Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Analyse’

Jeudi 20 mars 2014 | Mise en ligne à 13h15 | Commenter Commentaires (4)

Cadrages symétriques; de Kubrick à Wes Anderson

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Tous ceux qui ont suivi des cours de photographie de base ont probablement appris d’entrée de jeu qu’il ne faut pas centrer son sujet, question de dynamiser le cadre. Une règle qui est généralement appliquée dans tous les domaines des arts plastiques. Mais il y a des exceptions, qui prouvent parfois que le talent brut outrepasse toute forme de précepte académique.

Le toujours pertinent kogonada, qui se spécialise à décoder les caractéristiques formelles de divers cinéastes ou mouvements cinématographiques, a récemment démontré l’attention méticuleuse qu’apporte Wes Anderson à ses cadrages. La compilation de plans parfaitement symétriques ci-dessous nous fait croire que le fameux cinéaste n’oserait jamais se départir d’un ruban à mesurer sur ses plateaux de tournage.

Bien sûr, Anderson n’est pas le premier réalisateur ayant exhibé une affection marquée pour la symétrie. Bien avant lui, Stanley Kubrick nous a envoûté avec ses compositions de plans en perspective centrale convergeant vers un point de fuite. La démonstration de kogonada :

Dans le cadre de la sortie prochaine de The Grand Budapest Hotel, Kyle Buchanan de Vulture signe un papier dans lequel il craint que la démarche andersionne ne soit devenue un peu trop rigide. Dans ses récents films, ses personnages semblent en effet avoir carrément perdu la capacité de se déplacer sur des lignes diagonales, soutient l’auteur, étant régis davantage par une dynamique de mouvement s’apparentant aux premiers jeux vidéo (horizontal, vertical). Il conclut :

Depuis The Royal Tenenbaums, les projets d’Anderson ont contourné le globe, rebondissant de la Méditerranée (The Life Aquatic) à Paris (Hôtel Chevalier) à l’Inde (The Darjeeling Limited) et maintenant l’Europe. Anderson lui-même est devenu plus mondain, mais paradoxalement, son monde cinématographique est plus plat que jamais. Je ne voudrais jamais qu’Anderson perde son style visuel distinctif (en particulier lorsque le box-office est dominé par des comédies sans panache visuel aucun), mais j’aimerais qu’il puisse desserrer son emprise juste un peu. Il est un expert dans la construction de ces décors magnifiques, fièrement artificiels, qui ressemblent à des maisons de poupées – ne peut-il pas laisser ses acteurs jouer dedans juste un peu?

L’univers de Wes Anderson est si particulier que bien évidemment de nombreuses autres compilations circulent sur le web afin d’y rendre hommage. Voici kogonada, pour une troisième fois, qui se penche cette fois-ci sur son utilisation régulière du «point de vue de Dieu».

Et ici, glané dans un post de Rolling Stone en janvier, une compilation de tous les ralentis dans sa filmographie, une de ses marques de commerce les appréciées par son fanclub.

À lire aussi :

> Peut-on réduire le cinéma à une formule mathématique?
> Le court du week-end : Castello Cavalcanti, de Wes Anderson
> Le réalisateur manque à l’appel

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Mardi 25 février 2014 | Mise en ligne à 17h35 | Commenter Commentaires (32)

Boogie Nights c. Taxi Driver : un hommage de luxe

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Le titre de mon post se veut à double sens; un hommage très senti à Taxi Driver contenu dans Boogie Nights, ainsi qu’une brève mais fort élégante démonstration dudit hommage, conçue par une vedette montante de la communauté cinéphile en ligne.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici une déclaration d’amour de la part de Paul Thomas Anderson à Martin Scorsese, énoncée lors d’un forum sur The Wolf of Wall Street animé par les deux hommes il y a quelques semaines, et que j’ai mis en ligne à la fin de ce post:

Je pense que vous avez dépassé le besoin d’avoir à défendre vos propres films. Tout ce que vous faites pour nous, pour moi, pour ma génération qui a grandi avec vous, vous étiez toujours le plus grand [The Man]. Il y avait vous, et puis il y avait d’autres personnes. Nous avons toujours pensé, j’ai toujours pensé: comment diable s’y prend-il? Comment fait-il pour bouger la caméra de cette façon? Comme vous pouvez le voir, il y a des gens, à gauche, à droite, qui essaient de vous imiter, de vous copier. Aucun de nous n’a réussi à vraiment y arriver.

Voici donc la vidéo-hommage de l’hommage, si on veut. Elle a été montée par Ali Shirazi (que j’ai déjà cité à quelques reprises ici, notamment ce billet sur la relation entre les maths et le cinéma). On remarque que la scène de la beignerie dans Boogie Nights dépasse le simple calque de celle du dépanneur dans Taxi Driver; PTA reprend son essence-même, établit par osmose un véritable dialogue cinématographique entre l’ancien et le nouveau. Il reconnaît la dette qu’il doit à son prédécesseur, sans pour autant compromettre son authenticité.

La relation entre Boogie Nights et le cinéma de Scorsese ne se limite pas qu’à Taxi Driver. La référence la plus explicite survient à la toute fin du film de PTA, quand Dirk Diggler répète sobrement les répliques d’une scène à venir, avant de lancer «I’m a star, I’m a star, I’m a star. I’m a star. I’m a star, I’m a big bright shining star». Idem pour Jake La Motta, dans la dernière scène de Raging Bull, qui s’écrie «I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss, I’m da boss…», après avoir répété le texte d’un numéro de music hall qu’il s’apprête à performer. Ce texte, soit dit en passant, est tiré d’une scène de On the Waterfront d’Elia Kazan, un des films préférés de Scorsese. La boucle est donc bouclée.

