Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Histoire’

Jeudi 26 mai 2016 | Mise en ligne à 12h30 | Commenter Commentaires (39)

Le Top 100 de la BBC en images

L’été dernier, BBC Culture a soumis un Top 100 des «plus grands films américains» basé d’après un sondage international. Une sorte de contrepoint au plus conservateur Top 100 de l’AFI. La liste a récemment obtenu la faveur d’une vidéo qui présente les choix regroupés par thèmes, le tout assorti de brefs commentaires écrits plus ou moins ludiques.

Les 25 premiers titres ont eu droit à une description critique, à consulter ici. Si le Top 10 est relativement conventionnel, on est heureux de voir des choix qui sortent des sentiers battus plus haut, notamment McCabe & Mrs Miller de Robert Altman (dont la sortie prochaine en Criterion nous fait mourrir d’impatience) et Do the Right Thing de Spike Lee. On se demande par contre où est passé Apocalypse Now. Ah oui, au… 90e rang.

La BBC a demandé aux sondés de se fier à leur coeur plutôt qu’à leur tête :

Qu’est-ce qui définit un film américain? Pour les fins de ce sondage, c’est un film qui a reçu du financement de la part d’une source américaine. Les réalisateurs de ces films ne doivent pas être nés aux États-Unis – en fait, 32 films sur la liste ont été réalisés par des cinéastes nés ailleurs – et les films n’ont même pas à être tournés aux États-Unis. Chaque critique participant a présenté une liste de 10 films, avec leur choix pour le meilleur film valant 10 points, et leur numéro 10 recevant un point. Les points ont été comptabilisés afin de produire la liste définitive. Les critiques ont été encouragés à soumettre des listes de films qu’ils perçoivent comme étant les meilleurs à un niveau émotionnel – pas nécessairement les plus importants, tout simplement les meilleurs.

