Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Humour’

Jeudi 6 octobre 2016 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (26)

Star Wars : le retour de Mr. Plinkett

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L’attente a valu la peine. Dix mois après la sortie en salles de Star Wars : The Force Awakens, nous avons enfin droit à l’analyse épique de Mr. Plinkett. Ce centenaire psychopathe amateur de Pizza Rolls est l’une des figures les plus passionnantes de la critique alternative. Sa voix, décrite comme un mélange entre celles de Dan Aykroyd dans The Blues Brothers et de Buffalo Bill dans The Silence of the Lambs, ainsi que les clips de ses activités débauchées ou violentes dans son sous-sol crade, en rebutent plus d’un. Mais en ce qui concerne la finesse de ses dissertations starwarsiennes, il n’a pas son pareil.

Le personnage de Mr. Plinkett est une création de Mike Stoklasa, fondateur du site Red Letter Media. Il a retenu l’attention de la communauté cinéphile en ligne fin 2009, avec son analyse gargantuesque de Star Wars Episode I: The Phantom Menace, qui a obtenu des dizaines de millions de vues sur YouTube. La vidéo de quelque 70 minutes a reçu l’approbation enthousiaste d’icônes de la culture geek comme Simon Pegg et Damon Lindelof. Ce dernier ayant écrit sur Twitter : «Your life is about to change. This is astounding film making. Watch ALL of it

RLM a par la suite mis en ligne les analyses de Attack of the Clones (90 minutes) et de Revenge of the Sith (100 minutes). Les vidéos utilisent typiquement les images du film, des extraits des special features (souvent à fins humoristiques) et mettent parfois en scène des vignettes gore et trash, sorte de déformation professionnelle de la part de Stoklasa, qui réalise des courts d’horreur à très petit budget. Enfin, Plinkett parle en voix off pratiquement sans interruption; le contraste entre l’intelligence du propos et le dégoût qu’inspire le personnage donne une saveur unique à l’exercice.

Les amateurs d’humour noir ou carrément déviant seront d’ailleurs comblés. Et il faut être alerte : malgré la longueur de la nouvelle vidéo (105 minutes) on peut facilement manquer un gag en clignant des yeux. Je pense par exemple à sa suggestion de «prequel à Yoda», qui a failli me faire mourir de rire.

Avec la qualité exceptionnelle des analyses des prequels, la barre était très haute pour celle de The Force Awakens. Cette «suite» réalisée par Plinkett aurait pu être l’équivalent d’un Ghostbusters 2 ou d’un Speed 2. On a finalement eu droit à un The Godfather: Part II… On constate aussi que le discours de sa critique a pris de l’ampleur. Plinkett ne se penche pas uniquement sur le film en particulier, comme ce fut le cas par le passé, mais sur l’évolution du phénomène Star Wars dans la culture populaire. En fait, la critique en tant que telle ne commence qu’à la 66e minute.

Beaucoup de temps est consacré à décortiquer un article de 20 000 mots intitulé Ring Theory, qui vise à démontrer «l’art caché» contenu dans les prequels. L’auteur du texte, Mike Klimo, a passé deux ans à l’écrire, apprend-on dans cette entrevue qu’il a accordée à Vice. Ses arguments sont de plus en plus intégrés dans le mainstream, surtout par la génération plus jeune qui n’a pas de lien affectif avec les Star Wars originaux. Même s’il respecte la démarche de Kilmo, Plinkett rejette en grande partie la théorie de l’anneau, expliquant essentiellement que l’art ne peut être mesuré ou compris à travers des grilles d’analyses quantitatives, aussi élaborées et convaincantes soient-elles.

Précisons que ce n’est pas la première fois que Mike Stoklasa se prononce sur The Force Awakens. En décembre, il a fait une critique plus classique du film en compagnie de ses fidèles compagnons Jay et Rich dans le segment Half in the Bag. Le verdict fut plutôt positif, à ma grande surprise. En même temps, j’oubliais que Plinkett, grand fan de Star Trek (2009), a suggéré il y a sept ans que J. J. Abrams serait un choix idéal pour mettre en scène le nouveau Star Wars.

