Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Horreur’

Mercredi 15 avril 2015 | Mise en ligne à 11h00 | Commenter Commentaires (11)

It Follows, et les remparts du cinéphile contre l’horreur

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On s’en sort comme on peut lorsque confronté à des situations effrayantes. On s’accroche au connu pour parer l’inconnu; que l’objet de la terreur soit ancré dans le réel ou dans la fantaisie.

Ainsi, lorsqu’on vit l’expérience d’un film d’horreur, en général, plus ça va, mieux c’est. Notre bagage de spectateur nous permet de nous rassurer: la 20e fois qu’on voit un groupe d’ados se séparer dans une forêt menaçante ou dans une maison abandonnée va nécessairement moins nous faire peur que la première fois qu’on a réagi à cette décision peu prudente. On est plus habiles à détecter ce type de lieux communs et donc, forcément, moins prompts à sauter de notre siège.

Bien entendu, on ne peut pas réduire le cinéma d’horreur aux seuls chiffres. Il est très possible, en effet, que même le plus aguerri des amateurs du genre se surprendrait à vouloir se cacher derrière son sofa la 21e fois qu’il voit le sempiternel groupe d’ados se dire «à tout de suite» de manière insouciante dans un lieu sinistre, alors qu’il n’avait pas bronché les 15 fois précédentes face à des situations similaires. C’est là qu’entre en compte l’habileté du cinéaste à repenser, subvertir ou même déconstruire les conventions de l’horreur.

C’est ce qu’accomplit à merveille David Robert Mitchell dans le film indépendant de l’heure, It Follows. Le jeune réalisateur – qui en est seulement à son deuxième long métrage – a réussi à déboulonner un des clichés les plus persistants du genre, qui a notamment fait de l’horreur un terreau fertile pour les pulsion puritaines, voire réactionnaires : l’acte sexuel comme cause directe à une mort sanglante.

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Dans It Follows, le monstre vous prend pour cible dès que vous avez eu une relation sexuelle avec une personne précédemment infectée. Mais pour s’en débarrasser, il n’y a qu’un seul moyen: faire l’amour avec une autre personne et ainsi lui transférer le FTS, ou «fantôme transmissible sexuellement». L’héroïne du film, Jay (interprétée par Maika Monroe, qui pourrait être la soeur cadette d’Amber Heard), finit par coucher avec tous les personnages masculins du film, ainsi qu’avec un trio de figurants à l’air malcommode, afin de se défaire de sa malédiction.

La traitement de la promiscuité sexuelle par Mitchell est une des principales forces du film : non seulement le sexe n’est pas exclusivement synonyme de «mal», mais son illustration évite le paradoxe de tant d’autres films d’horreur qui, tout en le condamnant, se plaisent à hypersexualiser leurs futures victimes. Dans It Follows, Jay est une ado de 19 ans tout ce qu’il y a de plus ordinaire: elle ne passe pas son temps à parler vulgairement de cul ou à allumer agressivement les garçons. En même temps, elle ne correspond pas à la fille à papa typique des teen slashers qui attend le «bon gars», et dont la pudeur finit par lui sauver la vie.

La relation normale entre les personnages (qui ont d’ailleurs une apparence physique «normale» fort bienvenue) rend les scènes d’épouvante d’autant plus frappantes. Ces dernières sont assez éparpillées, et il n’y en a qu’une et demi qui sont franchement graphiques, mais la véritable source d’horreur du film, celle qui se glisse sous la peau du spectateur réceptif, se manifeste à l’intérieur de cet espèce d’érouv d’anxiété palpable qui relie les épisodes d’effroi entre eux.

La majeure partie du récit repose sur le quotidien d’une banlieue plutôt déserte de Detroit, où l’on fait ce qu’on peut pour chasser l’ennui : regarder des vieux films de série B, lire Dostoïevski sur une liseuse en forme de coquillage, laver sa voiture, fumer des joints, prendre des longues marches en discutant de garçons et en fumant une cigarette à l’écart du regard parental (on ne voit presque jamais d’adultes, et leur absence n’est jamais expliquée).

