Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Histoire’

Mardi 19 juillet 2016 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (16)

De Palma et De Palma au Parc

blow-out

Brian De Palma le dit et le répète depuis des décennies : le cinéma ment 24 images par seconde. Il s’agit d’une réplique au fameux aphorisme godardien exposé dans Le Petit Soldat (1960): «La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde.» Ces conceptions du 7e art aux antipodes reflètent aussi, en ce qui me concerne, mes propres expériences de cinéphile : quand je regarde du Godard, souvent je me sens comme si j’étais en classe, alors qu’avec De Palma c’est la récréation.

Un des rares cinéastes-clés du Nouvel Hollywood qui a réussi à s’épanouir durant la période post-Heaven’s Gate, De Palma n’a étrangement pas obtenu le même degré de reconnaissance (institutionnelle, académique et/ou culturelle) que ses frères d’armes Spielberg, Coppola, Scorsese et Lucas. Un quintette surnommé Movie Brats qui s’est formé à partir de la fin des années 1960, et qui a profité de la déroute du studio system traditionnel afin de réaliser des films à la fois personnels et commerciaux. Un état de grâce qui n’a duré que quelques années (de Easy Rider à Star Wars, plus ou moins) mais qui a eu un impact permanent sur l’histoire du cinéma.

Cette sensation que De Palma forme la cinquième roue du carrosse des Brats s’est tristement confirmée en 2007, quand Spielberg, Coppola et Lucas étaient réunis sur scène pour donner l’Oscar du meilleur réalisateur à leur pote Scorsese pour The Departed. Le réalisateur de Carrie et de Scarface ne s’en est pas trop formalisé, disant récemment à Business Insider :

J’ai toujours été le membre anti-establishment du groupe. Je n’ai jamais été nominé pour un Oscar. Je n’ai jamais travaillé au sein de l’establishment à Hollywood. J’ai mis beaucoup de gens en colère. [...] Nous avons tous fait beaucoup d’argent. Mais j’ai abandonné le système et suis allé en Europe après Mission to Mars (2000). J’ai commencé à faire des films qui étaient financés à l’international. Donc j’ai vraiment quitté le système hollywoodien. Steven s’y trouve évidemment encore, Francis finance ses propres films, et George a l’quitté complètement.

Il admet cependant éprouver de la nostalgie pour le bon vieux temps :

Nous avons passé beaucoup de temps ensemble à Hollywood. Nous étions de jeunes hommes. On sortait dîner ensemble. Je me souviens être allé à la première de Goodfellas, c’était donc les années 90, et rendu là, on a commencé à se disperser. On a emprunté différentes avenues et nous n’étions plus aussi proches. On ne s’appelait plus pour dire : «Allons au resto». Ça m’a manqué et j’ai donc assemblé un nouveau groupe.

Ce nouveau groupe comprend deux réalisateurs issus de la génération Sundance, Noah Baumbach (The Squid and the Whale, While We’re Young) et Jake Paltrow (Young Ones, The Good Night). En 2010, le deux hommes voulaient tester une nouvelle caméra numérique et ont demandé à leur voisin à Manhattan et vénérable ami de jouer le cobaye. De Palma précise à Den Of Geek :

«Ils voulaient documenter certaines choses que j’avais dites lors de nos dîners ensemble au cours des dernières années. On est allé à l’appartement de Jake, et Jake opérait la caméra et Noah s’occupait du son, et puis nous avons eu le même genre de conversation qu’on avait d’habitude à table».

Un exercice qui a finalement été converti en un documentaire intitulé simplement De Palma. Le film a été universellement acclamé. The Playlist a encapsulé les réactions du public en laissant Tony Montana titrer leur critique, qui annonce une «explosion exaltante de cocaïne cinéphilique».

Sorti le mois dernier aux États-Unis, De Palma a servi de rampe de lancement à une rétrospective complète, au Metrograph de New York, de la filmographie du «maître du macabre». Plus près de chez nous, au Cinéma du Parc, on a l’occasion de voir le documentaire ainsi que six longs métrages du cinéaste aujourd’hui âgé de 75 ans. Les films – Phantom of the Paradise (1974), Carrie (1976), Obsession (1976), Blow Out (1981), Scarface (1983) et Carlito’s Way (1993) – sont à l’affiche jusqu’au 28 juillet.