***

100. Ace in the Hole (Billy Wilder, 1951)
99. 12 Years a Slave (Steve McQueen, 2013)
98. Heaven’s Gate (Michael Cimino, 1980)
97. Gone With the Wind (Victor Fleming, 1939)
96. The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008)
95. Duck Soup (Leo McCarey, 1933)
94. 25th Hour (Spike Lee, 2002)
93. Mean Streets (Martin Scorsese, 1973)
92. The Night of the Hunter (Charles Laughton, 1955)
91. ET: The Extra-Terrestrial (Steven Spielberg, 1982)
90. Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979)
89. In a Lonely Place (Nicholas Ray, 1950)
88. West Side Story (Robert Wise and Jerome Robbins, 1961)
87. Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry, 2004)
86. The Lion King (Roger Allers and Rob Minkoff, 1994)
85. Night of the Living Dead (George A Romero, 1968)
84. Deliverance (John Boorman, 1972)
83. Bringing Up Baby (Howard Hawks, 1938)
82. Raiders of the Lost Ark (Steven Spielberg, 1981)
81. Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991)
80. Meet Me in St Louis (Vincente Minnelli, 1944)
79. The Tree of Life (Terrence Malick, 2011)
78. Schindler’s List (Steven Spielberg, 1993)
77. Stagecoach (John Ford, 1939)
76. The Empire Strikes Back (Irvin Kershner, 1980)
75. Close Encounters of the Third Kind (Steven Spielberg, 1977)
74. Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994)
73. Network (Sidney Lumet, 1976)
72. The Shanghai Gesture (Josef von Sternberg, 1941)
71. Groundhog Day (Harold Ramis, 1993)
70. The Band Wagon (Vincente Minnelli, 1953)
69. Koyaanisqatsi (Godfrey Reggio, 1982)
68. Notorious (Alfred Hitchcock, 1946)
67. Modern Times (Charlie Chaplin, 1936)
66. Red River (Howard Hawks, 1948)
65. The Right Stuff (Philip Kaufman, 1965)
64. Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)
63. Love Streams (John Cassavetes, 1984)
62. The Shining (Stanley Kubrick, 1980)
61. Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick, 1999)
60. Blue Velvet (David Lynch, 1986)
59. One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Miloš Forman, 1975)
58. The Shop Around the Corner (Ernst Lubitsch, 1940)
57. Crimes and Misdemeanors (Woody Allen, 1989)
56. Back to the Future (Robert Zemeckis, 1985)
55. The Graduate (Mike Nichols, 1967)
54. Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950)
53. Grey Gardens (Albert and David Maysles, Ellen Hovde and Muffie Meyer, 1975)
52. The Wild Bunch (Sam Peckinpah, 1969)
51. Touch of Evil (Orson Welles, 1958)
50. His Girl Friday (Howard Hawks, 1940)
49. Days of Heaven (Terrence Malick, 1978)
48. A Place in the Sun (George Stevens, 1951)
47. Marnie (Alfred Hitchcock, 1964)
46. It’s a Wonderful Life (Frank Capra, 1946)
45. The Man Who Shot Liberty Valance (John Ford, 1962)
44. Sherlock Jr (Buster Keaton, 1924)
43. Letter from an Unknown Woman (Max Ophüls, 1948)
42. Dr Strangelove (Stanley Kubrick, 1964)
41. Rio Bravo (Howard Hawks, 1959)
40. Meshes of the Afternoon (Maya Deren and Alexander Hammid, 1943)
39. The Birth of a Nation (DW Griffith, 1915)
38. Jaws (Steven Spielberg, 1975)
37. Imitation of Life (Douglas Sirk, 1959)
36. Star Wars (George Lucas, 1977)
35. Double Indemnity (Billy Wilder, 1944)
34. The Wizard of Oz (Victor Fleming, 1939)
33. The Conversation (Francis Ford Coppola, 1974)
32. The Lady Eve (Preston Sturges, 1941)
31. A Woman Under the Influence (John Cassavetes, 1974)
30. Some Like It Hot (Billy Wilder, 1959)
29. Raging Bull (Martin Scorsese, 1980)
28. Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994)
27. Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975)
26. Killer of Sheep (Charles Burnett, 1978)
25. Do the Right Thing (Spike Lee, 1989)
24. The Apartment (Billy Wilder, 1960)
23. Annie Hall (Woody Allen, 1977)
22. Greed (Erich von Stroheim, 1924)
21. Mulholland Drive (David Lynch, 2001)
20. Goodfellas (Martin Scorsese, 1990)
19. Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976)
18. City Lights (Charlie Chaplin, 1931)
17. The Gold Rush (Charlie Chaplin, 1925)
16. McCabe & Mrs Miller (Robert Altman, 1971)
15. The Best Years of Our Lives (William Wyler, 1946)
14. Nashville (Robert Altman, 1975)
13. North by Northwest (Alfred Hitchcock, 1959)
12. Chinatown (Roman Polanski, 1974)
11. The Magnificent Ambersons (Orson Welles, 1942)
10. The Godfather Part II (Francis Ford Coppola, 1974)
9. Casablanca (Michael Curtiz, 1942)
8. Psycho (Alfred Hitchcock, 1960)
7. Singin’ in the Rain (Stanley Donen and Gene Kelly, 1952)
6. Sunrise (FW Murnau, 1927)
5. The Searchers (John Ford, 1956)
4. 2001: A Space Odyssey (Stanley Kubrick, 1968)
3. Vertigo (Alfred Hitchcock, 1958)
2. The Godfather (Francis Ford Coppola, 1972)
1. Citizen Kane (Orson Welles, 1941)

Un autre média britannique, Empire, a par ailleurs soumis un autre genre de Top ce mois-ci : les 80 meilleurs films des années 80. la première partie à consulter ici. La seconde, ici.

À lire aussi :

> Cinéma britannique: un bien joli Top 100
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> Les meilleurs films en noir et blanc depuis 1970
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Vendredi 20 mai 2016 | Mise en ligne à 12h35 | Commenter Commentaires (3)

Un «marathon» de films à la Cinémathèque

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La cinéphilie montréalaise file un mauvais coton par les temps qui courent. Après l’échec de la relance d’Excentris, le mois dernier, et la fermeture subséquente de la vénérable Boîte Noire, les amateurs de films de répertoire ont vu leurs options considérablement réduites. C’est donc à point nommé que la Cinémathèque québécoise déploie cette fin de semaine sa Fête du cinéma, un «marathon» de projections tout ce qu’il y a de plus éclectique.

L’évènement célèbre cette année sa troisième édition, après une interruption de six ans. C’est le nouveau directeur général de la Cinémathèque, Marcel Jean, qui a suggéré de le raviver. La Fête du cinéma était à l’origine une initiative de Philippe Gajan, directeur de 24 Images, qui a répliqué une festivité similaire se déroulant en France à chaque printemps. L’objectif était de présenter sur une période de 24 heures «une surdose de cinéma diversifié, de l’animation à l’expérimental en passant par l’art et essai et le cinéma de genre», affirme le rédacteur en chef du magazine Bruno Dequen.

