Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Documentaire’

Mardi 2 septembre 2014 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Aucun commentaire

La suite de The Act of Killing : briser le silence

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Après avoir transformé en héros de cinéma les bourreaux du génocide indonésien dans The Act of Killing (2012) – une approche qui continue toujours de susciter de vifs débats – Joshua Oppenheimer donne la parole dans son nouveau documentaire aux victimes de cette tragédie humaine largement méconnue. Présenté en première mondiale à la Mostra de Venise jeudi dernier, The Look of Silence est déjà donné favori dans la course au Lion d’or.

Si le film est généralement qualifié comme la «suite à The Act of Killing», il doit plutôt être vu selon son auteur comme son complément. D’ailleurs, il a été conçu durant une période de sept ans durant laquelle Oppenheimer songeait à aborder le génocide d’une manière relativement classique, avant de constater que les survivants avaient trop peur de parler. Il s’est cependant rendu compte que les tueurs, eux, étaient bien plus loquaces.

«À certains égards, c’est le film j’avais prévu faire depuis le début», a dit le cinéaste à propos de The Look of Silence. «Il s’agit d’une famille de survivants qui découvrent qui a tué leur fils à travers mon travail avec les 40 premiers bourreaux que j’ai rencontrés et filmés, avant que je ne tombe sur Anwar», qui allait devenir le «héros» de The Act of Killing.

Un résumé plus détaillé offert par Le Monde :

Le film colle à un personnage d’ophtalmologiste de campagne, dont le frère, mort en 1965, deux ans avant sa naissance, fut massacré par les sbires de l’armée. Confronté – grâce aux entretiens filmés par Joshua Oppenheimer pendant la préparation de The Act of Killing – aux aveux des assassins de son aîné, et de leurs chefs, il se rend, avec le cinéaste, à leur domicile, pour leur demander des comptes.

Né après les massacres, mais littéralement façonné par ceux-ci (il a été conçu pour remplacer son frère assassiné, et empêcher sa mère de devenir folle), cet homme doux, calme, stoïque, affronte les yeux dans les yeux, avec un courage qui force l’admiration, ces assassins contents d’eux qui font pourtant peser sur lui et sa famille des menaces à peine voilées. Opiniâtre, tel un petit David contre le gigantesque Goliath de l’édifice politique indonésien, il accomplit un travail que l’Histoire n’a pas commencé.

Après Venise, The Look of Silence ira faire un tour aux festivals de Toronto et de New York, avant de prendre l’affiche en Amérique du Nord à l’été 2015. Le distributeur du film, Tim League d’Alamo Drafthouse, parle d’une oeuvre encore plus puissante que The Act of Killing, qui fut récemment cité dans le Top 50 des meilleurs documentaires de l’histoire par le prestigieux magazine Sight & Sound. Les producteurs exécutifs du film ne tarissent pas d’éloges à son endroit non plus. Errol Morris : «Un des plus grands et plus puissants documentaires jamais réalisés. Un commentaire profond sur la condition humaine». Werner Herzog : «The Look of Silence est profond, visionnaire, et magnifique».

Les critiques ont embarqué aussi. À date, Metacritic affiche 91% sur 9 avis. Voici quelques extraits :

> Time Out New York : «Certains spectateurs vont regretter le panache surréaliste de The Act of Killing, ainsi que la direction photo luxuriante et vaporeuse. Mais The Look of Silence a un charme qui lui est propre, en grande partie fourni par le bourdonnement constant des insectes, plateforme onirique de ces conversations. Ailleurs, nous entrons dans une salle de classe où de jeunes Indonésiens d’aujourd’hui sont encore soumis à l’endoctrinement. C’est une scène sortant d’un cauchemar, mais cette fois, il y a un guerrier coupant à travers les sous-bois de la peur. Essentiel.»

