Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Documentaire’

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Présenté jeudi dernier à l’Excentris dans le cadre de Docville, The Act of Killing est un récit épique se déroulant dans un monde parallèle des plus troublants; c’est également un film d’horreur, de cow-boys folkloriques, de gangsters stylisés et de drags queens obèses. C’est aussi un documentaire, un des plus puissants jamais faits, qui «est sans précédent dans l’histoire du cinéma», selon son producteur exécutif et ambassadeur Werner Herzog.

Se penchant sur le génocide indonésien de 1965-1966, qui a fait entre 500 000 et 1 million de victimes, The Act of Killing est le résultat de près de dix ans de travail mené par le cinéaste américain Joshua Oppenheimer et ses fidèles collaborateurs, dont une bonne partie ont choisi de conserver l’anonymat. Cette précaution est des plus compréhensibles puisque le film a été tourné en territoire hostile, avec la pleine participation des génocidaires, célébrés en Indonésie – en particulier en Sumatra du Nord – comme des héros nationaux.

Oppenheimer, un militant des droits de l’homme qui a tourné des courts métrages expérimentaux par le passé, a initialement envisagé de raconter l’histoire des victimes et de leurs proches, mais a vite dû abandonner l’idée lorsqu’il a réalisé qu’ils étaient trop traumatisés ou intimidés pour parler. Il s’est ensuite tourné vers les assassins, en particulier Anwar Congo, un sosie troublant de Nelson Mandela, qui aurait tué 1000 communistes. Ce revirement de perspective a complètement changé la donne pour Oppenheimer, qui se retrouvait avec un film aux rammifications éthiques bien plus délicates, mais aussi avec l’opportunité de développer des idées ambitieuses qu’il mûrissait sur son propre art.

Le cinéma est la fibre structurante de The Act of Killing. Congo, un grand fan de films de genre hollywoodiens, a maudit les communistes qui ont essayé de les bannir du pays. Quand il a joint un groupe de paramilitaires au lendemain du coup d’état avorté du 30 septembre 1965, il a traîné la plupart de ses victimes dans une salle de cinéma où il travaillait comme revendeur de billets sur le marché noir. Il confie qu’avant ses meurtres, il se motivait en allant regarder des films américains et sortait dans la rue tel «un gangster qui sort de l’écran. Il empruntait aux films une sorte de distanciation psychique», aux dires d’Oppenheimer dans cette entrevue accordée à Cinema Scope.

Anwar Congo et sa bande n’étaient pas mus par des convictions idéologiques à l’époque des purges. Enfants, ils étaient manipulés par un film de propagande qui présentait les communistes comme rien de moins que des zombies à abattre. La crise politique aidant, ils ont pu passer à l’acte. En assumant que le cinéma a été un catalyseur de la violence, Oppenheimer a eu la brillante idée de boucler la boucle de cette terrible fantaisie en permettant aux assassins de devenir les héros de leur propre film, «de mettre en scène leurs souvenirs du génocide de toutes les manières qu’ils voulaient», en prévoyant qu’«ils auraient probablement cherché à le glorifier davantage, à le transformer en un “beau film pour la famille” (comme le dit Anwar), dont l’utilisation kaléidoscopique des genres refléterait leurs émotions contradictoires au sujet de leur “passé glorieux”». Oppenheimer poursuit dans une déclaration qu’on retrouve sur le site officiel du film :

Par ailleurs, Anwar et ses amis avaient aidé à construire un régime qui a poussé leurs victimes à les traiter comme des héros, et j’ai réalisé que le processus de mise en scène répondrait à plusieurs questions sur la nature d’un tel régime – des questions qui peuvent sembler secondaires par rapport à ce qu’ils ont fait, mais qui sont en fait inséparables. Par exemple, comment est-ce que Anwar et ses amis pensent vraiment que les gens les voient? Comment veulent-ils être vus? Comment se voient-ils? Comment voient-ils leurs victimes? Comment la façon dont ils imaginent être vus par les autres révèle ce qu’ils pensent sur ​​le monde dans lequel ils vivent, la culture qu’ils ont construite? La méthode utilisée dans The Act of Killing a été développé pour répondre à ces questions. Le documentaire doit surtout être perçu comme une technique d’investigation affinée pour nous aider à comprendre non seulement ce que nous voyons, mais aussi la façon dont nous le voyons, et comment nous l’imaginons. Ce sont des questions d’une importance cruciale pour comprendre les procédures d’imagination par lesquelles les êtres humains se persécutent les uns les autres, et comment nous en venons à construire (et a vivre dans) des sociétés fondées sur la violence systémique et durable.

