Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Documentaire’

Jeudi 9 juillet 2015 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (21)

Retour sur le Superman de Tim Burton et Nicolas Cage

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Largement perçu comme l’un des plus grands films jamais faits – du moins par les fanas de BD – Superman Lives de Tim Burton est le sujet d’un documentaire crowdsourcé disponible à partir d’aujourd’hui en VOD. The Death of Superman Lives: What Happened? inclut des entrevues avec les principaux membres de l’équipe créative du projet avorté, exception faite de l’homme d’acier lui-même, Nicolas Cage. Ce dernier y est cependant présent via un extrait vidéo montrant un essayage de costume; des images inédites jusqu’à tout récemment considérées comme le «Saint-Graal» de la culture des superhéros.

L’intérêt porté à Superman Lives est tout à fait justifié. Tim Burton, qui avait revigoré le genre du comic au cinéma grâce à ses Batman, allait ramener au grand écran le plus fameux des justiciers costumés de tous les temps. Et dans le rôle-titre, une star établie qui n’a jamais caché son obsession envers Superman. Rappelons que Cage a baptisé son fils Kal-El, et qu’il était l’un des rares détenteurs d’une des BD les plus précieuses qui soient, Action Comics #1, datant de 1938, qui introduit l’homme d’acier (l’acteur a malheureusement perdu son inestimable copie, épisode qui a inspiré un long métrage à venir).

Précisons qu’on parle ici du Burton et du Cage du milieu des années 1990; bien avant que le premier ne vive une crise d’inspiration, et que le second ne devienne le running gag préféré de la planète cinéma

> Le «Saint-Graal» apparaît à partir de 0:55 dans cet extrait du documentaire de Jon Schnepp :

Superman Lives a été initié par Kevin Smith – encore une fois, rappelons que Kevin Smith (Clerks, Chasing Amy) fut l’un des talents alternatifs les plus prisés à l’époque; on est très loin du Kevin Smith de Cop Out. Donc, il a écrit un scénario basé d’après la BD The Death of Superman, et sous la supervision de Jon Peters, qui avait produit les Batman de Burton.

Malgré son CV, Peters ne semblait cependant pas très au fait des fondements du projet de 100 millions $ qu’il était en train de développer. D’après le reportage du New York Post :

Peters a donné trois directives à Smith. Il ne voulait pas voir Superman dans son costume habituel; il ne voulait pas le voir voler; et Superman devait affronter une araignée géante, puisque, selon Peters, «Elles sont les tueuses les plus féroces dans le royaume des insectes».

Smith est revenu plus tard à la maison de Peters pour lui lire à voix haute 80 pages d’une ébauche de scénario. Peters à par la suite regardé dans un cadre qu’il a fait avec ses pouces et ses index, comme s’il imitait la forme d’un écran de cinéma.

Tout d’abord, selon Smith, Peters lui a demandé, «Who the fuck is Kal-El?» (Kal-El est le vrai nom de Superman.) Puis, tandis que Smith expliquait comment le méchant, Brainiac, se rendrait à la Forteresse de la Solitude de Superman, pour finalement la retrouver déserte, Peters lui a demandé, «Brainiac ne pourrait-il pas quand même s’y battre avec quelqu’un? Qu’en est-il des gardes du corps de Superman? De ses soldats?».

Cela a troublé Smith, étant donné que Superman n’a jamais eu de gardes. Il est Superman. Il n’en a pas besoin.

«Eh bien, ça se passe dans l’Antarctique. Pourquoi pas des ours polaires?», a poursuivi Peters. «Ils sont les tueurs les plus féroces dans le règne animal».

Le renvoi de Smith ne fut qu’une formalité après cette curieuse rencontre. Peters engagea par la suite Wesley Strick, qui avait co-signé quelques années plus tôt Arachnophobia, film d’horreur catastrophe mettant en vedette des mygales géantes; un accomplissement qui a certainement amadoué le producteur arachnophile. Le nouveau scénario a fusionné les deux méchants de l’original, à savoir Brainiac et Lex Luthor, qui sont devenus «Luthiac»…

Un troisième et dernier scénariste fut finalement appelé en renfort. Dan Gilroy, qui a impressionné l’an dernier avec son premier long métrage en tant que réalisateur Nightcrawler, a affirmé à Indiewire en octobre 2014 que Superman Lives serait resté «à jamais gravé dans les annales». Il a décrit son scénario ainsi :

J’ai été très épris par l’approche de Tim, selon laquelle Kal-El n’a pas été informé par Jor-El [son père], avant qu’il ne soit mis dans le petit vaisseau spatial, sur qui il était ni d’où il venait. Donc, le pauvre petit Kal-El, quand il s’amène sur Terre, il n’a aucune maudite idée d’où il vient. Sa plus grande crainte est qu’il est un extraterrestre.

