnny Depp dans la peau de Donald Trump.

Le secret a été gardé jusqu’au moment de la sortie du moyen métrage, intitulé Donald Trump’s The Art of the Deal: The Movie. Le faux film est inspiré d’après le vrai best-seller du Donald, publié en 1987 (il répète à qui veut l’entendre qu’il s’agit du «meilleur livre au monde», après la Bible). Le récit se déroule au milieu des années 80 et relate les manigances et accointances du magnat de l’immobilier.

C’est le nouveau rédacteur en chef de Funny or Die, Owen Burke, qui a eu l’idée du projet. «Le plan était de bouger très vite parce qu’on pensait que Trump allait disparaître, du moins en tant que candidat présidentiel. Quand bizarrement il n’a pas disparu, nous avons eu un peu plus de temps. Mais cela signifiait qu’il fallait préserver le secret plus longtemps. Nous avons demandé à certaines personnes de signer des accords de non-divulgation, mais on surtout supplié les gens de ne rien dire.»

Burke était impressionné par le professionnalisme de Johnny Depp, révèle le New York Times. «Parce que nous avons tendance à travailler si vite, on se contente habituellement de juste flanquer une perruque sur le monde. Mais Johnny avait toute une équipe de professionnels pour l’aider à façonner son personnage. Ou, du moins, sa coiffure».

Même s’il a plutôt aimé le film, Ian Crouch du New Yorker avait cependant l’impression de regarder un exercice futile. Trump lui-même dépasse la caricature, et donc il reste peu de place à l’humoriste pour y mettre du sien; il est écrasé par le poids du sujet qu’il tente de tourner en dérision.

C’est assez drôle de voir Johnny Depp faire un pastiche soutenu de Trump. Mais ça ne va pas plus loin, et quels que soient les rires qu’ils produisent, ils sont tempérés par un sentiment de futilité. Quel scénariste pourrait penser à une entrée en politique aussi absurde que de descendre sur des escalier roulants pour lancer une campagne politique? Ou à quelque chose de plus offensant que d’étiqueter les immigrants mexicains de violeurs, ou d’interdire aux musulmans l’entrée au pays? Ou quelque chose de plus grossier que de traiter un candidat rival de pussy? De quoi peut-on encore vraiment se moquer chez Donald Trump?

Donald Trump’s The Art of the Deal: The Movie a été réalisé par Jeremy Konner, le créateur de la série télé Drunk History, et scénarisé par Joe Randazzo, un ancien collaborateur du site humoristique The Onion.

Le film est présenté par le cinéaste Ron Howard (Apollo 13, A Beautiful Mind) et met aussi en vedette Patton Oswalt, Alfred Molina, Stephen Merchant, Jacob Tremblay – la jeune révélation du film Room – ainsi que… Alf. Enfin, mention spéciale à Kenny Loggins, l’auteur des chansons emblématiques de Top Gun et Footloose, qui interprète un délicieux hit rétro pour la cause.


> Donald Trump’s The Art of the Deal: The Movie est disponible sur le site de Funny or Die.

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Jeudi 20 novembre 2014 | Mise en ligne à 15h15 | Commenter Commentaires (8)

Jacques Tati, le grand maître du gag visuel

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Dans une scène de Mon Oncle (1958), sans doute le plus fameux des films de Jacques Tati, Madame Arpel vante son absurde maison moderne: les électroménagers, la cuisine, les lumières, le garage, «tout est connecté» s’extasie-t-elle. Il en va de même pour la philosophie cinématographique du légendaire et énigmatique réalisateur français (1907-1982), pour qui chacun des éléments propres à sa mise en scène devaient s’intégrer parfaitement afin d’engendrer l’effet désiré.

À son meilleur, Tati réussissait à concevoir des scènes et des séquences qui témoignent à la fois d’un humour inventif, aérien et confortable, sans jamais trahir la lourde complexité du processus. Parce que la comédie – on ne le répète jamais assez – est probablement le plus casse-gueule des genres issus du 7e art. Et un de ses représentants les plus illustres est certainement Playtime (1967), le chef-d’oeuvre de Tati, qui n’est pas tant un récit narratif qu’une suite ininterrompue de gags visuels tous plus élaborés les uns que les autres.