La programmation est à consulter ici. Voici la présentation :

Cette mini-rétrospective vous offrira la chance de découvrir (ou de redécouvrir) l’esprit démiurgique d’un cinéaste qui a transformé Hollywood à sa façon, bousculant et se réappropriant ses codes et ses conventions au passage. Beaucoup plus qu’un simple héritier d’Hitchcock, De Palma a su forger une signature et un style qui lui sont propres au cours d’une filmographie qui réunit tous les genres : suspense, film de guerre, horreur, comédie musicale, film de gangster, comédie et plus encore.

Controversé

La relative tiédeur de la reconnaissance de l’oeuvre de De Palma s’explique par la croyance, d’un certain segment de la communauté critique et cinéphile, qu’il cultive et promeut des idées misogynes. En entrevue au Guardian, il rappelle à quel point son thriller érotique Body Double (1984) a été «vilipendé quand il est sorti. Ça m’a fait très mal. J’ai été massacré par la presse alors que le mouvement de libération de la femme était à son apogée».

La réputation misogyne du film a été renforcée quelques années plus tard quand on a appris qu’il s’agissait du film préféré de Patrick Bateman, le protagoniste d’American Psycho érigé en épouvantail par des militantes féministes particulièrement vocales.

De Palma se défend d’haïr les femmes, disant qu’il faut départager ses convictions personnelles de son amour pour le cinéma de genre. Il cherche à créer des scènes efficaces à l’intérieur d’un environnement stylistique précis. À propos de Body Double, mais aussi de bien d’autres de ses films qui présentent des demoiselles en détresse, il affirme qu’il se plie aux codes du suspense :

«J’ai toujours été intéressé à trouver de nouvelles façons de tuer les gens». Et dans une entrevue précédente accordée au magazine britannique Empire : «Les femmes en péril sont des créatures plus sympathiques, et elles sont plus intéressantes à filmer. Je préfère filmer une femme se promenant avec un candélabre dans les mains plutôt qu’un homme. C’est aussi simple que ça».

Dans un essai publié dans le cadre de la sortie Criterion de Dressed to Kill – si vous n’avez le temps que pour un seul film au Parc, je vous conseille chaleureusement celui-là – Michael Koresky défend De Palma contre les accusations de misogynie. Il argumente que son oeuvre doit être interprétée à travers sa réflexion élaborée sur le voyeurisme, facette inextricable de l’acte cinématographique. Ici, il revient sur la scène du meurtre de Kate, femme adultère qui disparaît aussi soudainement que la Marion Crane de Psycho (1960) :

Le fait qu’elle est ensuite assassinée comme Marion – apparemment par hasard et par un monstre travesti – est une trahison lourde de sens, une punition pour elle et sa complaisance sexuelle, et pour nous et notre complicité dans sa jouissance, mais avec une violence si stylisée et exagérée qu’elle agit clairement comme un commentaire sur les conventions narratives misogynes qui dictent qu’une femme doit être ainsi châtiée.

static1.squarespace

De Palma ne cache pas son amour de l’hyperbole visuelle, disant qu’il a une prédilection pour «la beauté grotesque», et qu’il déploie sa stylisation autant que possible, au point «que les gens commencent à en rire». Le texte de Koresky cite d’ailleurs une de ses entrevues datant de 1973 où il parle de «l’aliénation brechtienne de ses films» : «Je me tiens constamment à l’extérieur, tentant de sensibiliser les gens au fait qu’ils regardent un film… En même temps, il y sont émotionnellement impliqués».

«Cette combinaison de distance analytique et d’intensité qui nous prend à la gorge a toujours défini son cinéma», suggère Koresky. Dans leurs meilleures séquences, les films de De Palma procurent un plaisir double au cinéphile enjoué : l’action absorbante qu’on regarde au moment présent, bien sûr, mais aussi cette notion que ce dont on est témoin est une construction artificielle exclusive au langage cinématographique. On n’éprouve donc pas seulement de l’amour pour le film en particulier qui se déroule devant nos yeux, mais également pour le cinéma en général.

Un exemple de cette «distance», ou de la position «extérieure» qu’emploie De Palma par rapport au processus filmique, est son utilisation récurrente du split diopter, traduit par le terme plutôt comique demi-bonnette, «une lentille diamétralement coupée en deux et placée devant l’objectif pour pouvoir obtenir la mise au point à deux endroits de la profondeur, simultanément dans le même plan». Une technique qui permet à De Palma de dramatiser sa propre mise en scène, si on veut.

Le site Vashi Visuals a combiné les 15 plans qui emploient le split diopter dans Blow Out (on en voit un dans l’image ci-dessus). La vidéo de la démonstration, qui n’est malheureusement pas «embeddable», est disponible à la fin du post en question.