Mais de tous les films du grand maître, c’est GoodFellas qui a déteint le plus sur l’identité de Boogie Nights, que ce soit du point de vue de l’utilisation de la musique, de la caméra, du montage, de la structure narrative, du développement des personnages, de la dynamique entre les protagonistes, etc. Une analyse pertinente à ce sujet du côté de Rewind Reviews, qui agrémente ses arguments de plusieurs extraits à fins de comparaison, dont :

On insiste beaucoup sur les similitudes entre les héros respectifs des deux films, Henry Hill et Dirk Diggler, qui connaissent sensiblement le même parcours à l’intérieur de milieux interlopes glamourisés (accueil chaleureux par une «famille» adoptive, les années de gloire, conflit avec le mentor, chute brutale, rédemption). De mon côté, je vois également un parallèle avec The Godfather, en particulier un rapprochement entre Vito Corleone (Marlon Brando) et Jack Horner (Burt Reynolds), deux leaders fiers et puissants qui résistent à la modernité; le premier refuse d’entrer dans le marché de la drogue, qu’il juge peu honorable, tandis que le second ne veut rien savoir de tourner des films de cul en vidéo – il insiste pour continuer à faire de l’«art», qui ne peut selon lui être accompli que grâce à la pellicule.

***

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Au gré de sa filmographie, Paul Thomas Anderson a considérablement modifié son esthétique, tempérant ses obsessions scorsesiennes/altmanesques chemin faisant, jusqu’à une cassure définitive avec There Will Be Blood. Ce n’est pas dire qu’il a abandonné son approche cinéphile de la mise en scène, mais qu’il a choisi de se laisser guider par d’autres maîtres, comme John Huston et surtout Stanley Kubrick (j’en parle plus en détail dans ma critique de TWBB).

L’hommage à Huston est encore plus manifeste dans le dernier PTA, The Master, alors qu’il réplique des cadrages, et cite textuellement des passages du documentaire de guerre Let There Be Light (1946). On peut en voir des exemples vers la fin de cette compilation qui a été mise en ligne par Cigarettes & Red Vines, le site de référence du cinéma d’Anderson.

Le docu de Huston est disponible sur le Blu-ray de The Master, ainsi que sur YouTube.

PS.: La date de sortie du nouveau PTA vient d’être annoncée. Inherent Vice prendra l’affiche le 12 décembre. Joyeux Noël à l’avance.

À lire aussi :

> Les nouveaux Fincher et PTA: un bref récapitulatif
> L’évolution du plan-séquence chez PTA
> Les quatre auteurs contradictoires de Taxi Driver
> The Master ou le cinéaste comme objet de culte
> À propos de la fin de GoodFellas

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Vendredi 14 février 2014 | Mise en ligne à 13h00 | Commenter Commentaires (2)

Sauvez votre couple grâce à The Notebook!

TheNotebook016

La prochaine fois que votre copine vous implorera de regarder une guimauve dans le style The Notebook ou, pour les amoureux d’une autre génération, Love Story, retenez votre roulement d’yeux, et le soupir qui vient avec. Peut-être que son désir ne se limite pas qu’à vider gratuitement la boîte de papiers-mouchoirs ; peut-être bien que, consciemment ou non, elle cherche à solidifier votre relation, voire à la sauver.

C’est la conclusion surprenante d’une étude en cours sur la thérapie de couple menée par l’Université de Rochester. 174 couples ont été divisés en trois groupes : ceux qui interagissaient sans l’intervention des chercheurs, ceux qui recevaient des conseils conjugaux, et ceux qui devaient regarder cinq films romantiques. Les membres des deux derniers groupes avaient un taux de séparation deux fois moindre que ceux du premier.

Selon le docteur Ronald D. Rogge, interviewé lundi par le New York Times : «Un film est une façon non-menaçante pour entamer la conversation. C’est vraiment passionnant, car cette méthode nous permet de tendre la main beaucoup plus facilement aux couples, et à les aider à renforcer leurs relations sur une grande échelle.» Le voici expliquer son expérience :

Toujours dans le NYT : «En regardant Date Night, un couple se mit à rire pendant une scène dans laquelle le mari ne parvient pas à fermer les tiroirs et les portes de l’armoire. “Il laisse les portes d’armoire ouvertes tout le temps, et je deviens la copine fatigante et il finit par rechigner”, a déclaré Mme Clifton. “Quand nous avons regardé le film, je l’ai dit : C’est toi!, et c’était drôle. Nous avons fini par en rire, et ça nous a aidés à considérer notre relation et nos problèmes d’une manière humoristique.”»

Il faut certes en rire de nos problèmes à l’occasion. Mais on peut aussi parfois se moquer de la soi-disante «solution» aux dits problèmes, comme le fait si habilement Honest Trailers :

Et question de devancer le «court du week-end» – et de demeurer dans la thématique d’aujourd’hui – en voici un fort conceptuel et ingénieux, sur un couple sur le déclin qui a passé un peu trop de temps à regarder des films, pour la plupart, très douteux. Une création de Poykpac Comedy.

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