Un tour de force qui cependant ne s’est pas fait sans heurts. Afin de payer les coûts exorbitants de Tativille, un des plateaux de tournage les plus monumentaux de l’histoire, Tati a dû hypothéquer sa propre maison ainsi que placer sous séquestre ses films précédents. Suite à des recettes insatisfaisantes aux guichets, sa boîte de production, Specta Films, a fait faillite. Grâce à cette oeuvre aujourd’hui incontournable qui lui a coûté sa santé financière, ainsi que sa santé physique et peut-être même psychique, Tati est perçu en quelque sorte comme un martyr de la comédie. Qui rejoint les rangs des génies incompris dont la notoriété n’a cessé de grandir depuis leurs décès.

Dans la cadre d’une réédition en Blu-ray de la collection Jacques Tati, Criterion a publié un trio d’articles sur son site web au cours des dernières semaines. Il y a un essai du vénérable critique Jonathan Rosenbaum sur l’utilisation de la couleur et du son dans l’oeuvre de Tati (à lire ici) ; un texte de Kristin Ross, prof de littérature comparée, qui analyse l’aspect historique dans les films du cinéaste, ainsi que la symbolique qu’il accorde à la voiture (à lire ici). Enfin, il y a l’essai du critique et réalisateur écossais David Cairns, qui explique fort habilement ce qui rend l’humour de Tati si unique et délectable. Deux extraits :

Le gag visuel parfait se déroule en un seul plan. Le montage viole la continuité spatio-temporelle, et même s’il peut rendre la ruse possible, il détruit la pure expérience de voir quelque chose se dérouler en temps réel. Ce besoin de simplicité augmente la difficulté de la tâche du cinéaste. Si la caméra se trouve à la distance parfaite de l’action, la composition et l’espace autour de l’interprète peuvent devenir des sources de comédie en eux-mêmes. Mais si la caméra est trop éloignée, ou les détails trop subtils, ou l’action périphérique trop distrayante, tout l’intérêt de la blague peut facilement être perdu.

Tati teste ce principe à la limite de la destruction. Le scénariste Jean-Claude Carrière a été témoin des souffrances du cinéaste sur le gag dans Mon Oncle où la queue relevée d’un teckel déclenche une cellule photoélectrique, piégeant ainsi ses propriétaires dans leur garage. Il était essentiel de montrer la devanture du garage en entier afin de capturer le contraste comique entre la petitesse du chien et l’énormité de son effet; le risque était que le public ne remarquerait pas le chien ou sa queue du tout.

La scène en question débute vers 00:30 :

Un moyen de ne pas prendre plaisir aux films de Tati est d’attendre avec impatience le prochain rire. Il est possiblement préférable de les regarder sans se soucier de savoir si on les trouve drôles ou pas. Tati ne dose pas ses gags de façon égale, et il ne se préoccupe pas de nous faire rire dès que possible. Il semble également intéressé à trouver une manière difficile de faire les choses, évitant ce qui est évident, et proposant une forme de comédie qui n’est pas typiquement drôle. Cela est devenu de plus en plus le cas avec ses films ultérieurs, et si la perception de la plupart des spectateurs d’antan était qu’il a atteint un sommet au début de sa carrière, et a entamé un déclin constant avant de toucher le fond avec le boursouflé et informe Playtime, il semble dorénavant clair à nos yeux que Playtime était en fait le point culminant de son oeuvre. Un projet conçu pour rendre le gag abstrait, et de trouver en lui une beauté si intense que nous pourrions craindre d’en rire.

Cairns a accompagné son essai d’une analyse-vidéo d’un gag de Playtime qui a lieu durant l’ouverture d’un restaurant branché, fameuse séquence à saveur apocalyptique bénéficiant d’une chorégraphie d’une telle virtuosité qu’elle en devient carrément intimidante.

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