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Contrairement à la plupart des films du genre, le groupe traqué entretient ici une saine camaraderie, ne se sépare pas de manière arbitraire à tout bout de champ afin de mieux pouvoir jouer aux Dix petits nègres. Les jeunes sont aussi très attachants. Mitchell utilise le précepte fantastique de son intrigue pour faire de fines observations sur une réalité très concrète. Par exemple, Paul, l’ami d’enfance de Jay, propose régulièrement de coucher avec elle afin de la sauver : il formule sa proposition avec un air désintéressé, alors que tout le monde connaît ses plus profondes motivations. Et le fait que son «sacrifice» pourrait causer sa mort? C’est un prix à payer convenable pour tout ado qui vit son premier coup de foudre!

Mitchell a trouvé l’idée de It Follows après une série de cauchemars dans lesquels il était poursuivi par une figure humaine, qui prenait tantôt la forme de ses proches, tantôt celle de parfaits inconnus. Il n’est certainement pas le premier réalisateur à procéder ainsi. Robert Altman a écrit le synopsis de 3 Women en se réveillant après une nuit agitée. Ce chef-d’oeuvre du cinéma onirique a par ailleurs grandement influencé Virgin Suicides de Sofia Coppola (dont le père a incidemment rêvé à son plus récent film, Twixt). Si, dans It Follows on ne retrouve pas de vierges, ni de suicidaires, on relève cependant la même langueur poétique que dans le premier long métrage de la cinéaste. Je pense en particulier à une scène vers la fin, où trois-quatre jeunes font la sieste dans une chambre à la lumière bleutée.

Parlant d’héritage cinématographique, It Follows est un véritable catalogue de références dont peuvent se délecter cinéphiles. L’hommage le plus explicite survient dès le prologue : un plan-séquence à la steadicam agrémenté d’une musique électro affolante tout droit sortie des années 1980, tous deux rappelant la scène d’ouverture d’Halloween de John Carpenter. Dans son commentaire DVD, le réalisateur culte dit que le mouvement de sa caméra créait une «sensation bizarre de flottement», ce qui est également transmis ci-dessous. Avec comme boni des talents hauts rouges rappelant à la pauvre jeune fille qu’elle «n’est désormais plus au Kansas». Voici «l’anatomie de la scène» narrée par Mitchell :

Mitchell se décrit comme un «cinéphile démocratique», et son amour vaste pour le 7e art est reflété tout au long de It Follows. Les références sont parfois diégétiques, comme lorsque les jeunes regardent de vieux films d’horreurs – Killers From Space, Voyage to the Planet of Prehistoric Women – sur une vieille télé anachronique (l’époque n’est jamais définie; il y a un côté rétro ambigu à la Bates Motel). Ou lorsque Jay se rend avec son copain à une projection de Charade, classique de la comédie romantique avec Cary Grant et Audrey Hepburn.

En entrevue à The Playlist, Mitchell a nommé et décrit les cinq plus grandes influences pour It Follows. 1. Creature From the Black Lagoon : «Il y a définitivement des similarités en terme de la lenteur [du FTS] et de ce monstre très persistant». 2. Night of the Living Dead : «Vous pouvez fuir, mais à un moment donné ça va vous accabler». 3. The Thing (les versions de Carpenter et de Howard Hawks) : le géant dans le cadre de porte est une référence directe au film de 1951. 4. Nightmare on Elm Street : «La même impression d’enfants sans supervision confrontés à une terreur immortelle». 5. Paris, Texas : «C’est tourné avec un objectif grand angle assez large, et il y a un certain type de beauté dans le cadrage et les compositions de ce film. Pas seulement les trucs dans le désert, mais aussi les personnes, la maison de banlieue, et tout le reste de ce film qui est incroyable».

En regardant It Follows, j’ai relevé certaines de ces références, d’autres pas. Je rajouterais le sang qui teinte la piscine vers la fin, qui rappelle la marée de sang qui sort de l’ascenseur dans The Shining. Et une référence que je pense être, comme Jay et ses fantômes, le seul à avoir vue – ou pour être plus précis, imaginée. Je parle de la scène la plus brutale dans Breaking the Waves, lorsque Bess se rend sur un navire pour volontairement se faire violer par des marins, qui dans mon esprit correspond au moment où Jay décide de transmettre sa malédiction à trois hommes qu’on voit au loin dans un bateau à moteur. Bien entendu, mon côté cinéphilique ratisse très large dans ce cas, et j’ai compris par après ce qui motivait ce genre de réflexion : je m’accrochais désespérément à toute entité qui m’était connue, et donc qui me rassurait, qui découlait de cette expérience inédite qui me terrifiait au plus haut point.

