Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Horreur’

Lundi 1 juin 2015 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (21)

The Exorcist : l’effroi en direct

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Lors de la sortie de The Exorcist de William Friedkin, en 1973, certaines salles de cinéma avaient prévu des sacs à vomi pour les cinéphiles les plus sensibles. Des placiers avaient reçu une formation en premiers soins, et étaient munis de sels, question de ranimer les spectateurs qui s’évanouiraient. Et pourtant, les gens en redemandaient. La garantie de l’effroi est un argument de vente considérable; à ce jour, The Exorcist est le film coté R le plus lucratif de tous les temps, éclipsant son plus proche rival, The Godfather, de 200 millions $.

Les apôtres du grand écran, en particulier de l’expérience communautaire irremplaçable que procure un visionnement en groupe, ressortent souvent des anecdotes liées au classique d’horreur de Friedkin; les files d’attentes interminables devant les guichets, la fébrilité et la frayeur palpables en salle, les personnes physiquement troublées, possiblement par des images subliminales… Le cinéma comme épreuve culturelle concrète, comme scellant social. Une nostalgie qui est plutôt justifiée lorsqu’on voit l’ado assis à côté de nous dans l’autobus en train de regarder Insidious 2 sur son portable.

C’est une chose d’entendre ces belles histoires d’antan, et une autre de les voir. Deux utilisateurs de YouTube, relayés par A.V. Club, ont mis en ligne un reportage qui a été produit dans le cadre de la sortie du film, et qui montre plusieurs spectateurs à la sortie des salles. Les réactions sont variées: certains sont stoïques, encore en état de choc, tandis que d’autres sont plutôt hystériques. On voit même des gens qui ont perdu connaissance.

La vidéo ci-dessous reprend des extraits du reportage original de 20 minutes, y allant d’un montage plus impressionniste, et augmentant le facteur terreur grâce au Concerto pour violoncelle et orchestre no 1 de Krzysztof Penderecki (The Shining, Shutter Island). Les témoignages du public commencent vers 1:45.

Voici le reportage original :

***

Six ans après The Exorcist a pris l’affiche un autre film qui allait marquer le genre de l’horreur: Halloween de John Carpenter. Un certain DarkCastle2012 a mis sur YouTube un enregistrement des dernières minutes d’une projection du film à Los Angeles l’année de sa sortie. La vidéo a été popularisée par le site Bloody Disgusting en avril dernier.

Les cris du public sont saisissants; on dirait des gens surexcités dans des montagnes russes. L’administrateur de BD note que ça lui «fait mal à l’âme que nous ne serions plus jamais en mesure de vivre une expérience comme cela». On espère sincèrement qu’il se trompe.

- L’affiche qui coiffe ce billet provient d’un post de Dangerous Minds, qui a recueilli «des affiches japonaises sensationnelles de films populaires des années 1970».

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Mardi 26 mai 2015 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (7)

Eldorado, un Mamma Mia! pour les fans d’horreur…

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En cette semaine marquée par la fumisterie, et à quelques jours de la projection du «Citizen Kane des navets», The Room, au Cinéma du Parc, j’aimerais revenir sur une des plus grandes abjections cinématographiques contemporaines. Eldorado 3D, considéré par certains comme «le pire film de tous les temps», n’a pas seulement commis un crime contre le bon goût, mais également contre la loi. Et a coûté à son réalisateur sa liberté.

Ce qui distingue Eldorado de ses semblables issus de la série B (ou même Z) est la qualité de son casting. Trois des méchants du diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino se partagent la tête d’affiche: Daryl Hannah, Michael Madsen et Bill lui-même, David Carradine, dans ce qui a malicieusement été promu comme son dernier rôle – le vénérable acteur, décédé en juin 2009, y fait une apparition via des extraits «empruntés» du téléfilm Kung Fu Killer. Sorti en 2012, Eldorado avait entamé son tournage quelques jours après la mort de Carradine…

Et puis il y a des vedettes américaines des années 80 comme Brigitte Nielsen, qui a notamment partagé l’écran avec son ex-mari Sylvester Stallone dans Rocky IV et Cobra, ainsi que Steve Guttenberg, à jamais associé à la série Police Academy.