> IndieWire : «Comparé à The Act of Killing, la technique d’Oppenheimer ici est d’une simplicité trompeuse, mais elle applique un style plus traditionnel de la narration documentaire à des buts extraordinaires. Oppenheimer contextualise le sort d’Adi en étoffant sa vie de famille: Il s’occupe régulièrement de son père de 103 ans, une coquille ratatinée, sénile, d’un homme qui pense qu’il est encore un adolescent, tout en gardant sa mère fébrile à distance. Alors qu’elle se souvient tendrement de la perte de son autre fils, sa réticence à aborder le sujet marque un contraste notable avec le désir de confrontation d’Adi.

«Alors qu’il ne parvient peut-être pas à trouver de vraies réponses, Oppenheimer met en scène le sort d’Adi en termes poétiques qui bonifient le portrait de son ambition. Le principal signifiant visuel du film est un lot de lentilles colorées qu’Adi met sur ​​les yeux de plusieurs hommes, tandis qu’il mesure leur vision et leur pose des questions sur le passé. Le résultat, bien sûr, est une tentative de permettre à ses sujets de voir clairement à plus d’un titre.

«Le reste du film applique une approche lyrique similaire. Bien qu’Adi ne se livre jamais à des monologues prolongées pour exprimer ses griefs, Oppenheimer implique la profondeur de sa frustration en le capturant assis devant une télévision, regardant des interviews d’Oppenheimer avec deux tortionnaires vantards. La synthèse de ce matériau troublant avec le visage solennel d’Adi en dit plus que tout dialogue pourrait accomplir».

> Variety : «Le contenu brut de The Look of Silence est si engageant que certains pourraient voir son élégance formelle comme rien de plus qu’un élément de luxe superficiel, mais le film révèle Oppenheimer comme étant un styliste documentaire d’une grâce et d’une sophistication en constante évolution».

> The Hollywood Reporter : «La franchise sans complexe de la réalisation vous laisse horrifié, ému, en colère et repoussé tout à la fois. [...] Il y a beaucoup de choses ici auxquelles le spectateur réagira et positivement et négativement. En fin de compte, la valeur réelle de ces deux films [The Act of Killing et The Look of Silence] est la nouvelle lumière angoissante qu’ils jettent sur ​l’ampleur la plus sombre de la méchanceté humaine.»

La déclaration du réalisateur :

The Act of Killing a exposé les conséquences pour nous tous lorsque nous construisons notre réalité quotidienne sur la terreur et le mensonge. The Look of Silence explore ce que c’est que d’être un survivant dans une telle réalité. Faire un film sur les survivants du génocide, c’est de marcher dans un champ de mines de clichés, dont la plupart servent à créer un protagoniste héroïque (si ce n’est pas saint) avec lequel nous pouvons nous identifier, offrant ainsi la fausse assurance que, dans la catastrophe morale de l’atrocité, nous n’avons rien à voir avec les tueurs.

Mais présenter les survivants comme des saints afin de nous assurer que nous sommes bons, c’est d’utiliser les survivants pour nous tromper nous-mêmes. C’est une insulte à l’expérience des survivants, et ne fait rien pour nous aider à comprendre ce que cela signifie de survivre une atrocité, ce que cela signifie de vivre une vie brisée par la violence de masse, et d’être réduit au silence par la terreur.

Pour naviguer dans ce champ de mines des clichés, nous avons dû explorer le silence lui-même. Le résultat est, je l’espère, un poème sur un silence provenant de la terreur – un poème sur la nécessité de rompre ce silence, mais aussi sur le traumatisme qui vient quand le silence est brisé. Peut-être que le film est un monument au silence – un rappel que même si nous voulons aller de l’avant, détourner les yeux et penser à autre chose, rien ne pourra restituer ce qui a été brisé. Rien ne réveillera les morts. Nous devons nous arrêter, reconnaître les vies détruites, tendre l’oreille au silence qui suit.