Pour revenir au commentaire DVD de Carpenter, il affirme d’entrée de jeu que, avant même la sortie de Halloween, les critiques, à l’unanimité, ont violemment descendu son film. Ce n’est qu’après qu’il eut fait sauter le box-office, et qu’un critique respecté en eut parlé favorablement, en faisant notamment des parallèles avec Hitchcock, que les autres se sont ravisés. Carpenter est convaincu que c’est «le public à l’époque qui a fait de mon film ce qu’il est aujourd’hui». It Follows a été plus chanceux. Après une première saluée au Festival de Cannes, il n’a cessé de gagner des appuis dans la communauté critique. Mais il reste qu’on a encore tendance à sortir le réflexe du «bon pour un film d’horreur», comme si le genre représentait inévitablement une sous-catégorie. À ce propos, voici un échange entre Mitchell et Den of Geek :

Dans le passé, on sentait souvent qu’il y avait un certain snobisme par rapport à l’horreur. Pensez-vous que ça c’est apaisé de nos jours? Par exemple, il est difficile d’imaginer quelque chose comme Halloween présenté à Cannes en 1978.

Je ne sais pas. Quand vous regardez ce film, vous pouvez imaginer qu’il aurait pu y être montré – c’est un grand film, un film stupéfiant. Cela a-t-il changé? Peut-être. C’est possible. C’est difficile de répondre parce que je suis un amoureux du cinéma en général, et j’adore les films d’horreur. C’est l’un des nombreux types de films que j’aime vraiment, et que j’ai toujours aimé. Je pense que beaucoup de gens qui aiment véritablement le cinéma aiment vraiment l’horreur, et je pense que toute personne qui n’est pas de cet avis saute par-dessus de grands films.

Est-ce que ça a changé? Je ne sais vraiment pas. Les gens ont dit que c’était une surprise d’avoir ce genre de film [It Follows] jouer à Cannes, mais de la façon dont les gens ont réagi, peut-être que cela se produira plus souvent, et ça serait cool.

Comme vous le dites, le cinéma d’horreur est du cinéma pur à bien des égards.

Absolument. Il y a une raison pour laquelle tant de cinéastes différents prennent plaisir à travailler dans l’horreur. Et c’est en partie parce que vous pouvez vous en sortir avec des expérimentations, et faire des choses qui pourraient être perçues comme un peu trop bizarres dans tout autre genre. Vous pourrez le faire, mais les gens n’y seraient pas aussi réceptifs. Tandis que dans un film d’horreur, je sens que les gens sont ouverts et peuvent vraiment apprécier une approche différente.

J’ai vu It Follows samedi dernier et je ne parviens toujours pas à sortir le film de ma tête. Et je ne dis pas ça comme si c’était une mauvaise chose, au contraire. Je suis obsédé par le tout dernier plan, qui est à la fois si paisible, touchant et inquiétant. Mais c’est surtout la bande originale qui me hante; je n’ai pas été emballé par une musique de film à ce point depuis The Social Network (ou, pour remonter encore plus loin, There Will Be Blood). Elle apporte une dimension épique insoupçonnée à ce qu’on peut qualifier de simple exercice de style, aussi brillant fusse-t-il. C’est signé Disasterpeace, et ça s’écoute le son dans le tapis.

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Vendredi 20 février 2015 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (10)

Neill Blomkamp dit finalement oui à Alien 5

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«Um… je crois donc qu’il s’agit officiellement de mon prochain film. #alien», a écrit Neill Blomkamp mercredi soir sur son compte Instagram. Difficile de faire plus désinvolte comme annonce de l’obtention d’un feu vert pour une production majeure issue d’une franchise légendaire. On se serait attendu de la part d’un jeune réalisateur âgé de 35 ans, fanatique du genre de la science-fiction de surcroît, de démontrer bien plus d’enthousiasme par rapport à cette opportunité géante. Mais, avant de croire qu’il se lance dans le projet plus ou moins à contrecoeur, une petite mise en contexte.

Le jour de l’An, Blomkamp a mis en ligne une série d’esquisses inspirées de l’univers d’Alien (dont celle qui coiffe ce billet). Il a tweeté le lendemain qu’il «travaillait dessus», mais qu’il ne pensait pas que ça allait aboutir. Il a ensuite dit qu’il avait pris «une ballade mentale dans l’univers créé par Ridley Scott», avant d’affirmer que le studio n’était même pas au courant de son intérêt pour un tel projet.