La production britannique compte par ailleurs quelques représentants de renom, comme l’ancien Doctor Who Sylvester McCoy, le «comédien alternatif» Rik Mayall, ainsi que le légendaire Peter O’Toole (Lawrence of Arabia), qui joue «Le Narrateur», dans des scènes pathétiques où on le voit, face caméra, lire ses répliques sur des feuilles imprimées.

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Comment est-ce que toutes ces personnes «estimées» ont-elles fait pour se ramasser dans un projet aussi suspect, décrit comme un road movie d’horreur comique et musical, qui parodie des classiques comme The Blues Brothers, The Rocky Horror Picture Show, The Texas Chainsaw Massacre, Mamma Mia!, Blazing Saddles et Easy Rider? Selon le spécialiste du nouveau cinéma d’horreur britannique MJ Simpson, interviewé par le Daily Telegraph, il s’agit tout simplement d’une question d’argent ainsi que, pour les acteurs américains, d’une opportunité de tourner en Angleterre.

Mais il y a aussi le facteur Richard Driscoll, réalisateur et producteur d’Eldorado, qui incarne dans le film un des «Jews Brothers» sous le nom d’artiste de Steven Craine. Il aurait amadoué lesdites vedettes à se joindre à ce qui devait devenir une oeuvre culte, ainsi que le premier film britannique tourné en 3D, avec des cachets intéressants. Sommes qu’il aurait gonflées dans des factures remises au Film Tax Relief, programme de financement semblable à notre SODEC, afin d’empocher 1, 5 millions £. Driscoll a finalement été reconnu coupable de fraude fiscale, et en juillet 2013 a été condamné à trois ans d’emprisonnement.

«Le film n’a absolument aucun sens»

Mais quel est le lien avec la contrée mythique de l’El Dorado, comme le suggère le titre? Eh bien c’est le nom d’une ville où se réfugient les «Jews Brothers», Oliver et Stanley Rosenblum, après qu’ils eurent fui une foule hostile composée de néo-nazis qui n’ont pas apprécié leur numéro musical. Le problème, c’est qu’Eldorado est peuplé de cannibales consanguins qui viennent tout juste de dévorer un autobus rempli de touristes, résume l’article du Daily Telegraph publié en avril 2014. Le quotidien poursuit :

Du moins, c’est ce que le texte de présentation suggère. En réalité, grâce à une joyeuse absence de continuité ou de montage cohérent, le film n’a absolument aucun sens. Une des explications est que Driscoll fréquentait le premier rôle féminin, Rebecca Linley, mais qu’ils se sont séparés à mi-chemin du tournage. Elle a quitté le projet, le forçant à récrire le scénario au fur et à mesure sans son principal protagoniste.

En tant que tel, le dialogue, lorsqu’il n’est pas pas marmonné et inaudible, semble largement improvisé (échantillon : «Elle va mourir vite et dur, comme du sperme qui frappe un condom»). Et il y a même un segment qui dure deux minutes complètes, où le son est entièrement coupé, et est remplacé par de la musique instrumentale, pendant que les acteurs remuent leurs lèvres silencieusement.

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Le personnage de Carradine est un «moine éthéré» qui joue de la flûte au paradis. «En tant qu’épitaphe cinématographique, il doit être pire que ceux de Raúl Juliá dans Streetfighter et d’Orson Welles dans Transformers: The Movie», regrette MJ Simpson, auteur de Urban Terrors: New British Horror Cinema.

Hannah, quant à elle, porte une perruque argentée et récite du Edgar Allan Poe près d’un «vautour à l’air surpris». Et puis il y a les numéros musicaux. Madsen chante une chanson rockabilly accompagné par deux danseuses nues portant des masques mexicains, tandis que Nielsen (photo ci-dessus) joue elle-même une danseuse nue, qui entonne Respect d’Aretha Franklin «entourée par des lesbiennes torse nu dans un salon de coiffure».

Eldorado devait avoir sa première à Londres en 2012, mais l’évènement a été annulé. Driscoll a blâmé à l’époque le British Board of Film Classification, qui aurait jugé son film «trop fort» même pour le certificat le plus sévère, à savoir 18 ans et plus. Curieusement, sa classification a été abaissée pour la sortie DVD, à 15 ans et plus, avant que le film ne soit de nouveau retiré du marché. Une deuxième sortie vidéo a finalement eu lieu quelques mois plus tard, mais avec un nouveau titre – Highway To Hell – 30 minutes de moins, et des nouvelles chansons…

À peu près introuvable, Eldorado n’a jamais eu de critiques dans des publications officielles. D’ailleurs, peu de journalistes professionnels auraient pris la peine de se pencher sur le film, et ce, même s’il avait bénéficié d’une distribution en bonne et due forme, étant donné que Driscoll a la fâcheuse habitude de poursuivre ceux qui rabaissent son oeuvre. Du trouble pour rien. CriticWire a cependant trouvé quelques opinions sur Eldorado dans des blogues plus ou moins obscurs spécialisés dans le cinéma de genre de série B, à consulter ici.