En conférence de presse à Venise, Oppenheimer interprète (vers 5:20) The Act of Killing et The Look of Silence comme «une intervention» cinématographique, avant d’affirmer que le format documentaire permet aux gens «de jouer eux-mêmes» :

À lire aussi :

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> Le renouveau du documentaire, ou la soif ardente de réel

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En 2012, David Edelstein a tenté d’expliquer le nouvel engouement public et critique pour le format documentaire: ils sont devenus «incroyablement sexy» s’est il exclamé dans sa chronique. Au cours des dernières années, ils semblent en effet s’être défaits de cette image didactique et austère que résume le critique de New York Magazine par la terrifiante injonction : «Les enfants, c’est le temps de retourner en classe».

Si la popularité statistique des documentaires est difficile à vérifier – leurs profits ont sextuplé entre 2010 et 2011 en Grande-Bretagne, rapportait The Economist, mais ils ne comptaient que pour 1% des recettes au box-office; aux États-Unis, les ventes combinées des billets pour tous les docus à l’affiche en 2010 représentaient les gains du seul film Saw 3D, un «succès modeste», dévoilait de son côté le New York Times – une chose est certaine, l’offre et la demande sont en pleine croissance.

Les festivals de films leur font de plus en plus de place – ils représentaient 16% du Marché du Film de Cannes en 2013, comparé à 8% cinq ans plus tôt – et des boîtes d’envergure comme HBO, CNN, ESPN et surtout Netflix se montrent de plus en plus généreuses question financement et diffusion.

Alors qu’est-ce qui explique ce regain d’intérêt pour le documentaire? Côté production, on parle bien sûr des moyens technologiques de plus en plus accessibles et abordables. Pour ce qui est du public, ce désir de «retour en classe» peut se comprendre comme une soif ardente de réel après tant d’années passées à consommer de la fantaisie hyperbolique.

En 2011, le New York Times remarquait que, parmi les 20 champions du box-office domestique, seulement deux films – The Help et Bidesmaids – proposaient «des histoires réalistes sur la vie américaine, contemporaine ou autre». Tom Shone du Guardian a vu juste en rétorquant :

En un sens, la renaissance récente du cinéma documentaire se pose comme un anticorps direct aux stéroïdes de super-héros pompés par les multiplexes chaque week-end.

Plus spécifiquement, un certain groupe de spectateurs s’est tanné des conflits artificiels et des notions simplistes de justice offerts dans bon nombre de blockbusters, du style «Une bataille épique entre le Bien et le Mal. Le Bien triomphe. Toujours.» C’est donc sans surprise qu’on constate que le docu judiciaire et/ou d’investigation, avec son regard infiniment plus complexe sur les enjeux éthiques et sociaux du monde dans lequel et on vit, est devenu aujourd’hui la star du format. Un reportage du Los Angeles Times publié en février précise :

Depuis que le monumental The Thin Blue Line (1988) d’Errol Morris a mené à la libération du condamné à mort Randall Adams, les films documentaires modernes ont plaidé les procès des individus faussement accusés. Mais à l’époque de la surveillance généralisée et de l’écoute électronique non autorisée, le documentaire américain semble entrer dans une nouvelle ère, une ère dans laquelle le film sur les inconduites de la poursuite ne représentent pas seulement une bouillante exception, mais un thème récurrent.

Ceci dit, il faut faire attention de ne pas confondre le documentaire avec du journalisme en bonne et due forme, et encore moins avec la réalité; dès lors qu’un objectif de caméra est braqué sur un sujet, ce dernier devient du même coup l’extension de la vision du cinéaste. Comme le note Richard Brody du New Yorker dans un billet mis en ligne en avril :

Déjà en 1895, le documentaire primordial, le film des frères Lumière sur des employés quittant l’usine de leur compagnie, a été mis en scène par les cinéastes. Et le film qui a transformé leur invention, le «cinématographe», en un spectacle terrifiant, L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, contient le geste définitif et durable de l’implication mutuelle reconnue; le coup d’œil sur la lentille de la caméra. […] Le documentaire a été défini non pas comme une capture naïve et spontanée de la réalité préexistante, mais plutôt comme une création, une œuvre d’art.

