Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Horreur’

Jeudi 16 octobre 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (18)

Le calvaire se poursuit pour Paul Schrader (2)

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Je reviens aujourd’hui sur l’affaire Dying Of The Light, que j’avais évoquée une première fois le mois dernier dans ce post. En résumé, Paul Schrader, un réalisateur-scénariste-essayiste fort respecté par ses pairs, s’est fait saboter un de ses films pour la troisième fois au cours de la dernière décennie. Le studio a remanié son montage sans son accord, en plus de rajouter une nouvelle bande originale. Cette semaine, une affiche digne d’un straight-to-DVD, une bande-annonce imbuvable et, surtout, un nouveau reportage donnant la parole aux partis opposés, viennent mettre un peu plus de lumière sur cette triste histoire.

Dans le coin bleu, les financiers. En entrevue à Variety, Gary Hirsch, un avocat de carrière dans le milieu du divertissement, défend la production de son premier long métrage :

C’était un processus typique dans le sens qu’il a livré sa version, et nous et le distributeur avons vu cette version et croyions qu’il y avait un meilleur film là-dedans. Nous avons fait des suggestions que Paul, dans une large mesure, n’approuvait pas, et il ainsi refusé de faire les changements que nous voulions tous, malgré le fait que les changements que nous recherchions étaient très en phase avec le script qu’il a écrit et tourné.

J’imagine la scène : l’avocat fringué en Hugo Boss, le sourire narquois, la coupe de cheveux impeccable à la Patrick Bateman, abusant d’un «nous» oppressant, qui tente d’expliquer au scénariste de Taxi Driver comment faire un «meilleur» film. C’est assez pour me rendre malade.

Le partenaire de Hirsch, Todd Williams, qui a notamment produit le prochain film de Sylvester Stallone Reach Me, renchérit : «La version de Paul a dévié sensiblement de son propre scénario. C’était un film complètement différent du film qui avait obtenu le feu vert, le film qui a été discuté et qui a été tourné».

Avant de définitivement perdre le contrôle créatif de son film, Schrader a accepté de le remonter, en s’adjoignant les services du monteur Tim Silano (The Canyons). Mais la seconde version n’a pas été du goût des producteurs, qui ont jugé que pas assez de leurs suggestions avaient été prises en compte. Suite à quoi, selon eux, le réalisateur «a démissionné», ne leur laissant «pas le choix» que de compléter le film eux-mêmes.

10628288_10203871698506142_6933024833807060964_nComme on peut l’imaginer, la version des faits diffère pas mal dans le coin rouge. Schrader admet qu’il a abandonné le film, mais seulement après que Silano fut renvoyé, et qu’on lui a fait savoir qu’il n’était plus le bienvenu dans la salle de montage.

«On ne m’a jamais demandé de revenir, affirme-t-il. Ils ne m’ont montré leur version que lorsqu’ils s’apprêtaient à entrer dans l’étape finale de la post-production. C’était un fait accompli».

Schrader ne pouvait pas en dire plus à Variety en raison de la clause de non-dénigrement stipulée dans son contrat. Il ne s’est cependant pas gêné de moquer son obligation contractuelle en la retranscrivant telle quelle sur un T-shirt qu’il a exhibé sur sa page Facebook.

Chez l’équipe créative, Nicolas Winding Refn (producteur exécutif), voit dans le montage non cautionné par Schrader un «manque de respect artistique». Le cinéaste danois avait d’ailleurs été pressenti pour mettre en scène Dying Of The Light, avec Harrison Ford dans le rôle principal, il y a quelques années. «J’ai accepté de faire partie de ce projet uniquement pour une raison, qui était d’être utile autant que possible à Paul Schrader, a dit Refn à Variety. J’ai toujours senti que Paul en tant que réalisateur était le choix juste, même si je devais le faire à un moment donné. C’est un scénario magnifique, mais il est le cinéaste idéal pour le faire».

Refn, qui assure qu’il n’y aurait pas eu de Drive sans American Gigolo, le thriller nocturne réalisé par Schrader en 1980, dit que la version originale de Dying Of The Light est «absolument fantastique». Des propos qui font écho à l’évaluation du film par Kent Jones, directeur du New York Film Festival, que j’avais citée dans mon post en septembre. Il encensait en particulier la performance «très puissante» de Nicolas Cage. L’acteur n’a pas commenté l’affaire publiquement mais, selon Refn, il «est très frustré parce que, dans son esprit, lui et Paul ont fait un grand film dont les deux sont très fiers – et que cela leur soit retiré, ça ne fait pas de sens».

Aux dires des producteurs, on ferait tout un plat pour rien. «Plan pour plan, disent-ils, les deux versions sont 80% pareilles, avec les principaux changements prenant la forme d’un resserrement du rythme, le redécoupage de plusieurs scènes d’action, et la suppression d’une narration en voix off», résume Variety. «Cependant, une source familière avec les deux versions du film dit que la version des producteurs, quoiqu’en apparence très similaire à celle de Schrader, est au bout du compte un film plus classique auquel il manque les “empreintes cinématographiques” propres au cinéaste iconoclaste, en termes de rythme et de ton».

La bande-annonce de Dying Of The Light, mise en ligne hier, est une sorte de métaphore du sabotage qu’a subi Schrader. En effet, le montage épileptique, les effets sonores tonitruants et le graphisme tapageur conspirent à agressivement dénaturer le propos original du cinéaste, la seule contribution qui ne peut lui être enlevée, à savoir les images et les dialogues qu’il a tournés. Ce condensé audio-visuel de quelque trois minutes symbolise la lutte éternelle entre financiers sans scrupule et artistes intègres; en ce sens, il est sublime.