Selon la théorie de MJ Simpson, Driscoll est peut-être un fraudeur, mais il est un cinéaste d’abord : «Il ne l’a pas fait pour l’argent – il l’a fait pour faire un film. Malgré le fait qu’il n’a absolument aucun talent, au cœur de l’arnaque se trouvait son désir de faire le plus grand film qu’il ait jamais fait. Et voilà pourquoi il y a quelque chose de mythique autour de lui, même aujourd’hui. Quand les gens le découvrent – ils veulent en savoir plus sur son oeuvre. Pour ce que ça vaut, il est le plus culte des cinéastes cultes».

À lire aussi :

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Mercredi 15 avril 2015 | Mise en ligne à 11h00 | Commenter Commentaires (11)

It Follows, et les remparts du cinéphile contre l’horreur

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On s’en sort comme on peut lorsque confronté à des situations effrayantes. On s’accroche au connu pour parer l’inconnu; que l’objet de la terreur soit ancré dans le réel ou dans la fantaisie.

Ainsi, lorsqu’on vit l’expérience d’un film d’horreur, en général, plus ça va, mieux c’est. Notre bagage de spectateur nous permet de nous rassurer: la 20e fois qu’on voit un groupe d’ados se séparer dans une forêt menaçante ou dans une maison abandonnée va nécessairement moins nous faire peur que la première fois qu’on a réagi à cette décision peu prudente. On est plus habiles à détecter ce type de lieux communs et donc, forcément, moins prompts à sauter de notre siège.

Bien entendu, on ne peut pas réduire le cinéma d’horreur aux seuls chiffres. Il est très possible, en effet, que même le plus aguerri des amateurs du genre se surprendrait à vouloir se cacher derrière son sofa la 21e fois qu’il voit le sempiternel groupe d’ados se dire «à tout de suite» de manière insouciante dans un lieu sinistre, alors qu’il n’avait pas bronché les 15 fois précédentes face à des situations similaires. C’est là qu’entre en compte l’habileté du cinéaste à repenser, subvertir ou même déconstruire les conventions de l’horreur.

C’est ce qu’accomplit à merveille David Robert Mitchell dans le film indépendant de l’heure, It Follows. Le jeune réalisateur – qui en est seulement à son deuxième long métrage – a réussi à déboulonner un des clichés les plus persistants du genre, qui a notamment fait de l’horreur un terreau fertile pour les pulsion puritaines, voire réactionnaires : l’acte sexuel comme cause directe à une mort sanglante.

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Dans It Follows, le monstre vous prend pour cible dès que vous avez eu une relation sexuelle avec une personne précédemment infectée. Mais pour s’en débarrasser, il n’y a qu’un seul moyen: faire l’amour avec une autre personne et ainsi lui transférer le FTS, ou «fantôme transmissible sexuellement». L’héroïne du film, Jay (interprétée par Maika Monroe, qui pourrait être la soeur cadette d’Amber Heard), finit par coucher avec tous les personnages masculins du film, ainsi qu’avec un trio de figurants à l’air malcommode, afin de se défaire de sa malédiction.

La traitement de la promiscuité sexuelle par Mitchell est une des principales forces du film : non seulement le sexe n’est pas exclusivement synonyme de «mal», mais son illustration évite le paradoxe de tant d’autres films d’horreur qui, tout en le condamnant, se plaisent à hypersexualiser leurs futures victimes. Dans It Follows, Jay est une ado de 19 ans tout ce qu’il y a de plus ordinaire: elle ne passe pas son temps à parler vulgairement de cul ou à allumer agressivement les garçons. En même temps, elle ne correspond pas à la fille à papa typique des teen slashers qui attend le «bon gars», et dont la pudeur finit par lui sauver la vie.