20th Century Fox n’a cependant pas tardé à découvrir les plans du réalisateur de District 9 et d’Elysium, et s’est apparemment montré très ouvert à l’idée. Le studio lui aurait offert le film sur un plateau d’argent. Mais, contre toute attente, Blomkamp s’est montré hésitant à accepter la proposition. Avait-il peur de ne pas avoir un contrôle créatif suffisant? En fait, il semblerait qu’on lui avait garanti une liberté presque totale. Alors qu’est-ce qui le dérangeait? «C’est moi le problème», a-t-il dit la semaine dernière en entrevue à Uproxx. «Fox, ils me laisseraient le faire, genre, demain».

Ce qui tracassait Blomkamp était lié à son anxiété par rapport à l’industrie en général. Il ne s’est toujours pas remis du stress de la pré-prod de Halo, l’adaptation du jeu vidéo ultra populaire, qui devait être son premier long métrage (Peter Jackson, qui en était le producteur à l’époque, lui avait par la suite offert comme «prix de consolation» de produire District 9, basé d’après le court métrage de Blomkamp Alive in Joburg). Le cinéaste sud-africain a articulé ce sentiment à Uproxx en ces termes :

Parfois Hollywood m’afflige. J’aime les films, mais Hollywood lui-même est un animal difficile à gérer. Donc, je me suis dit, si je ne fais plus de films, je devrais au moins mettre en ligne certaines de ces esquisses, et c’est exactement ce qui est arrivé. [...] J’aime l’idée du film, et j’ai produit bien plus d’esquisses que je n’en ai publié.

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C’est au gré de conversations avec Sigourney Weaver, qui apparaît dans son nouveau film Chappie (à l’affiche dans deux semaines), que Blomkamp s’est mis à rêver à Alien 5. Ses dessins, qui enflamment la cinéblogosphère depuis deux mois, ont été réalisés lors de nombreux temps morts dans une salle de montage à Vancouver.

Au début, il pensait à une intrigue qui n’incluait pas Ripley (ce qui serait une première dans l’histoire de la franchise officielle), mais il aurait changé d’avis en cours de route, comme on peut le voir dans l’esquisse ci-dessus. Il n’est cependant pas certain que Weaver reprendra son rôle emblématique. (voir d’autres esquisses à la fin de cet article).

En fait, on ne sait pas grand chose en ce qui concerne Alien 5, à part que l’action se déroulera quelques années après la suite de Prometheus. Ridley Scott, réalisateur du premier Alien et du premier Prometheus, produira les deux films, rapportait Variety mercredi.

Maintenant, la grande question est : qu’est-ce qui a motivé Blomkamp à finalement dire oui à Fox? À moins que toute cette valse hésitation constituait un savant bluff, une sorte de jeu de psychologie inversée, qui donne à son vainqueur un pouvoir de négociation accru en cas d’impasse? Si c’est le cas, on ne peut que lever notre chapeau à ce jeune homme qui s’apprête à faire un des plus gros films réellement indépendants de mémoire récente.

***

À l’occasion du 35e anniversaire d’Alien, Art of the Scene s’est penché sur un des moments les plus marquants de l’histoire de la science-fiction au grand écran, l’apparition choquante du chestburster. Une «anatomie» de cette fameuse scène, incluant des entrevues avec certains de ses principaux participants, a d’ailleurs été remise en ligne par Empire.

À lire aussi :

> Prometheus : somptueux série B, pour le meilleur et pour le pire
> La suite de Blade Runner toujours sur les rails

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Mardi 4 novembre 2014 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (38)

Le cinéma, un média éphémère selon Stephen King

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J’éprouve beaucoup d’affection pour l’oeuvre de Stephen King. Je sais, il est de bon ton de reléguer ses romans à de la littérature de second ordre, mais qu’importe. À chaque fois que j’ouvre un de ses livres, j’ai l’impression d’entrer dans la demeure accueillante d’un vieil ami. Il y a quelque chose de bizarrement rassurant dans ces récits d’horreur plus ou moins terrifiants (moins, ces dernières années) : cette voix légèrement sentimentale, à l’humour parfois ringard, dotée toutefois d’une morale non moralisatrice, consciente de sa propre nostalgie d’une Amérique d’antan idéalisée, fascinée par le Mal mais surtout porteuse d’une foi inébranlable dans la bonté humaine.