La Fête du cinéma 2016 a légèrement modifié la formule. Les projections s’étireront cette fois-ci sur deux jours, de vendredi 17h jusqu’à dans la nuit entre samedi et dimanche. Gratuit en 2009 et 2010, le passeport pour l’ensemble des activités se chiffre désormais à 10 $. La programmation cette année a été orchestrée par la Cinémathèque, mais 24 Images demeure impliqué à titre de co-présentateur. «Par amitié, et pour que nous fassions des échanges de visibilité», explique M. Dequen.

Première montréalaise

Il y en aura pour tous les goûts ce soir et demain. Des longs métrages de grands maîtres américains comme Robert Altman et Howard Hawks, une animation avec Bugs Bunny, un légendaire documentaire russe assorti d’un accompagnement musical, l’adaptation cinématographique d’un opéra de Mozart – Don Giovanni de Joseph Losey – ou le déstabilisant film d’horreur culte japonais Audition de Takashi Miike. La plupart des projections seront présentées en 35 mm, et en version originale sous-titrée en français.

> Le programme de la Fête du cinéma

«On a travaillé dans l’éclectisme, principalement à partir de nos archives», précise Fabrice Montal, programmateur-conservateur à la Cinémathèque. «On profite de l’occasion pour réitérer des évènements qui ont eu lieu dans d’autres programmations, mais en les rehaussant en les harmonisant en fonction d’une fête du cinema».

Une des pièces maîtresses du week-end est une copie numériquement restaurée de Suspect no. 1 (1989), court métrage expérimental de François Girard basé d’après la pièce de théâtre Le Polygraphe de Robert Lepage. Il s’agit d’ailleurs de «la première oeuvre audiovisuelle dans laquelle on voit apparaître» le fameux dramaturge et cinéaste québécois, indique M. Montal. La projection de Suspect no. 1 sera suivie du long métrage prisé de Girard Thirty Two Short Films About Glenn Gould (1993).

Samedi à 19h sera projeté Mia Madre de Nanni Moretti en première montréalaise. Ce drame italien mettant en vedette John Turturro a concourru pour la Palme d’or l’an dernier au Festival de Cannes. Il y a remporté le Prix du jury oecuménique, et a notamment été désigné meilleur film de 2015 par les Cahiers du Cinéma.

Coups de coeur

Pour Fabrice Montal, l’incontournable de la Fête du cinéma est le cycle W. C. Fields, trois courts métrages comiques, tous sortis en 1933. Avec Charlie Chaplin, Buster Keaton ou les frères Marx, cet humoriste de vaudeville fait partie des grandes figures de la comédie américaine de l’entre-deux-guerres.

Marco de Blois, également programmateur-conservateur, s’enthousiasme de son côté pour la projection commentée des Demoiselles de Rochefort (1967), film musical mettant en vedette les soeurs Catherine Deneuve et Françoise Dorléac. C’est le réalisateur Martin Talbot (Henri, Henri ; Les Parent) qui s’adressera au public au sujet du classique haut en couleur de Jacques Demy.

L’expérience a été initiée il y a quelques années par la Cinémathèque, en collaboration avec le Festival du nouveau cinéma. «Par le passé, Rafaël Ouellet a fait un Bergman, Kim Nguyen a fait The Shining, Philippe Falardeau a fait La Nuit américaine», rappelle M. De Blois

«Ce qui est intéressant là-dedans c’est d’associer une personnalité avec une oeuvre… Tout ça fait partie d’une stratégie globale qui se manifeste par un désir de faire la fête et de trouver de nouvelles avenues de programmation pour le cinéma en salle».

Les cinéphiles sont enfin invités en soirée à participer à l’inauguration de la saison estivale du café-terrasse de la Cinémathèque. Au menu : jazz, barbecue et projections en continu de vidéoclips vintage.

- Transcription d’un article publié dans La Presse + ce matin

***

Thirty Two Short Films About Glenn Gould (1993) de François Girard

Buffalo Bill and the Indians or Sitting Bull’s History Lesson (1975) de Robert Altman

Bringing Up Baby (1938) de Howard Hawks

Don Giovanni (1979) de Joseph Losey

Mia Madre (2015) de Nanni Moretti

Les Demoiselles de Rochefort (1967) de Jacques Demy

Rock ‘n’ Roll High School (1979) de Allan Arkush

Audition (1999) de Takashi Miike – Analyse vidéo publiée par Fandor mardi dernier.

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Il a posé les jalons de la consommation de la musique en ligne avec Napster à la fin du 20e siècle, fracassant du coup le modèle d’affaires entre les labels, leurs artistes et les mélomanes. Sean Parker rejoue les trouble-fête aujourd’hui avec un autre projet perturbateur, visant l’industrie du cinéma cette fois-ci. Et celui qui fut personnifié par Justin Timberlake dans The Social Network a acquis depuis l’aventure Napster une solide légitimité. Il n’est plus le pirate emmerdeur pourchassé par les baguettes frénétiques de Lars Ulrich; il a l’oreille des VIP.