Et voici un hommage à la filmographie de De Palma monté il y a trois ans par Hello Wizard :

> Un classement des 29 longs métrages de De Palma signé The Playlist

> Six conseils de De Palma à un apprenti réalisateur

> Une entrevue avec les réalisateurs de De Palma

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Jeudi 26 mai 2016 | Mise en ligne à 12h30 | Commenter Commentaires (39)

Le Top 100 de la BBC en images

L’été dernier, BBC Culture a soumis un Top 100 des «plus grands films américains» basé d’après un sondage international. Une sorte de contrepoint au plus conservateur Top 100 de l’AFI. La liste a récemment obtenu la faveur d’une vidéo qui présente les choix regroupés par thèmes, le tout assorti de brefs commentaires écrits plus ou moins ludiques.

Les 25 premiers titres ont eu droit à une description critique, à consulter ici. Si le Top 10 est relativement conventionnel, on est heureux de voir des choix qui sortent des sentiers battus plus haut, notamment McCabe & Mrs Miller de Robert Altman (dont la sortie prochaine en Criterion nous fait mourrir d’impatience) et Do the Right Thing de Spike Lee. On se demande par contre où est passé Apocalypse Now. Ah oui, au… 90e rang.

La BBC a demandé aux sondés de se fier à leur coeur plutôt qu’à leur tête :

Qu’est-ce qui définit un film américain? Pour les fins de ce sondage, c’est un film qui a reçu du financement de la part d’une source américaine. Les réalisateurs de ces films ne doivent pas être nés aux États-Unis – en fait, 32 films sur la liste ont été réalisés par des cinéastes nés ailleurs – et les films n’ont même pas à être tournés aux États-Unis. Chaque critique participant a présenté une liste de 10 films, avec leur choix pour le meilleur film valant 10 points, et leur numéro 10 recevant un point. Les points ont été comptabilisés afin de produire la liste définitive. Les critiques ont été encouragés à soumettre des listes de films qu’ils perçoivent comme étant les meilleurs à un niveau émotionnel – pas nécessairement les plus importants, tout simplement les meilleurs.