La relation normale entre les personnages (qui ont d’ailleurs une apparence physique «normale» fort bienvenue) rend les scènes d’épouvante d’autant plus frappantes. Ces dernières sont assez éparpillées, et il n’y en a qu’une et demi qui sont franchement graphiques, mais la véritable source d’horreur du film, celle qui se glisse sous la peau du spectateur réceptif, se manifeste à l’intérieur de cet espèce d’érouv d’anxiété palpable qui relie les épisodes d’effroi entre eux.

La majeure partie du récit repose sur le quotidien d’une banlieue plutôt déserte de Detroit, où l’on fait ce qu’on peut pour chasser l’ennui : regarder des vieux films de série B, lire Dostoïevski sur une liseuse en forme de coquillage, laver sa voiture, fumer des joints, prendre des longues marches en discutant de garçons et en fumant une cigarette à l’écart du regard parental (on ne voit presque jamais d’adultes, et leur absence n’est jamais expliquée).

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Contrairement à la plupart des films du genre, le groupe traqué entretient ici une saine camaraderie, ne se sépare pas de manière arbitraire à tout bout de champ afin de mieux pouvoir jouer aux Dix petits nègres. Les jeunes sont aussi très attachants. Mitchell utilise le précepte fantastique de son intrigue pour faire de fines observations sur une réalité très concrète. Par exemple, Paul, l’ami d’enfance de Jay, propose régulièrement de coucher avec elle afin de la sauver : il formule sa proposition avec un air désintéressé, alors que tout le monde connaît ses plus profondes motivations. Et le fait que son «sacrifice» pourrait causer sa mort? C’est un prix à payer convenable pour tout ado qui vit son premier coup de foudre!

Mitchell a trouvé l’idée de It Follows après une série de cauchemars dans lesquels il était poursuivi par une figure humaine, qui prenait tantôt la forme de ses proches, tantôt celle de parfaits inconnus. Il n’est certainement pas le premier réalisateur à procéder ainsi. Robert Altman a écrit le synopsis de 3 Women en se réveillant après une nuit agitée. Ce chef-d’oeuvre du cinéma onirique a par ailleurs grandement influencé Virgin Suicides de Sofia Coppola (dont le père a incidemment rêvé à son plus récent film, Twixt). Si, dans It Follows on ne retrouve pas de vierges, ni de suicidaires, on relève cependant la même langueur poétique que dans le premier long métrage de la cinéaste. Je pense en particulier à une scène vers la fin, où trois-quatre jeunes font la sieste dans une chambre à la lumière bleutée.

Parlant d’héritage cinématographique, It Follows est un véritable catalogue de références dont peuvent se délecter cinéphiles. L’hommage le plus explicite survient dès le prologue : un plan-séquence à la steadicam agrémenté d’une musique électro affolante tout droit sortie des années 1980, tous deux rappelant la scène d’ouverture d’Halloween de John Carpenter. Dans son commentaire DVD, le réalisateur culte dit que le mouvement de sa caméra créait une «sensation bizarre de flottement», ce qui est également transmis ci-dessous. Avec comme boni des talents hauts rouges rappelant à la pauvre jeune fille qu’elle «n’est désormais plus au Kansas». Voici «l’anatomie de la scène» narrée par Mitchell :

Mitchell se décrit comme un «cinéphile démocratique», et son amour vaste pour le 7e art est reflété tout au long de It Follows. Les références sont parfois diégétiques, comme lorsque les jeunes regardent de vieux films d’horreurs – Killers From Space, Voyage to the Planet of Prehistoric Women – sur une vieille télé anachronique (l’époque n’est jamais définie; il y a un côté rétro ambigu à la Bates Motel). Ou lorsque Jay se rend avec son copain à une projection de Charade, classique de la comédie romantique avec Cary Grant et Audrey Hepburn.

En entrevue à The Playlist, Mitchell a nommé et décrit les cinq plus grandes influences pour It Follows. 1. Creature From the Black Lagoon : «Il y a définitivement des similarités en terme de la lenteur [du FTS] et de ce monstre très persistant». 2. Night of the Living Dead : «Vous pouvez fuir, mais à un moment donné ça va vous accabler». 3. The Thing (les versions de Carpenter et de Howard Hawks) : le géant dans le cadre de porte est une référence directe au film de 1951. 4. Nightmare on Elm Street : «La même impression d’enfants sans supervision confrontés à une terreur immortelle». 5. Paris, Texas : «C’est tourné avec un objectif grand angle assez large, et il y a un certain type de beauté dans le cadrage et les compositions de ce film. Pas seulement les trucs dans le désert, mais aussi les personnes, la maison de banlieue, et tout le reste de ce film qui est incroyable».