Notre Superman est en thérapie au début du film. Il est dans une relation avec Lois Lane mais il ne parvient pas à s’engager. Ou peut-être est-il en thérapie de couple. Quoi qu’il en soit, il ne peut pas s’engager parce qu’il ne sait pas qui il est ou ce qui se passe avec lui. Il espère qu’il a une condition physiologique qui lui donne ces pouvoirs, mais qu’il est néanmoins humain.

Tôt dans le récit, quand Lex Luthor découvre les restes de l’engin spatial, il réalise soudain – «Oh mon dieu, je suis un extraterrestre!». Cela portait essentiellement sur son traumatisme psychologique. J’adorais ça.

Pour récapituler : une sorte de Superman emo qui doit composer avec son statut d’outsider; on n’est en effet pas loin des fameux héros burtoniens comme Pee-wee Herman, Edward Scissorhands, Beetlejuice, Ed Wood et même Batman.

Warner Bros. a mis un frein à la production de Superman Lives quelques semaines avant le début prévu du tournage. La raison invoquée : un risque trop important considérant la récente série de flops à grande échelle (Major League: Back to the Minors, The Postman, Tarzan and the Lost City) qu’a essuyée le studio.

Le casting aurait inclus Sandra Bullock dans le rôle de Lois Lane et Chris Rock dans celui de son collègue photojournaliste Jimmy Olson. Chez les méchants, Christopher Walken aurait renoué avec Burton après Batman Returns pour incarner Brainiac, tandis que Kevin Spacey aurait prêté ses traits à Lex Luthor, personnage qu’il a fini par jouer dans le mal-aimé Superman Returns (2006) de Bryan Singer.

Il s’agit pour Tim Burton de sa plus grande peine d’amour artistique. D’après son témoignage dans le docu, il ne semble toujours pas s’en être tout à fait remis, réprimandant le réalisateur : «Pourquoi essaies-tu de me déprimer autant? Quelqu’un a-t-il du cyanure que je peux prendre?». Un sentiment que semble partager Nicolas Cage, qui a confié au Metro britannique en décembre 2013 :

Écoutez, je ne veux pas être un de ces gars qui déplore toutes sortes de choses. Mais Tim Burton est-il un de mes réalisateurs préférés? Oui. Ai-je vu quelques-uns de ses dessins indiquant sa vision? Oui. Et je vais vous dire, ils étaient fantastiques, et cela aurait été une expérience hallucinante. Avais-je une idée quant à la façon de jouer le personnage? Oui, et je peux vous dire qu’elle était courageuse. Alors peut-être que Warner Bros. a eu peur parce qu’ils faisaient face à deux artistes qui n’avaient pas peur de prendre des chances.

Le concept du zéro risque demeure une chimère. Warner pensait avoir évité un paquet de troubles en stoppant Superman Lives, et a réinjecté une bonne partie de son budget dans ce qu’il croyait être une valeur sûre : une comédie-western mettant en vedette Will Smith intitulée Wild Wild West (1999). Le film s’est transformé en l’un des flops commerciaux et critiques les plus notoires de l’histoire du studio. Et ce, malgré la présence d’une araignée mécanique géante, qui fut volontiers approuvée par son producteur, Jon Peters.

À lire aussi :

> Tim Burton : la (super) citation du jour
> Les deux visages de Nicolas Cage
> Kevin Smith à la ferme des opinions
> Man of Steel : contre le super-héros «réaliste»

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Lundi 23 février 2015 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (39)

Quand la Scientologie s’attaque aux critiques

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Il y avait de l’électricité dans l’air le 25 janvier dernier à Park City. Et ce n’est pas seulement parce qu’on s’apprêtait à y présenter l’un des films les plus attendus du Festival de Sundance, le documentaire Going Clear du célébré cinéaste Alex Gibney, mais bien parce qu’on craignait pour la sécurité des cinéphiles et artistes sur place. Selon le reportage du Toronto Star, une chaîne humaine a été érigée à l’entrée de la salle de projection et, plus tard dans la journée, on a informé les journalistes que des agents de sécurité munis de jumelles de vision nocturne surveilleraient les environs.