***

100. Ace in the Hole (Billy Wilder, 1951)
99. 12 Years a Slave (Steve McQueen, 2013)
98. Heaven’s Gate (Michael Cimino, 1980)
97. Gone With the Wind (Victor Fleming, 1939)
96. The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008)
95. Duck Soup (Leo McCarey, 1933)
94. 25th Hour (Spike Lee, 2002)
93. Mean Streets (Martin Scorsese, 1973)
92. The Night of the Hunter (Charles Laughton, 1955)
91. ET: The Extra-Terrestrial (Steven Spielberg, 1982)
90. Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979)
89. In a Lonely Place (Nicholas Ray, 1950)
88. West Side Story (Robert Wise and Jerome Robbins, 1961)
87. Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry, 2004)
86. The Lion King (Roger Allers and Rob Minkoff, 1994)
85. Night of the Living Dead (George A Romero, 1968)
84. Deliverance (John Boorman, 1972)
83. Bringing Up Baby (Howard Hawks, 1938)
82. Raiders of the Lost Ark (Steven Spielberg, 1981)
81. Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991)
80. Meet Me in St Louis (Vincente Minnelli, 1944)
79. The Tree of Life (Terrence Malick, 2011)
78. Schindler’s List (Steven Spielberg, 1993)
77. Stagecoach (John Ford, 1939)
76. The Empire Strikes Back (Irvin Kershner, 1980)
75. Close Encounters of the Third Kind (Steven Spielberg, 1977)
74. Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994)
73. Network (Sidney Lumet, 1976)
72. The Shanghai Gesture (Josef von Sternberg, 1941)
71. Groundhog Day (Harold Ramis, 1993)
70. The Band Wagon (Vincente Minnelli, 1953)
69. Koyaanisqatsi (Godfrey Reggio, 1982)
68. Notorious (Alfred Hitchcock, 1946)
67. Modern Times (Charlie Chaplin, 1936)
66. Red River (Howard Hawks, 1948)
65. The Right Stuff (Philip Kaufman, 1965)
64. Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)
63. Love Streams (John Cassavetes, 1984)
62. The Shining (Stanley Kubrick, 1980)
61. Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick, 1999)
60. Blue Velvet (David Lynch, 1986)
59. One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Miloš Forman, 1975)
58. The Shop Around the Corner (Ernst Lubitsch, 1940)
57. Crimes and Misdemeanors (Woody Allen, 1989)
56. Back to the Future (Robert Zemeckis, 1985)
55. The Graduate (Mike Nichols, 1967)
54. Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950)
53. Grey Gardens (Albert and David Maysles, Ellen Hovde and Muffie Meyer, 1975)
52. The Wild Bunch (Sam Peckinpah, 1969)
51. Touch of Evil (Orson Welles, 1958)
50. His Girl Friday (Howard Hawks, 1940)
49. Days of Heaven (Terrence Malick, 1978)
48. A Place in the Sun (George Stevens, 1951)
47. Marnie (Alfred Hitchcock, 1964)
46. It’s a Wonderful Life (Frank Capra, 1946)
45. The Man Who Shot Liberty Valance (John Ford, 1962)
44. Sherlock Jr (Buster Keaton, 1924)
43. Letter from an Unknown Woman (Max Ophüls, 1948)
42. Dr Strangelove (Stanley Kubrick, 1964)
41. Rio Bravo (Howard Hawks, 1959)
40. Meshes of the Afternoon (Maya Deren and Alexander Hammid, 1943)
39. The Birth of a Nation (DW Griffith, 1915)
38. Jaws (Steven Spielberg, 1975)
37. Imitation of Life (Douglas Sirk, 1959)
36. Star Wars (George Lucas, 1977)
35. Double Indemnity (Billy Wilder, 1944)
34. The Wizard of Oz (Victor Fleming, 1939)
33. The Conversation (Francis Ford Coppola, 1974)
32. The Lady Eve (Preston Sturges, 1941)
31. A Woman Under the Influence (John Cassavetes, 1974)
30. Some Like It Hot (Billy Wilder, 1959)
29. Raging Bull (Martin Scorsese, 1980)
28. Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994)
27. Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975)
26. Killer of Sheep (Charles Burnett, 1978)
25. Do the Right Thing (Spike Lee, 1989)
24. The Apartment (Billy Wilder, 1960)
23. Annie Hall (Woody Allen, 1977)
22. Greed (Erich von Stroheim, 1924)
21. Mulholland Drive (David Lynch, 2001)
20. Goodfellas (Martin Scorsese, 1990)
19. Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976)
18. City Lights (Charlie Chaplin, 1931)
17. The Gold Rush (Charlie Chaplin, 1925)
16. McCabe & Mrs Miller (Robert Altman, 1971)
15. The Best Years of Our Lives (William Wyler, 1946)
14. Nashville (Robert Altman, 1975)
13. North by Northwest (Alfred Hitchcock, 1959)
12. Chinatown (Roman Polanski, 1974)
11. The Magnificent Ambersons (Orson Welles, 1942)
10. The Godfather Part II (Francis Ford Coppola, 1974)
9. Casablanca (Michael Curtiz, 1942)
8. Psycho (Alfred Hitchcock, 1960)
7. Singin’ in the Rain (Stanley Donen and Gene Kelly, 1952)
6. Sunrise (FW Murnau, 1927)
5. The Searchers (John Ford, 1956)
4. 2001: A Space Odyssey (Stanley Kubrick, 1968)
3. Vertigo (Alfred Hitchcock, 1958)
2. The Godfather (Francis Ford Coppola, 1972)
1. Citizen Kane (Orson Welles, 1941)

Un autre média britannique, Empire, a par ailleurs soumis un autre genre de Top ce mois-ci : les 80 meilleurs films des années 80. la première partie à consulter ici. La seconde, ici.

À lire aussi :

> Cinéma britannique: un bien joli Top 100
> Les 25 meilleures répliques improvisées
> Les meilleurs films en noir et blanc depuis 1970
> Slumdog Millionaire meilleur que Apocalypse Now?

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Vendredi 20 mai 2016 | Mise en ligne à 12h35 | Commenter Commentaires (3)

Un «marathon» de films à la Cinémathèque

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La cinéphilie montréalaise file un mauvais coton par les temps qui courent. Après l’échec de la relance d’Excentris, le mois dernier, et la fermeture subséquente de la vénérable Boîte Noire, les amateurs de films de répertoire ont vu leurs options considérablement réduites. C’est donc à point nommé que la Cinémathèque québécoise déploie cette fin de semaine sa Fête du cinéma, un «marathon» de projections tout ce qu’il y a de plus éclectique.

L’évènement célèbre cette année sa troisième édition, après une interruption de six ans. C’est le nouveau directeur général de la Cinémathèque, Marcel Jean, qui a suggéré de le raviver. La Fête du cinéma était à l’origine une initiative de Philippe Gajan, directeur de 24 Images, qui a répliqué une festivité similaire se déroulant en France à chaque printemps. L’objectif était de présenter sur une période de 24 heures «une surdose de cinéma diversifié, de l’animation à l’expérimental en passant par l’art et essai et le cinéma de genre», affirme le rédacteur en chef du magazine Bruno Dequen.