En regardant It Follows, j’ai relevé certaines de ces références, d’autres pas. Je rajouterais le sang qui teinte la piscine vers la fin, qui rappelle la marée de sang qui sort de l’ascenseur dans The Shining. Et une référence que je pense être, comme Jay et ses fantômes, le seul à avoir vue – ou pour être plus précis, imaginée. Je parle de la scène la plus brutale dans Breaking the Waves, lorsque Bess se rend sur un navire pour volontairement se faire violer par des marins, qui dans mon esprit correspond au moment où Jay décide de transmettre sa malédiction à trois hommes qu’on voit au loin dans un bateau à moteur. Bien entendu, mon côté cinéphilique ratisse très large dans ce cas, et j’ai compris par après ce qui motivait ce genre de réflexion : je m’accrochais désespérément à toute entité qui m’était connue, et donc qui me rassurait, qui découlait de cette expérience inédite qui me terrifiait au plus haut point.

Pour revenir au commentaire DVD de Carpenter, il affirme d’entrée de jeu que, avant même la sortie de Halloween, les critiques, à l’unanimité, ont violemment descendu son film. Ce n’est qu’après qu’il eut fait sauter le box-office, et qu’un critique respecté en eut parlé favorablement, en faisant notamment des parallèles avec Hitchcock, que les autres se sont ravisés. Carpenter est convaincu que c’est «le public à l’époque qui a fait de mon film ce qu’il est aujourd’hui». It Follows a été plus chanceux. Après une première saluée au Festival de Cannes, il n’a cessé de gagner des appuis dans la communauté critique. Mais il reste qu’on a encore tendance à sortir le réflexe du «bon pour un film d’horreur», comme si le genre représentait inévitablement une sous-catégorie. À ce propos, voici un échange entre Mitchell et Den of Geek :

Dans le passé, on sentait souvent qu’il y avait un certain snobisme par rapport à l’horreur. Pensez-vous que ça c’est apaisé de nos jours? Par exemple, il est difficile d’imaginer quelque chose comme Halloween présenté à Cannes en 1978.

Je ne sais pas. Quand vous regardez ce film, vous pouvez imaginer qu’il aurait pu y être montré – c’est un grand film, un film stupéfiant. Cela a-t-il changé? Peut-être. C’est possible. C’est difficile de répondre parce que je suis un amoureux du cinéma en général, et j’adore les films d’horreur. C’est l’un des nombreux types de films que j’aime vraiment, et que j’ai toujours aimé. Je pense que beaucoup de gens qui aiment véritablement le cinéma aiment vraiment l’horreur, et je pense que toute personne qui n’est pas de cet avis saute par-dessus de grands films.

Est-ce que ça a changé? Je ne sais vraiment pas. Les gens ont dit que c’était une surprise d’avoir ce genre de film [It Follows] jouer à Cannes, mais de la façon dont les gens ont réagi, peut-être que cela se produira plus souvent, et ça serait cool.

Comme vous le dites, le cinéma d’horreur est du cinéma pur à bien des égards.

Absolument. Il y a une raison pour laquelle tant de cinéastes différents prennent plaisir à travailler dans l’horreur. Et c’est en partie parce que vous pouvez vous en sortir avec des expérimentations, et faire des choses qui pourraient être perçues comme un peu trop bizarres dans tout autre genre. Vous pourrez le faire, mais les gens n’y seraient pas aussi réceptifs. Tandis que dans un film d’horreur, je sens que les gens sont ouverts et peuvent vraiment apprécier une approche différente.

J’ai vu It Follows samedi dernier et je ne parviens toujours pas à sortir le film de ma tête. Et je ne dis pas ça comme si c’était une mauvaise chose, au contraire. Je suis obsédé par le tout dernier plan, qui est à la fois si paisible, touchant et inquiétant. Mais c’est surtout la bande originale qui me hante; je n’ai pas été emballé par une musique de film à ce point depuis The Social Network (ou, pour remonter encore plus loin, There Will Be Blood). Elle apporte une dimension épique insoupçonnée à ce qu’on peut qualifier de simple exercice de style, aussi brillant fusse-t-il. C’est signé Disasterpeace, et ça s’écoute le son dans le tapis.

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