Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘David Lynch’

Jeudi 1 mai 2014 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (3)

David Lynch : «Tout le monde est un voyeur»

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Même s’il semble définitivement avoir abandonné le cinéma (son dernier long métrage, INLAND EMPIRE, date de 2006), que son aventure musicale est loin de faire l’unanimité, que ses diverses expositions artistiques sont peu accessibles à la masse, et que sa promotion agressive de la Méditation transcendantale peut irriter, il reste que David Lynch fait régulièrement parler de lui dans les plus hautes sphères de la scène culturelle. Que voulez-vous, l’homme est un véritable phénomène, et ses observations sur la force créatrice, sur ce qui nous inspire, sur ce qui nous angoisse, sur le Beau, ne manquent jamais de fasciner et d’intriguer.

Mardi, il était l’invité d’honneur au Brooklyn Academy of Music dans le cadre d’une soirée spéciale : David Lynch in Conversation. L’artiste multidisciplinaire de 68 ans a été questionné pendant une heure et demie par Paul Holdengräber, directeur des programmes publics de la New York Public Library.

L’entretien tournant principalement autour de la musique, la filmographie de Lynch n’était pas nécessairement au menu. Il a quand même glissé un mot sur deux de ses classiques.

BLUE VELVET : À propos de la reprise de la chanson Blue Velvet par Bobby Vinton, qui fournit au film son atmosphère décalée, Lynch dit ne jamais en avoir été un fan. Mais : «Une fois je l’ai réécoutée, et des images ont commencé à apparaître»… Pour ce qui est d’une des répliques emblématiques du film, «It’s a strange world», elle lui a été inspirée par ses déambulations à Philadelphie, où il a étudié les beaux-arts.

À Philadelphie, il y a des maisons en rangée et de grands bâtiments, et ces bâtiments étaient couverts de suie et les maisons en rangéeétaient couvertes de suie. L’architecture était très intéressante pour moi. Les chambres, dans un grand nombre de ces lieux, étaient d’un certain type de vert, et je suis en quelque sorte tombé en amour avec ce vert. Et il y avait énormément de peur dans l’air. Il y avait de la corruption dans la ville. Il y avait de la saleté. Il y avait une sorte de folie, et il n’y avait pas beaucoup d’«amour fraternel» [en référence au slogan de Philadelphie, The city of brotherly love]. Et cela m’a touché et m’a inspiré en quelque sorte.

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ERASERHEAD : Lynch perçoit son premier long métrage comme «le film le plus spirituel» de sa carrière, mais reconnaît que «personne ne l’a vu ainsi, ce que je peux comprendre». Il a raconté ensuite comment lui est venue l’idée d’une de ses créations les plus inquiétantes, La femme dans le radiateur, celle-là même qui nous assure qu’«Au paradis tout va bien».

Le script a été écrit, et je dis toujours que quelque chose n’est pas fini tant que ce n’est pas fini. J’étais dans la cafétéria, qui était de l’autre côté du hall de la chambre de Henry [le protagoniste, joué par Jack Nance]. Et j’ai fait un dessin d’une petite dame, et j’ai pensé: « Cette dame vit dans un radiateur». Et j’ai pensé : «Cette dame vit dans un radiateur, dans ce film». J’ai acheté un radiateur. Je ne pouvais pas l’imaginer dans mon esprit. J’ai couru dans la chambre de Henry et j’ai regardé ce radiateur et, contrairement à tout autre radiateur que j’ai jamais vu, il y avait une place – comme un théâtre – pour qu’elle puisse y vivre. Histoire vraie.

Pour en savoir plus, voici le documentaire Eraserhead Stories (2001), un making-of
exhaustif narré par Lynch lui-même.

Ailleurs durant la soirée, Lynch a résumé en quelques mots l’essence motrice de nombre de cinéastes importants, de Hitchcock à De Palma, en passant par Buñuel, Oshima, Polanski ou Haneke. «Je crois que tout le monde est un voyeur. Et regarder à travers les fenêtres est quelque chose de si fantastique. C’est comme du cinéma, un aperçu d’un autre monde, d’autre vies. Tellement beau.»

Sans surprise, Lynch s’est montré très réticent à discuter de la signification de son oeuvre.

Il y a un confort lorsque vos idées sont réalisées. Vous avez travaillé de sorte que tous les éléments fonctionnent ensemble, qu’ils soient complets et corrects. Puis [le film] sort dans le monde, et il n’a pas besoin de plus d’explications. Il est ce qu’il est. Le cinéma est un si beau langage – dès que l’on finit un film, les gens veulent que vous le transformiez en belles paroles. C’est une sorte de tristesse pour moi, les mots sont limitatifs. Alors que ce langage est le langage que vous aimez. Le langage du cinéma. Il s’agit de l’amour, c’est ce dont il s’agit.

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Passionné de photographie depuis sa jeunesse, Lynch a mentionné sa visite récente dans un festival célébrant la direction photo à Lódź, en Pologne. Sur place, il a demandé aux organisateurs : «Pensez-vous qu’il serait possible pour vous de me faire entrer dans certaines usines désaffectées afin que je puisse les photographier? Et pensez-vous que vous pouvez me trouver des femmes nues dans la nuit?». Il a poursuivi :

J’aime la fumée. J’aime le feu. J’aime le métal. J’aime le verre. J’aime le plâtre. J’aime les briques. Et j’aime la nature qui travaille par-dessus ces choses. Dans les temps anciens, dans les années 1800, on a commencé à construire les plus belles usines, qui étaient comme des cathédrales. J’ai visité beaucoup de ces usines et je les ai photographiées. Pour moi, c’est comme marcher dans un rêve – un rêve de textures, de formes et de d’atmosphère… Les usines aujourd’hui, plus souvent qu’autrement, sont très ennuyeuses.

