Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Histoire’

Lundi 19 mai 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (6)

Le Prince des Ténèbres s’est éteint

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Son collègue et ami Conrad Hall l’a surnommé The Prince of Darkness, un clin d’oeil à sa maîtrise saisissante du clair-obscur… avec une prédisposition pour l’obscur. Gordon Willis, qui a aidé à définir le look du cinéma hollywoodien des années 1970, est décédé dimanche à l’âge de 82 ans, a rapporté Variety ce matin.

Le natif de Queens, à New York, a appris le métier de photographe dans la US Air Force durant la guerre de Corée. Après un passage dans la pub et dans les docus, il est engagé comme directeur photo sur End of the Road, son premier long métrage, sorti en 1970. Cette année-là, il se retrouve au générique de pas moins de quatre films, dont The Landlord, premier essai du grand Hal Ashby.

Willis entre dans la légende deux ans plus tard grâce à The Godfather, qui a fasciné les cinéphiles avec son savant jeu d’ombres et de lumière, et son délicat assortiment de couleurs (jaune, orange et brun), une palette ocre qui devint associée à la reconstitution d’époque pour toute une génération. Il a également filmé les deux suites de la mythique saga de gangsters de Francis Ford Coppola.

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«Il était l’un des géants qui ont absolument changé la façon dont les films avaient l’air, et la façon dont les gens regardent les films», a dit à Deadline le président de l’American Society of Cinematographers, Richard Crudo.

Parmi ses autres collaborations notables, citons Woody Allen, avec qui Willis a tourné huit films, dont Annie Hall et Manhattan, et Alan J. Pakula et sa formidable «trilogie de la paranoïa», qui comprend Klute, The Parallax View et All the President’s Men, le thriller classique qui relate les efforts des journalistes du Washington Post qui ont mis au jour le scandale du Watergate.



- Via Press Play

Entre 1971 et 1977, sept films qu’il a tournés ont accumulé 39 nominations à l’Oscar et 19 victoires. Willis, lui, n’a jamais été mentionné durant cette période. Il n’a obtenu que deux nominations par la suite, pour Zelig et The Godfather: Part III, repartant les deux fois les mains vides. L’Académie s’est rattrapée en 2009, en lui décernant un Oscar honorifique pour sa «maîtrise inégalée de la lumière, de l’ombre, de la couleur et du mouvement».

Filmographie partielle :

End of the Road (1970)
The Landlord (1970)
Klute (1971)

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The Godfather (1972)
The Godfather Part II (1974)

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The Paper Chase (1973)
The Parallax View (1974)

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All the President’s Men (1976)
Annie Hall (1977)
Interiors (1978)
Manhattan (1979)

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Stardust Memories (1980)
Pennies from Heaven (1981)

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A Midsummer Night’s Sex Comedy (1982)
Zelig (1983)
Broadway Danny Rose (1984)
The Purple Rose of Cairo (1985)
Presumed Innocent (1990)
The Godfather Part III (1990)
Malice (1993)
The Devil’s Own (1997)

Voici une entrevue assez récente que Gordon Willis a accordée à Craft Truck. Dans la première partie, il discute entre autres de la séquence d’ouverture de The Godfather, et de son désir de créer une juxtaposition visuelle entre le bureau de Don Corleone, qu’il compare à une grotte sombre, et l’hystérie du mariage qui se déroule à l’extérieur. Il raconte avec amusement qu’un directeur photo l’a appelé un jour pour lui demander la «formule» des Godfather, et lui de répondre : «Il n’y a pas de formule. La formule, c’est moi». Il parle également de sa jeunesse et de ses années de formation, avant d’élaborer sur la scène des larmes de Jane Fonda dans Klute, et sur celle des escaliers en colimaçon dans l’appartement de Woody Allen dans Manhattan.

Dans la deuxième partie, Willis explique comment il a influencé les films de Woody Allen, pas seulement du point de vue visuel, mais aussi dans leur mise en scène. Il revient également sur sa fameuse réplique «Rembrandt aussi est allé trop loin à quelques reprises», qu’il a énoncée après avoir admis à l’époque qu’il était peut-être allé trop loin, du côté obscur, dans une scène de The Godfather: Part II. Il se dit très fier de son travail sur All the President’s Men – même si chaque plan se devait de livrer primordialement de l’information, il a tout de même réussi à éviter l’emploi d’un style rudimentaire.

Willis a pris sa retraite en 1997. Questionné à ce sujet en 2009, il y est allé d’un laconique : «Vous ne voulez pas continuer de respirer le même air. Et pour ce qui est de l’industrie en général, je me suis lassé de tenter de sortir les acteurs de leurs remorques, et de me tenir debout dans la pluie».

À lire aussi :

> Un grand directeur photo nous a quitté trop tôt

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Mercredi 9 avril 2014 | Mise en ligne à 14h15 | Commenter Commentaires (15)

Où l’on apprend que JCVD a failli jouer le Predator…

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Une petite dose d’impertinence en attendant que se règlent les problèmes techniques qui affligent nos blogues depuis quelques jours… (AJOUT : Le problème est réglé).

Ci-dessous, le bref et comique témoignage d’un spécialiste des effets spéciaux qui a travaillé sur le classique d’action d’horreur Predator (1987). Steve Johnson raconte le calvaire de Jean-Claude van Damme, «fraîchement débarqué du bateau», dans son premier rôle à Hollywood, qui finalement n’en fut pas un!

