Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘David Lynch’

Mardi 20 janvier 2015 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (10)

Un Top 4 pour les 69 ans de David Lynch

tumblr_mp46fi5bRq1qa0uc2o8_1280

Tandis que David Lynch célèbre aujourd’hui son 69e anniversaire de naissance, les cinéphiles se préparent à commémorer plus tard cette année les 9 ans d’absence du grand écran d’un des plus grands cinéastes vivants.

Une lueur d’espoir a toutefois été ravivée il y a quelques mois, lorsqu’on a appris que le maître de l’inquiétante étrangeté allait enfin troquer ses pinceaux pour la caméra, pour un projet au petit écran: la résurrection de sa série télévisée culte Twin Peaks, qui verra le retour de quelques membres importants de son casting original, dont Kyle MacLachlan et Sheryl Lee.

Mais seul le temps nous dira si cette expérience télévisuelle saura se concrétiser en un 11e long métrage tant désiré. À ce sujet, Lynch ne semble pas très optimiste, déclarant en 2013 :

«Malheureusement, mes idées ne sont pas ce qu’on peut appeler commerciales, et l’argent mène vraiment le bateau ces jours-ci. Je ne sais donc pas ce que l’avenir me réserve. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais être capable de faire dans le monde du cinéma».

felli

Tant qu’à regretter Lynch le cinéaste, je me suis mis à la recherche de Lynch le cinéphile. Après quelques clics, j’ai découvert qu’il avait en fait dressé et commenté une brève liste de ses films préférés, dans son fameux livre d’entretiens avec Chris Rodley. Des réflexions qui permettent de mieux comprendre son approche au cinéma, et même de déchiffrer ses nombreux mystères. L’extrait en question a été mis en ligne dans un billet de Mubi :

Si je devais choisir des films qui représentent, pour moi, des exemples parfaits de conception de films, je pense que je pourrais limiter mes choix à quatre.

Le premier serait 8 1/2, pour la façon qu’a Fedrico Fellini d’accomplir avec ce film ce que font la plupart des peintres abstraits – à savoir, communiquer une émotion sans jamais dire ou montrer quoi que ce soit d’une manière directe, sans jamais rien expliquer, juste à travers une sorte de magie pure.

Pour des raisons similaires, je pense aussi à Sunset Boulevard. Même si le style de Billy Wilder est très différent de celui de Fellini, il parvient à accomplir à peu près la même atmosphère abstraite, moins par la magie et plutôt par toutes sortes d’astuces stylistiques et techniques. Le Hollywood qu’il décrit dans le film n’a sans doute jamais existé, mais il nous fait croire le contraire, et il nous plonge à l’intérieur, comme dans un rêve.

52037_vacances_mr_hulot_img

Après, je choisirais Les vacances de Monsieur Hulot pour le point de vue exceptionnel que Jacques Tati pose sur la société. Lorsque vous regardez ses films, vous vous rendez compte à quel point il connaît – et aime – la nature humaine, et cela ne peut qu’être une source d’inspiration pour faire de même.

Enfin, Rear Window, pour la façon brillante avec laquelle Alfred Hitchcock parvient à créer – ou plutôt, recréer – tout un monde à l’intérieur de paramètres confinés. James Stewart ne quitte jamais son fauteuil roulant pendant le film, et pourtant, à travers son point de vue, nous suivons un complot d’assassinat très complexe. Dans le film, Hitchcock parvient à prendre quelque chose d’énorme et le condense en quelque chose de vraiment petit.

Mubi complète son Top 10 en se basant sur d’autres sources, dont le livre écrit par Lynch Catching the Big Fish. On y retrouve un autre film de Wilder, The Apartment, un autre de Fellini, La Strada, ainsi que Lolita de Stanley Kubrick, Stroszek de Werner Herzog, The Wizard of Oz de Victor Fleming, et la comédie burlesque It’s a Gift avec W.C. Fields.

(Par ailleurs, lors d’une conférence donnée en septembre à Philadelphie – qu’on peut voir ici – il a cité Ghostbusters et The Blues Brothers comme étant deux de ses plaisirs coupables).

Des titres et des cinéastes qui reviennent dans ce témoignage qui a été mis en ligne en 2007.