Le projet photo en Pologne a donné lieu à une exposition et à un livre, et est discuté en détail dans cette entrevue du Finacial Times publiée en janvier.

La conférence a donné lieu à plusieurs anecdotes amusantes, dont son amour pour la chaîne de restos Bob’s Big Boy (à propos, voir cette délicieuse photo impliquant un autre cinéaste iconoclaste), son admiration pour Kanye West, et sa trouille du métro new-yorkais :

Quand j’ai commencé à venir à Brooklyn, j’étais très petit. Je me souviens que toutes les voitures dans la rue étaient noires, toutes les maisons en grès rouge avaient des auvents, et il y avait une voûte de beaux arbres recouvrant la rue. Il y avait une telle élégance. Cela a fait une grande impression sur moi. Et puis je pense à cette maladie hollandaise de l’orme – ou quelque chose qui est arrivé aux arbres – et les voitures sont devenues multicolores, et peu de temps après, les drogues ont fait leur entrée, la criminalité est arrivée, l’endroit s’est transformé en un enfer. Et cela n’a pas cessé de décliner, jusque dans les années 1980, je crois, et puis ça s’est ressaisi. Le seul fait de descendre dans le métro m’emplissait de peur. Le sentiment dans l’air – ce n’était pas tant ce que je voyais – mais c’était bien un sentiment de peur. Beaucoup de choses peuvent mal tourner à tout instant.

Et qui dit métro new-yorkais sinistre, dit rats, beaucoup de rats! Comme dans cette hallucinante publicité d’intérêt public anti-détritus qu’a réalisée Lynch pour le compte de la Grosse Pomme en 1991.

Côté cinéma, toujours pas de nouvelles concrètes. La plus récente indication de Lynch à ce sujet provient d’une entrevue publiée l’été dernier dans laquelle il parle de «la possibilité» de peut-être, un jour, porter à l’écran un scénario datant de la fin des années 1970 : Ronnie Rocket. Projet que Lynch a décrit à Chris Rodley dans son livre d’entretiens comme «une histoire d’électricité et d’un type d’un mètre de haut aux cheveux rouges. […] Ça parle du mystère absurde des forces étranges de la vie». On croise les doigts, mais pas trop fort…

- Les extraits cités ci-dessus proviennent de comptes-rendus qu’on peut lire sur : IndieWire ; The Playlist ; Rolling Stone ; Flavorwire.

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> Blue Velvet : derrière la palissade…

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Mardi 29 octobre 2013 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (6)

Cauchemar en cuisine avec David Lynch

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* Pendant ce temps, retournez à l’extérieur et racontez l’histoire du train à vapeur qui s’est arrêté dans un paysage aride, rempli de poussière, par une nuit sans lune yougoslave en 1965. L’histoire sur les papillons de nuit en forme de grenouille, la petite monnaie de cuivre qui s’est transformée en un flacon d’eau violette sucrée à température ambiante, les six Coca-Cola glacés, et les poignées et poignées de pièces d’argent.

Vous venez de lire la huitième étape de la préparation de la recette du quinoa au brocoli de David Lynch. Une approche gastronomique pour le moins décalée et avant-gardiste, que développe le plus inquiétant des maîtres cuisiniers dans une vidéo boni comprise dans le DVD de son dernier long métrage, INLAND EMPIRE (2006). On n’ose pas imaginer quelle forme prendraient les instructions pour son coq au vin…

Difficile de dire à quel point Lynch fait de l’auto-dérision ici. Cela dit, avec son esthétique ténébreuse, minimaliste et anxiogène, il semble certainement s’amuser à sublimer le concept du show de cuisine animé par des celebrity chef de plus en plus tapageurs. Une recette artistique qui fait effet. J’ai regardé la vidéo dans la pire atmosphère qui soit pour ce type d’expérience: au bureau, à l’heure de pointe, les néons dans le tapis. Et pourtant, j’ai réussi à être transporté dans le voyage parallèle et inconfortable auquel Lynch m’a convié.

À propos du quinoa, voici un extrait de sa description :

Cette plante traditionnelle est cultivée depuis plus de 5000 ans sur les hauts plateaux d’Amérique du Sud. Comme le haricot, la pomme de terre et le maïs, le quinoa était à la base de l’alimentation des civilisations précolombiennes, mais, contrairement à ces derniers, il n’a pas retenu l’attention des conquérants espagnols à cause de la teneur en saponine de l’enveloppe de ses graines non écorcées, et du fait que la farine qui en est tirée n’est pas panifiable, en raison de l’absence de gluten.

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Mardi 25 juin 2013 | Mise en ligne à 1h00 | Commenter Commentaires (17)

La citation du jour

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«C’est une situation très déprimante. Avec le cinéma alternatif – toute sorte de cinéma qui n’est pas mainstream – vous avez peu de chances en termes d’exposition et de fréquentation en salle. Même si j’avais une grande idée, le monde est différent maintenant. Malheureusement, mes idées ne sont pas ce qu’on peut appeler commerciales, et l’argent mène vraiment le bateau ces jours-ci. Je ne sais donc pas ce que l’avenir me réserve. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais être capable de faire dans le monde du cinéma».

- David Lynch en entrevue dimanche à The Independent, dans le cadre de la sortie prochaine de son second album en solo, The Big Dream (15 juillet).

La bande-annonce :

À écouter: une chanson bonus intitulée I’m Waiting Here, enregistrée avec la chanteuse suédoise Lykke Li, dans sa version vinyle.

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> Interlude musical: Crazy Clown Time
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