Son nouveau projet : The Screening Room. L’opération fonctionne en deux étapes. D’abord, se procurer un décodeur numérique au coût de 150 $. Ensuite, payer 50 $ pour le film de son choix qui prend l’affiche le jour même en salle (day and date). La location dure 48 heures. La start up assure d’ailleurs qu’elle a développé une technologie anti-piratage, clause essentielle en cette ère de streaming (illégal) à tout vent.

Parker et son partenaire Prem Akkaraju, spécialiste dans l’organisation d’évènements en direct, se sont assurés d’offrir une bonne part du gâteau aux exploitants de salles, question d’éviter de potentielles frictions avec leur lobby très influent. Les grosses chaînes comme Regal, AMC et Cineplex recevraient donc 20 $ pour chaque billet virtuel de 50 $. Ils verraient également les utilisateurs du Screening Room obtenir une paire de vrais billets pour le cinéma de leur choix à l’achat de chaque séance-maison. «De cette façon, les exploitants obtiendraient l’avantage de profiter de ventes aux comptoirs alimentaires».

The Screening Room a provoqué un immense choc à Hollywood. Les deux principaux médias de l’industrie, Variety et The Hollywood Reporter, couvrent l’affaire avec assiduité, ayant déjà mis en ligne une cinquantaine d’articles sur le sujet depuis début mars (à consulter ici et ici). Deux camps se dessinent parmi les grands noms du cinéma commercial, et les démarcations ne sont pas générationnelles. Parmi les pour on retrouve Peter Jackson, Ron Howard, J.J. Abrams, Martin Scorsese et Steven Spielberg. Les contre : Michael 
Bay, Kathryn 
Bigelow, James
 Cameron, Guillermo
 del
 Toro, Roland
 Emmerich, Jon
 Favreau, Antoine 
Fuqua, Michael
 Mann, Christopher Nolan et Quentin 
Tarantino.

Pour Jackson, porte-parole du camp des pour, cette nouvelle façon de consommer les films est «inévitable». Dans un message envoyé à Variety, il tente de se faire rassurant en disant que The Screening Room «élargira le public pour un film, et ne va pas le déplacer dans le salon. Il n’y a pas de conflit entre le studio et le propriétaire de salle. Au contraire, les deux sont respectés, et l’entreprise est structurée de façon à soutenir à long terme la prospérité à la fois des exploitants et des distributeurs – résultant en une plus grande durabilité pour l’industrie du cinéma elle-même».

S’exprimant au nom des «contre», Cameron a signé une lettre avec son partenaire Jon Landau. Voici un extrait : «Nous ne comprenons pas pourquoi l’industrie voudrait offrir au public une incitation à ignorer le meilleur format pour expérimenter l’art pour lequel nous travaillons si dur. Pour nous, l’expérience en salle est la source qui anime toute notre activité, indépendamment des autres plates-formes sur lesquelles elles joueront. Personne n’est contre l’idée de projections-maison, mais il y a un enchaînement d’événements qui devrait y mener».

Les détracteurs du projet de Parker et Akkaraju craignent en gros que The Screening Room fasse de l’expérience en salle ce que Netflix a fait subir au marché de la vidéo physique. Ses partisans, par contre, parlent de progrès technologiques fatidiques, et de la nécessité d’embrasser le futur, quitte à violer ses propres idéaux mus par une nostalgie dépassée. Cette tension entre l’ancien et le nouveau se manifeste dans cette discussion publiée fin avril entre les deux principaux critiques du New York Times. Manohla Dargis est plutôt sceptique :

À l’heure actuelle, The Screening Room ressemble au rêve d’un escroc, principalement adéquat pour les agoraphobes et les fêtes d’enfants. C’est inquiétant en ce qui concerne l’avenir du cinéma. Cela peut sembler apocalyptique, mais ce ne l’est pas, étant donné la rapidité avec laquelle les films passent des salles à la vidéo à la demande. Pas étonnant que le théoricien David Bordwell voit l’idée du Screening Room comme de la «VoD militarisée».