Plusieurs des choix de Lynch se reflètent d’une manière ou d’une autre dans son oeuvre. L’onirisme réaliste/poétique de Fellini, qu’on retrouve dans chacun de ses films à divers degrés ; le Hollywood parallèle dans Mulholland Drive qui est une variation de celui dans Sunset Boulevard ; la fameuse séquence de voyeurisme dans le placard dans Blue Velvet qui est un hommage à Rear Window ; les quelques clins d’oeils au cinéma de Tati, notamment la meute de chiens au début d’Elephant Man qui renvoie à une scène similaire dans Mon Oncle, ou le figurant qui fume une longue pipe rouge dans Wild at Heart, qui fait référence au personnage de M. Hulot ; enfin, Herzog, eh bien, ils ont fait un film ensemble : l’inclassable My Son, My Son, What Have Ye Done.

***

Comme je le mentionnais plus tôt, David Lynch a consacré une bonne partie de ses énergies artistiques au cours de la dernière décennie à sa passion première, la peinture. Plus tôt ce mois-ci s’est conclue son exposition intitulée The Unified Field, qui a eu lieu Philadelphie, ville où il a étudié les arts plastiques à la fin années 1960. Ci-dessous, il nous propose de jeter un oeil à ses oeuvres en sa compagnie (à partir de 00:30).

The Unified Field a été analysé par J. Hoberman ici. Une entrevue de Lynch au sujet de son exposition à lire ici. Des représentations des toiles disponibles dans les deux liens.

À lire aussi :

> Messieurs Herzog et Lynch, qu’avez-vous fait?
> Jacques Tati, le grand maître du gag visuel
> Stanley Kubrick, cinéphile éclectique
> Le nouveau projet de David Lynch : la paix dans le monde
> David Lynch : «Tout le monde est un voyeur»
> Blue Velvet : derrière la palissade…
> David Lynch, maître de la terreur suggestive

- Mon compte Twitter

Lire les commentaires (10)  |  Commenter cet article






Jeudi 1 mai 2014 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (3)

David Lynch : «Tout le monde est un voyeur»

lynch-600-1398862217

Même s’il semble définitivement avoir abandonné le cinéma (son dernier long métrage, INLAND EMPIRE, date de 2006), que son aventure musicale est loin de faire l’unanimité, que ses diverses expositions artistiques sont peu accessibles à la masse, et que sa promotion agressive de la Méditation transcendantale peut irriter, il reste que David Lynch fait régulièrement parler de lui dans les plus hautes sphères de la scène culturelle. Que voulez-vous, l’homme est un véritable phénomène, et ses observations sur la force créatrice, sur ce qui nous inspire, sur ce qui nous angoisse, sur le Beau, ne manquent jamais de fasciner et d’intriguer.

Mardi, il était l’invité d’honneur au Brooklyn Academy of Music dans le cadre d’une soirée spéciale : David Lynch in Conversation. L’artiste multidisciplinaire de 68 ans a été questionné pendant une heure et demie par Paul Holdengräber, directeur des programmes publics de la New York Public Library.

L’entretien tournant principalement autour de la musique, la filmographie de Lynch n’était pas nécessairement au menu. Il a quand même glissé un mot sur deux de ses classiques.

BLUE VELVET : À propos de la reprise de la chanson Blue Velvet par Bobby Vinton, qui fournit au film son atmosphère décalée, Lynch dit ne jamais en avoir été un fan. Mais : «Une fois je l’ai réécoutée, et des images ont commencé à apparaître»… Pour ce qui est d’une des répliques emblématiques du film, «It’s a strange world», elle lui a été inspirée par ses déambulations à Philadelphie, où il a étudié les beaux-arts.

À Philadelphie, il y a des maisons en rangée et de grands bâtiments, et ces bâtiments étaient couverts de suie et les maisons en rangéeétaient couvertes de suie. L’architecture était très intéressante pour moi. Les chambres, dans un grand nombre de ces lieux, étaient d’un certain type de vert, et je suis en quelque sorte tombé en amour avec ce vert. Et il y avait énormément de peur dans l’air. Il y avait de la corruption dans la ville. Il y avait de la saleté. Il y avait une sorte de folie, et il n’y avait pas beaucoup d’«amour fraternel» [en référence au slogan de Philadelphie, The city of brotherly love]. Et cela m’a touché et m’a inspiré en quelque sorte.

laurel-3

ERASERHEAD : Lynch perçoit son premier long métrage comme «le film le plus spirituel» de sa carrière, mais reconnaît que «personne ne l’a vu ainsi, ce que je peux comprendre». Il a raconté ensuite comment lui est venue l’idée d’une de ses créations les plus inquiétantes, La femme dans le radiateur, celle-là même qui nous assure qu’«Au paradis tout va bien».