Le week-end dernier, le prestigieux magazine britannique Sight & Sound a dévoilé sa liste des meilleurs documentaires de tous les temps. Le couronnement du long métrage soviétique L’Homme à la caméra, une symphonie urbaine par voie de mise en abyme agrémentée d’un cocktail formaliste explosif, vient revendiquer la complexité et la force artistique d’un format qui est trop souvent associé au tristounet «exposé objectif».

La liste de quelque 50 titres, qui se conclut convenablement par La Sortie de l’usine Lumière à Lyon, inclut plusieurs autres oeuvres qui brouillent volontairement la ligne entre réalité et fiction, que ce soit d’un point de vue stylistique, narratif ou philosophique : Grizzly Man (mon film préféré de la dernière décennie) et Lessons of Darkness de Werner Herzog, Moi, un noir et Chronique d’un été de Jean Rouch (à propos, lire ce billet de Brody), The Thin Blue Line et The Fog of War d’Errol Morris, Close-up d’Abbas Kiarostami, Sans soleil de Chris Marker, The Act of Killing de Joshua Oppenheimer (dont j’ai parlé en long et en large) ou F for Fake d’Orson Welles.

Voici le Top 10 :

1 – L’Homme à la caméra (1929) de Dziga Vertov

2 – Shoah (1985) de Claude Lanzmann
3 – Sans soleil (1982) de Chris Marker
4 – Nuit et brouillard (1955) d’Alain Resnais
5 – The Thin Blue Line (1988) d’Errol Morris
6 – Chronique d’un été (1961) de Jean Rouch et Edgar Morin
7 – Nanook of the North (1922) de Robert Flaherty
8 – Les Glaneurs et la Glaneuse (2000) d’Agnès Varda
9 – Dont Look Back (1967) de D.A. Pennebaker
10 – Grey Gardens (1975) d’Albert et David Maysles

Bien sûr, la publication de ce genre de liste va toujours faire des mécontents. Mais il faut quand même admettre que l’omission du travail de l’ONF, en particulier sa période révolutionnaire des années 1960, est plutôt inexplicable. Je pense par exemple à l’oeuvre de Michel Brault, un pionnier du cinéma direct, dont l’influence sur le documentaire est palpable encore aujourd’hui. Les personnes sondées par l’équipe de Sight & Sound auraient peut-être bien fait de prendre connaissance de ce témoignage de Jean Rouch, qu’ils ont célébré deux fois ici, avant de passer au vote.

Il faut le dire, tout ce que nous avons fait en France dans le domaine du cinéma-vérité vient de l’ONF. C’est Brault qui a apporté une technique nouvelle de tournage que nous ne connaissions pas et que nous copions tous depuis.

De tous les films de l’ONF, le sublime Pour la suite du monde (1962) de Brault et Pierre Perrault aurait dû être considéré comme un candidat très sérieux. Et ce n’est pas juste moi qui le pense…

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Lundi 17 février 2014 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (39)

Un Oscar potentiel des plus conséquents, et controversés

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La logique a été respectée hier soir lors du gala des BAFTA : The Act of Killing a remporté le prix du Meilleur documentaire. Le cinéaste Joshua Oppenheimer, un natif du Texas qui réside à Copenhague, a remercié son co-réalisateur «Anonyme», qui a caché son identité pour des raisons de sécurité; le gouvernement indonésien n’a pas tellement apprécié le film en question, qui revient sur les purges anti-communistes de 1965-66, qui ont fait entre 500 000 et 1 million de victimes. Cette abomination humaine a jusque-là été commodément oubliée, tant par le parti nationaliste au pouvoir en Indonésie, qui a les mains tachées de sang, que par l’Occident, qui a fermé les yeux sur un génocide dont il a été en partie complice.