On ne badine pas avec l’Église de Scientologie. La puissante secte spécialisée dans l’intimidation, qui a fait sienne l’adage «La meilleure défense c’est l’attaque», réagit très mal quand on critique son organisation. D’autant plus lorsque les salves proviennent de ses ex-membres, qui subissent invariablement d’intraitables campagnes de salissage. Going Clear est justement basé d’après de nombreux témoignages d’anciens scientologues, dont certains parmi eux se trouvaient au coeur des opérations, ainsi que sur le livre du même nom du journaliste Lawrence Wright, lauréat d’un Pulitzer. (Il avait au préalable signé un long papier sur le sujet dans le New Yorker).

Dans un premier temps, l’Église a tenté de s’en prendre à la crédibilité du film. Elle s’est payé une page de pub dans le New York Times, dans laquelle elle compare le docu à une enquête publiée dans Rolling Stone en novembre dernier, qui dénonçait le règne de la culture du viol sur le campus d’une université en Virginie. Or, il s’est avéré que la journaliste a commis de graves erreurs, et son papier ultra-médiatisé s’est soudainement métamorphosé en déshonneur pour le fameux magazine. Seul petit problème avec cette comparaison : les arguments n’ont pas plus de poids que du vent, puisqu’aucun des membres actifs de la secte n’a vu ledit film.

Deuxième portion de la contre-offensive : créer un compte Twitter, sans toutefois identifier sa véritable origine. @FreedomEthics affirme «prendre une position ferme contre la diffusion et la publication de fausses informations». À ce jour, cet organe de propagande de la Scientologie compte 321 abonnés et 227 tweets, qui visent tous à discréditer les artisans et les participants du film, accusant Gibney d’intolérance religieuse, et dépeignant ses sources comme des criminels. Depuis ce matin, on y trouve ce furieux contre-documentaire :

Une des plaintes les plus fréquentes de la part de la Scientologie (et qu’on entend dans l’absurde pamphlet si-dessus) est que l’équipe du film n’a jamais approché l’Église pour obtenir son point de vue. Elle clame même qu’elle a envoyé 25 de ses membres à New York pour fournir à la boîte de production du film, HBO, «de l’information de première main», mais que sa cohorte s’est butée à une porte fermée.

Selon Gibney, bien au contraire, il a tenté sans relâche d’entrer en contact avec des personnes qui pourraient «mettre en lumière les incidents spécifiques abordés dans le film». Mais ces derniers ont soit «décliné l’invitation, n’ont pas répondu, ou ont fixé des conditions déraisonnables», a-t-il affirmé au New York Times.

Enfin, leur troisième tentative visant à sauver leur réputation (ou du moins, ce qu’il en reste) a été de s’en prendre directement aux critiques. Un acte qui, s’il n’est pas sans précédent, transpire certainement le désespoir.

Selon l’agrégat Metacritic, Going Clear jouit pour l’instant d’une note très favorable de 86%. Rien de nouveau pour Gibney, qui est l’un des documentaristes les plus prisés des deux dernières décennies; il compte près d’une cinquantaine de nominations majeures pour ses explorations incisives de diverses institutions puissantes, dont l’armée américaine (Taxi to the Dark Side; lauréat d’un Oscar), les corporations (Enron: The Smartest Guys in the Room), le sport de haut niveau (The Armstrong Lie) et l’Église catholique (Mea Maxima Culpa).

Dans un billet aussi fascinant que troublant, Jason Bailey de Flavorwire explique que, quatre heures seulement après la publication de sa critique (positive) de Going Clear, sa grande patronne a reçu un courriel de la directrice des Affaires publiques de l’Église de Scientologie :

Chère Mme Spiers,

L’article concernant Going Clear d’Alex Gibney a été mis en ligne sans que l’Église ait été contactée pour fournir un commentaire. En conséquence, votre article reflète un film qui est rempli de mensonges flagrants. Je demande que vous incluez une déclaration de l’Église dans votre article. Il y a un autre aspect de l’histoire qui doit être raconté. Ne soyez pas la porte-parole de la propagande d’Alex Gibney.