La Fête du cinéma 2016 a légèrement modifié la formule. Les projections s’étireront cette fois-ci sur deux jours, de vendredi 17h jusqu’à dans la nuit entre samedi et dimanche. Gratuit en 2009 et 2010, le passeport pour l’ensemble des activités se chiffre désormais à 10 $. La programmation cette année a été orchestrée par la Cinémathèque, mais 24 Images demeure impliqué à titre de co-présentateur. «Par amitié, et pour que nous fassions des échanges de visibilité», explique M. Dequen.

Première montréalaise

Il y en aura pour tous les goûts ce soir et demain. Des longs métrages de grands maîtres américains comme Robert Altman et Howard Hawks, une animation avec Bugs Bunny, un légendaire documentaire russe assorti d’un accompagnement musical, l’adaptation cinématographique d’un opéra de Mozart – Don Giovanni de Joseph Losey – ou le déstabilisant film d’horreur culte japonais Audition de Takashi Miike. La plupart des projections seront présentées en 35 mm, et en version originale sous-titrée en français.

> Le programme de la Fête du cinéma

«On a travaillé dans l’éclectisme, principalement à partir de nos archives», précise Fabrice Montal, programmateur-conservateur à la Cinémathèque. «On profite de l’occasion pour réitérer des évènements qui ont eu lieu dans d’autres programmations, mais en les rehaussant en les harmonisant en fonction d’une fête du cinema».

Une des pièces maîtresses du week-end est une copie numériquement restaurée de Suspect no. 1 (1989), court métrage expérimental de François Girard basé d’après la pièce de théâtre Le Polygraphe de Robert Lepage. Il s’agit d’ailleurs de «la première oeuvre audiovisuelle dans laquelle on voit apparaître» le fameux dramaturge et cinéaste québécois, indique M. Montal. La projection de Suspect no. 1 sera suivie du long métrage prisé de Girard Thirty Two Short Films About Glenn Gould (1993).

Samedi à 19h sera projeté Mia Madre de Nanni Moretti en première montréalaise. Ce drame italien mettant en vedette John Turturro a concourru pour la Palme d’or l’an dernier au Festival de Cannes. Il y a remporté le Prix du jury oecuménique, et a notamment été désigné meilleur film de 2015 par les Cahiers du Cinéma.

Coups de coeur

Pour Fabrice Montal, l’incontournable de la Fête du cinéma est le cycle W. C. Fields, trois courts métrages comiques, tous sortis en 1933. Avec Charlie Chaplin, Buster Keaton ou les frères Marx, cet humoriste de vaudeville fait partie des grandes figures de la comédie américaine de l’entre-deux-guerres.

Marco de Blois, également programmateur-conservateur, s’enthousiasme de son côté pour la projection commentée des Demoiselles de Rochefort (1967), film musical mettant en vedette les soeurs Catherine Deneuve et Françoise Dorléac. C’est le réalisateur Martin Talbot (Henri, Henri ; Les Parent) qui s’adressera au public au sujet du classique haut en couleur de Jacques Demy.

L’expérience a été initiée il y a quelques années par la Cinémathèque, en collaboration avec le Festival du nouveau cinéma. «Par le passé, Rafaël Ouellet a fait un Bergman, Kim Nguyen a fait The Shining, Philippe Falardeau a fait La Nuit américaine», rappelle M. De Blois

«Ce qui est intéressant là-dedans c’est d’associer une personnalité avec une oeuvre… Tout ça fait partie d’une stratégie globale qui se manifeste par un désir de faire la fête et de trouver de nouvelles avenues de programmation pour le cinéma en salle».

Les cinéphiles sont enfin invités en soirée à participer à l’inauguration de la saison estivale du café-terrasse de la Cinémathèque. Au menu : jazz, barbecue et projections en continu de vidéoclips vintage.

- Transcription d’un article publié dans La Presse + ce matin

***

Thirty Two Short Films About Glenn Gould (1993) de François Girard

Buffalo Bill and the Indians or Sitting Bull’s History Lesson (1975) de Robert Altman

Bringing Up Baby (1938) de Howard Hawks

Don Giovanni (1979) de Joseph Losey

Mia Madre (2015) de Nanni Moretti

Les Demoiselles de Rochefort (1967) de Jacques Demy

Rock ‘n’ Roll High School (1979) de Allan Arkush

Audition (1999) de Takashi Miike – Analyse vidéo publiée par Fandor mardi dernier.

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