Oppenheimer a profité de sa tribune dimanche pour y aller d’une dénonciation en règle contre le silence de son propre gouvernement, et de celui du pays qui l’a récompensé :

Je nous exhorte tous à nous interroger, et de reconnaître que nous sommes tous plus près des criminels que nous aimerions le croire. Le Royaume-Uni et les États-Unis ont aidé à concevoir le génocide, et pendant des décennies ont soutenu avec enthousiasme la dictature militaire qui a pris le pouvoir par le génocide. Nous n’aurons pas une relation éthique ou constructive avec l’Indonésie (ou de nombreux autres pays à travers l’hémisphère sud) tant que nous n’aurons pas reconnu les crimes du passé, et notre rôle collectif dans le soutien, la participation, et, au bout du compte, notre ignorance de ces crimes.

Cette partie de son discours a curieusement été retirée de l’extrait vidéo fourni par le BAFTA, amenant des fans du film à se demander s’il ne s’agit pas là d’une forme de censure politique.

Dans deux semaines, The Act of Killing pourrait décrocher l’Oscar du Meilleur documentaire. Il s’agirait d’une consécration logique, comme je l’ai mentionné plus haut; le film éclipse ses concurrents en terme d’accolades, ayant reçu une centaine de prix et de mentions de la part de festivals ou d’associations de critiques. Il est aussi le documentaire le mieux classé dans le Top 50 de Film Comment, un sondage annuel fait auprès de 100 critiques nord-américains, et a été sacré meilleur film de l’année par le magazine de référence international Sight & Sound.

Mais il s’agirait aussi d’une des récompenses les plus conséquentes – et controversées – de l’histoire de l’Académie, puisqu’elle accorderait une légitimité institutionnelle aux graves accusations que le film et ses cinéastes portent à l’encontre du gouvernement américain, qui n’a jamais officiellement admis son rôle dans les purges (malgré des documents déclassifiés de la CIA qui indiquent le contraire).

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Ceci étant dit, le simple fait que son film ait été nominé à l’Oscar a permis à Oppenheimer de «démarrer une conversation» aux États-Unis, comme il s’en est félicité ce week-end, alors qu’il a réussi à projeter son documentaire dans la prestigieuse Bibliothèque du Congrès. L’événement a été parrainé par le sénateur démocrate du Nouveau-Mexique Tom Udall, qui a déclaré : «Les artistes nous racontent parfois des histoires que nous ne voulons pas entendre, auxquelles nous ne voulons pas faire face.»

À noter que The Act of Killing a déclenché un tollé national en Chine en janvier, après que les médias nationaux eurent rapporté la nouvelle de sa nomination à l’Oscar, et du coup décrit le propos du film. Dans un article flatteur, Le Quotidien du Peuple, l’agence de presse officielle du Parti communiste, a rappelé que la plupart des victimes étaient d’origine chinoise, poussant de nombreuses voix outrées dans les réseaux sociaux à comparer le génocide indonésien au Viol de Nankin, et à réclamer un boycott total de l’Indonésie.

Difficile de savoir de quel côté vont pencher les votants de l’Académie. L’année dernière, ils ont fait écho aux BAFTA en récompensant l’inspirant docu musical Searching for Sugar Man. On s’entend pour dire que The Act of Killing représente une toute autre paire de manches. Un cauchemar surréel épousant le point de vue de génocidaires impunis, qui recréent dans l’allégresse leurs crimes dans des sketchs kitchs en se prenant pour des héros de films de gangsters hollywoodiens. On peut facilement deviner le malaise des membres de l’industrie confrontés à un travestissement aussi odieux de leur machine à rêves adorée…

Si Oppenheimer repart bredouille le 2 mars, il pourrait se reprendre dès l’année prochaine, puisqu’il s’apprête à sortir son nouveau documentaire, The Look of Silence, une nouvelle exploration du génocide indonésien, mais cette fois-ci vu à travers les yeux des victimes. Une approche certes moins provocante, et assurément plus oscarisable.

À lire aussi :

> The Act of Killing : héros génocidaires, héros de cinéma
> L’acte de regarder remis en question

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