Bailey n’a pas jugé nécessaire de publier la «déclaration» de 201 mots dans son intégralité, mais certains médias, comme BuzzFeed et The Huffington Post, ont acquiescé à la demande. Quoiqu’il en soit, il serait très étonnant que ce pathétique rectificatif, qui prétend être «en faveur de la liberté d’expression, mais…», parvienne à dissimuler le pot aux roses. Pour citer la critique de Vulture : tout ça «serait drôle, si ce n’était si tragique».

Going Clear aura sa première télévisuelle le 16 mars sur HBO.

Une entrevue avec Gibney et l’auteur Lawrence Wright :

- Pour en savoir plus, consultez ce reportage du Hollywood Reporter

À lire aussi :

> PTA, victime de la Scientologie?

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Jeudi 11 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h00 | Commenter Commentaires (4)

Oscars et documentaires : entre coeur et raison

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On peut se moquer autant qu’on veut de l’importance accordée à la vénérable institution des Oscars. Et, souvent, avec raison. Mais s’il y a un aspect positif, concret, qui découle de toute cette autocongratulation entre stars millionnaires, c’est la lumière salvatrice dont vont pouvoir s’abreuver les représentants les plus obscurs de l’industrie. À savoir les courts, les films étrangers et, surtout, les documentaires.

Selon un article du New York Times, la compétition dans la catégorie documentaire est plus «turbulente» que jamais.

La réalité économique a mis une pression extrême sur les réalisateurs, producteurs et distributeurs pour décrocher une nomination. La reconnaissance des Oscars devrait au moins apporter suffisamment d’attention afin d’agripper des téléspectateurs à travers les services de vidéo à la demande ou de souscription.

Et il ne s’agit pas ici de prix de consolation. L’internet et la télévision numérique sont devenus des plateformes de diffusion bien plus fastes que les salles de cinéma ne l’ont jamais été pour les docus. En même temps, avec l’augmentation sans cesse grandissante de l’offre, le défi suprême est de se faire connaître.

Au début du mois, l’Académie a dévoilé sa short list de 15 titres – sur un total de 134 films éligibles – qui se disputeront les cinq places disponibles qui constitueront les nominations dans la catégorie du Meilleur long métrage documentaire. Les vainqueurs seront annoncés le 15 janvier.

Selon le NYTimes, ces docus peuvent être divisés en deux groupes : les films qui parlent d’art, perçus comme «chaleureux et pelucheux», et les films abordant des problèmes sociaux, juridiques ou politiques jugés plus «sérieux». À la surprise plus ou moins générale, ce sont des films issus du premier groupe qui ont remporté le prix ultime au cours des deux dernières années : Searching for Sugar Man et 20 Feet From Stardom, tous deux traitant du sujet de la musique.

Et qu’en est-il des pronostics pour 2015? L’art pourrait bien connaître une troisième victoire d’affilée. En effet, Life Itself de Steve James, basé d’après l’autobiographie du critique Roger Ebert, est considéré comme le docu à battre. Non seulement parce qu’Ebert, décédé à l’âge de 70 ans pendant le tournage du film, est une figure fortement appréciée dans le milieu, mais aussi parce que l’Académie pourrait se racheter d’avoir snobé Hoop Dreams, le docu du même cinéaste, dont «l’incapacité à obtenir une nomination pour le Meilleur documentaire en 1995 a mené à une réforme du vote», rappelle le NYT.

Le principal concurrent de Life Itself est issu du groupe «sérieux», et s’intitule Citizenfour, le docu de Laura Poitras qui offre un accès privilégié à Edward Snowden, le lanceur d’alerte le plus médiatisé du XXIe siècle et le fugitif le plus recherché de la planète.

Parmi les autres docus shortlistés qui parlent de sujets «sérieux» :

> The Case Against 8

> The Kill Team

> Citizen Koch

> Last Days in Vietnam

> The Overnighters

> Tales of the Grim Sleeper

> Virunga

> The Internet’s Own Boy

***

Et voici le reste de la short list, davantage «chaleureuse et pelucheuse» :

> Keep on Keepin’ On

> Art and Craft

> Finding Vivian Maier

> Jodorowsky’s Dune

> The Salt of the Earth

À lire aussi :

> Le renouveau du documentaire, ou la soif ardente de réel
> Un Oscar potentiel des plus conséquents, et controversés
> Oscars: une affaire de vieux hommes blancs

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