Vers la fin du film, Anwar recrée un de ses propres meurtres en jouant le rôle de la victime. Il est accoutré d’un costume des années 1940 dans un décor de film noir. Assis sur une chaise, les mains attachées dans le dos, et un fil métallique serré autour du cou, il demande à ce que l’on cesse de filmer. Il semble troublé, mais on ne sait pas exactement pourquoi. Plus tard, lors d’une entrevue à la caméra, il admet qu’il a pour la première fois de sa vie ressenti l’horreur qu’il infligeait à ses victimes. Ce à quoi le réalisateur réplique : C’était bien pire pour eux, parce qu’ils savaient que ce n’était pas de la fiction. Anwar demeure figé : comprend-t-il la différence?

N.B.: Je ne prétends aucunement avoir fourni ici une analyse, ni même une critique du film (pour cela je vous suggère les papiers dans 24 Images et Panorama-Cinéma). Il s’agit davantage d’une présentation, et j’espère qu’elle a permis de vous intriguer et que vous chercherez à vous procurer The Act of Killing lorsqu’il sera disponible en vidéo (et on se croise les doigts pour une distribution en salle). J’ai d’ailleurs besoin de le revoir pour pouvoir en parler adéquatement (il y a tant de choses à dire!), je ne me suis toujours pas remis du choc.

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Samedi 30 mars 2013 | Mise en ligne à 13h15 | Commenter Commentaires (4)

Le court du week-end : In the Mood for Doyle

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Un long court métrage pour le long week-end. En fait, Il ne s’agit pas à proprement parler d’un court, mais plutôt d’un documentaire fait pour la télé par un réalisateur français : In the Mood for Doyle, qui a été diffusé par la BBC en 2007. L’introduction au film par le site Cinephilia and Beyond :

Christopher Doyle est l’un des directeurs de la photographie les plus connus et les plus acclamés dans le monde du cinéma. Né en Australie, il se considère comme un citoyen d’Asie plutôt qu’un Occidental. Sa contribution artistique pour les films de Wong Kar-wai, Zhang Yimou et Fruit Chan, entre autres, est indéniable. Tourné en DV et Super8, ce documentaire est une sorte de road-movie sauvage et stylisé – de Bangkok à Hong Kong, en passant par New York. Tourné en DV et Super8, ce documentaire est une sorte de road-movie sauvage et stylisé – de Bangkok à Hong Kong, en passant par New York. La caméra suit cet artiste excentrique et outrancier alors qu’il nous donne ses impressions sur son travail passé et présent. Des plateaux de tournage de Invisible Waves du Thaïlandais Pen-ek Ratanaruang, et Lady in the Water de M. Night Shyamalan, à Hong Kong, où il a tourné quelques-uns de ses films les plus célèbres, tels que In The Mood for Love et Dumplings, Chris Doyle nous parle de sa fascination pour la culture cinématographique asiatique.

Pour ce qui est du qualificatif «outrancier» dans la présentation, disons que Doyle n’a pas la langue dans sa poche, comme en fait foi sa violente admonestation contre la consécration du directeur photo de Life of Pi aux Oscars. «What a total fucking piece of shit», pour vous donner un aperçu…

> La filmographie de Christopher Doyle

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Lundi 14 janvier 2013 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (18)

Werner Herzog dans la taïga sibérienne

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Il y a environ trois ans, Werner Herzog regardait à la télé un documentaire russe de quatre heures se déroulant dans la taïga sibérienne, et s’est exclamé : voici un film que j’aurais pu réaliser. Que j’aurais réaliser!

Il a ensuite procédé à contacter le cinéaste, un inconnu du nom de Dmitry Vasyukov, et lui a offert une proposition qu’il ne pouvait refuser : ses services à titre de co-réalisateur. Herzog a remonté le film, coupant sa durée de plus de la moitié, et y a inséré sa propre narration.

Happy People: A Year in the Taiga a entamé fin 2010 une tournée du circuit festivalier, notamment à Telluride, où il a eu sa première nord-américaine, ramassant sur son chemin des critiques dithyrambiques. Si le film prend l’affiche le 25 janvier aux États-Unis, il n’y a malheureusement toujours pas de date de sortie pour le Québec.

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Dans le fin fond de la nature sauvage de la Sibérie, loin de la civilisation, 300 personnes habitent le petit village de Bakhta, près de la rivière Yeniseï. Il n’y a que deux façons de s’y rendre: par hélicoptère ou par bateau. Il n’y a pas de téléphone, d’eau courante ou de services médicaux. Les locaux, dont les routines quotidiennes ont à peine changé au cours des derniers siècles, y vivent selon leurs propres valeurs et traditions. Happy People se penche sur un trappeur sibérien à travers les quatre saisons de l’année pour raconter l’histoire d’une culture virtuellement épargnée par la modernité.

Voici la bande-annonce du film retouché par Herzog…

…et celle de la version originale de quatre heures :

À lire aussi :

> Le rêve américain selon Werner Herzog
> Robert Pattinson chez Werner Herzog
> Werner Herzog replonge dans un volcan
> Into the Abyss: méditation poignante

Demain, ma critique de Zero Dark Thirty.

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