Ce qui fait du cinéma un art de masse est qu’il est fait sur une échelle massive pour un public de masse. Qu’advient-il de cet art lorsque nous commençons à retirer, eh bien, les gens d’une partie de l’équation? Qu’est-ce qui arrive à sa promesse démocratique, qui est peut être un fantasme au mieux, un mensonge au pire, mais qui le demeure néanmoins? Quand je pense au Screening Room de Sean Parker, je pense à l’image de Howard Hughes dans The Aviator, en train de regarder des films tout seul dans sa salle privée, isolé en toute sécurité de cette contamination qu’on appelle d’autres êtres humains.

Pour certains, une partie de l’attrait du Screening Room, clairement, est que cela leur permettra de voir des premières de films dans un isolement rappelant Howard Hughes. Il semble y avoir un haut niveau d’insatisfaction avec l’expérience en salle, en grande partie axé sur le comportement des autres personnes, y compris les textos. Cela me rappelle les premiers jours du cinéma, quand les salles émettaient des instructions au public : enlevez vos chapeaux, ne crachez pas, ne parlez pas. (D. W. Griffith a même fait un film moqueur sur la passementerie féminine : Those Awful Hats)

Mais les salles de cinéma ne sont pas des monastères, et tandis que certains films se vivent mieux en groupe dans un calme relatif, d’autres sont mieux adaptés à un public volubile et engagé. Et calme ne signifie pas mort. Il y a quelque chose de troublant avec le fétichisme du silence sur lequel insistent certains cinéphiles. Il est en partie symptomatique d’une sorte de préciosité – «Chut, nous regardons de l’art ici» – mais aussi de gens habitués à visualiser des images à la maison, où vous pouvez les regarder en silence ou en plein réseautage. À la maison, nous avons le contrôle, mais pas dans les salles de cinéma, où nos besoins et désirs individuels doivent accommoder ceux d’autres personnes.

Son collègue A. O. Scott est un peu moins inquiet (et moins idéaliste) :

La question plus profonde, cependant, est de savoir si la disponibilité des films au bout des doigts est une bénédiction ou une catastrophe, ou un peu des deux. Sans vouloir jouer l’avocat du diable – ou celui de Sean Parker – Je ne suis pas tout à fait sûr que le streaming est nécessairement une menace existentielle pour l’expérience en salle. Des recherches récentes de la Motion Picture Association of America suggère que les spectateurs fréquents (définis comme étant des personnes qui voient un film en salle au moins une fois par mois) sont plus susceptibles que leurs homologues occasionnels de posséder des gadgets comme des tablettes ou des smartphones. Et aussi, sans vouloir être complètement hérétique, qu’y a-t-il de si sacré dans les «salles sombres»?

Elles sont souvent idéalisées comme un espace de recueillement collectif et de bonheur esthétique, où l’alchimie photochimique se déroule dans une salle remplie de fidèles. Mais cela arrive-t-il vraiment si souvent? La plupart du temps nous sommes en train de manger de la malbouffe et de regarder un fichier numérique en compagnie désagréable. Ne pourrait-on pas faire cela à la maison?

Nous sommes de plus en plus en mesure d’apporter les films à la maison, et aussi d’apporter le confort de la maison partout où nous allons. L’expérience en salle n’est plus ce qu’elle était, bien sûr, mais je soupçonne qu’elle fleurira aussi longtemps qu’elle répond à l’envie humaine primitive de sortir de chez soi.

Je tiens à apporter une nuance à l’argument de «la salle de cinéma comme monastère» avancé par Dargis. Le problème n’est pas nécessairement le bruit, mais bien sa destination. Une de mes expériences en salle les plus mémorables a eu lieu lors d’une projection de minuit surprise de Mars Attacks! de Tim Burton. C’était la cacophonie la majeure partie du temps, mais elle était concertée, solidaire. On réagissait ensemble aux plaisirs absurdes que nous procurait cette comédie SF qui nous faisait oublier avec bonheur Space Jam, qu’on venait malheureusement de voir juste avant. Rien à voir avec le bruit égoïste des gens qui textent ou qui traînent avec eux un buffet gargantuesque.

Et pour ce qui est du concept de Screening Room, je vois là un Netflix de luxe, avec le seul avantage d’être «le premier» à voir un film donné; le genre d’incitatif qui me laisse complètement indifférent. Cette façon compétitive de vivre sa cinéphilie m’est carrément exotique. Dans l’immense majorité des cas je peux attendre la sortie vidéo/numérique. Je ne pense pas que je vais moins apprécier l’oeuvre si je la vois quelques semaines ou mois après sa sortie. Par contre, je sais que je cours le risque de moins l’apprécier dans une salle sombre éclairée par des écrans de portables…

À lire aussi :

> La synchronisation de l’expérience en salle
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> Bruit en salle : le dilemme
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