Plinkett admet cependant qu’avec le temps il a refroidi ses ardeurs. Sa principale complainte est que, avec un tel mammouth cinématographique destiné à charmer les 7-77 ans sur tous les continents de la planète, l’oeuvre est forcément diluée. Plus particulièrement, il en a contre la stérilité des rapports humains entre des personnages plus asexués les uns que les autres. Il discute également des (nombreuses) similitudes entre A New Hope et The Force Awakens, et en profite pour scruter la notion de «soft reboot», une approche relativement nouvelle dans le monde du blockbuster qui explique entre autres le choc des visions entre George Lucas et les «esclavagistes blancs» à qui il a «vendu ses enfants».

À lire aussi :

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P. S. : Dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, je co-anime dimanche à partir de 17h un quiz pour cinéphiles avertis. Pas de frais d’admission. Simplement se présenter en équipe (6 personnes max), pas loin de la station Place-des-Arts. Détails sur Facebook ou sur le site du FNC.

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Lundi 18 avril 2016 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (10)

Un républicain entre dans un club vidéo…

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On dirait l’amorce d’une bonne vieille blague avec bouc émissaire dont on ne se rappelle plus tout à fait de la chute. Mais parfois la réalité a le don de fusionner les gags impertinents avec des tranches de vie incongrues. C’est le cas de John Kasich, le gouverneur républicain de l’Ohio, qui n’a clairement pas toujours eu les priorités à la bonne place.

Alors qu’il était simple représentant du Buckeye State, il s’est rendu dans un club vidéo près de chez lui dans l’espoir de passer une agréable et «rare soirée» chez lui en compagnie de sa femme. Le commis lui recommande chaudement Fargo, «un polar sombre et pervers qui a obtenu des critiques généralement enthousiastes».

Je traduis le reste de l’anecdote, telle que relatée dans son livre Stand For Something: The Battle for America’s Soul, publié une dizaine d’années après l’évènement traumatique :

Je me suis rendu près de l’étagère où se trouvent les titres généraux. J’ai pris une copie, et je l’ai ramenée à la maison. Et quand Karen et moi se sommes rendus à la partie où un gars se fait broyer dans une déchiqueteuse à bois, on s’est regardé et on s’est dit : Mais que diable sommes-nous en train de regarder? C’était présenté comme une comédie, mais ce n’était pas drôle. C’était graphique, et brutal, et complètement inutile. Et ça nous a tellement fait grincer des dents, que nous avons dû arrêter la chose en plein milieu… Le lendemain matin, j’ai appelé Blockbuster et exigé qu’ils retirent le film de leurs tablettes.

L’un des trois candidats en lice pour l’investiture républicaine – et le seul du trio qui soit «sain d’esprit», nous assurent les médias américains – a par la suite consacré beaucoup de son temps et de son énergie à tenter de bannir l’oeuvre acclamée des frères Coen. Selon ce papier de Vox, Kasich, réalisant que sa croisade ne s’en allait nulle part, a demandé à Blockbuster d’au moins identifier plus clairement les films contenant de la «violence gratuite». Mais le changement n’a pas été apporté.

Il reprit donc son téléphone, et accusa le gérant du Blockbuster de ne pas avoir respecté leur «entente». Sa femme en eut assez et le pria de «passer à autre chose». Mais l’histoire fit tellement de bruit qu’elle fut relayée dans une chronique de George Will, une éminence grise du mouvement conservateur. Ce dernier, par un éclair de clairvoyance, réussit à l’époque à faire un parallèle entre l’antagonisme de Kasich envers Fargo et ses aspirations présidentielles.