Le script a été écrit, et je dis toujours que quelque chose n’est pas fini tant que ce n’est pas fini. J’étais dans la cafétéria, qui était de l’autre côté du hall de la chambre de Henry [le protagoniste, joué par Jack Nance]. Et j’ai fait un dessin d’une petite dame, et j’ai pensé: « Cette dame vit dans un radiateur». Et j’ai pensé : «Cette dame vit dans un radiateur, dans ce film». J’ai acheté un radiateur. Je ne pouvais pas l’imaginer dans mon esprit. J’ai couru dans la chambre de Henry et j’ai regardé ce radiateur et, contrairement à tout autre radiateur que j’ai jamais vu, il y avait une place – comme un théâtre – pour qu’elle puisse y vivre. Histoire vraie.

Pour en savoir plus, voici le documentaire Eraserhead Stories (2001), un making-of
exhaustif narré par Lynch lui-même.

Ailleurs durant la soirée, Lynch a résumé en quelques mots l’essence motrice de nombre de cinéastes importants, de Hitchcock à De Palma, en passant par Buñuel, Oshima, Polanski ou Haneke. «Je crois que tout le monde est un voyeur. Et regarder à travers les fenêtres est quelque chose de si fantastique. C’est comme du cinéma, un aperçu d’un autre monde, d’autre vies. Tellement beau.»

Sans surprise, Lynch s’est montré très réticent à discuter de la signification de son oeuvre.

Il y a un confort lorsque vos idées sont réalisées. Vous avez travaillé de sorte que tous les éléments fonctionnent ensemble, qu’ils soient complets et corrects. Puis [le film] sort dans le monde, et il n’a pas besoin de plus d’explications. Il est ce qu’il est. Le cinéma est un si beau langage – dès que l’on finit un film, les gens veulent que vous le transformiez en belles paroles. C’est une sorte de tristesse pour moi, les mots sont limitatifs. Alors que ce langage est le langage que vous aimez. Le langage du cinéma. Il s’agit de l’amour, c’est ce dont il s’agit.

f5e29e35-6414-44f7-8381-a07840c5c0a7.img

Passionné de photographie depuis sa jeunesse, Lynch a mentionné sa visite récente dans un festival célébrant la direction photo à Lódź, en Pologne. Sur place, il a demandé aux organisateurs : «Pensez-vous qu’il serait possible pour vous de me faire entrer dans certaines usines désaffectées afin que je puisse les photographier? Et pensez-vous que vous pouvez me trouver des femmes nues dans la nuit?». Il a poursuivi :

J’aime la fumée. J’aime le feu. J’aime le métal. J’aime le verre. J’aime le plâtre. J’aime les briques. Et j’aime la nature qui travaille par-dessus ces choses. Dans les temps anciens, dans les années 1800, on a commencé à construire les plus belles usines, qui étaient comme des cathédrales. J’ai visité beaucoup de ces usines et je les ai photographiées. Pour moi, c’est comme marcher dans un rêve – un rêve de textures, de formes et de d’atmosphère… Les usines aujourd’hui, plus souvent qu’autrement, sont très ennuyeuses.

Le projet photo en Pologne a donné lieu à une exposition et à un livre, et est discuté en détail dans cette entrevue du Finacial Times publiée en janvier.