J’aime bien aussi le King de la sphère publique. Son apparition à The Late Late Show with Craig Ferguson en 2012 où, fringué de mom jeans et d’un vieux T-shirt mou, il disait ce qui lui passait par la tête, encapsule bien son côté revenge of the nerd. Il a des opinions arrêtées sur un paquet de sujets autres que la littérature et, dans la plupart des cas, je les partage. Mais quand il se met à parler de cinéma, tant de manière spécifique que générale, je suis un peu moins convaincu.

Dans une entrevue-fleuve publiée vendredi dernier dans le magazine Rolling Stone, il revient inévitablement à l’affaire The Shining. Comme on le sait, l’adaptation de son troisième roman par Stanley Kubrick lui a grandement déplu. Tellement, qu’il a produit sa propre version, pour la télévision, 17 ans plus tard. À la question très pertinente du journaliste, «Est-il possible qu’il ait fait un grand film qui se trouve juste à être une adaptation horrible de votre livre?», il a répondu en prenant une tangente :

Non, je ne l’ai jamais vu comme ça du tout. Et je ne vois jamais les films de cette façon. Les films n’ont jamais été très importants pour moi. Les films sont les films. S’ils sont bons, c’est formidable. S’ils ne le sont pas, ils ne le sont pas. Je les vois comme un média moindre que la fiction, que la littérature, et comme un média plus éphémère.

Pressé de spécifier, King y est allé de cette réplique plutôt amère (et en réitérant sa réflexion sur la misogynie, qu’il avait évoquée il y a deux ans en entrevue à la BBC) :

Évidemment les gens adorent le film, et ils ne comprennent pas pourquoi je ne l’adore pas. Le livre est chaud, et le film est froid; le livre se termine dans le feu, et le film dans la glace. Dans le livre, il y a un arc réel où vous voyez ce gars, Jack Torrance, qui essaie d’être bon, et peu à peu il se dirige vers cet endroit où il devient fou. Et en ce qui me concerne, quand j’ai vu le film, Jack était fou dès la première scène. Je devais me la fermer à l’époque. C’était une projection, et Nicholson était là. Mais je me disais, au moment où il apparaît à l’écran, «Oh, je connais ce gars. Je l’ai vu dans cinq films de moto, dans lesquels Jack Nicholson jouait le même rôle». Et le film est si misogyne. Je veux dire, Wendy Torrance est présentée comme un genre de torchon qui crie. Mais c’est juste moi, c’est comme ça que je suis.

Maintenant, comprenez-moi bien, je ne reproche aucunement à King de ne pas aimer The Shining. C’est son droit le plus strict. Ce qui m’a indisposé plutôt – mis à part qu’il dénigre le cinéma en tant qu’expression artistique – est qu’il est un critique cinématographique suspect. Et je ne parle pas du film en question, mais bien de ce qu’il dit à propos de Room 237, le brillant documentaire sur les théories déjantées inspirées par le classique impénétrable de Kubrick.

L’auteur de 67 ans a dit à Rolling Stone qu’il «n’avait jamais eu beaucoup de patience pour la bullshit académique», avant de citer une chanson de Bob Dylan. Il admet d’ailleurs n’avoir vu le film qu’à moitié…

Ceux qui croient que Room 237 endosse le discours de ses intervenants sont probablement les mêmes que ceux qui ne goûtent que la croûte lorsqu’ils mangent une tarte aux pommes. Les théories exposées dans le docu de Rodney Ascher n’ont pour ainsi dire rien à voir avec son propos central, à savoir l’obsession (malsaine) que peut susciter une oeuvre artistique. En même temps, pour quelqu’un qui voit le cinéma comme un «média moindre», on peut comprendre la confusion.

Sur une note plus positive, King a quand même dit que, quand les films «sont bons, c’est formidable». À ce titre, il considère Stand By Me (1986) de Rob Reiner comme la meilleure adaptation d’un de ses romans. Il en a été ému aux larmes. Il cite également Shawshank Redemption, Green Mile, Misery, Dolores Claiborne et Cujo. Mais en ce qui me concerne, rien ne surpasse The Mist (2007) et sa fin complètement déstabilisante, l’une des plus sombres issues du cinéma commercial contemporain.

À lire aussi :

> Room 237 : le miroir déformant de la critique
> Stephen King : «L’horreur est une actrice inconnue»
> The Shining : la fin originale dévoilée

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