Cette drôle d’anecdote a récemment fait l’objet d’un sketch parodique diffusé lors du Late Show With Stephen Colbert. Steve Buscemi, après avoir lu des passages de Stand For Something, admet se sentir mal à chaque fois que quelqu’un n’apprécie pas son travail. Il a donc choisi de «personnellement financer un film basé d’après ce livre», et d’incarner lui-même le rôle de Kasich :

On oublie cependant que la vengeance est un plat qui se mange froid. Un peu plus d’une décennie après sa croisade infructueuse, Kasich a en effet dû savourer la faillite aussi soudaine que colossale de la plus grande chaîne de location de films en Amérique du Nord. Quoiqu’une copie VHS de Fargo pourrait toujours être disponible, quelque part en Indiana, l’État voisin du gouverneur de l’Ohio…

À lire aussi :

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> Steve Buscemi : la mort lui va si bien

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On peut choisir d’en rire ou d’en pleurer, mais on ne peut nier que le favori à l’investiture républicaine est devenu le champion incontesté de la culture populaire du moment. Ce n’était qu’une question de temps avant que le cinéma satirique ne s’empare du sujet. Les comiques de Funny or Die, site fondé par Will Ferrell et le réalisateur Adam McKay (The Big Short), ont dévoilé mercredi sans crier gare un film de 50 minutes mettant en vedette Johnny Depp dans la peau de Donald Trump.

Le secret a été gardé jusqu’au moment de la sortie du moyen métrage, intitulé Donald Trump’s The Art of the Deal: The Movie. Le faux film est inspiré d’après le vrai best-seller du Donald, publié en 1987 (il répète à qui veut l’entendre qu’il s’agit du «meilleur livre au monde», après la Bible). Le récit se déroule au milieu des années 80 et relate les manigances et accointances du magnat de l’immobilier.

C’est le nouveau rédacteur en chef de Funny or Die, Owen Burke, qui a eu l’idée du projet. «Le plan était de bouger très vite parce qu’on pensait que Trump allait disparaître, du moins en tant que candidat présidentiel. Quand bizarrement il n’a pas disparu, nous avons eu un peu plus de temps. Mais cela signifiait qu’il fallait préserver le secret plus longtemps. Nous avons demandé à certaines personnes de signer des accords de non-divulgation, mais on surtout supplié les gens de ne rien dire.»

Burke était impressionné par le professionnalisme de Johnny Depp, révèle le New York Times. «Parce que nous avons tendance à travailler si vite, on se contente habituellement de juste flanquer une perruque sur le monde. Mais Johnny avait toute une équipe de professionnels pour l’aider à façonner son personnage. Ou, du moins, sa coiffure».

Même s’il a plutôt aimé le film, Ian Crouch du New Yorker avait cependant l’impression de regarder un exercice futile. Trump lui-même dépasse la caricature, et donc il reste peu de place à l’humoriste pour y mettre du sien; il est écrasé par le poids du sujet qu’il tente de tourner en dérision.

C’est assez drôle de voir Johnny Depp faire un pastiche soutenu de Trump. Mais ça ne va pas plus loin, et quels que soient les rires qu’ils produisent, ils sont tempérés par un sentiment de futilité. Quel scénariste pourrait penser à une entrée en politique aussi absurde que de descendre sur des escalier roulants pour lancer une campagne politique? Ou à quelque chose de plus offensant que d’étiqueter les immigrants mexicains de violeurs, ou d’interdire aux musulmans l’entrée au pays? Ou quelque chose de plus grossier que de traiter un candidat rival de pussy? De quoi peut-on encore vraiment se moquer chez Donald Trump?

Donald Trump’s The Art of the Deal: The Movie a été réalisé par Jeremy Konner, le créateur de la série télé Drunk History, et scénarisé par Joe Randazzo, un ancien collaborateur du site humoristique The Onion.

Le film est présenté par le cinéaste Ron Howard (Apollo 13, A Beautiful Mind) et met aussi en vedette Patton Oswalt, Alfred Molina, Stephen Merchant, Jacob Tremblay – la jeune révélation du film Room – ainsi que… Alf. Enfin, mention spéciale à Kenny Loggins, l’auteur des chansons emblématiques de Top Gun et Footloose, qui interprète un délicieux hit rétro pour la cause.


> Donald Trump’s The Art of the Deal: The Movie est disponible sur le site de Funny or Die.

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