JCVD espérait sans doute faire la démonstration de ses talents d’arts martiaux devant son idole Arnold Schwarzenegger, mais il a plutôt fini par suer dans un costume en mousse ridicule et à se cogner la tête contre les arbres, pour finalement recevoir son 4%. Il a dû attendre 25 ans avant de confronter à l’écran la vedette incontestée des gros bras, dans The Expendables 2 (2012), quoique certains fans n’ont pas eu cette patience :

Pour revenir à Predator, voici un making-of fort intéressant datant de 2002, intitulé If It Bleeds We Can Kill It, sur un film qui a remarquablement bien passé le test du temps. Pour en savoir plus, cinq anecdotes de la production, gracieuseté de The Playlist.

Enfin – et je vous avertis, c’est très con – une espèce de parodie de la télé-réalité américaine, avec un soupçon de hentaï, dans laquelle des Ch’tis qui se la prennent cool à Shanghai, «au Japon», reçoivent la visite inopinée d’un de leurs «compatriotes» plutôt inquiétant qui vient semer la discorde…

À lire aussi :

> JCVD : l’entrevue (aware) de l’année!
> Van Damme, une question de taille…

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Lundi 31 mars 2014 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (7)

La Tour Eiffel sur grand écran

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La tour Eiffel célèbre aujourd’hui ses 125 années d’existence. Son inauguration, le 31 mars 1889, ne précéda la naissance du cinéma que d’une demi-douzaine d’années. Ce ne fut donc qu’une question de temps avant que la plus haute structure du monde, à l’époque, ne soit captée par l’objectif des pionniers du septième art.

Panorama pendant l’ascension de la tour Eiffel (1897) des frères Lumière est le premier document cinématographique du fameux monument historique. Trois ans plus tard, Georges Méliès allait le filmer à l’occasion de l’Exposition universelle.

La première oeuvre de fiction majeure à représenter la Tour – après une série de Fantômas – est le court métrage de science-fiction Paris qui dort (1923) de René Clair. «Albert, le gardien de nuit de la Tour Eiffel s’aperçoit, à son réveil, que Paris est en état de catalepsie. Seules cinq personnes arrivées en avion ont échappé à l’endormissement et déambulent dans la ville déserte. Un savant fou a inventé un rayon mystérieux qu’il expérimente sur Paris.»

Le cinéma français n’est pas particulièrement friand de la tour Eiffel; ses réalisateurs, sans doute las par la surexploitation de leur emblème national, cherchent à éviter autant que possible la vision carte postale de la Ville Lumière. Mais il y a des exceptions notables. Dans la séquence d’ouverture des Quatre Cents Coups (1959) de François Truffaut, la Tour agit comme une cible à la fois monumentale et hors de portée, symbolisant le désir d’amour inassouvi du protagoniste. Une métaphore visuelle qui ressurgit sous une autre forme dans la merveilleuse scène finale, alors qu’Antoine part en quête de la mer/mère au pas de course.

Et voici une des scènes les plus mémorables de Zazie dans le métro (1960), adaptation par Louis Malle du roman burlesco-philosophique de Raymond Queneau, avec un jeune Philippe Noiret dans la peau de l’oncle Gabriel :

Il a tous les signes d’une femme : «en rougissant», «la peau douce», «en tutu». On le qualifie d’hormosessuel car il évolue dans le même flou et la même indécision que ce terme. C’est le double inversé de Zazie, c’est lui la véritable petite fille du roman, il parle avec calme, veut toujours boire de la grenadine.

La tour Eiffel exerce un rôle intéressant dans une scène de La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz, alors que les jeunes regrettent de ne pouvoir éteindre ses lumières «comme des héros de cinéma», jusqu’à ce que le sort ne leur joue une agréable surprise. Malheureusement, je ne trouve pas l’extrait, sauf cette version doublée en italien.

Pour revenir à cette notion de «carte postale», voici Fred Astaire et Audrey Hepburn qui se cherchent à Paris, et se retrouvent devinez où, dans le classique musical Funny Face (1957).

La Tour Eiffel a été utilisée comme point de convergence dans quelques films d’action, dont au moins deux James Bond, Thunderball (1965) et A View to a Kill (1985) :

La suite de la scène, en version doublée en français :

…et fameusement dans Superman II (voici la scène telle que présentée dans l’édition de Richard Donner, sortie en 2006) :

…ainsi que dans Rush Hour 3 (2007) :

Comme le veut la logique des films-catastrophe, lorsque surviendra la fin du monde, ce sont les monuments historiques qui tomberont en premier. Comme de fait, Hollywood n’a pas épargné la tour Eiffel, l’anéantissant dans diverses productions majeures telles The War of the Worlds (version de 1953), Independence Day, Mars Attacks!, Armageddon, Team America: World Police, The Day the Earth Stood Still, 2012, Men in Black 3… alors que sa destruction la plus élaborée a été mise en scène dans G.I. Joe: The Rise of Cobra (2009) :

Pour faire suite à l’affiche qui coiffe ce post, vous pouvez voir la version intégrale de The Man on the Eiffel Tower (1949), basé d’après la nouvelle La Tête d’un homme écrite par le mythique auteur de polars belge Georges Simenon.

Un étudiant en médecine a été payé par un homme qui souhaite tuer sa riche tante. Un rémouleur est accusé à sa place, mais le commissaire Maigret a du mal à croire en sa culpabilité.

À noter le curieux crédit lors du générique de début, «And The City of Paris», au cas où subsistait un doute dans l’esprit des spectateurs quant à l’identité du véritable héros du film.

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