La conférence a donné lieu à plusieurs anecdotes amusantes, dont son amour pour la chaîne de restos Bob’s Big Boy (à propos, voir cette délicieuse photo impliquant un autre cinéaste iconoclaste), son admiration pour Kanye West, et sa trouille du métro new-yorkais :

Quand j’ai commencé à venir à Brooklyn, j’étais très petit. Je me souviens que toutes les voitures dans la rue étaient noires, toutes les maisons en grès rouge avaient des auvents, et il y avait une voûte de beaux arbres recouvrant la rue. Il y avait une telle élégance. Cela a fait une grande impression sur moi. Et puis je pense à cette maladie hollandaise de l’orme – ou quelque chose qui est arrivé aux arbres – et les voitures sont devenues multicolores, et peu de temps après, les drogues ont fait leur entrée, la criminalité est arrivée, l’endroit s’est transformé en un enfer. Et cela n’a pas cessé de décliner, jusque dans les années 1980, je crois, et puis ça s’est ressaisi. Le seul fait de descendre dans le métro m’emplissait de peur. Le sentiment dans l’air – ce n’était pas tant ce que je voyais – mais c’était bien un sentiment de peur. Beaucoup de choses peuvent mal tourner à tout instant.

Et qui dit métro new-yorkais sinistre, dit rats, beaucoup de rats! Comme dans cette hallucinante publicité d’intérêt public anti-détritus qu’a réalisée Lynch pour le compte de la Grosse Pomme en 1991.

Côté cinéma, toujours pas de nouvelles concrètes. La plus récente indication de Lynch à ce sujet provient d’une entrevue publiée l’été dernier dans laquelle il parle de «la possibilité» de peut-être, un jour, porter à l’écran un scénario datant de la fin des années 1970 : Ronnie Rocket. Projet que Lynch a décrit à Chris Rodley dans son livre d’entretiens comme «une histoire d’électricité et d’un type d’un mètre de haut aux cheveux rouges. […] Ça parle du mystère absurde des forces étranges de la vie». On croise les doigts, mais pas trop fort…

- Les extraits cités ci-dessus proviennent de comptes-rendus qu’on peut lire sur : IndieWire ; The Playlist ; Rolling Stone ; Flavorwire.

À lire aussi :

> Cauchemar en cuisine avec David Lynch
> Le nouveau projet de David Lynch : la paix dans le monde
> David Lynch, maître de la terreur suggestive
> Blue Velvet : derrière la palissade…

Lire les commentaires (3)  |  Commenter cet article






Mardi 29 octobre 2013 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (6)

Cauchemar en cuisine avec David Lynch

David-Lynch-Cooking-Video

* Pendant ce temps, retournez à l’extérieur et racontez l’histoire du train à vapeur qui s’est arrêté dans un paysage aride, rempli de poussière, par une nuit yougoslave sans lune en 1965. L’histoire sur les papillons de nuit en forme de grenouille, la petite monnaie de cuivre qui s’est transformée en un flacon d’eau violette sucrée à température ambiante, les six Coca-Cola glacés, et les poignées et poignées de pièces d’argent.

Vous venez de lire la huitième étape de la préparation de la recette du quinoa au brocoli de David Lynch. Une approche gastronomique pour le moins décalée et avant-gardiste, que développe le plus inquiétant des maîtres cuisiniers dans une vidéo boni comprise dans le DVD de son dernier long métrage, INLAND EMPIRE (2006). On n’ose pas imaginer quelle forme prendraient les instructions pour son coq au vin…

Difficile de dire à quel point Lynch fait de l’auto-dérision ici. Cela dit, avec son esthétique ténébreuse, minimaliste et anxiogène, il semble certainement s’amuser à sublimer le concept du show de cuisine animé par des celebrity chef de plus en plus tapageurs. Une recette artistique qui fait effet. J’ai regardé la vidéo dans la pire atmosphère qui soit pour ce type d’expérience: au bureau, à l’heure de pointe, les néons dans le tapis. Et pourtant, j’ai réussi à être transporté dans le voyage parallèle et inconfortable auquel Lynch m’a convié.

À propos du quinoa, voici un extrait de sa description :

Cette plante traditionnelle est cultivée depuis plus de 5000 ans sur les hauts plateaux d’Amérique du Sud. Comme le haricot, la pomme de terre et le maïs, le quinoa était à la base de l’alimentation des civilisations précolombiennes, mais, contrairement à ces derniers, il n’a pas retenu l’attention des conquérants espagnols à cause de la teneur en saponine de l’enveloppe de ses graines non écorcées, et du fait que la farine qui en est tirée n’est pas panifiable, en raison de l’absence de gluten.

À lire aussi :

> Christopher Walken aux fourneaux (2)

Lire les commentaires (6)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    juillet 2015
    L Ma Me J V S D
    « juin    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  
  • Archives

  • publicité