- Le reportage de Variety : Première partieDeuxième partie

À lire aussi :

> Le calvaire se poursuit pour Paul Schrader
> Les deux visages de Nicolas Cage

- Mon compte Twitter

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Vendredi 13 septembre 2013 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (20)

Deux Alien au Parc

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Dans une salle de cinéma, tout le monde peut vous entendre crier…

Le Cinéma du Parc nous gâte ce week-end, et jusqu’à mercredi, avec la projection de deux «nouvelles copies restaurées» des deux premiers chapitres de la saga Alien. Une séance par soir pour chacun des films : 19h pour celui de Ridley Scott; 21h15 pour celui de James Cameron (détails ici et ici, respectivement).

Pris comme un bloc, Alien (1979) et Aliens (1986) sont au genre de la science-fiction ce que les deux premiers Godfather sont à celui du film de gangsters: des références insurpassables. Et, comme pour les épiques de Coppola, ces jalons cinématographiques continuent d’alimenter les débats, à savoir lequel des deux est le supérieur. Perso, je ne parviens toujours pas à trancher. Après les avoir vus coup sur coup, je dirais définitivement le premier qui, même s’il a sept ans de plus, montre beaucoup moins son âge.

Pour vous mettre en appétit, je vous propose pas moins de cinq heures de making-of fascinants, remplis de détails savoureux sur les productions des films en question (anecdote : saviez-vous que le sang de l’androïde Bishop était conçu à partir d’un mélange de yogourt et de lait, et que l’acteur en est tombé malade?).

> La seconde partie ici.

> L’histoire fascinante de l’écriture du scénario d’Aliens, et de la rude bataille qu’a menée Cameron pour obtenir le feu vert.

À lire aussi :

> Prometheus : somptueux série B, pour le meilleur et pour le pire

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Jeudi 12 septembre 2013 | Mise en ligne à 13h30 | Commenter Commentaires (6)

L’oncle Disney a fait un cauchemar…

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… et il a été capturé par la caméra du jeune cinéaste Randy Moore, dont le premier long métrage, Escape From Tomorrow, prend la forme d’une traversée du miroir fort angoissante dans le «royaume magique» des parcs d’attraction de Disney, et cherche à subvertir l’idéologie de la béatitude absolue et affectée qui caractérise la marque du conglomérat aux grandes oreilles.

J’ai parlé du film en janvier dernier, alors qu’il venait de créer un solide buzz au Festival de Sundance. Au-delà des critiques positives, ce qui retenait l’attention était la production rebelle et très peu conventionnelle du projet. Escape From Tomorrow n’a pas obtenu de permis de tournage pour ses deux lieux principaux : Walt Disney World, à Orlando, et Disneyland, à Anaheim.

Le travail de mise en scène était extrêmement complexe, un «cauchemar» selon Moore, puisqu’il ne fallait jamais donner l’impression d’être une équipe de tournage. Les acteurs et les membres de l’équipe gardaient toujours une distance discrète, communiquant régulièrement par téléphone. Le fait de constamment tenir une caméra n’a cependant pas éveillé les soupçons, puisqu’il s’agit de «l’activité la plus naturelle qui soit» dans un tel endroit, a précisé le cinéaste.

Escape From Tomorrow est un «conte de fées postmoderne» qui raconte le dernier jour de vacances en famille d’un père qui vient d’apprendre qu’il a été licencié. Au cours de sa journée dans le parc d’attraction, il commence à avoir des visions surréalistes (façon Lisa qui hallucine à Duff Gardens) et devient convaincu qu’il est la proie d’une conspiration. Mais c’est encore plus bizarre que ça, comme a tenté de le résumer un journaliste du New York Times :

Papa est en extase devant deux filles mineures, pense que les figurines sont maléfiques et prennent vie, et prétend de se tirer dessus avec un faux fusil Frontierland. Il y a une épouvantable scène de vomissement, un obèse sinistre qui se promène en scooter et une séquence à Epcot dans lequel notre héros se fait taser. Il est ensuite conduit dans une pièce secrète en dessous de la sphère Spaceship Earth – qui est décrite dans le film comme «la testicule géante» – et s’y fait laver le cerveau. «On ne peut pas être heureux tout le temps», dit un personnage vers la fin, «ce n’est juste pas possible».

Selon un journaliste du Los Angeles Times, qui dit n’avoir jamais vu un film aussi étrange et provocant en huit ans de couverture à Sundance, Escape From Tomorrow est le «portrait d’un homme qui semble avoir perdu tout sens de l’optimisme dans un endroit qui en regorge». (Une entrevue vidéo avec le cinéaste à consulter ici).

Une des craintes des amateurs du film était la réaction de Disney, et les possibles poursuites engendrées par la corporation qui empêcheraient une distribution en salle, ou même en vidéo. Mais la production a protégé ses arrières en se prévalant d’une assurance de la responsabilité civile professionnelle (fouillez-moi ce que ça veut dire), a annoncé le mois dernier le LA Times.

Des experts juridiques doutent d’ailleurs de la solidité d’un éventuel recours en justice de la part de Disney, arguant entre autres qu’une telle action lui fournirait davantage de publicité négative qu’autre chose, et finirait immanquablement par rehausser le profil du film.

Escape From Tomorrow prendra donc le chemin des salles et de la VoD le 11 octobre aux États-Unis (toujours pas de date confirmée pour le territoire canadien). Mise en ligne hier, la bande-annonce est tout simplement splendide et, compte tenu que le film a été tourné de manière complètement clandestine, la qualité de son look dépasse les attentes. À noter en ouverture les premières notes de la musique de Trois couleurs : Bleu, une référence fort élégante.

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